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Le chemin des Dames – Champagne – juin 2010



Le Chemin des Dames se situe dans le département de l’Aisne, entre Laon et Soisson. Il suit la crête d’une falaise séparant la vallée de l’Aisne de celle de l’Ailette. Il tient son nom des filles de Louis XV, Adélaïde et Victoire, également dénommées les « Dames de France », qui l’empruntaient pour se rendre au château de la Bove, près de Bouconville-Vauclair dans l’Aisne, propriété de leur amie, Françoise de CHAMUS (1734-1821), duchesse de Narbonne-Lara et ancienne maîtresse du roi. Par extension, l’appellation désigne l’ensemble du plateau entre ces deux vallées (fig. 27).

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Fig. 27 – Le plateau du Chemin des Dames

Les différents monuments visités lors de mon circuit



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Fig. 31 – Plan du circuit du Chemin des Dames


1. Moulin de Laffaux : théâtre de violents combats au cours des deux Guerres ;
2. Fort de La Malmaison : ruines d’un fort Séré de Rivière (1883) ;
3. La Royère : évocation de l’offensive de La Malmaison, en octobre 1917 ;
4. Cerny-en-Laonnais : mémorial, cimetière allemand et français ;
5. Monument aux Travailleurs sénégalais : groupe de neuf sculptures de Christian Lapie intitulé « Constellation de la douleur », septembre 2007 ;
6. Caverne du Dragon, musée du Chemin des Dames ;
7. Abbaye de Vauclair : ruines d’une abbaye cistercienne fondée en 1134 ;
8. Monument des Basques, à la mémoire de la 36e Division d’infanterie composée de soldats originaires du sud-ouest de la France ;
9. Statue de Napoléon, en souvenir de la bataille de Craonne du 7 mars 1814 ;
10. Plateau de Californie, l’un des objectifs de l’offensive Nivelle du 16 avril 1917. « Ils n’ont pas choisi leur sépulture », œuvre d’Haïm Kern, novembre 1998 ;
11. Arboretum du vieux Craonne, site de l’ancien village rasé en 1914-18 ;
12. Monument national des chars d’assaut, élevé en 1922 sur le lieu d’engagement des premiers chars d’assaut français en avril 1917.

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Fig. 32 – Les Allemands à Hurtebise en 1915


Mémorial du Chemin des Dames (Cerny-en-Laonnois) – (fig. 34)

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Au bord de la D18 (Chemin des Dames), en entrant dans le village, en direction de la Caverne du Dragon et de la Ferme d’Hurtebise, face à la nécropole française, cette petite chapelle constitue le Mémorial du Chemin des Dames (fig. 33). Elle a été inaugurée le 22 avril 1951.



Fig. 33 – La chapelle du Mémorial


A l’intérieur, de nombreuses plaques sont là pour rappeler le drame vécu par les familles qui ont perdu des êtres chers sur ce champ de bataille, qu’ils soient « anonymes » ou illustres, tel de général DES VALLIERES, tué le 28 mai 1918 à Juvigny, lors de l’offensive allemande sur le Chemin des Dames.

Située en face de la chapelle se trouve la Lanterne des Morts, dont le feu symbolise, dans la nuit, les champs de bataille de la Grande Guerre. Elle a été érigée pour être visible, à la fois, des cathédrales de Laon, Soissons et Reims. On trouve également ce genre de monument à Verdun et à Notre-Dame-de-Lorette.
Juste devant la lanterne, un monument est dédié à la 38e Division d’Infanterie groupant les R.I.C.M. 4e Zouaves, 4e Mixte Zouaves Tirailleurs, 8e Tirailleurs Tunisiens, 32e R.A.C. Cies du Génie 19/2 – 19/52. La 38e D.I. a combattu en septembre 1914 au Chemin des Dames, Craonne et Hurtebise, en avril 1917 à Cerny, aux Bovettes et encore à la ferme d’Hurtebise, en octobre 1917 à Chavignon, aux Carrières de Bohery et au Fort de la Malmaison.
A noter qu’un autre monument à la 38e division se trouve à proximité du fort de la Malmaison.
(Source : Alain POUTEAU – 1er octobre 2005)

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Fig. 34 – Le Mémorial du Chemin des Dames


Nécropole française (Cerny-en-Laonnois) (fig. 35)
Située en face du mémorial du Chemin des dames, au bord de la D18, aménagée de 1919 à 1925, cette nécropole de 13.515 m² contient 5.150 corps, dont 2.386 en ossuaire, ainsi que 54 tombes russes. (Source : Alain POUTEAU – 1er octobre 2005)

