14ème Dialogue

 NEW YORK


– Cat : Mon vieux Bird, nous voici arrivé à la troisième étape importante de notre histoire. Nous abordons aujourd’hui « Big Apple ».

– Bird : Tu veux dire New York ?

– Cat : Oui. Cette ville a joué un rôle prépondérant dans l’évolution du jazz. La « Big City » est considérée comme le centre artistique américain, peut-être, d’après certains, à cause de l’existence de Wall Street. Un fait certain est que la cité est une dévoreuse de talent.

1. « This Town » – Frank Sinatra accompagné par l’orchestre de Billy Strange
Pers : Frank Sinatra (voc) – Billy Strange (leader)
Disque: LP33 CRV 1022 – B1 (3’05)


– Bird : Il n’est donc plus question d’être un musicien « à la noix ».

– Cat : Exactement. En plus d’une connaissance approfondie de la musique, il est nécessaire de posséder un certain sens commercial. Malgré cela, de nombreux musiciens de Chicago, Kansas City, Saint-Louis, Memphis… veulent avoir leur part de la « Big Apple », un surnom de New York cher aux musiciens. Quelques-uns s’y casseront les dents, notamment les Wolverines de Bix Beiderbecke. Mais un esprit de perfectionnement et d’expérimentation apparaît et donnera naissance aux grandes tendances modernes tels que le be-bop, le cool… « La clé du jazz de New York est l’esprit d’expérimentation », comme le dit Barry Ulanov, grand spécialiste de l’histoire du Jazz.

2. « At the Jazz Band Ball » – Bix Beiderbecke and his Gang – New York, 5-10-1927
Pers. : Bix Beiderbecke (crt) – Bill Rank (tb) – Don Murray (cl) – Adrian Rollini (sb) – Frank Signorelli (p) – Chauncey Morehouse (dm)
Disque : Joker “Bixology” – Vol. 5 – B-5 (2:50)

– Bird : Cet engouement pour la « Big Apple » se situe vers 1927 si mes déductions sont exactes. N’existait-il à New York aucune musique afro-américaine avant cette époque ?
– Cat : Aussi loin que l’on remonte dans l’histoire d’Harlem, il existe une force vive musicale dans le plus pur esprit jazz. En effet le processus de la naissance du folklore musical afro-américain est le même qu’à la New-Orleans et par extension de tous les endroits où l’on rencontre des Noirs.
Aujourd’hui je situerai le cadre historique de ce qui deviendra le « Harlem du jazz ». Il sera difficile d’illustrer cette partie historique par de la musique, car des enregistrements d’origine il n’y en pas. Aussi je te ferai entendre des morceaux plutôt en relation avec le contexte et l’esprit de l’époque.

– Bird : J’en suis conscient et je te fais confiance pour la qualité musicale que tu me présenteras.

– Cat : Mais avant tout, revenons quelque peu en arrière au temps des pionniers, et tu seras étonné de se que je vais t’apprendre. En mai 1624, un navire, le Nieu Nederlandt, affrété par la Compagnie des Indes occidentales accoste l’île de Manhattan. A son bord, tiens toi bien, une trentaine de familles belges, la plupart wallonnes et quelques flamandes ! Huit colons débarquent sur l’île aux Noix, aujourd’hui Governor’s Island, et construisent un fort à la pointe sud de Manhattan, actuel Battery Park. Quatre couples et huit marins gagnent la rivière Delaware et bâtissent le Fort Nassau, à proximité de la ville de Gloucester dans le New Jersey. Deux familles et six hommes remontent la Fresche (Connecticut) et s’installent à l’emplacement de la ville actuelle d’Hartford. Les autres passagers restent à bord et remontent l’Hudson jusqu’à la ville actuelle d’Albany, capitale de l’Etat de New York[1].

– Bird : Tu m’en bouches un coin. Ce n’est pas ce que l’on raconte dans les manuels d’histoire !

