16ème dialogue

LES NUITS DU COTTON CLUB


– Cat : Aujourd’hui, comme promis, nous passerons toute la soirée au « Cotton Club« .
 
– Bird : Enfin nous pénétrons dans ce haut lieu du jazz.
 
– Cat : Pour nous y rendre prenons la ligne de métro « A Train » comme Duke Ellington le faisait chaque jour pour rejoindre le club de jazz.
 

1. « Take the A Train » – Duke Ellington & his Orchestra – Hollywood, 15-02-1941
Pers. : Wallace Jones, Ray Nance, Rex Steward (tp) – Lawrence Brown, Joe “Tricky Sam” Nanton (tb) – Juan Tizol (vtb) – Otto Hardwicke, Johnny Hodges (sa) – Ben Webster (st) – Harry Carney (sb, sa, cl) – Barney Bigard (cl, st) – Edward “Duke” Ellington (p) – Fred Guy (g) – Jimmy Blanton (b) – William “Sonny” Greer (dm)
Disque : LP33T – RCA FXM1 7134 A-5 (2’54)

 
– Bird : On est bien parti.
 

– Cat :  Lors de sa libération, après huit ans d’incarcération pour le meurtre de son rival Patsy Doyle, le gangster Owney Madden se voit offrir par ses hommes de main, lors d’une somptueuse réception, les clés d’un établissement acquis durant son emprisonnement, le « Cotton Club« . Le but de l’opération est d’établir à Harlem une base solide pour écouler leur bière de contrebande.
 
– Bird : Oui, nous sommes en pleine prohibition[1].
 
– Cat : Situé au 644 Lenox Avenue, l’endroit choisi est un ancien casino de deux étages, bâti en 1918, le “Douglas”. Le rez-de-chaussée comprenant un cinéma et une salle de spectacle fonctionnait fort honorablement. Par contre, la grande salle de bal du premier était restée pratiquement inutilisée jusqu’en 1920. A cette date, le champion de boxe Jack Johnson[2] – célébré plus tard par Miles Davis – expert aussi bien en noble art qu’en réjouissances nocturnes, en avait fait le “Club Deluxe”  pouvant abriter de 400 à 500 personnes. Walter Brooks, homme de paille de Madden (qui se contentera de figurer au sein du conseil d’administration) trouve un arrangement avec le champion élevé à la dignité de directeur, et prend les choses en main. La salle est rénovée, les tables placées en fer à cheval entourent la scène sur deux niveaux qui peuvent recevoir jusqu’à sept cents clients.
 
– Bird : En définitive, c’est grâce au milieu mafieux que le jazz a pu se développer, et a permis à de grands musiciens de se révéler. Curieuse forme de mécénat !
 
– Cat : Afin d’éviter les problèmes, le personnel et même les musiciens viennent tous de Chicago. L’un des premiers orchestres à s’y produire est celui des “Missourians”. En 1925, le violoniste Andrew Preer établi à Saint-Louis, une des capitale du ragtime, reçoit une offre le priant de constituer un orchestre à même de remplir un engagement au « Cotton Club« . L’équipe fait sa première apparition sous le nom de « Cotton Club Orchestra« , ce n’est que plus tard qu’elle prendra le nom définitif de « Missourians« , après trois années de succès tant à New York qu’en tournée à travers le pays. On entend d’abord le ″Cotton Club Orchestra″ dirigé par Preer, puis les ″Missourians″ dans un « stomp » endiablé, « Market Street Stomp« .
 

2. ″Snag ‘Em Blues″ – The Cotton Club Orchestra – New York City, 6-01-1925
Pers. : R.Q. Dickerson, Louis Metcalf (tp) – De Priest Wheeler (tb) – Dave Jones, Eli Logan (sa) – Andrew Brown (cl, st) – Earres Prince (p) – Charles Stamps (bj) – Jimmy Smith (tub) – Leroy Maxey (dm) –Andrew Preer (vl, lead)
Disque : CD FA074 – CD1-2 (3’00)
 
3. « Market Street Stomp » – The Missourians – New York City, 3-06-1929
Pers. : R.Q. Dickerson (tp) – Lamar Wright (tp) – De Priest Wheeler (tb) – William Thornton Blue (cl, sa) – George W. Scott (cl, sa) Andrew Brown (st) – Earres Prince (p) – Charles Stamps ou Morris White (bj) – Jimmy Smith (b) – Leroy Maxey (dm)
Disque : LP33T RCA FPM1 7017 – Serie Black & White Vol. 119 – A-1 (3’23)

 
– Bird : Cela promet, lorsqu’on les entend jouer avec autant d’enthousiasme.
 

– Cat : Comment nous l’avons vu la fois précédente, l’apartheid est de rigueur dans ce genre d’établissement. Je te fais remarquer, que quelques petits arrangements seront acceptés par la suite grâce à l’instigation de Duke Ellington devenu l’enfant chéri de la maison. Le but est d’attirer une population noctambule blanche pour le moins aisée, et pour cela rien n’est trop beau ni trop luxueux.
 
– Bird : Je pense que le Duke devait être un grand bonhomme dans tous les sens du terme.
 
– Cat : Le « Cotton Club » est le premier établissement du genre à créer de véritables décors en miniature pour mettre en valeur des revues spectaculaires renouvelées tous les six mois. On y voit des bas-reliefs et des fresques évoquant la jungle et le « bon vieux Sud ». Les attractions sont assurées uniquement par des Noirs et une troupe de « girls » afro-américaines peu vêtues. Obligatoirement grandes, elles doivent savoir danser et chanter, ne pas excéder les 21 ans, et avoir le teint clair. Cette dernière caractéristique perdra de son importance avec l’engagement de la danseuse Lucille Wilson qui deviendra la quatrième épouse de Louis Armstrong.
 
– Bird : Les patrons n’étaient pas commodes, surtout qu’il n’y avait pas de syndicat pour défendre les employés.
 
– Cat : Attends la suite. Touchant de maigres salaires, elles en perdent une partie par un jeu d’amendes distribuées à tord et à travers. De plus, elles sont entassées dans des loges exiguës et ne reçoivent pas de repas. Lena Horne lèvera l’étendard de la révolte en 1933. Ecoute son témoignage lorsqu’elle fit partie de la troupe simplement vêtue de trois plumes judicieusement placées : « La revue baignait dans une atmosphère primitive sans apprêt  censée débarrasser l’audience civilisée de ses inhibitions. La musique – quelque fois stridente avec une prééminence de cuivres, souvent étrange et sauvage – distillait un rythme soutenu, envoûtant. Les danses, elles, étaient explicitement provocatrices ».
 
– Bird : Encore une fois l’exploitation des plus démunis au profit d’une classe aisée en quête de sensations exotiques. Rien n’a changé depuis.
 
– Cat : Ces “shows” ne se contentent pas d’exhiber simplement des créatures de rêve. Un producteur – concepteur, Lew Leslie, responsable des revues « Blackbirds« , rapidement remplacé par Dan Haley et un compositeur, Jimmy McHugh[3], sont engagés. La parolière Dorothy Fields les rejoindra. A leur palmarès figure entre autres, le fameux « I Can’t Give You Anything But Love« . En 1930, le tandem Harold Arlen/Ted Koehler[4], leur succède, Rube Bloom se substituant au premier en 1939. Plus, bien entendu, costumiers, chorégraphes, éclairagistes… Tous ces noms, tu le retrouves dans tous les grands standards joués par des générations de jazzmen.

 

4. « I Can’t Give You Anything But Love » – Duke Ellington & his Orchestra – New York City, 10-11-1928
Pers. : Freddy Jenkin, Arthur Whetsol (tp) – “Tricky Sam” Nanton (tb) – Johnny Hodges (sa) – Harry Carney (sb, sa) – Barney Bigard (cl, st) – “Duke” Ellington (p) – Fred Guy (bj) – Wellman Braud (b) – “Sonny” Greer (dm) – “Baby” Cox, Irving Mills (voc)
Disque : LP33T – RCA 741028 – A-7 (3’02)

 

– Bird : Malgré les conditions déplorables, je pense que ce fut une période de grande créativité, car, c’est vrai, que beaucoup de morceaux ont vu le jour dans ce genre d’établissement.
 
– Cat : Le travail de l’orchestre-maison est bien défini. Il débute la soirée par un morceau écrit spécialement pour l’occasion, en interprète deux ou trois autres appartenant à son répertoire et ne rejoue pour la danse qu’entre les tableaux des “shows” qu’il accompagne. Le critère de la maison est : “du rythme, du rythme, encore du rythme”. Dans un premier temps, ces revues sont pourvues de titres évocateurs tels “Brown Sugar (Sweet but Unrefined)” ou “Rhythmania” avant d’être baptisées plus simplement “Cotton Club Parade” à partir de 1932.
 