Nécropole allemande (Cerny-en-Laonnois) (fig. 36)
Située à côté du cimetière français, cette nécropole a été édifiée par la France, en 1919. On y a regroupé 5.125 tombes provenant du secteur du Chemin des Dames. Dans les années 1924/1925, d’autres tombes, provenant du même secteur, ont également été regroupées ici. Aujourd’hui, cette nécropole contient 7.526 corps (croix en pierre) : 3.533 reposant dans des tombes individuelles (dont 46 n’ont pu être identifiés) et 3.993 dans l’ossuaire (dont 3.080 n’ont pu être identifiés). Les hommes inhumés ici ont été tués, sur le Chemin des Dames, au cours des combats de l’automne 1914, au printemps 1915 ainsi que lors des batailles de 1917 et 1918. (Source : Alain POUTEAU – 20 juin 2006)

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Fig. 35 – Nécropole française (Cerny-en-Laonnais)

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Fig. 36 – Nécropole allemande (Cerny-en-Laonnois)


Monument au 1er bataillon du Loyal North Lancashire (Cerny-en-Laonnois) (fig. 37)
Au bord de la route qui mène à Vendresse se trouve ce monument britannique à la gloire des hommes du 1er Bataillon Loyal North Lancashire tombés lors de l’assaut de la sucrerie de Cerny en 1914, première bataille du Chemin des Dames. Ces hommes reposent dans la nécropole de Vendresse. (Source : Alain POUTEAU – 1er octobre 2005)
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Fig. 37 – Monument au 1er bataillon du Loyal North Lancashire


Monument à la mémoire de Louis ASTOUL (Chemin des Dames)

Situé avant la Caverne du Dragon, cette stèle érigée à la mémoire de Louis ASTOUL, rend aussi et surtout hommage aux Sénégalais. On peut y lire : « A la mémoire de notre fils bien aimé, le sous-lieutenant Louis ASTOUL, du 70e Sénégalais, tombé glorieusement dans ces parages à l’âge de 24 ans au cours de l’assaut du 16 avril 1917 et de ses camarades ».
Louis ASTOUL, né le 10 août 1892 dans l’Orne, a été porté disparu près du village de Paissy. (Source : Alain POUTEAU – 1er octobre 2005)

Monument au 4e régiment de Zouaves (Caverne du Dragon)
Situé en face de la Caverne du Dragon, ce monument fait référence aux combats de septembre 1914. Il est écrit : « A la Gloire du 4e Régiment de Zouaves. Le Général commandant le 18e Corps d’Armée cite à l’Ordre le 4e Régiment de Zouaves pour sa brave et énergique conduite à la Ferme de la Creute qu’il conserva pendant 7 jours sous une canonnade violente, une mousqueterie incessante et des assauts répétés. Général DE MAUD’HUY ordre n°20 du 29 septembre 1914 ».
Une plaque au 4e zouaves se trouve apposée sur les murs de la ferme d’Hurtebise. (Source : Alain POUTEAU – 1er octobre 2005)

Monument à la 164e division (Caverne du Dragon)
Situé à côté du précédent, ce monument est dédié aux morts de cette division, tombés au Chemin des Dames en 1917. Cette division attaqua en juin la ferme d’Hurtebise et la Caverne du Dragon ; en juillet, Craonne et le Plateau de Californie.
C’est cette division, en particulier le 152e R.I., qui reprit la caverne du dragon le 25 juin 1917, qu’elle occupa ensuite jusqu’au 26 juillet. (Source : Alain POUTEAU – 1er octobre 2005)

Monument au 41e bataillon de chasseurs à pied (Caverne du Dragon)
Ce monument rend hommage aux combattants du 41e BCP tombés à la caverne du dragon et au Chemin des Dames de mai à juillet 1917.
Ce bataillon de chasseurs à pied faisait partie, d’août 1916 à novembre 1918, de la 164e division honorée sur le monument précédent. Le 22 mai 1917, il se battait sur le plateau des casemates ; le 25 juin, au monument d’Hurtebise et à la caverne du dragon ; du 19 au 25 juillet, sur le plateau de Craonne. (Source : Alain POUTEAU – 1er octobre 2005)

