Editoriaux

Textes repris des éditoriaux parus dans le Bulletin du G.E.S.T.

La vie créatrice de roches !

Ce texte a servi d’éditorial au Bulletin du G.E.S.T. de Juillet 2012

De tout temps, le mystère de la Vie attisa la curiosité de l’être humain. Cet attrait vient vraisemblablement de la sensation vague d’une parenté, reliant l’homme à tous les organismes vivants qui comme lui ont reçu le don temporaire de l’existence, à tout ce qui naît, vit et meurt. DARWIN, lors de son périple autour du monde sur le « Beagle », est de ces naturalistes qui justement ont cherché les relations qui unissent les différents organismes vivants, et les processus leur permettant de s’adapter à leur environnement (« Le voyage autour du monde »).

Actuellement, il est de plus en plus difficile d’établir une frontière entre le minéral, l’inerte et le vivant. Ainsi des substances chimiques de par le pouvoir radioactif, dissipent leur énergie, meurent en se transformant en d’autres substances. D’un autre côté, le débat sur la nature des virus qui manifestent des propriétés vitales, repose sur des notions complexes et reste toujours ouvert. Ils se présentent comme indissolublement liés à des produits chimiques cristallisés, avec ce que cela sous-entend de fixité, de stabilité, de non-vie.

Autre phénomène qui prête à exciter la curiosité est le fait que la Vie peut créer l’inerte. Certaines roches sédimentaires sont redevables de leur existence à l’activité constructive, à l’énergie biologique d’organismes minuscules. Il est également des animaux macroscopiques qui interviennent dans la genèse des roches tels les madrépores, les coraux, qui sont les auteurs d’énormes constructions dans les mers tropicales.

Parmi les roches sédimentaires dont le ciment est constitué des restes de microorganismes fossiles, citons, les jaspes qui tirent pour une grande part leur origine de minuscules êtres, les Radiolaires, véritables joyaux, aux formes les plus imprévues et les plus admirables (« Les Radiolaires »). Le tripoli, terre à polir, est une diatomite, roche légère et poreuse, constituée en majorité par des Diatomées, algues minuscules formées d’une seule cellule. Les craies sont également le produit de la consolidation d’organismes microscopiques, les coccolithes et les foraminifères. Il en est bien d’autres, mais ce n’est pas ici qu’il faut développer ces différentes catégories de roches.

La question que l’on peut se poser : quel serait l’aspect de notre planète sans la vie ?

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Evolution, révolution !

Quel est le lien entre les deux articles qui constituent ce bulletin ? Qui a-t-il de commun entre l’évolution des idées sur l’évolutionnisme et les forages polaires ? Le premier s’attache à analyser l’évolution des mentalités des scientifiques précurseurs de Darwin, tandis que le second, montre que l’étude des carottes de glaces permet de reconstituer le climat sur de longues périodes du temps passé, et de comprendre l’évolution de celui-ci, sujet fort préoccupant de nos jours.

Le point commun  c’est tout simplement l’évolution de deux phénomènes : d’un côté celle des esprits, des mentalités, de l’autre celle du climat.

 Evolution est synonyme de changement, de transformation graduelle et continue. Si ce changement se fait brusquement on parle de révolution. Dans ces deux cas nous sommes dans une dynamique qui se traduit par une succession de faits, d’événements que l’on peut relater, nous entrons dans l’Histoire.

 L’idée d’évolution des espèces préconisée par Darwin dans son œuvre principale n’a pas toujours prévalue. Un courant, qui malheureusement a encore des adeptes de nos jours, a défendu la fixité de celles-ci et leur apparition par un acte créateur unique. Ce créationnisme, purement statique, ne permet pas d’écrire l’Histoire, car les choses doivent rester en l’état depuis leur origine. Aucune évolution, aucun changement n’est possible dans ce concept. Malgré ce blocage, certains savants ont défendu une théorie qui permettait de redonner un certain dynamisme ; ce sont les catastrophistes dont le principal défendeur était Cuvier. Pour respecter l’esprit des Ecrits Saints, ils imaginèrent une création multiple après chaque « révolution du globe ».

D’un autre côté, certains érudits eurent des intuitions transformistes qui permirent une évolution plus dynamique de la pensée et qui poussera Darwin de développer sa théorie, ouvrant ainsi un vaste horizon à la connaissance des Sciences naturelles.