5. ″Feelin’ The Spirit″ – Luis Russell & his Orchestra – New York City, 06-09-1929
Pers. : Henry Allen, Bill Coleman (tp) – J.C. Higginbotham (tb, voc) – Albert Nicholas (cl, sa) – Charlie Holmes (ss, sa) – Teddy Hill (st) – Luis Russell (p, lead) – Will Johnson (g) – Pops Foster (b) – Paul Barbarin (dm)
Disque : CD FA074 – CD1-5 (3’08)

 

– Cat : A la mort dans un accident automobile d’Andy Preer, le leader des « Missourians« , en 1927, l’orchestre est licencié, perdant aux yeux des responsables du « Cotton Club » de son pouvoir d’attraction. Contacté, King Oliver alors à la tête de ses “Dixie Syncopators” refuse. Enthousiasmé par les “Washingtonians” dirigés par un certain Duke Ellington, Jimmy McHugh, soutenu par Jack Johnson, parle d’eux. Avec insistance. Convoqués pour une audition, l’orchestre qui se produit à Philadelphie ne comprend que six musiciens alors qu’il en faut au minimum onze. Le temps de trouver les instrumentistes complémentaires, Ellington et ses hommes arrivent avec trois ou quatre heures de retard. Tout comme le patron Harry Block qui, de ce fait, n’ayant pas entendu les autres concurrents, engage le Duke… sous contrat à Philadelphie.

 

6. ″I’m Gonna Hang Around My Sugar″ – The Washingtonians – New York City, 09-1925
Pers. : Duke Ellington (p, arr, lead) – Pike Davis (tp) – Charlie Irvis (tb) – Otto Hardwick (cl, sa) – Prince Robinson (cl, st) – Henry Edwards (bb) – Fred Guy (bj)
Disque: Classics 539 – 6 (3’02)

 

– Bird : Un événement contingent peut parfois orienté complètement une vie, ainsi, dans ce cas le retard conjoint du Duke et du boss.
 
– Cat : Rien ne résiste aux hommes de Madden. L’orchestre de Duke Ellington est contraint de terminer sa prestation à Philadelphie le 4 décembre 1927, et d’assurer ce jour-là, la première au “Cotton Club”. Ce n’est pas une réussite, exténués par le voyage, les musiciens ne sont pas au mieux de leur forme et déçoivent tout le monde. Heureusement, le critique de “Variety”, Abel Green s’appesantit plus sur les chanteurs et danseurs que sur l’orchestre, écrivant toutefois : “Avec l’orchestre de danse dirigé par Duke Ellington, Harlem a récupéré son bien après que Times Square l’ait accaparé durant plusieurs saisons au Club Kentucky. La musique de jazz d’Ellington est tout simplement formidable.”
 

7. « Jubilee Stomp » – Duke Ellington & his Orchestra – New York City, 19-01-1928
Pers. : Louis Metcalfe, “Bubber” Miley (tp) – Joe “Tricky Sam” Nanton (tb) – Otto Hardwicke (sa, ss, b-s, cl) – Harry Carney (sb, sa, ss, cl) – Rudy Jackson (cl, st) – “Duke” Ellington (p) – Fred Guy (g) – Wellman Braud (b) – “Sonny” Greer (dm)
Disque : LP33 Philips B 07363 L A-2 (2’44)

 

– Cat : Le danseur Earl “Snakehips” Tucker et la chanteuse Edith Wilson revêtue d’un costume suggestif et dont les couplets ne l’étaient pas moins, forment à eux seul un spectacle. De même le batteur d’Ellington, Sonny Greer, envoûte la salle par ses prestations. Ecoute le témoignage de son patron : “Chaque batteur débutant qui avait vu un jour Sonny Greer à son apogée était fasciné par son équipement et les professionnels en parlent encore. Il avait des carillons, des gongs, des timbales, des cymbales par douzaines semblait-il, des toms, des tambours, des grosses caisses, de quoi équiper une section entière de percussionnistes d’un orchestre symphonique. Et ce n’était pas seulement ornemental, il en tirait des effets ahurissants”.
Dans ce qui suit, nous retrouvons le « Duke » et son orchestre, présenté par Irving Mills dans « A Night at the Cotton Club » (1929) qui regroupe trois de ses créations, « Cotton Club Stomp« , « Misty Morning« , « Goin’ to Town« , et « Freeze and Melt« , signé Jimmy McHugh et Dorothy Fields. Dans la deuxième partie un intermède dû à un certain “Harmonica Charlie”. Les bruits d’ambiance et la présentation, tout concourt à une re-création sonore du “Cotton Club”. Dans « Misty Mornin’ » on perçoit le jeu d’accompagnement de Sonny Greer qui utilise allègrement la timbale.

 

8. « A Night At The Cotton Club » – Duke Ellington & his Orchestra – New York City, 12-04-1929
a)  Cotton Club Stomb – b) Misty Mornin’ – c) Goin’ To Town – d) Freeze And Melt
Pers. : Freddy Jenkins, Arthur Whetsol, “Cootie” Williams (tp) – “Tricky Sam” Nanton (tb) – Johnny Hodges (sa, ss) – Harry Carney (sb, sa, cl) – “Barney” Bigard (cl, st) – “Duke” Ellington (p) – Fred Guy (bj) – Wellman Braud (b) – “Sonny” Greer (dm) – Irving Mills (voc)
Disque : 2CD FA074 – CD1-1 (8’20)

 

– Bird : Très bonne reconstitution qui donne bien l’ambiance qui devait régner dans ce club.
 
– Cat : L’orchestre de Duke Ellington n’a pas encore atteint sa maturité, il est encore un peu “vert”. N’empêche qu’il plait au public et qu’il bénéficie du savoir-faire de son manager Irving Mills, compositeur et parolier, entre autre des couplets de « Sophisticated Lady« , « Mood Indigo » et « It Don’t Mean a Thing« . C’est vraisemblablement lui qui insuffle au Duke de jouer des airs évocateurs en correspondance avec le décor : « Jungle nights in Harlem« .

 

9. ″East St. Louis Toodle-Oo″ – The Duke Ellington Orchestra – 22-03-1927.
Pers. : Bubber Miley, Louis Metcalf (tp) – Joe “Tricky Sam” Nanton (tb) – Otto Hardwick (sa, ss, sb) – Harry Carney (sa, sb, cl) – Rudy Jackson (cl, st) – Duke Ellington (p, led) –Fred Guy (bj) – “Bass” Edwards (tub) – Sonny Greer (dm)
Disque : LP33 – Philips B 07363 L A-1 (3’04)

 

– Cat : Petit à petit, Duke Ellington entame une ascension irrésistible, grâce au bouche à oreille et par le biais des retransmissions radiophoniques qu’assure la station locale WHW, reprise plus tard par CBS pour l’ensemble des Etats-Unis.
 
– Bird : Déjà à cette époque, la radio joue un rôle de diffusion important.
 
– Cat : Ecoute ce que Gunther Schuller écrit dans “Early Jazz”, : “Etant donné que son orchestre faisait un succès au cours de son engagement historique au “Cotton Club”, Duke commença à étendre son champ d’action en attirant de nouveaux venus comme Bigard ou Hodges. Rapidement Arthur Wetsol revint (…) et à la fin de 1928, avec l’adjonction de Freddy Jenkins, la section de trompettes passa à quatre instrumentistes. Dorénavant chaque musicien était choisi par Duke en fonction d’une qualité propre ; et ce fut en 1927 et 1928 – l’imagination  enflammée par Miley (Bubber) et Nanton (Tricky Sam) et exaltée par le succès – qu’Ellington commença à prendre conscience des possibilités apportées par la composition et la coloration tonale. Ellington lui-même se posera LA question : “Quelquefois je me demande à quoi ressemblerait ma musique aujourd’hui si je n’avais pas été plongé dans les sonorités et l’ambiance générale créées par tous ces merveilleux artistes pleins de sensibilité et d’âme qu’étaient les chanteurs, les danseurs, les musiciens et les acteurs de Harlem lorsque j’y suis venu la première fois.[1].