Caverne du Dragon (Chemin des Dames)
Située sur le territoire d’Oulches-la-Vallée-Foulon, la Caverne du Dragon est une ancienne carrière de pierre, une « creute », dont l’origine remonterait au XVIe siècle et qui fut exploitée jusqu’au XIXe siècle. Le mot « creute » désignait autrefois dans la région les carrières de pierre creusées dans le calcaire du plateau. Adossée à une ferme, elle lui avait donné son nom : la ferme de la Creute.
Après les combats de septembre-octobre 1914, la ferme reste la seule position du Chemin des Dames occupée par les troupes françaises. Plus qu’un abri de fortune, elle devient un enjeu militaire stratégique. Le 25 janvier 1915, les Allemands s’en rendent maître. Ils relient la Creute par un tunnel à une carrière située sur le versant sud de la vallée de l’Ailette, qu’ils baptisèrent Drachenhöle (Caverne du Dragon), nom inspiré de la mythologie germanique. Elle fut alors aménagée en caserne avec postes de tir, dortoirs, poste de premier secours, chapelle (dont subsiste encore l’autel) et même cimetière, avec pierres tombales. Un réseau électrique y fut installé et des points d’eau permettaient une hygiène minimum.
Le 25 juin 1917, les Français reprennent la position, mais, ils ne restent pas longtemps les seuls occupants. Une contre-offensive permet aux Allemands de s’installer également dans la carrière, entraînant une situation insolite.
De la fin juillet à octobre 1917, Allemands et Français cohabitèrent dans la caverne et des murs construits pour prévenir les attaques au gaz, devinrent en quelque sorte une frontière intérieure.
Ouverte au public dans sa nouvelle version, en 1999, la Caverne du Dragon est devenue aujourd’hui un musée qui se veut un lieu du Souvenir, évoquant la vie quotidienne du soldat à l’aide d’objets, d’animations, de vidéos et d’images d’archives.
Traces de l’occupation allemande : des signalisations tracées sur les murs alors qu’une pierre gravée, référence biblique (Jean 15-13), nous rappelle que « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis ».
Aujourd’hui, des débris et vestiges, de toutes sortes, nous laissent imaginer la vie qui fut celle des combattants de la Grande Guerre dans cette caverne.

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Fig. 38 – Plan de l’offensive de juin 1917 dans le secteur de la Caverne du Dragon


Informations pratiques
Horaires et jours d’ouverture :
– Février à avril : du mardi au dimanche de 10h à 18h ou 19h ;
– Mai, juin et septembre : tous les jours de 10 de 10h à 18h ou 19h ;
– Juillet et août : tous les jours de 10h à 19h ;
– Octobre à décembre : du mardi au dimanche de 10h à 18h.

Visites guidées (1h30)
De 10h à 12h et de 13h à 16h30 (17h30 en juillet/août et week-end d’août et week-end d’avril à juin)

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Fig. 39 – La vallée de l’Aisne actuelle depuis la Caverne du Dragon


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Fig. 40 – Reconstitution d’un cratère d’obus

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Fig. 41 – Reconstitution d’une tranchée


Plaque au 4e Zouaves (Ferme d’Hurtebise)
La ferme d’Hurtebise était, avant la Grande Guerre, une ancienne ferme cistercienne de l’abbaye de Vauclair. Elle fut le lieu d’âpres combats dès septembre 1914, où elle fut prise et perdue de nombreuses fois avant d’être finalement abandonnée aux Allemands, en feu et en ruines, par les Français. Le 16 avril 1917, c’est ici que la 10e division d’infanterie coloniale, composée des 33e, 52e et 53e régiments d’infanterie coloniale, ces deux derniers comportant des bataillons sénégalais, combattit dans ce qui restait de la ferme. Des combats qui perdurèrent jusqu’en septembre.

Apposée sur l’un des murs de la ferme, on peut lire sur cette plaque : « A la gloire du 4e régiment de zouaves vainqueur des combats de 1914 et 1917 contre la garde impériale allemande à la ferme d’Hurtebise ».

En septembre 1914, le 4e zouaves a combattu, dès le 14 à la ferme de la Creute et le 16 à la ferme d’Hurtebise, dans ce secteur où il resta jusqu’à la fin octobre. Dans la nuit du 17 au 18 avril 1917, ils revenaient ici, capturant ce que l’on appelait toujours « le monument d’Hurtebise ».
Un monument au 4e zouaves se trouve également face à la Caverne du Dragon où il y avait, en septembre 1914, une ferme appelée « ferme de la Creute ». Cette creute qui deviendra la Caverne du Dragon. (Source : Alain POUTEAU – 1er octobre 2005)

Monument des « Marie-Louise » (Ferme d’Hurtebise) – (fig. 42)
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Ce monument est situé face à l’entrée de la ferme d’Hurtebise. Le 7 mars 1914, une commémoration eut lieu à cet endroit pour fêter le centième anniversaire de la victoire de la bataille dite de Craonne, remportée par Napoléon 1er. Au cours de cette bataille, l’Empereur utilisa le moulin de l’abbaye de Vauclair, qui se trouvait à quelques centaines de mètres à l’est de cette ferme, comme observatoire. Aujourd’hui, une statue le représentant a été érigée, et inaugurée le 30 juin 1974, sur un tertre placé sur les vestiges de ce moulin, qui a été détruit au cours de la Grande Guerre.


