Voyages personnels

Reprend la description des voyages d’ordre touristique.

Le chemin des Dames – Champagne – juin 2010



Le Chemin des Dames se situe dans le département de l’Aisne, entre Laon et Soisson. Il suit la crête d’une falaise séparant la vallée de l’Aisne de celle de l’Ailette. Il tient son nom des filles de Louis XV, Adélaïde et Victoire, également dénommées les « Dames de France », qui l’empruntaient pour se rendre au château de la Bove, près de Bouconville-Vauclair dans l’Aisne, propriété de leur amie, Françoise de CHAMUS (1734-1821), duchesse de Narbonne-Lara et ancienne maîtresse du roi. Par extension, l’appellation désigne l’ensemble du plateau entre ces deux vallées (fig. 27).

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Fig. 27 – Le plateau du Chemin des Dames

Les différents monuments visités lors de mon circuit



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Fig. 31 – Plan du circuit du Chemin des Dames


1. Moulin de Laffaux : théâtre de violents combats au cours des deux Guerres ;
2. Fort de La Malmaison : ruines d’un fort Séré de Rivière (1883) ;
3. La Royère : évocation de l’offensive de La Malmaison, en octobre 1917 ;
4. Cerny-en-Laonnais : mémorial, cimetière allemand et français ;
5. Monument aux Travailleurs sénégalais : groupe de neuf sculptures de Christian Lapie intitulé « Constellation de la douleur », septembre 2007 ;
6. Caverne du Dragon, musée du Chemin des Dames ;
7. Abbaye de Vauclair : ruines d’une abbaye cistercienne fondée en 1134 ;
8. Monument des Basques, à la mémoire de la 36e Division d’infanterie composée de soldats originaires du sud-ouest de la France ;
9. Statue de Napoléon, en souvenir de la bataille de Craonne du 7 mars 1814 ;
10. Plateau de Californie, l’un des objectifs de l’offensive Nivelle du 16 avril 1917. « Ils n’ont pas choisi leur sépulture », œuvre d’Haïm Kern, novembre 1998 ;
11. Arboretum du vieux Craonne, site de l’ancien village rasé en 1914-18 ;
12. Monument national des chars d’assaut, élevé en 1922 sur le lieu d’engagement des premiers chars d’assaut français en avril 1917.

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Fig. 32 – Les Allemands à Hurtebise en 1915


Mémorial du Chemin des Dames (Cerny-en-Laonnois) – (fig. 34)

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Au bord de la D18 (Chemin des Dames), en entrant dans le village, en direction de la Caverne du Dragon et de la Ferme d’Hurtebise, face à la nécropole française, cette petite chapelle constitue le Mémorial du Chemin des Dames (fig. 33). Elle a été inaugurée le 22 avril 1951.



Fig. 33 – La chapelle du Mémorial


A l’intérieur, de nombreuses plaques sont là pour rappeler le drame vécu par les familles qui ont perdu des êtres chers sur ce champ de bataille, qu’ils soient « anonymes » ou illustres, tel de général DES VALLIERES, tué le 28 mai 1918 à Juvigny, lors de l’offensive allemande sur le Chemin des Dames.

Située en face de la chapelle se trouve la Lanterne des Morts, dont le feu symbolise, dans la nuit, les champs de bataille de la Grande Guerre. Elle a été érigée pour être visible, à la fois, des cathédrales de Laon, Soissons et Reims. On trouve également ce genre de monument à Verdun et à Notre-Dame-de-Lorette.
Juste devant la lanterne, un monument est dédié à la 38e Division d’Infanterie groupant les R.I.C.M. 4e Zouaves, 4e Mixte Zouaves Tirailleurs, 8e Tirailleurs Tunisiens, 32e R.A.C. Cies du Génie 19/2 – 19/52. La 38e D.I. a combattu en septembre 1914 au Chemin des Dames, Craonne et Hurtebise, en avril 1917 à Cerny, aux Bovettes et encore à la ferme d’Hurtebise, en octobre 1917 à Chavignon, aux Carrières de Bohery et au Fort de la Malmaison.
A noter qu’un autre monument à la 38e division se trouve à proximité du fort de la Malmaison.
(Source : Alain POUTEAU – 1er octobre 2005)

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Fig. 34 – Le Mémorial du Chemin des Dames


Nécropole française (Cerny-en-Laonnois) (fig. 35)
Située en face du mémorial du Chemin des dames, au bord de la D18, aménagée de 1919 à 1925, cette nécropole de 13.515 m² contient 5.150 corps, dont 2.386 en ossuaire, ainsi que 54 tombes russes. (Source : Alain POUTEAU – 1er octobre 2005)

Nécropole allemande (Cerny-en-Laonnois) (fig. 36)
Située à côté du cimetière français, cette nécropole a été édifiée par la France, en 1919. On y a regroupé 5.125 tombes provenant du secteur du Chemin des Dames. Dans les années 1924/1925, d’autres tombes, provenant du même secteur, ont également été regroupées ici. Aujourd’hui, cette nécropole contient 7.526 corps (croix en pierre) : 3.533 reposant dans des tombes individuelles (dont 46 n’ont pu être identifiés) et 3.993 dans l’ossuaire (dont 3.080 n’ont pu être identifiés). Les hommes inhumés ici ont été tués, sur le Chemin des Dames, au cours des combats de l’automne 1914, au printemps 1915 ainsi que lors des batailles de 1917 et 1918. (Source : Alain POUTEAU – 20 juin 2006)

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Fig. 35 – Nécropole française (Cerny-en-Laonnais)

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Fig. 36 – Nécropole allemande (Cerny-en-Laonnois)


Monument au 1er bataillon du Loyal North Lancashire (Cerny-en-Laonnois) (fig. 37)
Au bord de la route qui mène à Vendresse se trouve ce monument britannique à la gloire des hommes du 1er Bataillon Loyal North Lancashire tombés lors de l’assaut de la sucrerie de Cerny en 1914, première bataille du Chemin des Dames. Ces hommes reposent dans la nécropole de Vendresse. (Source : Alain POUTEAU – 1er octobre 2005)
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Fig. 37 – Monument au 1er bataillon du Loyal North Lancashire


Monument à la mémoire de Louis ASTOUL (Chemin des Dames)

Situé avant la Caverne du Dragon, cette stèle érigée à la mémoire de Louis ASTOUL, rend aussi et surtout hommage aux Sénégalais. On peut y lire : « A la mémoire de notre fils bien aimé, le sous-lieutenant Louis ASTOUL, du 70e Sénégalais, tombé glorieusement dans ces parages à l’âge de 24 ans au cours de l’assaut du 16 avril 1917 et de ses camarades ».
Louis ASTOUL, né le 10 août 1892 dans l’Orne, a été porté disparu près du village de Paissy. (Source : Alain POUTEAU – 1er octobre 2005)

Monument au 4e régiment de Zouaves (Caverne du Dragon)
Situé en face de la Caverne du Dragon, ce monument fait référence aux combats de septembre 1914. Il est écrit : « A la Gloire du 4e Régiment de Zouaves. Le Général commandant le 18e Corps d’Armée cite à l’Ordre le 4e Régiment de Zouaves pour sa brave et énergique conduite à la Ferme de la Creute qu’il conserva pendant 7 jours sous une canonnade violente, une mousqueterie incessante et des assauts répétés. Général DE MAUD’HUY ordre n°20 du 29 septembre 1914 ».
Une plaque au 4e zouaves se trouve apposée sur les murs de la ferme d’Hurtebise. (Source : Alain POUTEAU – 1er octobre 2005)

Monument à la 164e division (Caverne du Dragon)
Situé à côté du précédent, ce monument est dédié aux morts de cette division, tombés au Chemin des Dames en 1917. Cette division attaqua en juin la ferme d’Hurtebise et la Caverne du Dragon ; en juillet, Craonne et le Plateau de Californie.
C’est cette division, en particulier le 152e R.I., qui reprit la caverne du dragon le 25 juin 1917, qu’elle occupa ensuite jusqu’au 26 juillet. (Source : Alain POUTEAU – 1er octobre 2005)

Monument au 41e bataillon de chasseurs à pied (Caverne du Dragon)
Ce monument rend hommage aux combattants du 41e BCP tombés à la caverne du dragon et au Chemin des Dames de mai à juillet 1917.
Ce bataillon de chasseurs à pied faisait partie, d’août 1916 à novembre 1918, de la 164e division honorée sur le monument précédent. Le 22 mai 1917, il se battait sur le plateau des casemates ; le 25 juin, au monument d’Hurtebise et à la caverne du dragon ; du 19 au 25 juillet, sur le plateau de Craonne. (Source : Alain POUTEAU – 1er octobre 2005)