 

10. Harlem River Quiver (Brown Berries)″ – Duke Ellington & his Orchestra – New York City, 19-12-1927
Pers. : Bubber Miley, Louis Metcalf (tp)-  Joe “Tricky Sam” Nanton (tb) – Otto Hardwick (sa, ss, sb) – Harry Carney (sa, sb, cl) – Rudy Jackson (cl, st) – Duke Ellington (p, led) –Fred Guy (bj) – William Braud (b) – Sonny Greer (dm)
Disque : CD FA074 – CD1-4 (2’49)

 

– Cat : Adoré par les jazzmen, il devient aux yeux de ses employeurs une valeur commerciale sure. Le 2 mars 1930 le nouveau spectacle “The Blackberries of 1930” porte en sous-titre : “Special Restricted Music by Duke Ellington, lyrics by Irving Mills”. Si la paie n’est pas conséquente, les pourboires constituent un apport non négligeable : après lui avoir demandé d’interpréter durant toute la nuit ″St Louis Blues″ (propice à ses évolutions chorégraphiques en compagnie de sa favorite de l’heure, Kiki Roberts), Jack “Legs” Diamond[5], aussi porté sur la danse que sur l’usage de la mitraillette,  remit, dit-on, au Duke un billet de 1.000 dollars à titre de remerciement. Suivi d’un second “pour s’acheter des cigares”…
 
– Bird : Nous sommes en pleine Dépression[6], si j’ai bonne mémoire. Cela affecte-t-il le ″Cotton Club″ ?
 
– Cat : Non, pas spécialement. En décembre 1932, il prend l’initiative d’organiser une distribution de paniers-repas aux déshérités de Harlem. Il devient le pivot d’un quartier transformé en centre de toutes les distractions. Ecoute ce qu’en dit le Duke : “Le “Cotton Club” était un endroit possédant une certaine classe. Une tenue impeccable était imposée dans la salle pendant que le show se déroulait. Si quelqu’un parlait trop fort alors que Leïtha Hill, par exemple, chantait, le serveur venait et lui touchait l’épaule. Si le contrevenant n’obtempérait pas, le maître d’hôtel arrivait à son tour pour lui faire poliment remarquer son incorrection. Si cela ne suffisait pas, le chef de rang lui signifiait qu’il avait déjà été  rappelé à l’ordre. A la fin si le perturbateur insistait, quelqu’un survenait et le mettait dehors.”[2]
 
– Bird : Derrière la façade brutale de l’homme, il reste toujours une part d’humanité.
 
– Cat : Il n’empêche. Si toutes les attractions étaient toujours assurées exclusivement par des gens de couleur, aucun autre club ne menait semblable politique de ségrégation entre artistes et public. Blanc dans son immense majorité. Cab Calloway relate: “Les dimanches soirs, il était très difficile d’entrer. Une foule de Noirs appartenant à la communauté de Harlem se pressait pour voir arriver les limousines – Cadillac, Rolls-Royce ou Dusenberg d’une dimension ahurissante – et les célébrités qu’elles amenaient. Tout le monde venait, Lady Mounbatten se rendit au “Cotton Club” et le surnomma “The Aristocrat of Harlem” ″[3].

 

11. ″Prohibition Blues″ – The Missourian – New York City, 17-02-1930
Pers. : Roger Q. Dickerson, Lammar Wright (tp) – De Priest Wheeler (tb) – William Thornton Blue (cl, sa) – Andrew Brown (cl, sa sb) – Walter Thomas (cl, sa, st, sb) –Earres Prince (p) – Morris White (bj) – Jimmy Smith (b) – Leroy Maxey (dm) – Lockwood Lewis (lead)
Disque : 2CD FA074 CD1-6 (3’20)

 

– Cat : Tout à une fin. Le 6 février 1931, après avoir accompagné Maurice Chevalier, Duke Ellington part à Hollywood afin de tourner dans un film, “Check and Double Check”.
 
– Bird : Qui va occuper l’estrade désertée ?
 
– Cat : C’est l’incontournable chanteur-danseur-animateur Cab Calloway qui prend la relève. A la demande du directeur du “Savoy”, il avait pris en main l’orchestre des “Missourians” pour lui redonner un peu de tonus. C’est avec cet ensemble, licencié quelques années auparavant, qu’il franchit les portes du “Cotton Club”. Lors de sa première soirée, il accumule gaffe sur gaffe. Heureusement son dynamisme, son charisme et la qualité de sa musique le sauve.

 

12. ″Harlem Camp Meeting – Cab Calloway & his Cotton Club Orchestra – New York City, 2-11-1933.
Pers. : Edwin Swayzee, Lammar Wright, Doc Cheatham (tp) – De Priest Wheeler, Harry White (tb) – Eddie Berrefield (cl, sa, sb) – Andrew Brown (b-cl, sa, b-s) Arville Harris (cl, sa) – Walter Thomas (cl, st, fl) – Bennie Payne (p) – Morris “Fruit” White (bj, g) – Al Morgan (b) – Leroy Maxey (dm) – Cab Calloway (voc, lead) – Harry White (arr)
Disque : 2CD FA074 – CD-16 (3’08)

 

– Cat : Au retour de Duke, Calloway et ses hommes vont s’installer au tout nouveau “Plantation Club” destiné à concurrencer le “Cotton Club”. “Un soir débarqua une bande de types. Toutes les tables et les chaises furent réduites en petit bois, les bouteilles et les verres brisés, même le bar fut arraché du sol et mis sans dessus-dessous. Quand ils eurent fini avec le “Plantation Club”, la rue était encore l’endroit le plus confortable[4]. La libre concurrence n’entrait pas dans les mœurs d’Owen Madden qui, à la fin de 1933, après un bref séjour volontaire à Sing-Sing dû à un problème fiscal, goûtera une retraite paisible dans l’Arkansas.
 
– Bird : C’est un monde sans pitié, pas question de marcher sur les plates-bandes du voisin.
 
– Cat : Le Duke s’absente une fois encore, laissant à nouveau la place à Cab. La revue présentée à l’automne de l’année suivante consacrera définitivement son accession au rang de vedette grâce à la chanson ″Minnie the Moocher″. L’interjection “Hi-De-Hi-De-Hi-De-Ho” lancée à la suite du couplet et reprise en chœur par l’orchestre fit de Cab le “Hi-De-Ho Man”.

 

13. ″Minnie The Moocher″ – Cab Calloway & his Cotton Club Orchestra – New York City, 3-03-1931.
Pers. : Roger Q. Dickerson, Lammar Wright, Wendell Culley (tp) – De Priest Wheeler (tb)  – Andrew Brown (b-cl, sa, b-s) Arville Harris (cl, sa) – Walter Thomas (cl, sa, st, b-s) – Earres Prince (p) – Morris “Fruit” White (bj, g) – Jimmy Smith (b) – Leroy Maxey (dm) – Cab Calloway (voc, lead)
Disque : 2CD FA074 – CD-7 (3’15)

 

– Bird : Evidemment, qui ne connaît pas cette chanson. Elle a fait le tour du monde à son époque. On en retrouve une version dans le film ″The Blues Brother″  de John Landis, sorti en 1980.
 
– Cat : Désormais, au même titre que Duke Ellington, il devient l’un des permanents du “Cotton Club”, avec le “Mills Blue Rhythm Band”, patronné par Irving Mills, comme orchestre de remplacement.

 

14. ″Moanin’″ – Mills Blue Rhythm Band – New York City, 18-06-1931
Pers. : Wardell Jones, Shelton Hemphill; Ed Anderson (tp) – Harry White, Henry Hicks (tb) – Charlie Holmes (cl, sa, sb) – Ted McCord, Castor McCord (cl, st) – Edger Hayes (p) – Benny James (bj) – Hayes Alvis (b) – Willie Lynch (dm) – George Morton (voc)
Disque : 2CD FA 074 – CD1-9 (3’21)

 

– Cat : Amuseur dans son habit à queue de pie blanc, Cab Calloway dépense une incroyable vitalité sur scène. Débitant un flot de paroles absurdes ou de syllabes insensées, sautant, dansant, s’agitant en tous sens il est suffisamment pittoresque pour s’attirer les bonnes grâces d’une clientèle qui, en sa grande majorité, oublie quel fantastique chef d’orchestre il était aussi. Un nombre d’instrumentistes remarquables se sont retrouvés dans ses rangs. De plus, il sut pressentir les talents d’une jeune chanteuse, Lena Horne, qu’il encourage et impose en remplacement d’Aïda Ward malade.

 

15. ″As Long As I Live″ – Lena Horne acc. par The Horace Henderson Orchestra, Hollywood, 21-11-1944.
Pers. : Lena Horne (voc) – Clyde Hurley, Jake Porter, Fred Trainer (tp) – Randy Miller (tb) – Les Robinson, Wayne Songe, Illinois Jacquet, Jack Stacy, Neely Plumb (s) – Nellie Lutcher (p) – Dave Barbour (g) – John Simmons (b) – Sidney Catlett (dm) – prob. Lennie Hayton (arr.)
Disque : 2CD FA074 – CD1-17 (2’51)

 

– Bird : Elle a une voix agréable, sans beaucoup de swing, bien dans le style de l’époque.
 