Fig. 42 – Monument des « Marie-Louise »


Cette bataille de Craonne fut la dernière victoire de l’Empereur. Ce soir là, déjà, 12.000 morts jonchaient le champ de bataille. On érigea alors un monument au pied duquel les fleurs continuaient de faner quand les premiers combats de la Grande Guerre eurent lieu ici. Et tout au long de la guerre, il continua à être un objectif alors qu’il n’était plus que ruines en septembre 1914 et même plus que poussières en 1917.

Après guerre, on érigea alors l’actuel monument qui unit dans un même élan le soldat de l’Empire au Poilu de 14-18. Sur une plaque, on peut lire :

« A la vaillance de la jeunesse française. Marie Louise de 1814, Bleus de 1914 unis dans une même gloire ».

Ce terme de « Marie Louise » est le nom donné aux jeunes soldats de l’Empereur, en honneur à l’Impératrice, mais également celui donné à la « classe 16 », c’est-à-dire les mobilisés qui avaient vingt ans en 1916. A ce propos, et contrairement à ce que l’on peut lire sur la plaque, la classe 14 reçut le nom de « biquets », tandis que classe 17 reçut celui, plus connu, de « bleuets ». Et, curieusement, les autres classes n’eurent pas droit à leur surnom. (Source : Alain POUTEAU – 1er octobre 2005)

Monument aux 8e et 208e R.I. (Craonne)
Situé au carrefour des départementales 18, 182 et 889, on peut lire sur ce monument : « Aux officiers, sous-officiers et soldats des 8e et 208e R.I. ayant combattu en avril 1917 à Craonne-Chevreux. 1914-1918. Dinant – Guise – Marne – Aisne – Champagne – Verdun – Somme – Flandres – Ourcq – Ailette ».
Le 8e R.I. appartint, durant toute la durée de la guerre, à la 2e division d’infanterie, à laquelle fut rattaché, en novembre 1916, le 208e qui jusqu’alors combattait au sein de la 51e. Cette 2e D.I. combattit, durant toute la durée du conflit, plusieurs fois dans l’Aisne : bataille de Guise en août 1914 ; combats à la ferme du Choléra, La Ville-aux-Bois, Sapigneul et la Côte 108 en octobre et novembre 1914 ; à nouveau Berry-au-Bac et La Ville-aux-Bois de mai à septembre 1915 ; puis dans le même secteur d’octobre, de la même année, à février 1916 ; Soupir et la route de Paissy à Ailles d’avril à juillet 1916 ; Craonne en avril 1917 ; Soissons en janvier 1918 ; en réserve à Montigny-Lengrain fin mai 1918 ; Dammard et Troësnes en juin et juillet de la même année.
Le 16 avril 1917, le 8e R.I. attaqua le hameau de Chevreux, aujourd’hui disparu et symbolisé par ce monument, au pied des pentes de Craonne. Mais des positions allemandes qui surplombaient les abords du hameau, obus et rafales de mitrailleuses fauchèrent les Français dès les premières heures du jour. En quelques heures, le 8e R.I. déplora la perte de plus d’un millier d’hommes sans avoir réussi à parcourir plus de dix mètres et, dans le même temps, il ne resta également plus que des débris du 208e, qui se trouvait à sa droite. (Source : Alain POUTEAU – 1er octobre 2005)

Chapelle (Craonne)
Cette chapelle se trouve au bord de la route reliant Craonnelle à Craonne. Malgré le temps, on parvient encore à lire ce qui est écrit sur les plaques qui y sont apposées. L’une d’elles permet de comprendre la raison de ce monument religieux, car il est écrit : « Monseigneur DOUILLARD, évêque de Soissons, aumônier au 73e R.I., en ces lieux à la Vierge de Beaumarais ». Une deuxième rend hommage au 46e R.I. tandis que, sur une autre, on peut lire : « A la mémoire du capitaine MARQUE, tombé le 30 mai 1917 au Blanc Sablon ». Jean MARQUE, du 152e R.I., était né le 21 novembre 1871, à Sainte-Marie, dans le Gers.
Enfin, une dernière rend hommage au colonel LECOQ, commandant le 18e G.R.C.A., avec ces deux dates : 1914-1918 et 1939-1940. (Source : Alain POUTEAU – 1er octobre 2005)