Caverne du Dragon (Chemin des Dames)
Située sur le territoire d’Oulches-la-Vallée-Foulon, la Caverne du Dragon est une ancienne carrière de pierre, une « creute », dont l’origine remonterait au XVIe siècle et qui fut exploitée jusqu’au XIXe siècle. Le mot « creute » désignait autrefois dans la région les carrières de pierre creusées dans le calcaire du plateau. Adossée à une ferme, elle lui avait donné son nom : la ferme de la Creute.
Après les combats de septembre-octobre 1914, la ferme reste la seule position du Chemin des Dames occupée par les troupes françaises. Plus qu’un abri de fortune, elle devient un enjeu militaire stratégique. Le 25 janvier 1915, les Allemands s’en rendent maître. Ils relient la Creute par un tunnel à une carrière située sur le versant sud de la vallée de l’Ailette, qu’ils baptisèrent Drachenhöle (Caverne du Dragon), nom inspiré de la mythologie germanique. Elle fut alors aménagée en caserne avec postes de tir, dortoirs, poste de premier secours, chapelle (dont subsiste encore l’autel) et même cimetière, avec pierres tombales. Un réseau électrique y fut installé et des points d’eau permettaient une hygiène minimum.
Le 25 juin 1917, les Français reprennent la position, mais, ils ne restent pas longtemps les seuls occupants. Une contre-offensive permet aux Allemands de s’installer également dans la carrière, entraînant une situation insolite.
De la fin juillet à octobre 1917, Allemands et Français cohabitèrent dans la caverne et des murs construits pour prévenir les attaques au gaz, devinrent en quelque sorte une frontière intérieure.
Ouverte au public dans sa nouvelle version, en 1999, la Caverne du Dragon est devenue aujourd’hui un musée qui se veut un lieu du Souvenir, évoquant la vie quotidienne du soldat à l’aide d’objets, d’animations, de vidéos et d’images d’archives.
Traces de l’occupation allemande : des signalisations tracées sur les murs alors qu’une pierre gravée, référence biblique (Jean 15-13), nous rappelle que « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis ».
Aujourd’hui, des débris et vestiges, de toutes sortes, nous laissent imaginer la vie qui fut celle des combattants de la Grande Guerre dans cette caverne.

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Fig. 38 – Plan de l’offensive de juin 1917 dans le secteur de la Caverne du Dragon


Informations pratiques
Horaires et jours d’ouverture :
– Février à avril : du mardi au dimanche de 10h à 18h ou 19h ;
– Mai, juin et septembre : tous les jours de 10 de 10h à 18h ou 19h ;
– Juillet et août : tous les jours de 10h à 19h ;
– Octobre à décembre : du mardi au dimanche de 10h à 18h.

Visites guidées (1h30)
De 10h à 12h et de 13h à 16h30 (17h30 en juillet/août et week-end d’août et week-end d’avril à juin)

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Fig. 39 – La vallée de l’Aisne actuelle depuis la Caverne du Dragon


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Fig. 40 – Reconstitution d’un cratère d’obus

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Fig. 41 – Reconstitution d’une tranchée


Plaque au 4e Zouaves (Ferme d’Hurtebise)
La ferme d’Hurtebise était, avant la Grande Guerre, une ancienne ferme cistercienne de l’abbaye de Vauclair. Elle fut le lieu d’âpres combats dès septembre 1914, où elle fut prise et perdue de nombreuses fois avant d’être finalement abandonnée aux Allemands, en feu et en ruines, par les Français. Le 16 avril 1917, c’est ici que la 10e division d’infanterie coloniale, composée des 33e, 52e et 53e régiments d’infanterie coloniale, ces deux derniers comportant des bataillons sénégalais, combattit dans ce qui restait de la ferme. Des combats qui perdurèrent jusqu’en septembre.

Apposée sur l’un des murs de la ferme, on peut lire sur cette plaque : « A la gloire du 4e régiment de zouaves vainqueur des combats de 1914 et 1917 contre la garde impériale allemande à la ferme d’Hurtebise ».

En septembre 1914, le 4e zouaves a combattu, dès le 14 à la ferme de la Creute et le 16 à la ferme d’Hurtebise, dans ce secteur où il resta jusqu’à la fin octobre. Dans la nuit du 17 au 18 avril 1917, ils revenaient ici, capturant ce que l’on appelait toujours « le monument d’Hurtebise ».
Un monument au 4e zouaves se trouve également face à la Caverne du Dragon où il y avait, en septembre 1914, une ferme appelée « ferme de la Creute ». Cette creute qui deviendra la Caverne du Dragon. (Source : Alain POUTEAU – 1er octobre 2005)

Monument des « Marie-Louise » (Ferme d’Hurtebise) – (fig. 42)
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Ce monument est situé face à l’entrée de la ferme d’Hurtebise. Le 7 mars 1914, une commémoration eut lieu à cet endroit pour fêter le centième anniversaire de la victoire de la bataille dite de Craonne, remportée par Napoléon 1er. Au cours de cette bataille, l’Empereur utilisa le moulin de l’abbaye de Vauclair, qui se trouvait à quelques centaines de mètres à l’est de cette ferme, comme observatoire. Aujourd’hui, une statue le représentant a été érigée, et inaugurée le 30 juin 1974, sur un tertre placé sur les vestiges de ce moulin, qui a été détruit au cours de la Grande Guerre.


Fig. 42 – Monument des « Marie-Louise »


Cette bataille de Craonne fut la dernière victoire de l’Empereur. Ce soir là, déjà, 12.000 morts jonchaient le champ de bataille. On érigea alors un monument au pied duquel les fleurs continuaient de faner quand les premiers combats de la Grande Guerre eurent lieu ici. Et tout au long de la guerre, il continua à être un objectif alors qu’il n’était plus que ruines en septembre 1914 et même plus que poussières en 1917.

Après guerre, on érigea alors l’actuel monument qui unit dans un même élan le soldat de l’Empire au Poilu de 14-18. Sur une plaque, on peut lire :

« A la vaillance de la jeunesse française. Marie Louise de 1814, Bleus de 1914 unis dans une même gloire ».

Ce terme de « Marie Louise » est le nom donné aux jeunes soldats de l’Empereur, en honneur à l’Impératrice, mais également celui donné à la « classe 16 », c’est-à-dire les mobilisés qui avaient vingt ans en 1916. A ce propos, et contrairement à ce que l’on peut lire sur la plaque, la classe 14 reçut le nom de « biquets », tandis que classe 17 reçut celui, plus connu, de « bleuets ». Et, curieusement, les autres classes n’eurent pas droit à leur surnom. (Source : Alain POUTEAU – 1er octobre 2005)

Monument aux 8e et 208e R.I. (Craonne)
Situé au carrefour des départementales 18, 182 et 889, on peut lire sur ce monument : « Aux officiers, sous-officiers et soldats des 8e et 208e R.I. ayant combattu en avril 1917 à Craonne-Chevreux. 1914-1918. Dinant – Guise – Marne – Aisne – Champagne – Verdun – Somme – Flandres – Ourcq – Ailette ».
Le 8e R.I. appartint, durant toute la durée de la guerre, à la 2e division d’infanterie, à laquelle fut rattaché, en novembre 1916, le 208e qui jusqu’alors combattait au sein de la 51e. Cette 2e D.I. combattit, durant toute la durée du conflit, plusieurs fois dans l’Aisne : bataille de Guise en août 1914 ; combats à la ferme du Choléra, La Ville-aux-Bois, Sapigneul et la Côte 108 en octobre et novembre 1914 ; à nouveau Berry-au-Bac et La Ville-aux-Bois de mai à septembre 1915 ; puis dans le même secteur d’octobre, de la même année, à février 1916 ; Soupir et la route de Paissy à Ailles d’avril à juillet 1916 ; Craonne en avril 1917 ; Soissons en janvier 1918 ; en réserve à Montigny-Lengrain fin mai 1918 ; Dammard et Troësnes en juin et juillet de la même année.
Le 16 avril 1917, le 8e R.I. attaqua le hameau de Chevreux, aujourd’hui disparu et symbolisé par ce monument, au pied des pentes de Craonne. Mais des positions allemandes qui surplombaient les abords du hameau, obus et rafales de mitrailleuses fauchèrent les Français dès les premières heures du jour. En quelques heures, le 8e R.I. déplora la perte de plus d’un millier d’hommes sans avoir réussi à parcourir plus de dix mètres et, dans le même temps, il ne resta également plus que des débris du 208e, qui se trouvait à sa droite. (Source : Alain POUTEAU – 1er octobre 2005)