– Cat : La revue du printemps 1933 voit le retour du Duke. Ethel Waters y fait un triomphe avec ″Stormy Weather″ écrit spécialement, en une demi-heure, par Harold Arlen et Ted Koehler. Du coup Irvin Berlin l’engage pour jouer dans sa prochaine revue.

 

16. ″Stormy Weather″ – Ethel Waters – New York City, 3-05-1933
Pers. : prob. Sterling Bose ou Bunny Berigan (tp) – Tommy Dorsey (tb) – Jimmy Dorsey (cl, sa) – Larry Binyon (cl, st) – Joe Venuti et/ou Harry Hoffman (vl) – Fulton McGrath (p) – Artie Bernstein (b) – Stan King ou Chancey Morehouse (dm)
Disque : 2CD FA074 – CD1-10 (3’11)

 

– Bird : Le style est différent. La voix est plus dramatique, même un gouailleuse. On comprend qu’elle emporta un certain succès avec cette chanson.
 
– Cat : En janvier 1934, l’orchestre de Cab Calloway laisse la place à un ″big-band″ dirigé par un personnage en parfais contraste avec son prédécesseur. Il s’agit de Jimmy Lunceford, au sourire figé, agitant son immense baguette sous le nez de ses musiciens. Ancien enseignant, il impose une discipline de fer et son intransigeance ne laisse rien au hasard. Nous en parlerons plus longuement lorsque nous aborderons la naissance des ″big-bands″
 

17. ″Breakfast Ball″ – Jimmie Lunceford & his Orchestra – New York City, 20-03-1934
Pers.: Eddie Tomkins, Tommy Steveson (tp) – Sy Oliver (tp, arr, voc) – Henry Wells, Russell Bowles (tb) – Willie Smith (cl, sa) – Earl Carruthers (cl, sb) – Joe Thomas (cl, sb) – Eswin Wilcox (p) – Al Norris (g) – Moses Allen (b) – Jimmy Crawford (dm) – Jimmie Lunceford (lead)
Disque : 2CD FA 074 – CD1-16 (3’05)

 

– Bird : On sent cette rigueur dans ce morceau. Tout y est mis bien en place. Cà swingue. On a envie de danser !
 
– Cat : Les choses commencent à se gâter à Harlem. Avec l’apparition de tueurs fous comme Vince Coll dit “Mad Dog”, la guerre des gangs a pris une intensité qui rend les rues de Harlem dangereuses pour les noctambules. De plus, le 19 mars 1935, une émeute raciale d’une rare violence éclate. Prudemment, le 16 février 1936, le “Cotton Club” ferme ses portes… pour les rouvrir à la fin de l’année, avec une formule inchangée, dans un lieu moins exposé :  sur Broadway, à l’intersection de la 7ème Avenue et de la 48ème Rue. A l’origine baptisé le “Palais Royal”, l’endroit avait abrité en 1933 et 1934 le “Connie’s Inn” rebaptisé “Harlem Club” avant de se transformer en une boîte de travestis, l’“Ubangi Club”.
 
– Bird : Durant ces années de Récession, Harlem a vu pas mal de drames, chaque clan voulant empiéter sur le terrain des autres. Ils utilisaient les grands moyens comme cela s’est vu dans d’autres villes comme Chicago. Il ne faisait pas bon vivre à cette époque.
 
– Cat : L’illustre danseur Bill “Bojangles” Robinson[7] est engagé ; Cab Calloway revient pour raconter pratiquement tous les soirs l’histoire de Minnie the Moocher accompagnée d’autres chansons comme Hi-De-Ho Miracle Man.

 

18. ″Doin’ The New Low Down″ – Bill Robinson acc. par Irving Mills & his Hotsy-Totsy Gang – New York City, 3-10-1929
Pers. : Bill Robinson (tap dance) – poss. Manny Klein, Phil Napoleon (tp) – Miff Mole (tb) – Arnold Brilhard (cl, sa) – Larry Binyon (st) – inconnu (p) – inconnu (g) – Joe Tarto (b) – Chauncey Morehouse (dm)
Disque : 2CD FA074 – CD1-8 (3’06)

 

– Bird : C’était la grande mode du ″tap dancing[8], et je pense que ces danseurs de claquettes ont dû ouvrir la voie à des célébrités comme Fred Astaire et Gene Kelly.
 
– Cat : Le spectacle de 1935 réunit, une quantité encore inégalée de vedettes : Duke Ellington, Ivie Anderson, Ethel Waters, les ″Nicholas Brothers″ et Bill Bailey. Le succès rencontré est immense et l’on verra même dans la salle le chef d’orchestre classique Leopold Stokowski. A l’automne, Bill Robinson devrait être de retour mais les tractations avec Darryl Zanuck qui l’emploie à Hollywood sont ardues. ″Bojangles″ a de grandes exigences, réclamant 3.500 dollars par semaine. Tout est accepté mais, au dernier moment, Zanuck le rappelle et, un temps, les ″Nicholas Brothers″ le remplacent.

 

19. ″They Say He Ought To Dance″ – The Nicholas Brothers – New York City, 6-12-1937
Pers. : Harold Nicholas, Fayard Nicholas (voc, tap dance) – acc. par: Bobby Hackett, Ralph Muzillo (tp) – Al Philburn (tb) – Don Watt (cl) – Frank Signorelli (p) – Dave Barbour (g) – Haig Stephens (b) – Stan King (dm)
Disque : 2CD FA074 – CD2-9 (3’10)

 

– Cat : Au printemps 1938, est confié à Duke Ellington la tâche de composer la musique d’un spectacle de deux heures. Il y présente des thèmes comme ″If You Were in my Place″ et ″Braggin’ in Brass″. Tout en accompagnant les imposantes Peter Sisters dans la démonstration d’une nouvelle danse, le “Skrontch”.

 

20. ″Braggin’ In Brass″ – Duke Ellington & his Orchestra – New York City, 3-03-1938
Pers. : Wallace Jones, Cootie Williams, Harold “Shorty” Baker (tp) – Rex Stewart (crt) – Joe Nanton, Lawrence Brown (tb) – Juan Tizol (v-t) – Barney Bigard (cl) – Johnny Hodges (cl, ss, sa) – Harry Carney (cl, sa, sb) – Otto Hardwick (sa, b-s) – Duke Ellington (p) – Fred Guy (g) – Hayes Alvis, Billy Taylor (b) – Sonny Greer (dm)
Disque : Naxos 8.120706 – 4 (2’44)

 

– Bird : C’est vraiment une époque magnifique pour les amateurs de jazz. Quelle créativité !
 
– Cat : Le 29 avril, Duke fête son 39ème anniversaire et, à cette l’occasion, la BBC retransmet le spectacle sur les ondes européennes. L’une des grandes attractions d’alors était “Peg Leg” Bates. Unijambiste depuis l’enfance, il était néanmoins devenu danseur de claquettes. Possédant treize jambes de bois de teintes différentes pour mieux les assortir à son costume, il triomphait sur ″I’m Slappin’ Seventh Avenue with the Sole of my Shoe″ qu’enregistrera Duke. Pourquoi modifier une équipe gagnante ? A l’occasion du nouveau spectacle d’automne, Calloway alterne avec Ellington en compagnie de Sister Rosetta Tharpe et des Dandridge Sisters.

 

21. ″Shout, Sister, Shout″ – Sister Rosetta Tharpe acc. par Lucky Millinder & his Orchestra – New York City, 5-09-1941
Pers. : Sister Rosetta Tharpe (g, voc) – William Scott, Archie Johnson, Nelson Bryant (tp) – George Stevenson, Floyd Brody, Edward Morant (tb) – Ted Barnett, George James (sa) – Stafford Simon (st) – Ernest Purce (sb) – Bill Doggett (p) – Trevor Bacon (g) – Abe Bolar (b) – Panama Francis (dm) – Lucky Millinder (lead)
Disque : 2CD FA074 – CD2-13 (2’43)

 

– Bird : Elle a tout a fait le style d’un évangéliste itinérant comme nous l’avons vu dans le dialogue sur les ″negro-spirituals″.
 
– Cat : Effectivement, plus tard elle abandonnera la chanson profane pour la musique religieuse.
1939 est l’année de l’Exposition Universelle de New York. Le 29 mars à minuit débute “The World’s Fair Edition of the Cotton Club Parade”. Duke Ellington pris par d’autres engagements laisse à nouveau la place à Cab Calloway. La direction décide alors de déroger à ses principes en laissant le club ouvert l’été avec, comme orchestre, l’un des fleurons du jazz de Kansas City, “Andy Kirk and His Twelve Clouds of Joy”.