Monument à la mémoire de Joseph HIRSCH (Craonne)
Au bord de la D18, en allant vers Corbeny, ce monument est à la mémoire de Joseph HIRSCH, lieutenant au 2e Génie, né le 23 mars 1880 à Jaffa (ancienne ville de Syrie, aujourd’hui d’Israël), chevalier de la Légion d’Honneur, Croix de Guerre, tombé à Craonne le 5 mai 1917. (Source : Alain POUTEAU – 1er octobre 2005)

Vestiges du village (Craonne)
Situé au bord de la D18, à la sortie de l’actuel Craonne, en direction de Corbeny, il ne reste plus rien du Vieux Craonne, chef-lieu de canton de 608 habitants avant le conflit, situé sur les pentes de ce que l’on appelait la « montagne de Craonne ». Dès septembre 1914, il fut le théâtre d’âpres combats, comme le 24, où la 35e D.I. tenta par deux fois de capturer le village occupé par les Allemands. Le 16 avril 1917, ce fut le 1er R.I. qui attaqua le village : en moins de dix minutes, ceux qui avaient survécu à Verdun et à la Somme furent décimés par les tirs de mitrailleuses. Finalement, le 4 mai, le 18e R.I. enleva la position qui n’était plus que ruines après les bombardements français entrepris depuis avril.

Le Craonne d’aujourd’hui a été construit plus bas, un peu plus au sud, de 1921 à 1925 (c’était un immense chantier où travaillaient jusqu’à quatre cents personnes toutes extérieures à la région) et un arboretum a été aménagé par l’Office National des Forêts à l’emplacement de l’ancien village qui est situé en zone rouge. On y distingue encore quelques entonnoirs d’obus, quelques tranchées, les vestiges de quelques caves et ceux de l’ancien cimetière. C’est là que repose Yves GIBEAU, auteur de « Allons z’enfants », qui était profondément attaché au Chemin des Dames. (Source : Alain POUTEAU – 1er octobre 2005)

Les villages disparus du Chemin des Dames
Nombreuses ont été, au cours de la Grande Guerre, les communes détruites partiellement ou intégralement par les combats. Certaines ont été reconstruites, d’autres ont disparu à jamais. Sur le Chemin des Dames, plusieurs villages ont ainsi été complètement rasés. Tous, se sont retrouvés, au lendemain de la guerre, classés en zone rouge et condamnés à disparaître. Pourtant, avec la volonté des habitants, certains sont toujours là aujourd’hui pour témoigner de ce passé ; même si l’on peut regretter que n’aient été entendus les souhaits de certains combattants qui voulaient que la zone du front, tel un sanctuaire, ne soit jamais « remise en état » pour montrer aux générations futures ce que fut leur calvaire.
Ainsi, Craonne, le plus célèbre d’entre-eux, reprendra vie, quelques dizaines de mètres en contrebas et verra ses ruines transformées en arboretum. Un sort identique à celui de Cerny-en-Laonnois. L’actuel village a, en effet, été rebâti là où se trouvait, à l’époque, la sucrerie (lieu d’âpres combats entre Britanniques et Allemands, en septembre 1914, puis entre Français et Allemands, en particulier en avril 1917, lors de l’offensive Nivelle). Les ruines de l’ancien Cerny se trouvent, elles, au milieu de la végétation, sur les pentes nord du plateau, à proximité du cimetière communal qui est toujours au même endroit, seul lien entre passé et présent.

D’autres villages disparaîtront à jamais mais pour que leur nom ne tombe jamais dans l’oubli, il a été rattaché à celui des communes qui ont hérité de leur territoire. Ainsi, Chermizy est devenu Chermizy-Ailles (Ailles où, aujourd’hui, un monument édifié avec des vestiges du village rappelle son tragique destin : « Ici fut Ailles ») ; Vendresse est devenu Vendresse-Beaulne, en souvenir de Beaulne-et-Chivy ; Pancy en Pancy-Courtecon ; Colligis en Colligis-Crandelain en mémoire de Crandelain-et-Malval ; Moussy en Moussy-Verneuil pour Verneuil-Courtonne. Seule exception, Vauclair-et-La-Vallée-Foulon verra son territoire partagée en deux : Bonconville-Vauclair et Oulches-La-Vallée-Foulon.

D’autres villages portent également dans leur nom le destin qui a été le leur. Il en est ainsi pour Sancy-les-Cheminots, reconstruit par la volonté d’un père, soutenu par les cheminots. Mais d’autres ont disparu, purement et simplement, effacé par le temps et les hommes, tel le hameau de Chevreux, qui dépendait de la commune de Craonne.