– Cat : Pour prouver mes dires, si tu vas à New York, sur le site de Battery Park, un monument commémorant le tricentenaire de la fondation de la ville a été érigé en l’honneur des colons wallons, le 20 mai 1924.

– Bird : Je n’y manquerai pas, si mes pas me mènent dans la « Big City ».

3. « Deep River : Old Negro Melody«  – traditional, arr. Harry T. Burleigh (1916) –The Paragon Ragtime Orchestra[2]
Pers. : Vesselin Gellev (1er vl, lead) – Walter Choi (2ème vl) – William P. Muller (viola, vl) – Peter Prosser (cello) – Deb Spohnheimer (b) – Leslie Cullen (fl, piccolo) – Gilad Harell (cl) – Kyle Resnick (crt) – Kevin Cobb (crt) – Tim Albright (tb) – Kerry Meads (dm, bells) – John Gill (bj) – Vince Giorano (bj) – Tom Roberts (p)
Disque : CD New World Records 80611-2 – 4 (2:21)

– Cat : En 1626, Peter Minuit, gouverneur de la nouvelle colonie, rachète l’île de Manhattan aux Indiens Algonquins, en échange de verroteries et autres colifichets pour l’équivalent de 60 florins (environ 24 $).

– Bird : Comme à l’accoutumée, les hommes ne peuvent s’empêcher d’exploiter les peuples dont ils convoitent les terres !

– Cat : En 1644, soit 18 ans après leur débarquement, les colons de Nieuw-Amsterdam affranchissent les 11 premiers esclaves noirs. Très vite, dans les années suivantes, de nombreux esclaves seront émancipés. La collectivité noire de la ville naissante date de ces années. Les esclaves affranchis se verront attribuer un terrain à proximité des « Tombs » qui forme la partie occidentale du futur « Bowery District » entre Canal Street et Astor Place[3]. De 1640 à 1664, la population de la colonie passe de 400 à 1.500 habitants.

– Bird : Je me rappelle que cette colonie hollandaise des Nouveaux Pays-Bas est passée sous la domination anglaise en 1667, sans coup férir, et qu’à ce moment la ville devint New York.

– Cat : Tes cours d’Histoire ont été bénéfiques ! Malheureusement, la conquête britannique est une période pénible pour les Noirs, qui se traduit par une mise en veilleuse de leurs expressions artistiques. L’année 1712 connaît la première révolte d’esclaves à New York, où « plusieurs esclaves complotèrent de se venger de leurs maîtres pour des traitements durs qu’ils avaient subis de leur part, en vue d’obtenir leur liberté. Liés entre eux par la succion de leur sang et frottés de poudre pour les rendre invincibles, les conspirateurs s’armèrent de pistolets, d’épées, de couteaux, de machettes. Dans la nuit du 6 avril, ils mirent le feu à plusieurs habitations et tuèrent une dizaine de Blancs qui cherchaient à éteindre les incendies. La milice intervint rapidement pour capturer les rebelles, dont certains préférèrent se suicider. Quant aux 25 autres, ils périrent de façon brutale et cruelle, au point de ne laisser aucun survivant« [1].

– Bird : Cette révolte me paraît d’une extrême violence. Elle doit exprimer le poids insupportable de l’esclavage, et par ce fait, vouloir faire subir aux opprimants la violence et le mépris dont eux-mêmes avaient été victimes depuis des générations.

– Cat : En 1741, la découverte d’un nouveau complot entraîne la mort d’une trentaine de Noirs dans la ville. Dès 1799, les colons « américanisés » de New York abolissent l’esclavage. Cela n’empêche pas les « blackbirders » de kidnapper les affranchis pour les revendre dans le Sud. En 1740, la population de la ville compte déjà 21% d’esclaves, dont les affranchis. Seule Charleston, dans le Sud, en dénombre plus que New York dans les colonies britanniques d’Amérique.