 

22. ″Big Jim Blues″ – Andy Kirk & his Twelve Clouds of Joy – New York City, 15-11-1939
Pers. : Clarence Trice, Earl Thompson, Harry Lawson (tp) – Ted Donnelly, Henry Wells (tb) – John Harrington (cl, sa, sb) – Earl Miller (sa) – Dick Wilson, Don Byas (st) – Maru Lou Williams (p) – Floyd Smith (el-g) – Booker Collins (b) – Ben Thigpen (dm) – Andy Kirk (lead)
Disque : 2CD FA074 – CD2-14 (2’57)

 

– Cat : Malgré cela,  les affaires deviennent de plus en plus difficiles : le loyer de la salle est exorbitant, les charges salariales ne cessent de croître. Le 14 juillet 1939, la direction du club est accusée de fraude fiscale et se retrouve dans la ligne de mire du fisc. Dans un dernier sursaut, la décision est prise de présenter en alternance deux shows différents. Seul rescapé de la grande époque, Bill Robinson et son alter ego, l’acteur Steppin’ Fetchit qui avait gagné une fortune à Hollywood, en incarnant à l’écran une série caricaturale sur les Noirs. Fini les grands ensembles qui ont fait les beaux jours du club. Louis Armstrong, la star des stars, est sollicité, pour accompagner ces vedettes de la scène. Il dirige son propre orchestre.

 

23. ″Bye and Bye″ – Louis Armstrong & his Orchestra – New York City, 15-12-1939
Pers. : Louis Armstrong (tp, voc) – Shelton Hemphill, Bernard Flood, Henry Allen (tp) – Wilbur de Paris, George Washington, J.C. Higginbotham (tb) – Charlie Holmes, Ruppert Cole (cl, sa) – Joe Garland, Bingie Madison (st) – Luis Russell (p, arr) – Lee Blair (g) – Pops Foster (b) – Sidney Catlett (dm)
Disque : 2CD FA074 – CD2-18 (2’33)

 

– Bird : Il est regrettable que les grands, à part ″Satchmo″ n’aient pu continuer à animer cet établissement mythique du monde du jazz. Mais, il y a une fin à tout.
 
– Cat : On verra tout de même quelques pointures comme la délicieuse chanteuse Maxine Sullivan, partenaire, dans le film “Goin’ Places”, de ″Satchmo″ qu’elle côtoiera de nouveau à Broadway dans une adaptation du “Songe d’une nuit d’été” de Shakespeare, “Swinging the Dream”.
Une autre vocaliste fort talentueuse, Midge Williams, ainsi que la danseuse Princess Vanessa et bien d’autres feront encore les belles nuits du ″Cotton Club″ pendant quelques mois. Le morceau suivant, assez japonisant est dû à la chanteuse Midge Williams. Il a été enregistré au Japon, ce qui explique peut-être le style.

 

24. ″Lazy Bones″ – Midge Williams – Tokyo, 12-1933
Pers. : Midge Williams (voc) – pers. Inconnu : 2tp – 1tb – 1cl-sa – 1sa – 1vl-st – p – g – b – dm-vib
Disque : 2CD FA074 – CD2-15 (3’31).

 

– Bird : Ce n’est vraiment pas emballant, mais il faut plaire à tous les publics.
 
– Cat : Malgré un succès qui ne se dément pas, l’affaire devient de moins en moins rentable. Le goût du public évolue, les revues perdant un peu de leurs attraits. Le 10 juin 1940, décision est prise de laisser à jamais les portes closes. Ainsi disparaît un des hauts lieux du jazz, de la danse et de la variété afro-américaine.
En 1985, le réalisateur Francis Coppola sort le film, “Cotton Club”, à partir d’un scénario inspiré par le livre homonyme de Jim Haskins. La musique est exécutée par le “New York Repertory Company”, et les évocations visuelles de Duke Ellington et de Cab Calloway n’ont rien de ridicule. Les nombreuses séquences de “tap dance” sont autant de réussites. Mais ce n’est qu’une reconstitution. Seule la musique de l’époque est à même de faire revivre, sans faux-semblants, le “Cotton Club
 
– Bird : Ce fut une très agréable soirée, en compagnie d’artistes de renom que malheureusement on ne retrouve plus à notre époque.
 
– Cat : Terminons cet entretien avec le grand Duke Ellington, qui fera l’objet de plusieurs dialogues étant donné l’ampleur de son oeuvre. Duke Ellington est le prototype du composteur afro-américain qui revendique une véritable « musique du Noir américain ». Beaucoup de ses thèmes retracent l’histoire et la vie de ses compatriotes, surtout ceux d’Harlem qu’il traduit en un « style jungle ». Le voici dans l’un de ses plus célèbres thèmes, « The Mooche« .

 

25. « The Mooche » – Duke Ellington & his Orchestra, New York City, 01-10-1928
Pers. : Duke Ellington (p, arr, lead) – Jabbo Smith, Louis Metcalf – Arthur Whetsel (tp) – Joe “Tricky Sam” Nanton (tb) – Rudy Jackson (cl, st) – Johnny Hodges (ss, sa)  – Fred Guy (bj) – Lonnie Johnson (g) – Henry “Bass” Edwards (tub) – Sonny Greer (dm) – Baby Cox (voc)
Disque : LP Philips B 07363 L – A-5(/p>
 
 
BIBLIOGRAPHIE
 
1) Morris R. L.  (2002) – Le Jazz et les Gangsters, Le Passage.
 
2) Livret du coffret « Cotton Club Harlem 1924 – Broadway 1936 »
 
 
 
Discographie
 
1)The Works of Duke – Integrale – Vol. 14 – « Take the ″A″ Train  » – Duke Ellington & his Orchestra
LP33T/30 cm – RCA FXM1 7134 – A-5 (2’54)
 
2) Cotton Club Harlem 1924 – Broadway 1936 – “Snag ‘Em Blues” – The Cotton Club Orchestra
2CD Frémeaux & Associés FA 074 – CD1-2 (3’00)
 
3) The Missourians (1929-1930) – « Market Street Stomp« 
LP33T/30 cm RCA Série Black and White Vol. 119 – A-1 (3’23)
 
4) The Works of Duke – Integrale – Vol. 1– « I Can’t Give You Anything But Love” – Duke Ellington & his Orchestra
LP33T/30 cm – RCA 741 028 – A-7 (3’02)
 
5) Cotton Club Harlem 1924 – Broadway 1936 – ″Feelin’ The Spirit″ – Luis Russell & his Orchestra
2CD Frémeaux & Associés FA 074 – CD1-5  (3’08)
 
6) Duke Ellington and his Orchestra 1924-1927 – ″I’m Gonna Hang Around My Sugar″ – The Washingtonians
CD Classics 539 – 6 (3’02)
 
7) The Duke Ellington Story – Vol. 1- 1927-1939 – « Jubilee Stomp » – Duke Ellington & his Orchestra
LP33T/30 cm – Philips B 07363 L – A-2 (2’44)
 
8) Cotton Club Harlem 1924 – Broadway 1936 – « A Night At The Cotton Club – Part 1 » – Duke Ellington & his Orchestra
2CD Frémeaux & Associés FA 074 – CD1-1 (8’20)
 
9) The Duke Ellington Story – Vol. 1- 1927-1939 – East St. Louis Toodle-Oo″ – The Duke Ellington Orchestra
LP33T/30 cm – Philips B 07363 L – A-1 (3’04)
 
10) Cotton Club Harlem 1924 – Broadway 1936 – ″Harlem River Quiver (Brown Berries)″ – Duke Ellington & his Orchestra
2CD Frémeaux & Associés FA 074 – CD1-4 (2’49)
 
11) Cotton Club Harlem 1924 – Broadway 1936 – ″Prohibition Blues″ – The Missourian
2CD Frémeaux & Associés FA 074 – CD1-6 (3’20)
 
12) Cotton Club Harlem 1924 – Broadway 1936 -″Harlem Camp Meeting – Cab Calloway & his Cotton Club Orchestra
2CD Frémeaux & Associés FA 074 – CD1-16 (3’08)
 
13) Cotton Club Harlem 1924 – Broadway 1936 -″Minnie The Moocher″ – Cab Calloway & his Cotton Club Orchestra
2CD Frémeaux & Associés FA 074 – CD1-7 (3’15)
 
14) Cotton Club Harlem 1924 – Broadway 1936 – ″Moanin’″ – Mills Blue Rhythm Band
2CD Frémeaux & Associés FA 074 – CD1-9 (3’21)
 
15) Cotton Club Harlem 1924 – Broadway 1936 – ″As Long As I Live″ – Lena Horne acc. par The Horace Henderson Orchestra
2CD Frémeaux & Associés FA 074 – CD1-17 (2’51)
 