Vestiges de tranchées et blockhaus (Plateau de Californie)
Il y a deux façons de parvenir au plateau de Californie. La première, en partant de la ferme d’Hurtebise, en longeant le plateau des Casemates et les vestiges du moulin de Vauclair, où s’élève aujourd’hui la statue de Napoléon 1er. La seconde, en venant de l’actuel village de Craonne, reconstruit au pied de la « montagne de Craonne », où une vue imprenable s’offre aux yeux du visiteur. Imprenables ! C’est bien ce que devaient penser les Poilus qui devaient prendre d’assaut les positions de l’ancien village de Craonne et le plateau de Californie.
Parvenu, justement, dans les ruines à peine visibles de ce village, en empruntant le chemin menant à son cimetière, il ne faut pas hésiter à emprunter le petit escalier qui mène au bord du plateau de Californie. Parvenu à cette hauteur, le visiteur découvrira un ancien abri bétonné allemand sur lequel le 18e R.I. a édifié un monument à la mémoire de ses soldats. En reprenant votre souffle, vous ne manquerez pas de constater que ceux qui, en 1917, avaient gravi cette pente, n’avaient pas d’escalier pour les aider et qu’ils portaient sur le dos un barda de trente kilos, sans compter les paquets de boue qui collaient à leurs pieds. Bien sûr, ils avaient également droit aux rafales de mitrailleuses en guise d’accueil. Sur le plateau proprement dit, classé en zone rouge, des pinèdes ont été plantés parce qu’il n’y avait rien d’autre à faire. Le promeneur d’aujourd’hui pourra alors suivre les sentiers balisés d’où il apercevra, malgré le temps et l’érosion, des vestiges de tranchées et de cratères d’obus. (Source : Alain POUTEAU – 1er octobre 2005)

P« Ils n’ont pas choisi leur sépulture » (Plateau de Californie) (Fig. 43 & 44)
Sur le plateau de Californie, cette sculpture en bronze de près de quatre mètres de haut, réalisé par Haim KERN, a été inauguré, le 5 novembre 1998, par le Premier ministre, Lionel JOSPIN, accompagné du ministre de la Culture et de la Communication et du secrétaire d’Etat aux Anciens Combattants. Cette sculpture rend hommage à tous les anonymes du champ de bataille, pris dans les mailles de l’Histoire.
(Source : Alain POUTEAU – 1er octobre 2005)
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Fig. 44 – Tête en bronze

Fig. 43 – Sculpture de Haim KERN




Monument au 18e R.I. (Plateau de Californie)
A la Belle Époque, il y eut sur ce plateau, que l’on appelait également « montagne de Craonne », un petit emplacement de loisir avec des guinguettes, où le public venait se divertir le dimanche, et un petit jardin de plantes exotiques, qui prit le nom de plateau de Californie. Avec le plateau de Vauclair et celui des casemates, qui se trouvent à l’ouest, cet endroit fut un lieu de désolation et de mort. Il fut classé, après-guerre, en zone rouge et le demeure d’ailleurs encore. Avec le « Vieux-Craonne », c’est un endroit où l’on découvre vestiges de tranchées et de cratères d’obus, tout juste masqués par les arbres que l’on y a plantés.
A l’extrême rebord oriental du plateau de Californie, un petit mémorial à la mémoire du 18e régiment d’infanterie (Pau) a été implanté, en 1927, au sommet d’un ancien abri bétonné allemand. On peut y lire : « A la gloire du 18e R.I. de Pau (Béarn – Pays Basque – Gascogne), régiment d’élite chargé d’enlever le plateau de Craonne, position jugée inexpugnable, l’a pris d’assaut dans un élan superbe. Citation à l’armée – 4-5 mai 1917 ». Du 14 septembre 1914 au 24 avril 1916 (Craonnelle, plateau de Vauclair, ferme d’Hurtebise, ferme de la Creute), du 22 avril au 8 mai 1917 (Craonne, plateau de Californie), du 30 mai au 15 juin 1917 (plateau des casemates, Craonne) et enfin du 15 septembre au 12 octobre 1918 (plateau et forêt de Pinon, Chavignon, à l’ouest), le 18e R.I. fut au Chemin des Dames. Placé en réserve au moment de l’offensive Nivelle, le 16 avril 1917, le 18e R.I. paya un très lourd tribu, à partir du 4 mai, lors de la prise de Craonne et du plateau de Californie : 40% de pertes. Plus tard, le 27 mai 1917, alors qu’il venait d’être mis au repos à Villers-sur-Fère, apprenant qu’ils devaient remonter en première ligne, des incidents éclatèrent, les hommes refusèrent de monter dans les camions.