4. « Strange Fruit« [4] – Billie Holiday – New York, 20-4-1939
Pers. : Frankie Newton (tp) – Tab Smith (sa) – Stanley Payne (st) – Kenneth Hollon (st) – Sonny White (p) – Jimmy McLin (g) – John Williams (b) – Eddie Dougherty (dm) – Billie Holiday (voc)
Disque : CDLivre – 13 (3 :10)

– Bird : Ce morceau est vraiment très émouvant. C’est la grande Billie Holiday qui le chante, je pense.

– Cat : Exactement. Sais-tu ce que représentent ces « Etranges fruits » ? Horrifié par les lynchages de Noirs dans le Sud, Lewis Allen[5], enseignant juif du Bronx dont c’est le nom de plume, a écrit et mis en musique un poème qui porte ce titre.
L’écoute de Billie Holiday chantant « Strange Fruit » reste un moment inoubliable, sans doute en rien comparable à ce qu’ont vécu les clients du Cafe Society en 1939, mais il suffit d’imaginer la scène…
La salle est plongée dans le noir, le service aux tables et au bar a été interrompu. Billie Holiday est seulement accompagnée d’un piano sur lequel elle s’appuie, un unique et petit spot éclaire son visage. Elle est immobile, comme hébétée… Son visage se crispe et dans un rictus de douleur, sortent de sa bouche les premières syllabes de « Strange Fruit« . Elle chante ensuite de manière très sûre, convaincue et si convaincante. Elle est déterminée et très concentrée. Son élocution et son phrasé donnent aux mots qu’elle « assène » à l’audience une intensité et un impact si forts qu’à la fin de sa prestation, un « silence de mort » se fait dans la salle… Ce silence pesant semble durer une éternité avant qu’un spectateur ne se mette à applaudir nerveusement, imité ensuite par toute la salle. Il était convenu dans l’engagement de Billie que « Strange Fruit » soit chanté lors de son dernier set et pour le clore, car après cette prestation, elle était incapable de poursuivre et se retirait longuement seule dans sa loge pour se remettre de l’intense émotion qui la submergeait alors.

– Bird : J’en suis tout retourné. Pour moi, j’en suis de plus en plus convaincu, le jazz est l’expression musicale d’une population opprimée à qui on ne reconnaît pas ses droits. Ce chant en est le plus bel exemple.

– Cat : Tu as tout à fait raison, et cela se confirmera dans la suite de nos dialogues.
Durant la guerre d’Indépendance qui oppose les colons britanniques à leur métropole, de 1775 à 1783, de nombreux Afro-américains, esclaves ou libres participent au conflit dans les deux camps, loyalistes ou « insurgents ». Certains sont engagés dans les milices américaines malgré l’inquiétude des planteurs du sud qui refusent d’armer les esclaves. Pourtant, on estime que 5.000 Noirs ont combattu aux côtés des insurgents. [En novembre 1775, le gouverneur de Virginie, Lord Dunmore promet l’affranchissement à tous les esclaves qui s’engagent dans l’armée britannique. En 1779, Sir Henry Clinton édicte une loi similaire pour la région de New York. La plupart des esclaves servirent comme plantons, mécaniciens, ouvriers ou éclaireurs. Plus de la moitié meurent dans les épidémies de variole qui frappèrent les armées britanniques. En dépit des promesses de certains gouverneurs anglais, la majorité des esclaves ne sont pas affranchis[]. Du côté des troupes insurgées, on recense de nombreux cas d’affranchissement. La Déclaration d’indépendance des Etats-Unis est décrétée le 4 juillet 1776, mais les Anglais quittent New York seulement en 1783. A ce moment, la ville est concentrée au sud de Manhattan. Elle ne s’étendait pas au-delà de l’actuel Washington Square et de l’Union Square. Le reste de Manhattan et de Brooklyn était occupé par des maisons de campagnes difficiles d’accès en raison de l’état des routes.