Chapelle (Craonne)
Cette chapelle se trouve au bord de la route reliant Craonnelle à Craonne. Malgré le temps, on parvient encore à lire ce qui est écrit sur les plaques qui y sont apposées. L’une d’elles permet de comprendre la raison de ce monument religieux, car il est écrit : « Monseigneur DOUILLARD, évêque de Soissons, aumônier au 73e R.I., en ces lieux à la Vierge de Beaumarais ». Une deuxième rend hommage au 46e R.I. tandis que, sur une autre, on peut lire : « A la mémoire du capitaine MARQUE, tombé le 30 mai 1917 au Blanc Sablon ». Jean MARQUE, du 152e R.I., était né le 21 novembre 1871, à Sainte-Marie, dans le Gers.
Enfin, une dernière rend hommage au colonel LECOQ, commandant le 18e G.R.C.A., avec ces deux dates : 1914-1918 et 1939-1940. (Source : Alain POUTEAU – 1er octobre 2005)

Monument à la mémoire de Joseph HIRSCH (Craonne)
Au bord de la D18, en allant vers Corbeny, ce monument est à la mémoire de Joseph HIRSCH, lieutenant au 2e Génie, né le 23 mars 1880 à Jaffa (ancienne ville de Syrie, aujourd’hui d’Israël), chevalier de la Légion d’Honneur, Croix de Guerre, tombé à Craonne le 5 mai 1917. (Source : Alain POUTEAU – 1er octobre 2005)

Vestiges du village (Craonne)
Situé au bord de la D18, à la sortie de l’actuel Craonne, en direction de Corbeny, il ne reste plus rien du Vieux Craonne, chef-lieu de canton de 608 habitants avant le conflit, situé sur les pentes de ce que l’on appelait la « montagne de Craonne ». Dès septembre 1914, il fut le théâtre d’âpres combats, comme le 24, où la 35e D.I. tenta par deux fois de capturer le village occupé par les Allemands. Le 16 avril 1917, ce fut le 1er R.I. qui attaqua le village : en moins de dix minutes, ceux qui avaient survécu à Verdun et à la Somme furent décimés par les tirs de mitrailleuses. Finalement, le 4 mai, le 18e R.I. enleva la position qui n’était plus que ruines après les bombardements français entrepris depuis avril.

Le Craonne d’aujourd’hui a été construit plus bas, un peu plus au sud, de 1921 à 1925 (c’était un immense chantier où travaillaient jusqu’à quatre cents personnes toutes extérieures à la région) et un arboretum a été aménagé par l’Office National des Forêts à l’emplacement de l’ancien village qui est situé en zone rouge. On y distingue encore quelques entonnoirs d’obus, quelques tranchées, les vestiges de quelques caves et ceux de l’ancien cimetière. C’est là que repose Yves GIBEAU, auteur de « Allons z’enfants », qui était profondément attaché au Chemin des Dames. (Source : Alain POUTEAU – 1er octobre 2005)

Les villages disparus du Chemin des Dames
Nombreuses ont été, au cours de la Grande Guerre, les communes détruites partiellement ou intégralement par les combats. Certaines ont été reconstruites, d’autres ont disparu à jamais. Sur le Chemin des Dames, plusieurs villages ont ainsi été complètement rasés. Tous, se sont retrouvés, au lendemain de la guerre, classés en zone rouge et condamnés à disparaître. Pourtant, avec la volonté des habitants, certains sont toujours là aujourd’hui pour témoigner de ce passé ; même si l’on peut regretter que n’aient été entendus les souhaits de certains combattants qui voulaient que la zone du front, tel un sanctuaire, ne soit jamais « remise en état » pour montrer aux générations futures ce que fut leur calvaire.
Ainsi, Craonne, le plus célèbre d’entre-eux, reprendra vie, quelques dizaines de mètres en contrebas et verra ses ruines transformées en arboretum. Un sort identique à celui de Cerny-en-Laonnois. L’actuel village a, en effet, été rebâti là où se trouvait, à l’époque, la sucrerie (lieu d’âpres combats entre Britanniques et Allemands, en septembre 1914, puis entre Français et Allemands, en particulier en avril 1917, lors de l’offensive Nivelle). Les ruines de l’ancien Cerny se trouvent, elles, au milieu de la végétation, sur les pentes nord du plateau, à proximité du cimetière communal qui est toujours au même endroit, seul lien entre passé et présent.

D’autres villages disparaîtront à jamais mais pour que leur nom ne tombe jamais dans l’oubli, il a été rattaché à celui des communes qui ont hérité de leur territoire. Ainsi, Chermizy est devenu Chermizy-Ailles (Ailles où, aujourd’hui, un monument édifié avec des vestiges du village rappelle son tragique destin : « Ici fut Ailles ») ; Vendresse est devenu Vendresse-Beaulne, en souvenir de Beaulne-et-Chivy ; Pancy en Pancy-Courtecon ; Colligis en Colligis-Crandelain en mémoire de Crandelain-et-Malval ; Moussy en Moussy-Verneuil pour Verneuil-Courtonne. Seule exception, Vauclair-et-La-Vallée-Foulon verra son territoire partagée en deux : Bonconville-Vauclair et Oulches-La-Vallée-Foulon.

D’autres villages portent également dans leur nom le destin qui a été le leur. Il en est ainsi pour Sancy-les-Cheminots, reconstruit par la volonté d’un père, soutenu par les cheminots. Mais d’autres ont disparu, purement et simplement, effacé par le temps et les hommes, tel le hameau de Chevreux, qui dépendait de la commune de Craonne.

Vestiges de tranchées et blockhaus (Plateau de Californie)
Il y a deux façons de parvenir au plateau de Californie. La première, en partant de la ferme d’Hurtebise, en longeant le plateau des Casemates et les vestiges du moulin de Vauclair, où s’élève aujourd’hui la statue de Napoléon 1er. La seconde, en venant de l’actuel village de Craonne, reconstruit au pied de la « montagne de Craonne », où une vue imprenable s’offre aux yeux du visiteur. Imprenables ! C’est bien ce que devaient penser les Poilus qui devaient prendre d’assaut les positions de l’ancien village de Craonne et le plateau de Californie.
Parvenu, justement, dans les ruines à peine visibles de ce village, en empruntant le chemin menant à son cimetière, il ne faut pas hésiter à emprunter le petit escalier qui mène au bord du plateau de Californie. Parvenu à cette hauteur, le visiteur découvrira un ancien abri bétonné allemand sur lequel le 18e R.I. a édifié un monument à la mémoire de ses soldats. En reprenant votre souffle, vous ne manquerez pas de constater que ceux qui, en 1917, avaient gravi cette pente, n’avaient pas d’escalier pour les aider et qu’ils portaient sur le dos un barda de trente kilos, sans compter les paquets de boue qui collaient à leurs pieds. Bien sûr, ils avaient également droit aux rafales de mitrailleuses en guise d’accueil. Sur le plateau proprement dit, classé en zone rouge, des pinèdes ont été plantés parce qu’il n’y avait rien d’autre à faire. Le promeneur d’aujourd’hui pourra alors suivre les sentiers balisés d’où il apercevra, malgré le temps et l’érosion, des vestiges de tranchées et de cratères d’obus. (Source : Alain POUTEAU – 1er octobre 2005)

P« Ils n’ont pas choisi leur sépulture » (Plateau de Californie) (Fig. 43 & 44)
Sur le plateau de Californie, cette sculpture en bronze de près de quatre mètres de haut, réalisé par Haim KERN, a été inauguré, le 5 novembre 1998, par le Premier ministre, Lionel JOSPIN, accompagné du ministre de la Culture et de la Communication et du secrétaire d’Etat aux Anciens Combattants. Cette sculpture rend hommage à tous les anonymes du champ de bataille, pris dans les mailles de l’Histoire.
(Source : Alain POUTEAU – 1er octobre 2005)
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Fig. 44 – Tête en bronze

Fig. 43 – Sculpture de Haim KERN




Monument au 18e R.I. (Plateau de Californie)
A la Belle Époque, il y eut sur ce plateau, que l’on appelait également « montagne de Craonne », un petit emplacement de loisir avec des guinguettes, où le public venait se divertir le dimanche, et un petit jardin de plantes exotiques, qui prit le nom de plateau de Californie. Avec le plateau de Vauclair et celui des casemates, qui se trouvent à l’ouest, cet endroit fut un lieu de désolation et de mort. Il fut classé, après-guerre, en zone rouge et le demeure d’ailleurs encore. Avec le « Vieux-Craonne », c’est un endroit où l’on découvre vestiges de tranchées et de cratères d’obus, tout juste masqués par les arbres que l’on y a plantés.
A l’extrême rebord oriental du plateau de Californie, un petit mémorial à la mémoire du 18e régiment d’infanterie (Pau) a été implanté, en 1927, au sommet d’un ancien abri bétonné allemand. On peut y lire : « A la gloire du 18e R.I. de Pau (Béarn – Pays Basque – Gascogne), régiment d’élite chargé d’enlever le plateau de Craonne, position jugée inexpugnable, l’a pris d’assaut dans un élan superbe. Citation à l’armée – 4-5 mai 1917 ». Du 14 septembre 1914 au 24 avril 1916 (Craonnelle, plateau de Vauclair, ferme d’Hurtebise, ferme de la Creute), du 22 avril au 8 mai 1917 (Craonne, plateau de Californie), du 30 mai au 15 juin 1917 (plateau des casemates, Craonne) et enfin du 15 septembre au 12 octobre 1918 (plateau et forêt de Pinon, Chavignon, à l’ouest), le 18e R.I. fut au Chemin des Dames. Placé en réserve au moment de l’offensive Nivelle, le 16 avril 1917, le 18e R.I. paya un très lourd tribu, à partir du 4 mai, lors de la prise de Craonne et du plateau de Californie : 40% de pertes. Plus tard, le 27 mai 1917, alors qu’il venait d’être mis au repos à Villers-sur-Fère, apprenant qu’ils devaient remonter en première ligne, des incidents éclatèrent, les hommes refusèrent de monter dans les camions.