Les mutineries éclataient dans l’armée française. Au 18e R.I., douze hommes furent déférés devant le conseil de guerre, le 7 juin, et cinq furent condamnés à mort pour « révolte sous les armes ». L’un deux fut gracié, un autre parvint à s’échapper (il sera d’ailleurs contraint de s’exiler jusque dans les années 30) et trois furent fusillés, au petit matin du 12 juin. (Source : Alain POUTEAU – 1er octobre 2005)

Statue de Napoléon (Plateau de Hurtebise)
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Cette statue (fig. 45) commémore la victoire de l’Empereur sur les Prussiens et les Russes, le 7 mai 1814, lors de la bataille de Craonne.






Fig. 45 – Statue de Napoléon


Monument au R.I.C.M (Chemin des Dames)
Situé à la Malmaison, entre la ferme et le fort, ce monument, inauguré le 8 juillet 1934, rend hommage au régiment d’infanterie coloniale du Maroc qui a été cité dix fois à l’ordre de l’armée, dont une pour sa conduite aux combats de la Malmaison.

On peut y lire : « Régiment d’élite sous l’énergique commandement du lieutenant-colonel DEBAILLEUL a, le 23 octobre 1917, par une manoeuvre audacieuse difficile et remarquablement exécutée, encerclé et enlevé de haute lutte les carrières de la Bohéry, s’est emparé ensuite des lignes de tranchées du Chemin des Dames que la garde prussienne avait l’ordre de défendre à tout prix, puis progressant encore sous un feu violent d’artillerie et de mitrailleuses sur une profondeur de plus de deux kilomètres et demi malgré des pertes sensibles, a atteint avec un entrain admirable tous les objectifs, infligeant à l’ennemi de lourdes pertes, capturant 950 prisonniers dont 14 officiers, 10 canons, dont 8 de gros calibre, et un nombreux matériel de guerre. Ordre général n° 529 du 13 novembre 1917 du général commandant la VIe armée » (Source : Alain POUTEAU – 1er octobre 2005)

Monument à la 38e division (Chemin des Dames)
Situé à l’entrée du chemin qui mène au fort de la Malmaison (près de la nécropole allemande qui contient les corps de soldats tombés au cours de la seconde guerre mondiale), cette stèle rend également hommage aux combats du 23 octobre 1917. On peut y lire : « Le 23 octobre 1917, la 38e Division comprenant le 4e Régiment Zouaves, le R.I.C.M. (Régiment d’Infanterie Coloniale du Maroc), le 4e Régiment mixte Zouaves-Tirailleurs, le 8e Régiment Tirailleurs Tunisiens, le 32e Régiment d’Artillerie de campagne, part à l’attaque. D’un seul élan, le 4e Zouaves s’empare du Fort de la Malmaison et de tous ses objectifs, faisant les 23-24-25 octobre 600 prisonniers, capturant 17 canons et de nombreuses mitrailleuses, obtenant sa 6ème citation à l’ordre de l’Armée ».

CUn autre monument à la 38e division se trouve au mémorial du Chemin des Dames, à Cerny-en-Laonnois. (Source : Alain POUTEAU) (fig. 46)
On peut y lire :
« Monument à la 38e division d’infanterie
Groupant les R.I.C.M. 4e zouaves, 4e mixte zouaves tirailleurs, 8e tirailleurs tunisiens, 32e R.A.C. Cies du Génie 19/2 – 19/52
A combattu
En septembre 1914 – Chemin des Dames – Craonne – Heurtebise
En avril 1917 – Cerny – La Bovette – Heurtebiseohery
Reprise du Fort de La Malmaison le 28 octobre »



Fig. 46 – Monument à la 38e division (Cerny)

Monument au 99e R.I.A. (Chemin des Dames)
Après avoir passé la ferme de La Royère, on trouve, sur la droite, ce monument qui rend hommage au 99e régiment d’infanterie alpine qui combattit, au cours des deux guerres mondiales, au Chemin des Dames : le 20 mai 1917 et le 8 juin 1940. (Source : Alain POUTEAU – 1er octobre 2005).