– Bird : Donc à cette époque on ne parle pas encore de Harlem qui se trouve tout au nord de la péninsule.

– Cat : Un mouvement de contestation antiesclavagiste prend forme et à la fin du XVIIe siècle, les Etats du Nord de l’Union franchissent le pas et suppriment la servitude involontaire. Ainsi, l’Etat de New York abolit l’esclavage en 1827. Les Etats du Sud, dont l’économie est basée sur la culture du coton ne l’entendent pas de cette oreille. Une première lutte apparaît lors de l’admission du Missouri. Un compromis est trouvé qui consiste à autoriser l’esclavage dans le nouvel Etat et non pas au nord de la latitude de 36°30’. Une série de nouvelles contestations et de luttes, à partir de 1844, débouchera inévitablement sur la Guerre de Sécession (1861-1865)[6].

– Bird : Evidemment les grands propriétaires terriens du Sud avaient tout intérêt à ce que l’esclavage perdure. Cela leur rapportait une main d’œuvre à bon marché et corvéable à merci.

– Cat : Comme durant la guerre d’Indépendance, les Noirs sont enrôlés des deux côtés, avec deux réserves : ils toucheront une solde inférieure à celles des Blancs ; ils seront commandés par des officiers blancs et serviront dans des unités distinctes. Les premières unités noires montent en ligne en 1863. On trouve également des fanfares de musiciens noirs.

5. « Sambo » : A Characteristic Two Step March (1896) (William H. Tyers) – The Paragon Ragtime Orchestra
Pers. : le même que « Deep River »
Disque : CD New World Records 80611-2 – 5 (3:10)

– Bird : On a connu ça durant les deux guerres mondiales. Et c’est seulement maintenant que l’on commence à reconnaître la part importante que ces bataillons de colonisés dans les conflits pour la liberté et la démocratie !

– Cat : Bien avant cette époque, un « maquis » s’organise pour délivrer les Noirs du Sud et les amener à New York, ainsi que ceux des Antilles et d’Amérique latine. Cet afflux de population, sans travail, ni revenus va s’ajouter aux immigrants et Noirs qui occupe déjà des sortes de ghetto le long des quais de l’Hudson et le quartier des « Five Points« . En 1900, 61.000 Noirs se concentrent à New York. Entre 1910 et 1920, la population a presque doublé et elle doublera à nouveau dans les dix années suivantes.

– Bird : Et Harlem dans tout cela ?

– Cat : Au tournant du XIXe siècle, Harlem devient un des quartiers résidentiels les plus recherchés de Manhattan. Auparavant, cette zone non encore englobée dans la ville servait de résidence aux descendants de quelques pionniers irlandais et de lieu d’excursion dominicale aux bourgeois new-yorkais. En 1873, Harlem est englobée dans les limites de l’agglomération et à partir de ce moment, des promoteurs y construisent des maisons de pierre, les « brownsstones« , et des immeubles de haut standing, pour accueillir les familles bourgeoises. Magasins, écoles, églises, théâtres, cafés… rien n’y manquent. En 1881, trois lignes de métro aérien permettent d’atteindre la 128e rue.

– Bird : Mais alors où étaient logés les Noirs ?

– Cat : Les Noirs étaient déjà présents sur les rives de l’Hudson et de Harlem River : descendants d’esclaves locaux, squatters venus au milieu du siècle et surtout domestiques au service des nouveaux résidents. En 1890, ils étaient surtout établis de la 122e à la 126e rue et dans la 134e rue ouest ; « Nigger Row » formait un colonie compacte autour de la 146e rue ouest, et « Darktown » lui faisait pendant dans la 130e rue. En 1902, contrairement à l’opinion courante, les Noirs se trouvaient déjà bien implantés à Harlem[7].

– Bird : Mais comment donc Harlem est-il devenu ce qu’il est, un ghetto afro-américain ?