Les mutineries éclataient dans l’armée française. Au 18e R.I., douze hommes furent déférés devant le conseil de guerre, le 7 juin, et cinq furent condamnés à mort pour « révolte sous les armes ». L’un deux fut gracié, un autre parvint à s’échapper (il sera d’ailleurs contraint de s’exiler jusque dans les années 30) et trois furent fusillés, au petit matin du 12 juin. (Source : Alain POUTEAU – 1er octobre 2005)

Statue de Napoléon (Plateau de Hurtebise)
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Cette statue (fig. 45) commémore la victoire de l’Empereur sur les Prussiens et les Russes, le 7 mai 1814, lors de la bataille de Craonne.






Fig. 45 – Statue de Napoléon


Monument au R.I.C.M (Chemin des Dames)
Situé à la Malmaison, entre la ferme et le fort, ce monument, inauguré le 8 juillet 1934, rend hommage au régiment d’infanterie coloniale du Maroc qui a été cité dix fois à l’ordre de l’armée, dont une pour sa conduite aux combats de la Malmaison.

On peut y lire : « Régiment d’élite sous l’énergique commandement du lieutenant-colonel DEBAILLEUL a, le 23 octobre 1917, par une manoeuvre audacieuse difficile et remarquablement exécutée, encerclé et enlevé de haute lutte les carrières de la Bohéry, s’est emparé ensuite des lignes de tranchées du Chemin des Dames que la garde prussienne avait l’ordre de défendre à tout prix, puis progressant encore sous un feu violent d’artillerie et de mitrailleuses sur une profondeur de plus de deux kilomètres et demi malgré des pertes sensibles, a atteint avec un entrain admirable tous les objectifs, infligeant à l’ennemi de lourdes pertes, capturant 950 prisonniers dont 14 officiers, 10 canons, dont 8 de gros calibre, et un nombreux matériel de guerre. Ordre général n° 529 du 13 novembre 1917 du général commandant la VIe armée » (Source : Alain POUTEAU – 1er octobre 2005)

Monument à la 38e division (Chemin des Dames)
Situé à l’entrée du chemin qui mène au fort de la Malmaison (près de la nécropole allemande qui contient les corps de soldats tombés au cours de la seconde guerre mondiale), cette stèle rend également hommage aux combats du 23 octobre 1917. On peut y lire : « Le 23 octobre 1917, la 38e Division comprenant le 4e Régiment Zouaves, le R.I.C.M. (Régiment d’Infanterie Coloniale du Maroc), le 4e Régiment mixte Zouaves-Tirailleurs, le 8e Régiment Tirailleurs Tunisiens, le 32e Régiment d’Artillerie de campagne, part à l’attaque. D’un seul élan, le 4e Zouaves s’empare du Fort de la Malmaison et de tous ses objectifs, faisant les 23-24-25 octobre 600 prisonniers, capturant 17 canons et de nombreuses mitrailleuses, obtenant sa 6ème citation à l’ordre de l’Armée ».

CUn autre monument à la 38e division se trouve au mémorial du Chemin des Dames, à Cerny-en-Laonnois. (Source : Alain POUTEAU) (fig. 46)
On peut y lire :
« Monument à la 38e division d’infanterie
Groupant les R.I.C.M. 4e zouaves, 4e mixte zouaves tirailleurs, 8e tirailleurs tunisiens, 32e R.A.C. Cies du Génie 19/2 – 19/52
A combattu
En septembre 1914 – Chemin des Dames – Craonne – Heurtebise
En avril 1917 – Cerny – La Bovette – Heurtebiseohery
Reprise du Fort de La Malmaison le 28 octobre »



Fig. 46 – Monument à la 38e division (Cerny)

Monument au 99e R.I.A. (Chemin des Dames)
Après avoir passé la ferme de La Royère, on trouve, sur la droite, ce monument qui rend hommage au 99e régiment d’infanterie alpine qui combattit, au cours des deux guerres mondiales, au Chemin des Dames : le 20 mai 1917 et le 8 juin 1940. (Source : Alain POUTEAU – 1er octobre 2005).

Monument à la mémoire de Jean ROBLIN (Chemin des Dames)
Cette stèle se trouve au bord du Chemin des Dames entre la ferme de la Royère et celle de Malval.
On peut y lire : « A la mémoire de Jean ROBLIN mort pour la France à l’âge de 19 ans et de ses camarades du 146e d’Infanterie tombés avec lui le 18 mai 1917« .
Jean ROBLIN était né le 8 septembre 1897 à Sannois (ancienne Seine-et-Oise, aujourd’hui Val d’Oise) et a été tué à l’ennemi au combat d’Ostel. (Source : Alain POUTEAU – 1er octobre 2005)

Monument à la mémoire de Marcel DUQUENOY (Chemin des Dames)
Cette stèle se trouve au bord du Chemin des Dames entre la ferme de la Royère et celle de Malval.
On peut y lire : « Marcel DUQUENOY, de Calais, âgé de 20 ans, aspirant au 350e d’Infanterie. En souvenir de notre fils disparu le 6 mai 1917, dans le bois en face« . Marcel DUQUENOY était né le 15 juin 1897. (Source : Alain POUTEAU – 1er octobre 2005)

Monument à la mémoire de Jean DAULY (Chemin des Dames)
Cette stèle se trouve au bord du Chemin des Dames entre la ferme de la Royère et celle de Malval.
On peut y lire : « Jean DAULY, 350e Régiment d’Infanterie, tué le 6 mai 1917 dans le petit bois en face à l’âge de 20 ans. Regretté de sa mère, de toute sa famille et de ses camarades. Priez pour lui« . Le « bois en face » se trouve de l’autre côté de la route, face à cette stèle. Il fut le lieu de violents combats. Jean DAULY était né le 22 avril 1897 à Plélo (ancienne Côtes du Nord, aujourd’hui Côtes d’Armor). (Source : Alain POUTEAU – 1er octobre 2005)

Tombe de Henri DE BONAND-MONTARET (Chemin des Dames)
Cette tombe se trouve à la ferme de Malval. On peut y lire : « L’an 1917, le 5e jour de mai, le Christ qui aime les Francs ouvre son royaume à 180 chasseurs à pied du 2e Bataillon, assaillant bravement Malval après 33 mois d’une cruelle guerre, pour arracher leur pays à l’injuste ennemi. Parmi eux, le sous-lieutenant Henri DE BONAND-MONTARET, licencié en histoire et engagé volontaire à 19 ans, tomba ici pour l’amour de la France, DE MONTARET, de ses hommes, Français, ne craignez rien mais priez Dieu pour le bataillon. ‘… d’Henri du 16 avril 1917’« . Henri DE BONAND-MONTARET, du 14e régiment de Dragons, était né le 19 mars 1895 à Sauvigny (Allier). (Source : Alain POUTEAU – 1er octobre 2005)

Calvaire (Chemin des Dames)
Ce calvaire, qui se trouvait au croisement de la N2 et de la D18, a été érigé le 14 septembre 1924 par souscription nationale. Avec les travaux récents sur la N2, ce monument a peut-être été déplacé … (Source : Alain POUTEAU – 1er octobre 2005)
Source : http://www.picardie1418.com/fr/transversales/decouvrir-le-chemin-des-dames.php


Aspect géologique du Plateau de Californie

Au niveau du parking, du point de vue géologique, on observe une coupe dans le flanc du talus constituée d’un amas calcaire dans lequel on peut découvrir des traces de fossiles marins (fig. 47). J’ai ramassé trois échantillons présentant des marques fossilifères.