Monument à la mémoire de Jean ROBLIN (Chemin des Dames)
Cette stèle se trouve au bord du Chemin des Dames entre la ferme de la Royère et celle de Malval.
On peut y lire : « A la mémoire de Jean ROBLIN mort pour la France à l’âge de 19 ans et de ses camarades du 146e d’Infanterie tombés avec lui le 18 mai 1917« .
Jean ROBLIN était né le 8 septembre 1897 à Sannois (ancienne Seine-et-Oise, aujourd’hui Val d’Oise) et a été tué à l’ennemi au combat d’Ostel. (Source : Alain POUTEAU – 1er octobre 2005)

Monument à la mémoire de Marcel DUQUENOY (Chemin des Dames)
Cette stèle se trouve au bord du Chemin des Dames entre la ferme de la Royère et celle de Malval.
On peut y lire : « Marcel DUQUENOY, de Calais, âgé de 20 ans, aspirant au 350e d’Infanterie. En souvenir de notre fils disparu le 6 mai 1917, dans le bois en face« . Marcel DUQUENOY était né le 15 juin 1897. (Source : Alain POUTEAU – 1er octobre 2005)

Monument à la mémoire de Jean DAULY (Chemin des Dames)
Cette stèle se trouve au bord du Chemin des Dames entre la ferme de la Royère et celle de Malval.
On peut y lire : « Jean DAULY, 350e Régiment d’Infanterie, tué le 6 mai 1917 dans le petit bois en face à l’âge de 20 ans. Regretté de sa mère, de toute sa famille et de ses camarades. Priez pour lui« . Le « bois en face » se trouve de l’autre côté de la route, face à cette stèle. Il fut le lieu de violents combats. Jean DAULY était né le 22 avril 1897 à Plélo (ancienne Côtes du Nord, aujourd’hui Côtes d’Armor). (Source : Alain POUTEAU – 1er octobre 2005)

Tombe de Henri DE BONAND-MONTARET (Chemin des Dames)
Cette tombe se trouve à la ferme de Malval. On peut y lire : « L’an 1917, le 5e jour de mai, le Christ qui aime les Francs ouvre son royaume à 180 chasseurs à pied du 2e Bataillon, assaillant bravement Malval après 33 mois d’une cruelle guerre, pour arracher leur pays à l’injuste ennemi. Parmi eux, le sous-lieutenant Henri DE BONAND-MONTARET, licencié en histoire et engagé volontaire à 19 ans, tomba ici pour l’amour de la France, DE MONTARET, de ses hommes, Français, ne craignez rien mais priez Dieu pour le bataillon. ‘… d’Henri du 16 avril 1917’« . Henri DE BONAND-MONTARET, du 14e régiment de Dragons, était né le 19 mars 1895 à Sauvigny (Allier). (Source : Alain POUTEAU – 1er octobre 2005)

Calvaire (Chemin des Dames)
Ce calvaire, qui se trouvait au croisement de la N2 et de la D18, a été érigé le 14 septembre 1924 par souscription nationale. Avec les travaux récents sur la N2, ce monument a peut-être été déplacé … (Source : Alain POUTEAU – 1er octobre 2005)
Source : http://www.picardie1418.com/fr/transversales/decouvrir-le-chemin-des-dames.php


Aspect géologique du Plateau de Californie

Au niveau du parking, du point de vue géologique, on observe une coupe dans le flanc du talus constituée d’un amas calcaire dans lequel on peut découvrir des traces de fossiles marins (fig. 47). J’ai ramassé trois échantillons présentant des marques fossilifères.

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Fig. 47 – Coupe au niveau du point d’observation du Plateau de Californie


Entre Laon et l’Aisne, s’étend une région relativement accidentée. A l’origine, cette zone était surtout constituée de dépôts sableux, sur un socle de craie et d’argile. Cet ensemble fut recouvert par une faible couche d’argile, et une succession de bancs de calcaire de puissance variée. Une dernière couche d’argile coiffa le tout. Lors de la régression de la mer qui recouvrait la région, à la suite du soulèvement lent du sol, le sable a été emporté en partie, là où les bancs de calcaire ne le protégeait pas suffisamment. Durant les millénaires suivants, cette action s’est accentuée, engendrant un pays constitué de plateaux à contours échancrés, situés à une centaine de mètres au-dessus du fond des vallées et, naturellement, tous de même formation géologique.
Cette région est coupée, d’est en ouest, par la vallée de l’Ailette. Entre l’Aisne et l’Ailette s’étire le massif du « Chemin des Dames », peu découpé sur le front nord, mais profondément déchiqueté sur le front sud. Au nord de l’Ailette, vers Laon, qui en est un îlot détaché, s’étend un autre massif également fort entamé.

Source: http://artilleur-guerre14-18.jimdo.com/le-chêne-colossal-de-trucy/

coupe geol web

Fig. 48 – Coupe géologique du Noyonnais (J.Y BONNARD)


Crédit photos :
Fig. 27, 33-47 : Robert SIX; Fig. 28 : Library of Congress; Fig. 30 : public display at war cemetary Soupir; Fig. 32 : Coll. départementales Caverne du Dragon; Fig. 29 : ?; Fig. 31 : Conseil générale de l’Aisne ; Fig. 48 : J.Y. BONNARD

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