– Cat : Les choses changèrent entre 1900 et 1910. On combla les derniers marais, le métropolitain est prolongé, de nouveaux lotissements se vendent à prix d’or. Tout le monde veut investir dans ce nouveau quartier résidentiel. Les Juifs du Lower East Side acquièrent des immeubles au sud-est de Harlem formant ce qui deviendra la « Petite Russie », avec ses synagogues, ses boutiques casher et ses écoles hébraïques. De plus, l’immigration incessante qui amenait une population de couleur de plus en plus nombreuse, ainsi que les aménagements urbains aux alentours de la gare de Pennsylvanie poussent les classes moyennes noires de New York vers le nord de Manhattan, provoquant une opposition de la part des résidents blancs qui considèrent l’arrivée de ces « hordes de couleur » comme une catastrophe. Vers 1914, 50.000 Noirs affluent dans le quartier. Progressivement, ils s’emparent du centre de Harlem, grignotent au nord la « Petite Russie », se heurtent aux Portoricains et aux Italiens à l’est. Une spéculation immobilière malheureuse basée sur la crainte des Blancs de voir leur biens se déprécier fait monter les prix sans rapport avec la valeur de la construction, ce qui met nombre de compagnies en faillite. Déjà, de 1907 à 1914, les deux tiers des maisons voisines des enclaves noires changent de main. De nombreux logements restent inoccupés, entraînant une baisse considérable des prix ; les loyers baissent également, donnant ainsi la possibilité aux Noirs de les occuper. Une métropole riche en promesses s’ouvre à eux. Ce sera entre 1900 et 1935 les plus belles années de l’histoire de Harlem que l’on appelle « Harlem Renaissance ».

– Bird : J’espère que tu t’étendras un peu plus longuement sur cette époque qui paraît prometteuse ?

– Cat : Oui, bien sûr, cela fera l’objet de notre prochain dialogue.

6. « New York Boogie » – Roosevelt Sykes
Pers.: Roosevelt Sykes (p, voc)
Disque : CD BFY 47015-4 (3 :40)

– Cat : Malheureusement, à la suite des effets combinés de l’immigration massive et de l’exploitation sans scrupule de propriétaires et d’employeurs blancs, le quartier et les conditions d’existence se dégradent rapidement. Si bien que dans les années 30, le ghetto apparut à tous « comme un coin sordide où avaient été entassés les Noirs… ».
Après ce cours d’Histoire, revenons à la musique. Avant l’arrivée des musiciens de style « New Orleans », les musiciens du Nord jouaient la musique populaire selon les règles de la musique de variété blanche et des fanfares, ou ils devenaient des musiciens « sérieux ». En effet, comme les créoles de la Nouvelle-Orléans, ils avaient pu apprendre à jouer d’un instrument avec des professeurs européens, spécialement les immigrants originaires de la Jamaïque, de Cuba, des îles Vierges ou des Antilles françaises qui sont éduqués et ambitieux et qui acceptent difficilement la discrimination qu’ils rencontrent à New York. Ecoute le témoignage du clarinettiste noir Garvin Bushell de la période « pré-blues » : « Le jeu des musiciens new-yorkais de l’époque était différent de celui de leurs confrères de Chicago, de Saint-Louis, du Texas et de la Nouvelle-Orléans. Le jazz new-yorkais était plus proche du ragtime et comportait moins de blues. Il n’existait pas dans l’Ouest d’exécutant réellement capable de jouer le blues. Plus tard nous nous y sommes mis, en faisant comme les musiciens du Sud que nous avons entendus, mais cela ne nous était pas naturel. Nous ne mettions pas comme eux de ces quarts de tons dans la musique. Dans le Nord, c’est la conception du ragtime que nous avions apprise – une multitude de notes. »

– Bird : Je me souviens que tu m’en avais parlé lorsque tu avais abordé « Le Ragtime ». Effectivement, cette musique s’était exportée vers l’Europe depuis New York avec, si je me rappelle, l’orchestre de James « Reese » Europe.