16) Cotton Club Harlem 1924 – Broadway 1936 -″Stormy Weather″ – Ethel Waters
2CD Frémeaux & Associés FA 074 – CD1-10 (3’11)
 
17) Cotton Club Harlem 1924 – Broadway 1936 -″Breakfast Ball″ – Jimmie Luncefort & his Orchestra
2CD Frémeaux & Associés FA 074 – CD1-18 (3’05)
 
18) Cotton Club Harlem 1924 – Broadway 1936 – ″Doin’ The New Low Down″ – Bill Robinson acc. par Irving Mills & his Hotsy-Totsy Gang
2CD Frémeaux & Associés FA 074 – CD1-8 (3’06)
 
19) Cotton Club Harlem 1924 – Broadway 1936 – ″They Say He Ought To Dance″ – The Nicholas Brothers
2CD Frémeaux & Associés FA 074 – CD2-9 (3’10)
 
20) Duke Ellington – Classic Recordings Vol. 5: 1938 – Braggin’ In Brass″ – Duke Ellington & his Orchestra
Naxos Jazz Legends 8.120706 – 4 (2’44)
 
21) Cotton Club Harlem 1924 – Broadway 1936 -″Shout, Sister, Shout″ – Sister Rosetta Tharpe acc. par Lucky Millinder & his Orchestra
2CD Frémeaux & Associés FA 074 – CD2-13 (2’43)
 
22) Cotton Club Harlem 1924 – Broadway 1936 – ″Big Jim Blues″ – Andy Kirk & his Twelve Clouds of Joy
2CD Frémeaux & Associés FA 074 – CD2-14 (2’57)
 
23) Cotton Club Harlem 1924 – Broadway 1936 – ″Bye and Bye″ – Louis Armstrong & his Orchestra
2CD Frémeaux & Associés FA 074 – CD2-18 (2’33)
 
24) Cotton Club Harlem 1924 – Broadway 1936 – ″Lazy Bones″ – Midge Williams
2CD Frémeaux & Associés FA 074 – CD2-15 (3’31)
 
25) The Duke Ellington Story – Vol. 1- 1927-1939 – « The Mooche » – Duke Ellington & his Orchestra
LP33T/30 cm – Philips B 07363 L – A-5 (3’09)
 
 

NOTES


[1] Duke Ellington : “Music is my Mistress”, Doubleday and Company Inc., NY, 1973.
 
[2] id.
 
[3] Cab Calloway and Bryant Rollins : “Of Minnie the Moocher and Me”, Thomas Cromwell Company, NYC, 1976.
 
[4] Témoignage d’Harold Arlen reproduit in Jervis Anderson “This Was Harlem”, op. cité.
 


[1] La prohibition aux Etats-Unis
En 1919, une loi américaine interdit la consommation de l’alcool et donc sa vente ; cette loi fut appliquée pendant quatorze ans : Nul ne devra fabriquer, vendre, échanger, transporter, importer, exporter, livrer, fournir ou posséder une boisson alcoolisée quelconque sauf dans les cas prévus par la loi. Il sera illégal de faire de la publicité, de fabriquer, vendre ou posséder dans l’intention de le vendre tout ustensile, appareil, machine, préparation… destiné à être utilisé pour la fabrication illégale des boissons alcoolisées. Toute salle ou maison, tout bâtiment, bateau, véhicule, édifice ou endroit où des boissons alcoolisées sont fabriquées, vendues, entreposées, ou échangées, est déclaré contraire à l’intérêt public, et toute personne qui se rendra coupable sera passible d’une amende pouvant excéder mille dollars ou d’une peine de prison ne pouvant excéder un an, ou des deux.
 
Source : http://tnhistoiredocuments.tableau-noir.net/pages/la_prohebition_aux_etats_unis.html

 

[2] Jack Johnson (*31/03/1878, Galveston – …10/06/1946, Texas) : boxeur noir américain, surnommé le ″Géant de Galveston”. Il fut le premier champion du monde poids lourds noir entre 1908 et 1915. Il disputa 123 combats pour 89 victoires (49 par KO), 14 défaites et 12 nuls
Johnson remporta son premier titre le 3 février 1903 en battant « Denver » Ed Martin en 20 reprises pour le Colored Heavyweight Championship. Il défia alors le tenant du titre mondial, James J. Jeffries, mais ce dernier refusa le combat. Les boxeurs noirs pouvaient boxer contre les boxeurs blancs dans les catégories autres que poids lourds, la plus prestigieuse des catégories. Johnson brisa ce tabou en affrontant le 26 décembre 1908 le Canadien Tommy Burns à Sidney. Le combat dura 14 rounds, avant que la police n’intervienne pour l’interrompre. Les arbitres attribuèrent alors le titre à Johnson sur décision. De fait, Johnson avait puni son adversaire et l’avait mis KO technique
En 1909, il bat Victor McLaglen, Frank Moran, Tony Ross, Al Kaufman, et le champion poids moyen Stanley Ketcher.
 
Le combat du siècle
En 1910, l’ancien champion invaincu des poids lourds James J. Jeffries sort de sa retraite et annonce « Je vais combattre dans le seul but de prouver qu’un homme blanc est meilleur qu’un Nègre »[]. Jeffries n’avait pas combattu depuis six ans et dut perdre environ 100 pounds pour faire le poids. Il semblait avoir le support de tous les Blancs américains et de tous les médias, ainsi Jack London écrivit : « Jeffries gagnera sûrement car l’homme blanc a 30 siècles de traditions derrière lui – tous les efforts suprêmes, les inventions et les conquêtes, et, qu’il le sache ou pas, Bunker Hill et Thermopylae et Hastings et Agincourt ».
Le combat eut lieu le 4 juillet 1910 devant 22.000 spectateurs sur un ring monté pour l’occasion à Reno (Nevada). On pouvait entendre dans la salle le morceau « All coons look alike to me« , un des titres phares du genre de musique Coon song caractérisée par sa présentation raciste des Noirs américains. Les promoteurs du combat incitèrent même le public entièrement blanc à chanter « Tuez le nègre ! »,[] avant et pendant le combat. Jeffries alla deux fois au tapis lors des 15 premières reprises de ce combat, ce qui ne lui était jamais été arrivé dans sa carrière. Son encadrement le poussa à l’abandon. Cette victoire de Johnson lui permit d’empocher 60.000 dollars et de faire taire les critiques à propos de son titre face à Burns. Nombre de spécialistes, faisant ouvertement preuve de racisme, n’admettaient pas qu’un boxeur noir fût champion du monde des poids lourds, et considéraient le match Burns-Johnson comme non significatif. Pour eux, Jeffries était le champion invaincu. L’annonce de cette victoire fut marquée par des agressions racistes de Blancs sur des Noirs à travers tous les Etats-Unis[], principalement dans l’Illinois le Missouri, l’Ohio, la Pennsylvanie, le Colorado, le Texas et les villes New York et Washington. Le poète noir William Waring Cuney publia un poème pour marquer ces évènements : My Lord, What a Morning. Certains Etats américains interdirent la diffusion du film du match puis interdirent que les rencontres de Johnson contre des boxeurs blancs soient filmées. En 2005, le film de ce match historique fut placé sur la liste du National Film Registry.
 
Johnson défraya de nouveau la chronique en épousant une femme blanche. Il dut fuir au Canada puis en France afin d’éviter la prison pour une violation de la loi Mann qui interdit le transport de femmes à travers les états en vue de prostitution ou d’actes dits « immoraux », faits qu’il réfute mais qui le condamnent à 1 an de prison.
Johnson perd son titre le 5 avril 1915 face à Jess Willard lors d’un match disputé à La Havane (Cuba) devant 25.000 spectateurs. Prévu en 45 reprises, ce combat est arrêté après 26 reprises à la suite du KO de Johnson.
Johnson revient aux Etats-Unis en 1920 où il purge un an de prison pour avoir épousé une femme blanche. Il divorce en 1924 et meurt dans un accident de la route en 1946. Il fut introduit au Panthéon de la boxe en 1954. Une pièce de théâtre d’Howard Sackler, The Great White Hope (L’Insurgé), raconte sa carrière
(d’ après : http://fr.wikipedia.org/wiki/Jack_Johnson_(boxeur))
 
En 1970, Miles Davis et quelques musiciens dont Billy Cobham, Herbie Hancock, Wayne Shorter, rendront hommage au boxeur en enregistrant ″Jack Johnson Sessions″, dont les morceaux étaient inédits jusqu’en 2003.

 

[3] Jimmy McHugh (*10/07/1894, Boston, Massachusetts – …23/05/1969, Beverly Hill, Los Angeles) : compositeur américain. Il est l’auteur de nombreux standards joués par de nombreux musiciens de jazz, dont les plus connus sont : ″You’re a Sweetheart″, ″Don’t Blame Me″, ″I Can’t Give Yoy Anything But Love″, ″Exactly Like You″, ″On the Sunny Side of the Street″.