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Fig. 47 – Coupe au niveau du point d’observation du Plateau de Californie


Entre Laon et l’Aisne, s’étend une région relativement accidentée. A l’origine, cette zone était surtout constituée de dépôts sableux, sur un socle de craie et d’argile. Cet ensemble fut recouvert par une faible couche d’argile, et une succession de bancs de calcaire de puissance variée. Une dernière couche d’argile coiffa le tout. Lors de la régression de la mer qui recouvrait la région, à la suite du soulèvement lent du sol, le sable a été emporté en partie, là où les bancs de calcaire ne le protégeait pas suffisamment. Durant les millénaires suivants, cette action s’est accentuée, engendrant un pays constitué de plateaux à contours échancrés, situés à une centaine de mètres au-dessus du fond des vallées et, naturellement, tous de même formation géologique.
Cette région est coupée, d’est en ouest, par la vallée de l’Ailette. Entre l’Aisne et l’Ailette s’étire le massif du « Chemin des Dames », peu découpé sur le front nord, mais profondément déchiqueté sur le front sud. Au nord de l’Ailette, vers Laon, qui en est un îlot détaché, s’étend un autre massif également fort entamé.

Source: http://artilleur-guerre14-18.jimdo.com/le-chêne-colossal-de-trucy/

coupe geol web

Fig. 48 – Coupe géologique du Noyonnais (J.Y BONNARD)


Crédit photos :
Fig. 27, 33-47 : Robert SIX; Fig. 28 : Library of Congress; Fig. 30 : public display at war cemetary Soupir; Fig. 32 : Coll. départementales Caverne du Dragon; Fig. 29 : ?; Fig. 31 : Conseil générale de l’Aisne ; Fig. 48 : J.Y. BONNARD

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Visite de la capitale de l’Avesnois.

Avesnes-sur-Helpe


 

Historique

A la fin du Xème siècle, Wédric le Barbu fait connaître Avesnes
Les traces d’occupation humaine dans l’agglomération remontent à l’époque gauloise avec l’oppidum du Flaumont situé à 2 Km à l’est de la ville. Bien qu’il ait été exploité comme carrière au XIXème, des fragments de  » murus gallicus  » y sont encore visibles.
Des cimetières mérovingiens furent découverts au XIXème à Avesnelles et Haut-Lieu. Le nom d’Avesnes, qui viendrait selon certains du latin Advenientes et signifierait  » les immigrants « , pourrait faire allusion à l’arrivée précoce de Francs en pays alors gallo-romain.
Avesnes entre dans l’histoire à la fin du Xème avec Wédric le Barbu, premier Seigneur connu qui y construisit une tour. Son Fils Thierry est à l’origine d’une véritable ville fortifiée autour d’un château situé sur une falaise dominant l’Helpe qui lui permet de contrôler l’itinéraire Nord-Sud entre Brabant et Bourgogne. Les seigneurs d’Avesnes vont dominer un vaste territoire aux confins de la France relevant théoriquement du Comté de Hainaut. Ils cherchent à être indépendants et mènent pour cela une politique d’affranchissement des communautés rurales qui se manifeste notamment par la Charte – Loi de Prisches (1158).

Jacques d’Avesnes : le compagnon de guerre de Richard Cœur de Lion
La dynastie féodale atteint son apogée avec Jacques D’AVESNES, compagnon de Richard Cœur de Lion chef d’une des armées de la 3ème croisade où il meurt héroïquement. Son fils aîné Gauthier II meurt en 1216, ne laissant qu’une fille, de sorte que la terre d’Avesnes passe par le jeu des successions et mariages à diverses familles princières. On retiendra surtout Olivier DE BRETAGNE qui tenta une sorte de coup d’état, provoqua le soulèvement de la noblesse bretonne contre lui et dut se réfugier à Avesnes.
Il faut aussi évoquer la figure de Louise D’ALBRET, grand’ tante de Henri IV qui restaura la ville au XVIème. Le fils cadet de Jacques D’AVESNES, Bouchart, épousa Marguerite DE CONSTANTINOPLE Comtesse de Flandres et de Hainaut. Mais ayant été ordonné sous-diacre, son mariage fut annulé et Marguerite se remaria avec Guy DE DAMPIERRE. La guerre entre les Avesnes et les Dampierre pour le partage de l’héritage de Marguerite DE CONSTANTINOPLE se régla par un arbitrage de Saint-Louis qui attribua le Hainaut aux d’Avesnes. Pendant le Moyen Age, la ville d’Avesnes développa ses activités artisanales de draperie et de tannerie. Ses productions sont attestées aux foires du Lendît et jusqu’à celles de Châlons-sur-Saône.
Bien que les seigneurs d’Avesnes fussent des princes français, le sentiment d’appartenance aux Pays-Bas Bourguignons se développa au XVème. En 1477, Alain D’ALBRET alors tout à la fois Seigneur d’Avesnes et Connétable de France, mit le siège devant sa propre ville pour le compte du Roi Louis XI. L’attachement à la Bourgogne l’ayant emporté sur l’obéissance vassalique, l’assaut dut être donné et Avesnes, qui pourtant seize ans auparavant avait accueilli le même Louis XI au moment où celui-ci prit le titre de Roi de France, fut complètement détruite à l’exception de rares maisons et du choeur de l’église.
L’échec final de Louis XI dans sa tentative de mainmise sur le Hainaut allait faire d’Avesnes une ville fortifiée gardant la frontière qui se trouvait alors à la limite actuelle des départements du Nord et de l’Aisne. Dés 1556, la ville d’Avesnes est détachée de la Terre et de la Banlieue pour être cédée au Roi d’Espagne. C’est alors qu’elle est réduite à la superficie actuelle d’environ 220 ha.

En 1659, Avesnes est rattachée à la France par le traité des Pyrénées
En 1659, Avesnes est rattachée à la France par le traité des Pyrénées. VAUBAN remanie un peu les fortifications de la place qui constitue désormais un élément de la deuxième ligne, défendant le fameux « pré carré du royaume ».
Après la fin des guerres de Louis XIV s’ouvre une période de prospérité qui permit la construction de la plupart des maisons de la vieille ville. En octobre 1793 Avesnes fut le siège de l’état-major de JOURDAN et CARNOT lors de la bataille de Wattignies qui, en opérant le déblocus de Maubeuge, mit un coup d’arrêt à l’invasion autrichienne.
Napoléon y rédigea son dernier ordre du jour avant la bataille de Waterloo.

Avesnes-sur-Helpe

Fig. 1 – Immeuble rue Cambrésienne


Le XIXème siècle : une époque de prospérité économique
Au XIXème la ville connut une réelle prospérité. Son marché au beurre était l’un des tous premiers de France.
L’industrie textile d’abord implantée à Avesnelles puis, à partir du démantèlement de 1873, sur les glacis des anciennes fortifications, assura une activité économique non négligeable. La guerre de 1914 interrompit cette période faste. L’état-major de LUDENDORFF et HINDENBURG s’installa à Avesnes pour diriger les offensives de mars à juillet 1918 qui faillirent amener la victoire de l’Allemagne. Pendant la seconde guerre mondiale la ville fut un centre actif de résistance O.C.M.
Avesnes est la ville natale de Jessé DE FOREST qui est à l’origine de la fondation de New-York, de l’égyptologue et orientaliste Prisse d’Avennes, du géologue Henri LECOQ, du jurisconsulte DUMEES.

Source : http://www.avesnes-sur-helpe.com/fr/histoire2.html

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Fig. 2 – Grand’ place du Général Leclercq, la mairie et la collégiale St-Nicolas


La collégiale Saint-Nicolas

La première église gothique connaîtra son heure de gloire le 2 Août 1461 lorsque le roi de France Louis XI fit célébrer, en présence du duc de Bourgogne Philippe le Bon, de Charles le Téméraire alors désigné comme le comte de Charolais et de l’essentiel de la noblesse de France, de Bourgogne et des Pays-Bas, un service funèbre en l’honneur de son père, le roi Charles VII, et revêtit pour la première fois les insignes royaux avant de rentrer en France et d’être sacré à Reims.
Cette église fut fortement endommagée par les troupes du même Louis XI lors de la prise de la ville en juin 1477 au moment des tentatives françaises pour s’emparer des domaines de Marie DE BOURGOGNE.

A

Un incendie survenu en 1514 ajouta de nouveaux dommages.
C’est à Louise D’ALBRET que l’on doit l’essentiel de la reconstruction de l’église.
La révolution Française ne causa que peu de dégâts à l’édifice lui-même …
Les dommages de la seconde guerre mondiale permirent de relever le clocher à l’identique, de reconstituer à pignons d’origine. L’actuelle grosse cloche appelée Charlotte est la copie fidèle de celle qui avait été donnée par Charles-Quint en 1514. En revanche il n’y eu pratiquement pas de travaux de réfection intérieure. L’ensemble est classé monument historique depuis 1913.