 Le grand débat actuel est le « réchauffement climatique » dû aux activités anthropiques. Les plus pessimistes prédisent des lendemains funestes et la possibilité de la disparition de notre espèce. Les plus réalistes ont compris que le changement climatique est inscrit dans l’Histoire de la Terre et que le réchauffement actuel n’est pas le premier. Ce qui les inquiète, c’est l’ampleur et la rapidité du phénomène qui inévitablement entraînera des modifications environnementales qui peuvent s’avérées catastrophiques (inondations, tornades, cyclones, montée du niveaux des mers, etc.). Il est évident que des actions préventives immédiates doivent être entreprises afin d’atténuer le phénomène et de permettre à l’humanité de s’adapter plus progressivement au changement climatique. De toute façon, celui-ci est irréversible dans l’immédiat et il sera suivi d’ici quelques millénaires par un retour vers une période glaciaire. Quoique l’on dise, quoique l’on fasse, en définitive, la Nature aura toujours le dernier mot et notre espèce est une espèce comme les autres qui a un temps de vie limité comme toutes les autres. Notre savoir technologie nous permettra peut-être de prolonger celui-ci quelque peu. Nous sommes des passagers temporaires sur ce grand navire qu’est notre Planète. Nous devons prendre conscience que notre bien-être est fonction de la bonne préservation de notre environnement qui évolue naturellement en fonction de pressions externes et du dynamisme de la Terre. Afin de suivre son évolution, nous devons nous y intégrer harmonieusement et d’éviter d’accélérer certains mouvements par nos actions inconsidérées.

 La Rédaction

(Editorial paru dans le Bulletin du G.E.S.T de mai 2011)

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Enfin Dieu n’a plus l’exclusivité !

La nouvelle est tombée le vendredi 21 mai 2010. Un vrai scoop dans le milieu de la biologie génétique ! Graig Venter, généticien américain, annonce la création d’une cellule « synthétique » « totalement dérivée d’un chromosome synthétique, fabriqué à partir de quatre bouteilles de produits chimiques dans un synthétiseur chimique, d’après des informations stockées dans un ordinateur » (dixit l’inventeur). Toutefois, il faut tempérer la nouvelle, car en fait, seul le génome est synthétique et est une copie de celui de la bactérie Mycoplasma mycoides. Pour que celui-ci s’exprime, il a fallu l’insérer dans une bactérie « naturelle » dont on avait extirpé l’ADN. N’empêche, l’exploit  est là !

Ce génome, dans lequel les scientifiques avaient inscrit des filigranes afin de prouver son origine artificielle, avait été assemblé par étapes, à l’intérieur d’une levure. Ensuite, le chromosome avait été extrait et injecté dans la bactérie réceptrice M. capricolum. Après plusieurs mois de transplantations infructueuses, une colonie de bactéries bleues s’est mise à proliférer, la greffe avait enfin pris.

Graig Venter et son équipe n’en sont pas à leur premier coup médiatique. En 1995, ils réalisent pour la première fois le séquençage des 600.000 bases du chromosome de la bactérie Mycoplasma genitalium. En supprimant des gènes un à un, les chercheurs constatent qu’en passant de 500 à 400 gènes, la bactérie ne semblait pas affectée. Ce sont ces résultats, obtenus en 2003, qui ont conforté Venter à rechercher le génome minimal, nécessaire et suffisant pour perpétuer la vie.

 A l’annonce de cette nouvelle, les instances religieuses ont réagi immédiatement, en exprimant leur perplexité et leur inquiétude. « L’homme vient de Dieu mais il n’est pas Dieu : il reste humain et a la possibilité de donner la vie en procréant et non pas en la construisant artificiellement » déclare le président de la commission pour les affaires juridiques de la Conférence épiscopale italienne, l’évêque Domenico Mogavero. Des questions éthiques se posent également, quand à l’utilisation dévoyée de cette découverte. Des réactions analogues avaient suivi l’annonce du clonage de la brebis Dolly, en 1996. Aujourd’hui, les recherches dans ce domaine se poursuivent sans plus provoquer la moindre réaction.