 

[4] Harold Arlen (*15/02/1905, Buffalo, Etat de New York – …23/04/1986, New York) : un des compositeurs américains les plus importants du XXe siècle avec plus de 400 chansons dont certaines ont fait le tour du monde et ont été reprises par de nombreux musiciens de jazz. Over The Rainbow, extraite de la comédie musicale ″Le Magicien d’Oz″, a été votée par la RIAA (Recording Industry Association of America) la 20ème chanson américaine la plus importante. Ses compositions sont devenues des standards de jazz grâce à sa facilité à intégrer des éléments de blues dans le répertoire du Great American Songbooks. Parmi les plus connues, citons : ″Blues in the Night″ (1941), paroles de Johnny Mercer ; ″Come Rain or Come Shine″, paroles J. Mercer ; ″Get Happy″ (1930), paroles Ted Koehler ; ″I Gotta Right to Sing the Blues″, paroles T. Koehler ; ″It’s Only a Paper Moon″, paroles E.Y. Harburg, Billy Rose ; ″Let’ Fall in Love″, paroles T. Koehler ; ″Over the Rainbow″, paroles E.Y. Harburg ; ″Sing My Heart″, paroles T. Koehler ; ″Stormy Weather″ (1933), paroles T. Koehler.

 

[5] Jack  » Legs  » Diamond  (*10-07-1897 – …18-12-1931, New York) : gangster irlando-américain, connu sous le nom de Gentleman Jack, pendant l’époque de la prohibition. Bootlegger et proche associé de Arnold Rothstein, qui faisait dans le jeu, Diamond a survécu à de nombreuses tentatives de meurtres entre 1919 et 1931, lui donnant la réputation de « pigeon d’argile de la pègre » (clay pigeon of the underworld). En 1930, Dutch Schultz fit remarquer à son gang, « N’y a-t-il donc personne ici qui puisse abattre ce type sans qu’il en ressorte ? » (ain’t there nobody that can shoot this guy so he don’t bounce back). Remarquons que Jack Diamond n’était pas lié à Stanley Diamond, membre de la famille Lucchese.
Jack Moran, Diamond rejoint rapidement un gang des rues de New York appelé les Hudson Dusters. Il servit quelques années plus tard dans l’armée des Etats-Unis, mais déserta ; il fut jugé et emprisonné comme déserteur en 1918-1919. À sa sortie de prison, il fut recruté par « Little Augie » Jacob Orgen pour assassiner un ennemi. Diamond devint le garde du corps d’Augie. Il fut touché par balles à deux reprises lorsque Orgen fut tué par Louis Bulchalter, qui essayait de s’approprier certains des rackets
Diamond était connu pour son train de vie extravagant. Individu très énergique, son surnom de « Legs » vient, soit du fait qu’il était bon danseur, soit de sa rapidité à échapper à ses ennemis. Pour un gangster, Diamond était réputé plutôt loyal, mais il ne répugnait pas à doubler quelqu’un quand le besoin s’en faisait sentir. Sa femme Alice Diamond n’a jamais soutenu son style de vie, mais n’essaya pas non plus de l’en dissuader. Diamond était un coureur de jupons, dont la maîtresse la plus connue était la danseuse Marion « Kiki » Roberts. Le public aimait Diamond : c’était l’une des plus grandes célébrités au Nord de New-York.
 
La prohibition
A la fin des années 1920, avec la mise en place de la prohibition, la vente d’alcool devint illégale aux Etats-Unis, ce qui n’empêcha pas des gens comme Diamond de continuer le business. Il voyagea en Europe pour quelques mois, espérant pouvoir acheter de la bière et des narcotiques, mais il rentra bredouille. Après la mort d’Orgen, Diamond essaya de superviser les ventes d’alcool au centre-ville de Manhattan. Il entra en conflit avec Dutch Schultz qui essayait à ce même moment d’agrandir son territoire de Harlem, mais aussi avec d’autres gangs de la ville. On tenta de l’abattre après qu’il eut manqué de faire un paiement, à l’hôtel Monticello. Il est donc allé plus au nord, vers les montagnes Catskill, pour tenter d’échapper à la menace de Schultz et des autres gangs. Ce n’était pas assez : les hommes de Schultz le surprirent à un dîner privé et tirèrent cinq balles, mais il parvint encore une fois à s’échapper.
En 1930, Diamond et deux de ses hommes de main kidnappèrent Grover Parks, un conducteur de camions, et lui demandèrent quel genre d’alcool il transportait. Celui-ci répondant qu’il ne transportait rien, ils le torturèrent et le laissèrent finalement partir. Quelques mois plus tard, Diamond fut inculpé pour kidnappage mais acquitté. Cependant, une enquête fédérale sur des charges similaires tourna différemment et il fut condamné à quatre ans de prison. Il fut acquitté lors d’un procès à Troy (New York). En 1931, des portes-flingues de Schultz ouvrirent le feu à l‘Aratoga Inn, prêt de Cairo (New York); il y survécut, alors que deux spectateurs y laissèrent la vie.
 
La chute
Le 18 décembre 1931, les ennemis de Diamond parvinrent finalement à l’abattre alors qu’il passait par une de ses cachettes sur Dove Street à Albany (New York), après avoir passé la nuit à fêter le résultat de son procès à Troy. Les tireurs l’abattirent de trois balles dans la tête vers 5:30 du matin ; cependant six coups de feu furent entendus, et il est à penser qu’il a donc lutté. S’il n’avait pas été abattu, il aurait été envoyé en prison par la sentence fédérale
Il y a eu de nombreuses spéculations pour savoir qui était responsable du meurtre, incluant Dutch Schultz, les frères Oley et la police d’Albany. D’après l’ouvrage O albany! de William J. Kennedy, sa mort aurait été ordonnée par Dan O’Connell, président local du parti républicain, et il aurait été tué par la police d’Albany. Lors d’une interview par Kennedy en 1974, O’Connell déclara : « Pour que la mafia vienne s’installer, elle doit être protégés, et ils savaient qu’ils ne le seraient jamais dans cette ville. On l’avait établi il y a des années. Legs Diamond… a appelé un jour et a dit qu’il voulait venir dans le business ici. Il comptait vendre des protections aux commerçants. Je lui ai dit qu’il n’allait pas faire de business à Albany et on ne s’attendait pas à le voir en ville le matin suivant. Il n’a jamais rien commencé ici.
D’après la version d’O’Connell, le sergent de police Fitzpatrick aurait abattu Diamond. Etant donné l’influence de O’Connell à Albany, la plupart des gens ont accepté sa version. Elle a été confirmée par plusieurs officiels.

(d’après : http://fr.wikipedia.org/wiki/Legs_Diamond)
 

[6] La Grande Dépression est la période de l’histoire américaine qui suivit le Jeudi noir du 24 octobre 1929, jour où survint le krach boursier (les marchés boursiers new-yorkais s’effondrèrent de manière durable le lundi 28 octobre 1929, le lundi noir). Les événements de cette journée déclenchèrent une crise économique mondiale qui mena à la déflation et à un accroissement significatif du chômage.

 