Fig. 3 – Collégiale St-Nicolas, le clocher


Architecture et intérieur

Le Choeur est nettement plus ancien que la nef et la tour. Dans son état actuel il comprend une abside demi-hexagonale correspondant à des réfections de 1617. Les trois travées qui suivent remontent à la construction qui existait en 1461 lors de l’investiture de Louis XI. On ne peut évidemment dire avec certitude s’il s’agit de vestiges de l’édifice dédié à Saint Nicolas à la fin du XIIème siècle, mais plusieurs indices militent en faveur d’une datation haute.

L’une des clés de voûte d’origine a été conservée. Elle montre deux masques grimaçants l’un montrant les dents et l’autre tirant la langue d’une esthétique toute romane.
La tour et son dôme furent achevés dans le milieu du XVIème siècle. Ils culminent à 60 mètres de hauteur et se terminent par un logis de guetteur destiné à surveiller la frontière de France qui passait à une douzaine de kilomètres au sud à la limite de l’actuel département de l’Aisne. Jusqu’à la Paix des Pyrénées en 1659, Avesnes était l’une des principales places fortes qui défendaient les Pays-Bas contre les incursions françaises. C’est la raison pour laquelle la ville fut acquise en 1556 par Philippe II d’Espagne et détachée de la Terre d’Avesnes.

La Nef fut construite entre 1520 et 1550.
Elle est sans nul doute un des plus beaux exemples d’église-halle par son unité, sa simplicité et son ampleur. Le vaisseau central est long d’environ 40 mètres, large de 9 et culmine à une vingtaine de mètres.
Il est flanqué de deux collatéraux atteignant pratiquement la même hauteur et de deux séries de chapelles latérales dont les murs séparatifs servent à contrebuter les voûtes. La largeur de l’ensemble atteint 29 mètres en façade.
Cette nef halle a très peu d’équivalent en France. On retrouve en revanche en Belgique des constructions analogues au premier rang desquelles l’église Saint-Pierre Saint-Paul de Chimay. Les constructions sont exactement contemporaines.

A
Mobilier et décor
Les déprédations révolutionnaires ont fait disparaître les tombeaux d’Olivier de Bretagne et de Louise d’Albret, le grand christ du Tref et les stalles des chanoines. Les évènements de 1944 ont eu raison du jubé du XVI siècle et de s derniers vestiges des lambris des stalles.
Il reste néanmoins un mobilier important et remarquable :
• deux retables baroques du début du XVIIème siècle dans les chapelles Sainte-Anne et de tous les saints
• un rare banc de confrérie du XVIème siècle
• les grandes boiseries d’époque Louis XV qui garnissent la chapelle de la Vierge et la chapelle Saint-Nicolas avec leurs tableaux de Louis WATTEAU
• des retables du XVIIIème siècle avec leurs tableaux

Fig. 4 – Nef et orgue de la collégiale

• le cénotaphe à la mémoire de Jean LAURENT et François DE SOLIS, soldats espagnols de l’armée de l’archiduc Léopold Guillaume pendant le siège de La Capelle en 1650
• le monument funéraire d’Adrien DE BLOIS en marbre rouge du XVIème siècle.

Les cloches et Carillons d’Avesnes-sur-Helpe
L’existence d’un Carillon est attestée à AVESNES depuis le début du XVème siècle.
En effet la ville céda aux villages avoisinants des timbres sans battants et mit en place un nouveau Carillon de douze cloches en 1549. A cet ensemble s’ajoutaient des cloches de volée dont en particulier la grosse cloche donnée par Charles Quint en 1514 et nommée pour cette raison Charlotte. Elle avait été fondue par Simon WAGHEVEN et portait la devise « VIVE BOURGOIGNE ».
D’autres timbres furent rajoutés pour arriver en 1791 à 30 cloches. La ville payait alors un carillonneur – organiste 500 livres par an indépendamment des sonneurs et des guetteurs.

Le Carillon ne cessa de fonctionner pendant la Révolution. En 1917 six cloches furent descendues avec peine par les Allemands mais restèrent à Avesnes. L’ensemble fut reconstitué sans trop de difficultés en 1923.

Mais le 2 Septembre 1944 alors que les troupes américaines entraient en ville, le drapeau français fut hissé au sommet de la tour. Les troupes allemandes restées à proximité lancèrent un obus incendiaire qui détruisit le Beffroi et occasionna la chute de l’instrument. Seule « Charlotte » en raison de son poids ne fut pas brisée mais seulement fêlée.

ALe presbytère
L’actuel presbytère occupe un ensemble de constructions pittoresques, ennoblies par les deux péristyles en pierre bleue placés en avancée des portes d’entrée. La cour est séparée d’un jardin par un muret qui s’interrompt en son centre pour laisser un passage dominé par deux lions placés de chaque côté.



Fig. 5 – Le presbytère

Ce site exceptionnel est en réalité l’emplacement de la Tour Saint-Jean importante fortification médiévale qui servit souvent d’ultime refuge aux défenseurs d’Avesnes et notamment lors de la tentative de prise de la ville en 1524.
Ce site exceptionnel est en réalité l’emplacement de la Tour Saint-Jean importante fortification médiévale qui servit souvent d’ultime refuge aux défenseurs d’Avesnes et notamment lors de la tentative de prise de la ville en 1524.

En 1811, la ville céda à l’Arrondissement l’ensemble pour y installer la Sous-Préfecture. A ce moment là l’essentiel des bâtiments actuels furent rénovés, mais les vues du XVIIème, dont on dispose, montrent une silhouette générale des constructions très semblable à ce qui existe actuellement ? C’est aussi de cette époque que datent les deux péristyles qui indiquaient l’entrée de l’hôtel particulier du Sous-Préfet et l’entrée des bureaux sur le côté. Le style classique, voire antiquisant, de l’Empire illustré par l’emploi des colonnades trouvait ici un ultime écho.
C’est dans cet Hôtel de la Sous-Préfecture que Napoléon s’installa avant la bataille de Waterloo et rédigea son ultime ordre du jour.

Les fortifications et les remparts

Les premières fortifications remontent au XIème siècle. Elles suivaient un périmètre englobant une partie de la ville haute dans le quadrilatère délimité par la Rue Léo Lagrange, la falaise et les square de la Madeleine.

A

Fig. 6 – Vue sur les remparts


Au XIIIème siècle, une enceinte plus large correspondant aux trois quartiers de la vieille ville : Centre-Ville, Plateau Chémerault et ville basse est édifiée avec des tours rondes dont il subsiste un exemplaire à côté du Bastion de la Reine sur le plateau Chémerault.
Après la destruction de la ville en 1477 par Louis XI, on construisit vers 1530-1540 des fortifications bastionnées s’appuyant sur le rempart médiéval. Il en reste le Bastion de la Reine datant de 1538 avec des salles souterraines.
Les Bastions, sauf le Bastion de la Reine, sont élargis et des ouvrages extérieurs sont établis vers 1630 sous la Direction du Chevalier de Ville. De cette époque date la porte de Mons (1628) et le Cavalier du Bastion de France.

VAUBAN intègre la place, conquise par la France en 1659, dans le réseau de places fortes du  » Pré Carré « .
Il ne touche pas aux courtines et bastions (sauf le Bastion de la Reine qu’il élargit sur un côté). En revanche il met en place le réseau moderne d’ouvrages extérieurs (redoutes et demi-lunes) et le système d’inondation (Pont des Dames).

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Fig. 7 – Pont des Dames


La vieille ville

La Ville d’Avesnes présente un riche patrimoine de maisons anciennes, principalement du XVIIIème siècle.

La plus notable est la  » MAISON ESPAGNOLE  » située sur la Grand Place. La façade est rythmée par des grandes arcades entourant un tympan qui se trouve au dessus de chaque ouverture. Chaque étage est en outre en encorbellement par rapport au précédent. Il s’agit d’une construction datant des environs de 1550 dans un style de transition entre le Gothique et la Renaissance. Les tympans entourés d’arcs trilobés de l’époque médiévale sont ici remplacés par un dispositif employant des arcs en plein cintre. On trouve à Mons en Belgique quelques exemples de maisons du même type.