 

On peut se poser la question de savoir s’il faut interdire ce genre de recherche scientifiques ou pas ? La science en elle-même est une discipline respectable et il est nécessaire qu’elle progresse quelque soit le domaine qu’elle aborde. Par contre les technologies qui en découlent doivent répondre à des critères éthiques indéniables, quoique ceux-ci soient parfois ambigus. Rappelons-nous l’utilisation de la fission nucléaire pour la fabrication des bombes atomiques qui a, soi-disant, été nécessaire pour mettre un terme à la guerre du Pacifique en 1945. Le débat qui en suivi jeta le discrédit sur l’utilisation pacifique de cette découverte.

 Dans le cas qui nous occupe, les retombées peuvent être vraiment bénéfiques. L’équipe de Venter se penche déjà sur la possibilité de concevoir des algues synthétiques capables d’absorber le CO2 atmosphérique et d’obtenir des carburants propres. C’est l’une des nombreuses possibilités d’améliorer nos conditions de survie.

 Laissons faire la science, mais mettons des parapets afin de contenir son usage dans des technologies douteuses.

La Rédaction

(Editorial paru dans le Bulletin du G.E.S.T. de juillet 2010)

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L’énergie de demain

Pour ceux que le nucléaire inquiète, voici des propos réconfortants. Nous avons reçu une invitation à participer à une conférence sur le thème du titre de notre éditorial. Malheureusement, nous n’avons pu y assister car déjà sur la route des vacances. La présentation de celle-ci nous semblait prometteuse, aussi nous pensons utile de vous la soumettre.

 Dans le courant du mois de mars dernier, le Gouvernement Fédéral a décidé la mise au point, à Mol, d’un réacteur nucléaire expérimental, appelé MYRRHA, qualifié par les experts internationaux de projet « unique et innovant ». Le professeur Hamid Aït Abderrahim, qui était le conférencier, dirige ce projet.

 Dans un premier temps, le réacteur expérimental MYRRHA remplacera le réacteur BR2 qui, depuis 1962, également à Mol, produit des radio-isotopes médicaux utilisés pour le diagnostic et la lutte contre le cancer pour près de 30% des besoins mondiaux. Le réacteur BR2 produit également mondialement 40% du silicium dopé pour l’électronique de puissance, nécessaire notamment pour la construction des véhicules hybrides. Le nouveau réacteur assurera la continuité de ces productions mais aura d’autres possibilités, dont la recherche sur les matériaux des réacteurs du futur.

 Depuis plus de 70 ans, les ingénieurs belges travaillent à la fois sur le nucléaire et sur les accélérateurs de particules, domaines où leur expertise unique est reconnue mondialement. Ces deux technologies doivent permettre la construction de centrales nucléaires qui devront répondre aux critères suivants :

  1. produire 100 fois plus d’énergie qu’actuellement pour la même quantité d’uranium et donc d’en réduire le coût ;
  2. réduire la nocivité des déchets dans le temps par un facteur 1.000 ;
  3. assurer la pérennité de l’approvisionnement et l’autonomie énergétique de l’Europe ;
  4. éliminer le risque d’emballement de réactions en chaîne (cœur sous-critique) ;
  5. pouvoir réutiliser et brûler les déchets actuels ;
  6. empêcher la prolifération nucléaire (armement).

 Ces engagements techniques sont une réelle avancée dans ce domaine, car les centrales nucléaires de nouvelle génération seront plus faciles à piloter et présenteront encore moins de risque d’exploitation que les générations actuellement en service. De plus, elles répondront aux défis climatiques et énergétiques qui se présentent à l’humanité. Leur utilisation judicieuse permettra, en plus de produire de l’électricité, de fabriquer de l’eau douce à partir d’eau de mer et ainsi contribuer à réduire la faim dans les zones défavorisées.

En outre, le problème des déchets nucléaires à longue durée de vie sera en partie résolu par leur ré- exploitation en tant que combustible et à leur élimination dans ce nouveau type de réacteurs.

 Quoiqu’il en soit, le nucléaire vu sous cet angle est la seule solution valable de transition pour produire l’énergie dont nous avons de plus en plus besoin avant d’arriver à maîtriser la fusion beaucoup plus prometteuse. Le projet ITER, de niveau international, qui démarre en France dans le centre de recherche de Cadarache (Bouches-du-Rhône) ne donnera sa pleine mesure que d’ici quelques décennies.

 En attendant, le nucléaire a encore de beaux jours devant lui, sauf si le politique en décide autrement afin de satisfaire certains lobbys de pression qui voit leur intérêt dans d’autres domaines.

La Rédaction

(Editorial paru en septembre 2010)

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