[7] Robinson William Luther ″Bojangles″ (*25-05-1878, Richmond, Virginie – …25-11-1949, New York) : danseur de claquettes afro-américain. Véritable prodige de la danse, il n’a que 9 ans quand il quitte Richmond pour Washington où il survit comme danseur de rue. Rapidement, son style extraordinaire lui permet de travailler dans des clubs de la ville. C’est à cette époque qu’il acquiert son surnom ″Bojangles″, apparemment lié à son caractère insouciant. En 1905, il rejoint une troupe itinérante qui se produit dans des boîtes de nuit et des cabarets à New York puis à Chicago. La ségrégation étant la norme aux Etats-Unis, cette troupe se produit principalement devant des spectateurs noirs
A l’époque, les claquettes sont un style relativement nouveau. Robinson fait donc partie des précurseurs : il développe les mouvements et les rythmes en utilisant davantage la pointe du pied et des frappes glissées. Il invente la « danse de l’escalier » qui consiste à faire des claquettes sur quelques marches en avant et à reculons. Son talent en fait une star au sein de la communauté noire et une des têtes d’affiche du Hoofer’s Club à Harlem.
En 1928, un producteur de Broadway en quête de nouveauté pour relancer la popularité des spectacles de variétés l’embauche pour une revue appelée Blackbirds of 1928. Les spectateurs (exclusivement blancs) apprécient le spectacle et Robinson, alors âgé de 50 ans, devient une célébrité très prisée.
Qu’il se produise dans un théâtre d’une petite ville ou une grande salle de Broadway, Robinson donne toujours le meilleur de lui-même et cet enthousiasme séduit le public. Acclamé pour son style de danse novateur et complexe, il personnifie l’insouciance et l’élégance en apparaissant souvent sur scène en queue-de-pie avec une canne.
Sa popularité est telle que l’industrie du cinéma s’intéresse à lui. Le producteur Darryl F. Zanuck l’invite à Hollywood où il apparaît dans plusieurs films dont les plus célèbres ″The Littlest Colonel″, ″The Littlest Rebel″ et ″In Old Kentucky″, aux côtés de l’enfant star Shirley Temple. Il est cependant cantonné à des rôles de majordomes et revient donc rapidement à la scène
En 1939, Robinson revient à New York pour interpréter le rôle principal dans ″Hot Mikado″, une version jazz de l’opérette de Arthur Sullivan et William S. Gilbert. Pour fêter ses 61 ans et le succès du spectacle, il danse à reculons (un de ses exercices de prédilection) sur près de 1 500 m le long de Broadway Avenue
Il retourne à Hollywood en 1942 pour le film musical ″Stormy Weather″ avec les chanteurs de jazz Lena Horne, Cab Calloway et Fats Waller.
Il est sans le sou quand il décède en 1949 suite à des problèmes cardiaques. L’animateur de télévision Ed Sullivan prend à sa charge les obsèques par respect pour l’artiste et pour l’homme. Plus de 50 000 personnes sont massées sur le trajet de la procession funéraire de Harlem au cimetière Evergreens de Brooklyn.
 
Anecdotes :
• En 1933, pendant un séjour dans sa ville natale, il remarque deux jeunes enfants qui ont du mal à traverser une route très fréquentée car il n’y a pas de feux de signalisation. Il se rend à la mairie et finance l’achat et l’installation des premiers feux tricolores de la ville. En 1973, une statue à son effigie a été érigée dans un parc situé non loin de cette intersection
• Depuis 1989, les États-Unis célèbrent le ″Tap Dance Day″ (Fête des claquettes) le 25 mai, jour anniversaire de sa naissance. À cette occasion, Broadway est interdite aux automobiles et devient une immense piste de danse où chacun peut venir faire des claquettes
(source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Bill_Robinson)

 

[8] Tap dancing : le tap dance ou danse à claquettes est un style de danse né aux Etats-Unis au XIXe siècle. Le nom de claquettes vient du son produit par des fers (morceaux de métal adaptés) fixés sur les chaussures du danseur, ce qui fait de celui-ci, en même temps qu’un danseur, un percussionniste.
Les claquettes ont vu le jour dans le quartier de Five Points à New York dans années 1830 et sont un résultat de la fusion de l’″African Shuffle″ et de pas de danses folkloriques européennes (bourrées et gigues irlandaises, écossaises et anglaises). Les émigrants européens (irlandais notamment) dansaient au  XIXe siècle avec des sabots (″Clogg dance″) et on vit apparaître le ″soft shoe″ une danse en chaussures de ville au milieu du XIXe siècle. Afin de ne pas perdre l’intérêt rythmique porté par les sabots, les chaussures furent adaptées avec des morceaux de bois (″split clogs″) peu à peu remplacés par les claquettes actuelles en fer (milieu des années 1920).
L’origine des claquettes est un mélange des syncopes de la musique et de la danse africaine avec la gigue irlandaise. Des danseurs immigrants de groupes ethniques et culturels différents se rencontraient au cours de compétitions de danse et confrontaient leurs techniques. Avec le temps, les danses s’enrichirent les unes les autres et donnèrent naissance aux claquettes telles que nous les connaissons aujourd’hui (″Tap dance″).
Les claquettes se répandirent aux Etats-Unis à partir des années 1900, où elles constituaient la partie dansée des vaudevilles à Broadway. L’apparition du jazz dans les années 1920 les mit au premier plan, car le rythme de celui-ci s’adaptait naturellement à la danse de claquettes. À partir des années 1930, les claquettes firent leur apparition au cinéma et à la télévision où elles connurent leur apogée dans les années 1950 avec de grands danseurs comme Fred Astaire ou Gene Kelly, bien que le rock les fit passer au second plan dès la fin de la Deuxième Guerre Mondiale.

(source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Claquettes)
 

Le tap dance ou danse à claquettes est indissociable de la comédie musicale, genre majeur du cinéma américain des années trente. Si Fred Astaire impose les figures du ″tap dance comme un des signes les plus visibles de son élégance et de sa virtuosité, il n’en revendique jamais la paternité, rendant justice à plusieurs reprises aux véritables créateurs du style : les danseurs noirs, et notamment Bill ″Bojangles Robinson. (1) En 1936, Astaire, alors incontestable star de la RKO (2) propose, dans ″Sur les ailes de la danse (3) un numéro justement célèbre : ″Bojangles of Harlem. L’année suivante, la chanson ″Slap that Bass de L’entreprenant Monsieur Petrov (4) est, à nouveau, un hommage aux rythmes inventés par les musiciens noirs. Mais ces deux séquences, témoignages effectifs de reconnaissance envers un art qui prend ses racines en Afrique, n’en sont pas moins les signes visibles de l’impossible présence du corps noir dans le cinéma américain.

 
Exclusion

Bojangles of Harlem est l’unique solo de Fred Astaire dans ″Sur les ailes de la danse. Sur une scène de théâtre, douze girls vêtues de blanc, bientôt rejointes par douze autres, habillées de noir cette fois, ouvrent le numéro. Elles se dirigent vers un énorme buste de carton pâte, visage noir avec chapeau melon et noeud papillon, sensé représenter Bill Robinson. A l’intérieur de cette effigie, apparaît Fred Astaire, grimé au cirage pour la seule fois de sa carrière. Après quelques figures avec les danseuses, il entame le moment crucial : seul en scène, il danse avec trois ombres noires géantes projetées sur un écran. D’abord parfaitement synchrones, un véritable échange naît peu à peu entre Astaire et les ombres. Mais, à la fin de ce long numéro, celles-ci, dépassées par la maîtrise du danseur, abandonnent et quittent l’écran, désabusées.
Il n’y a bien entendu aucun danseur noir sur scène. Mais les ombres en sont bien des représentations. Fred Astaire semble, dans les premières figures, être lui-même projeté sur l’écran, avant de devenir spectateur de la projection et d’imiter ces ombres. L’hommage est bien dans ces imitations. Rapidement, le synchronisme parfait prend le pas sur la copie : Astaire est alors l’égal des images de danseurs noirs. Mais ceux-ci sont vite exclus du plan, et leurs gestes de dépit prennent alors un sens symbolique très fort. Après les avoir pris pour modèle, Fred Astaire les a égalés, puis dominés. Cette mise en scène est à nouveau parfaitement au point dans ″Slap that Bass, le solo de ″L’entreprenant Monsieur Petrov, son film suivant.

 
Expulsion

Dans la salle des machines d’un navire, quelques employés noirs hilares entament, au rythme de leurs gestes de travail, la chanson ″Slap that Bass, mélange incertain d’effets ″jungle inventés par Duke Ellington et d’arrangements hollywoodiens. Astaire apparaît en plan insert, assis, tapant du pied, souriant et admiratif Très vite, il prend place au milieu des chanteurs et musiciens, reprenant lui-même le refrain. Il devient donc immédiatement le leader, accompagné par un orchestre de  » jazz « . Un travelling avant l’isole encore un peu des Noirs devenus ses faire-valoir, avant qu’une coupe très sèche ne les fasse définitivement disparaître. Il y a dans cette coupe une volonté de rupture, un très étonnant faux raccord : le second plan (Astaire seul), si l’on s’en tient à l’angle de prise de vue, aurait dû laisser apparaître quelques musiciens. Mais le décor n’est plus qu’une salle des machines vide : les Noirs se sont volatilisés, ont disparu dans la collure, dans l’entre-image.
Le cinéma hollywoodien révèle ici, par cette faute visible de montage – acte cinématographique s’il en est – son idéologie de la forclusion. Fred Astaire continue seul le numéro, remarquablement chorégraphié, notamment dans un échange somptueux avec les machines très stylisées du bateau qui forment alors un formidable décor très art déco. Il danse face à la caméra, pour le public virtuel des salles de cinéma. Expulsés du plan, les ouvriers-musiciens-chanteurs noirs sont devenus, hors champ, les témoins passifs de la performance. Le spectateur du film oublie rapidement leur existence. Seul le dernier plan les fait à nouveau intervenir, mais cette fois pour applaudir le numéro de la star, juchée sur une passerelle, inaccessible dans une improbable profondeur de champ.

(source : http://www.africultures.com/popup_article.asp?no=879&print=1).

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