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Fig. 8 – Façade de type classique dans la rue Cambrésienne


Après le rattachement d’Avesnes à la France par la Paix des Pyrénées, se met en place un type classique de maison qui allie avec beaucoup d’harmonie pierre bleue, brique (un peu orangée) et ardoise. A la fenêtre unique carrée à meneaux succède des ouvertures rectangulaires avec un encadrement harpé de pierres et de briques. Des cordons de pierre soulignent souvent les étages. L’accès à la cave se fait par l’extérieur. Des corbeaux de bois parfois sculptés permettent un large débord de la toiture. Le toit a une pente très aiguë et il est égayé de lucarnes en chiens assis. Des ferronneries en fer forgé ou en fonte viennent décorer portes et appuis de fenêtres. On est dans un style que l’on retrouve dans les villes belges du Hainaut, qualifié de Louis XIV tournaisien. A Avesnes la plus ancienne maison datée de ce type remonte à 1704 (Maison de la Presse rue Victor-Hugo). Les dates se trouvent soit dans des cartouches de pierre, soit dans les fers d’ancrages.
On trouvera enfin quelqu’écho de l’ Art Nouveau dans une façade de la rue de Mons, et l’influence des idées issues du Bauhaus dans les monuments édifiés par Del Marle (monument à Léon PASQUAL rue de France et Monument à Léo LAGRANGE rue Sainte-Croix).

Parmi les édifices les plus intéressants, on notera l’Ancien Hôpital à la Structure complexe : ancienne salle des Malades, compartimentée ensuite, datant de 1617, une aile complémentaire de 1780 à laquelle en 1841 on ajoute une aile symétrique reliée par un escalier monumental. L’Hôtel de ville de 1757 assez sévère d’aspect annonce le style Louis XVI. Le Presbytère, ancienne sous-préfecture, a conservé de l’Empire des péristyles antiquisant. Le Palais de Justice de 1828 a également un important péristyle en forme de temple grec de l’ordre dorique assez réussi. Enfin les anciennes casernes de 1738 complètent la silhouette de la Ville.

La fin XIXème siècle avait amené une peinture généralisée des façades. Dernièrement un important programme de restauration d’une centaine de façades mené avec des fonds européens et le concours de la Ville d’Avesnes a été entrepris. Si l’on tient compte des rénovations antérieures, ce sont plus de 150 immeubles représentant une bonne moitié des maisons de la vieille ville qui auront été ainsi réhabilités.

Personnages

Prisse D’AVENNES ne fut pas un émigrant mais un explorateur. Il fut d’abord ingénieur. Il partit ensuite pour l’Orient, profitant du reflux de l’Empire Ottoman pour reconstruire les pays qui venaient de s’émanciper et qui en même temps symbolisaient l’aube de l’humanité : la Grèce et l’Egypte. Prisse D’AVENNES, né en 1807, partit à 19 ans, nanti du diplôme de l’Ecole des Arts et Métiers de Châlons, combattre pour l’Indépendance de la Grèce. A 20 ans, il explora l’Egypte, enseigna la topographie et l’art de la fortification, étudia l’assèchement du delta du Nil. Il devint ensuite archéologue et enrichit les collections françaises de bas-reliefs et de manuscrits. On lui doit de remarquables publications sur l’art égyptien et l’art islamique. MARIETTE le tint pour l’un de ses maîtres. Il mourut en 1879. Mais la vie aventureuse qu’il mena ne lui fit point oublier son pays natal. Prisse resta toujours en contact avec sa famille dont il fit la généalogie, comme avec Avesnes. Une rue d’Avesnes-sur-Helpe, sa ville natale, porte son nom ainsi qu’une rue de Paris.

Jessé DE FOREST est né à Avesnes au milieu du XVIème siècle, d’une famille solidement implantée en ville qui comptait parmi ses membres des échevins et un chanoine. Il s’exila à cause de sa foi protestante, mais d’abord en France où l’édit de Nantes assurait la liberté de culte et le plus près possible de son pays, en Thiérache, à Montcornet. Puis l’espoir d’un retour s’amenuisant, il alla en Hollande en 1615. Mais ce pays n’était pas le sien et il partit avec 56 autres compagnons, originaires comme lui du Sud du Hainaut vers les Amériques. Il ne s’agissait pas d’abolir tout souvenir, mais bien au contraire, de recréer un pays qui serait le sien : une Nouvelle-Avesnes. Jessé ne vit pas cet accomplissement. Il mourut en Guyane le 22 octobre 1624. Ses enfants et ses compagnons trouvèrent asile sur l’île de Manhattan que les Hollandais appelèrent ensuite, New Amsterdam et les conquérants anglais, New York.

Le Lycée général, professionnel et hôtelier d’Avesnes porte son nom ainsi qu’une avenue sur laquelle est érigée une stèle en son hommage.

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Fig. 9 – Plaque commémorative du passage de Napoléon

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Promenade dans le Laonnais – 2010



Le Laonnois est cette région géographique qui s’étend autour de la cité de Laon dans l’Aisne. La promenade proposée se déroule dans la zone au sud de la ville et à l’est de la N2. Elle permet la découverte de villages et bourgs pittoresques qui se nichent dans les vallées du plateau limoneux de Picardie.


Bruyères-et-Monthérault



L’église Notre-Dame de Bruyères-et-Monthérault, de style transition roman-gothique, est remarquable par l’ampleur de son plan architectural comportant nef, bas-côtés, double transept et abside complétée d’absidioles voûtées en cul-de-four richement décorées extérieurement. La majorité de l’édifice a été bâtie aux XII-XIIe siècle. Le transept ouest a été édifié au XIIIe siècle, et des parties hautes de celui-ci ont été modifiées au XVe siècle. Le chevet est l’un des plus beaux de style roman du nord de la France, que domine une majestueuse tour carrée. Les frises de l’abside représentent des animaux, des végétaux ainsi que les vices sous les regards de diables grimaçants.

Eglise Bruyères

En faisant le tour extérieur par la droite, le bras du transept qui contient la chapelle Saint-Troncin (A), montre une fenêtre flamboyante, la plus vaste, divisée en trois parties par des meneaux prismatiques. Elle est surmontée d’un dais qui devait abriter sainte Elisabeth, une des patronnes de l’église.
Juste à côté, se trouve la chapelle Sainte-Croix (B) avec son entablement remarquable situé juste sous la gouttière : pourceau jouant de la lyre, monstres, etc. Une porte murée à appareillage à crossettes, donnait vraisemblablement accès à l’église primitive (avant la construction au XIIe siècle). Sur le contrefort oriental, on remarque un cadran solaire, cadran canonial.




Fig. 2 – Notre-Dame de la Visitation de Bruyères

L’abside (fig. 4) et les absidioles (C) comportent une corniche remarquable comme l’entablement de la chapelle Sainte-Croix. Les fenêtres en plein cintre sont séparées par des contreforts en forme de demi-colonnes aux chapiteaux richement décorés. Au-dessus du toit de l’abside, se dressent deux pignons triangulaires couronnés d’antéfixes. La toiture est en pierres plates, ou lauzes.

Continuons notre tour pour arriver à la hauteur du donjon-clocher (D – fig. 3). On y découvre huit gargouilles en forme de loups, sans doute pour rappeler les « Leups de Bruyères », milice du village jusqu’en 1411, puis appelée les « Enfants du Roy ». Admirons la flèche pyramidale en ardoise.

Le transept gauche correspond à la chapelle Notre-Dame. La grande nudité de la façade est due à la présence, jusqu’en 1826 – 1829 du cimetière de ce côté de l’église.

En revenant vers la façade principale, on longe la nef et le bas-côté nord (F). Les corniches de la nef représentent des têtes d’hommes, des animaux fantastiques, des fleurs à quatre pétales, des roses, Satan couché. La corniche du bas-côté nord est ornée des pierres sculptées provenant des fenêtres des chapelles Sainte-Anne et de la Blavière, démolies en 1804.. L’œil de bœuf a été ajouté en 1804.

Nous nous trouvons maintenant devant la façade occidentale (G). On remarque les contreforts à ressauts. La façade est très austère et les portes sont ornées de peintures médiévales. Les deux colonnes et les deux consoles délimitent l’emplacement d’un ancien porche.

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Fig. 3 – Donjon-clocher                                                                                                     Fig. 4 – Abside


Pénétrons dans l’église.

La nef (5), construite à partir du deuxième quart du XIIe siècle, était initialement couverte en charpente. Elle comporte six travées, deux d’entre-elles ont été remplacées par les chapelles de la Vierge et de Saint-Troncin. En 1849, la nef fut recouverte de fausses voûtes en plâtre semblables à celles des bas-côtés.

La croisée entre les chapelles Notre-Dame et Saint-Troncin montre une très belle voûte composée de liernes et de tiercerons. Au centre, une clef de voûte en forme d’écusson porte un agneau crucifère et une tête de bœuf.

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Jusqu’en 1802, il y avait, à l’emplacement du bas-côté nord (4) les chapelles Sainte-Anne (a) et de la Blavière (b). Celles-ci, devenues trop vétustes à la suite de la Révolution, furent démolies et remplacées par un bas-côté construit sur le modèle du bas-côté sud. Les voûtes en plâtre ont été ajoutées en 1849 (fig. 5). Les fonds baptismaux datent du XIIe ou XIIIe siècle.






Fig. 5 – Le bas-côté nord

En remontant le bas-côté nord, on arrive à la chapelle de la Vierge (fig. 6). On y voit une colonne centrale en palmier. Sur le mur ouest, s’ouvre un vitrail réalisé par Hector de Pétigny en 1960, représentant un Magnificat. Une grande fenêtre de style rayonnant est divisée en trois compartiments par des colonnettes dont un des chapiteaux est orné d’une tête d’homme qui semble avaler le fût (goule).

La chapelle des cloches, jouxtant le chœur, possède de beaux chapiteaux aux angles nord-ouest et nord-est de cette partie de l’église. Sur la voûte, deux peintures, l’une, au sud, représente un aigle (saint Jean), l’autre, à l’est, un ange (saint Mathieu).

Du côté sud de l’église, s’ouvre la chapelle Saint-Troncin, dont la partie inférieure est formée de huit arcatures plein cintre s’appuyant sur des colonnes jumelles dont les chapiteaux sont ornés de feuilles d’eau, de fleurs d’arum et de feuillage. La grande fenêtre à remplage flamboyant est divisée verticalement par de minces meneaux prismatiques. La voûte d’ogives flamboyantes à huit branches retombe sur une colonne à la façon d’un palmier.

De l’autre côté du chœur, la chapelle Sainte-Croix présente au sud-ouest un faisceau de colonnettes dont les chapiteaux sont ornés de feuillages. Les vitraux représentent les Litanies de la Vierge, de même que celles de la chapelle des Cloches. Un grand Christ moderne, saint Jean et la Vierge plus anciens parachèvent le décor.

Enfin, l’abside et les absidioles comportent un tableau de Jean-Baptiste Jouvenet représentant la Visitation au moment du Magnificat (fig. 7).Dans l’arcature nord on trouve de très beaux chapiteaux dont l’un d’entre eux est signé. La clé de voûte représente un religieux tenant une tablette. Dans l’absidiole nord, une fresque a été découverte représentant sans doute la circoncision de Jésus.

B                                                                    F010-010

 Fig. 6 – Chapelle de la Vierge                                               Fig. 7 – Abside : tableau e J-B. Jouvenet


Vorges


Vorges, blottie au creux d’un vallon où l’on aperçoit encore les travées d’anciens vignobles, présente ses maisons en pierre qui se tassent autour de la place de l’église. On peut y admirer quelques maisons de maîtres du XIXe siècle, dont le château de Valbon, construit en 1876 par André HOUSSAYE, des vendangeoirs du XVIIe et du XVIIIe siècle, un lavoir et un ancien moulin.

Une plaque commémorative est appliquée sur la façade de la bâtisse de la figure 8. Le texte dit ceci :
« Hector DE PETIGNY (1904- 1992), membre de l’Ecole de Paris et acteur de toutes les aventures de l’art profane et sacré du siècle, a créé les vitraux du clair-étage du chœur de la collégiale de Saint-Quentin et le décor d’ardoise er de bois sculpté des archives de l’Aisne.
Vorges, berceau de la famille, a compté parmi les sources de son inspiration ; en témoignent le chemin de croix de l’église Saint-Jean-Baptiste (fig. 15) et de nombreuses créations inspirées par le Val Saint-Pierre.
Alchimie de la couleur et des formes, son œuvre traduit un sentiment profond de joie et de sérénité ».

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Fig. 8 – Maison des DE PETIGNY

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Fig. 9 – Le Château Fleury



La construction de l’église gothique Saint-Jean-Baptiste de Vorges a débuté au XIIe siècle pour se terminer le siècle suivant. Sa taille qui peut paraître disproportionnée par rapport au village est due au fait qu’elle a été fortifiée durant la guerre de Cent et qu’elle était intégrée dans l’enceinte composée de fossés, de portes et d’un donjon. Seules subsistent de ces fortifications, la tour de l’église, percée de baies géminées, et les tourelles d’angle (fig. 10).

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Fig. 10 – L’église Saint-Jean-Baptiste

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La façade est décorée d’une rose à colonnettes formant une roue qui rappelle celles de la cathédrale et de l’église de Vaux à Laon (fig. 11).
La nef compte cinq travées plafonnées. Les collatéraux sont également dépourvus de voûtes. Le transept, quant à lui, présente de belles croisées en ogive. C’est durant le XIVe siècle, à la suite des troubles occasionnés par la guerre de Cent ans que le clocher et les deux transepts furent fortifiés et renforcés : un parapet et des échauguettes furent rapportées à l’ensemble.



Fig. 11 – Façade décorée d’une rosace

VEn 1972 et 1975, des fouilles de sauvetage, à l’est de l’église au pied du Mont Pigeon, ont permis la découverte d’une nécropole mérovingienne, comportant 159 sépultures (fig. 12).
Parmi celles-ci, on a trouvé 30 sarcophages en pierre, deux en plâtre et 21 stèles des VIe –  VIIe siècles, dont quelques exemplaires sont exposés dans l’église.


Fig. 12 – Sépultures de la nécropole mérovingienne


Une centaine de sépultures avaient déjà été découvertes lors de fouilles, menées sans rigueur scientifique, en 1861 et 1883. Cependant, des relevés témoignent de l’importance des trouvailles.

A Vorges, l’enfouissement rapide de la nécropole mérovingienne après son abandon, a préservé l’aspect en surface de plusieurs sépultures. Elles étaient délimitées par des entourages rectangulaires de pierres sèches (fig. 13) et signalées par des stèles (fig. 14), parfois doubles quand elles avaient été destinées à recevoir deux inhumations. Les pierres visibles au fond des fosses avaient servi à caler les planches des coffres funéraires, beaucoup plus utilisées que les cercueils.

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Fig. 13 – Eléments de sarcophage mérovingien

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Fig. 14 – Stèle décorée mérovingienne

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Fig. 15 – Chemin de croix par Henry DE PETIGNY



Presles


L’église Saint-Georges et Saint-Quirin de Presles (fig. 16) est l’un de ces édifices romans comme les appréciait les peintres Le Nain, avec un beau porche et un chevet fortifié à meurtrières étroites. Sa construction remonte au XIe et XIIe siècles.

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Fig. 16 – Eglise Saint-Georges et Saint-Quirin


En faisant le tour de l’édifice, on s’attardera sur le porche, dont les deux façades latérales sont percées d’une fenêtre géminées (fig. 17). On remarquera les contreforts puissants s’appuyant sur les collatéraux, la tour carrée et le chevet fortifié (fig. 18).

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Fig. 17 – Fenêtre géminée du porche                                                          Fig. 18 – Chevet fortifié

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En pénétrant dans l’église, on ressent une atmosphère de quiétude comme dans la plupart des églises romanes dont l’architecture simple et les lignes pures incitent à la méditation. Le chœur est séparé de la nef par une poutre de gloire avec un Christ en croix en bois (fig. 19).



Fig. 19 – La poutre de gloire


Sur l’une des parois d’un des transepts est accroché les restes d’un Christ crucifié en bois polychrome d’une grande sobriété (fig. 20). Les plafonds des bas-côtés sont constitués de poutres comme la nef de l’église de Vorges (fig. 21).

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Fig. 20 – Christ en bois polychrome                                                          Fig. 21 – Bas-côté gauche



Nouvion le Vineux



Ce village installé au milieu de la forêt est construit en pierre calcaire, typique du pays laonnais. Il possède encore son lavoir construit en 1841, directement alimenté par une source (fig. 22).

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Fig. 22 – Le lavoir de 1841, alimenté par une source

Son église de campagne, associant roman et gothique, est toujours entourée du cimetière (fig. 24). Le porche est classique. Le clocher carré, à trois étages comporte des ouvertures géminées à chacun de ceux-ci (fig. 23). Le chevet de forme arrondie (fig. 24) est parcouru par une frise reprenant des figures grotesques (fig. 25) et est entouré de deux colonnes dont les consoles sont sculptées également de figures grotesques (fig. 26).

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Fig. 23 – Eglise Saint-Martin

Fig. 24 – Chevet de l’église


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Fig. 25 – Frise du chevet


La nef de l’église Saint-Martin, précédée d’un porche, est couverte de voûtes gothiques primitives, retombant sur des chapiteaux romans historiés ou à décor de feuilles d’acanthe. Les fonds baptismaux romans sont en pierre de Tournai.

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Fig. 26 – Console extérieure

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