– Cat : Tu as une bonne mémoire ! Attardons-nous un peu sur ce que ce personnage a apporté au jazz new-yorkais. James Reese Europe est né à Mobile, en Alabama le 22 février 1881. Sa famille gagne Washington DC lorsqu’il a 10 ans et c’est là qu’il commence son éducation musicale en apprenant le piano et le violon. A l’âge de 22 ans, il vient à New York pour perfectionner ses études musicales et gagne sa vie en jouant du piano dans un cabaret. En 1905, il commence à composer pour l’orchestre « The Memphis Students« . Il influence le jeune George Gershwin qui vient l’écouter, depuis l’extérieur, lorsqu’il joue au « Baron Wilkin’s nightclub« .

7. « Hey There ! (Hi There !)«  (one-step, 1915) (James Reese Europe) – – The Paragon Ragtime Orchestra
Pers. : le même que « Deep River »
Disque : CD New World Records 80611-2 – 11 (2:38)

– Bird : Pour pouvoir étudier la musique, sa famille devait appartenir à la classe bourgeoise relativement aisée. Où les Noirs aisés pouvaient-ils suivre des cours musicaux ?

– Cat : A la fin du XIXe siècle, les musiciens noirs en général se voient interdire l’entrée dans les orchestres symphoniques et les troupes d’opéra, mais ils ont un accès libre à certaines écoles et conservatoires de musique. C’est ainsi que certains d’entre eux eurent comme professeur Anton Dvorak alors directeur du Conservatoire de musique de Boston (1892-1895). Il existe déjà à cette époque toute une panoplie de compositeurs et d’interprètes afro-américains classiques dont malheureusement on parle peu.

– Bird : Je trouve cela déplorable, car je suppose qu’ils devaient introduire dans leur musique des ingrédients de leur culture et apporter ainsi une nouveauté et une fraîcheur que l’on ne trouve pas toujours chez les musiciens blancs.

– Cat : Tu as raison et se serait peut-être l’occasion de montrer, lors d’une prochaine conversation, l’influence que les Noirs ont eu sur la musique classique contemporaine. Mais revenons à James Europe. En 1907, il devient le directeur musical du « The Shoo-Fly Regiment« , puis deux ans plus tard celui du « Mr. Lode of Coal« . En 1909, il fonde, avec ses associés, le « Clef Club of New York City, Inc. », une organisation fraternelle et professionnelle ayant pour but de mettre en lumière la valeur, la dignité et le professionnalisme des interprètes afro-américains de Harlem. Ensuite, en 1914, à la suite de dissensions au sein de « Clef Club », il se retire et crée le « Tempo Club », connu également sous le nom de « Europe’s Society Orchestra. ». Les divers ensembles musicaux du « Clef Club » et du « Tempo Club » sont des exemples typiques de l’orchestre noir en vogue à l’époque. Ils ont beaucoup contribué à changer l’attitude raciste de la société blanche à leur encontre.
James Reeve Europe donne des concerts à Carnegie Hall, dont le premier en 1912, bousculant ainsi les règles de ségrégation de la prestigieuse institution. Il y joue notamment « Indian Summer » et « Concert waltz« , morceaux semi classiques légèrement syncopés. Sa popularité est telle qu’il est réinvité en 1913 et 1914. L’un de ses concerts comporte 100 musiciens, dont 10 pianistes et 47 mandolines ! En accompagnant les danseurs Vernon et Irene Castle, il contribue à lancer la Castle Walk et le fox-trot aux Etats-Unis.

8. « Carolina Fox Trot«  (1914) (Will H. Vodery) – The Paragon Ragtime Orchestra
Pers. : le même que « Deep River »
Disque : CD New World Records 80611-2 – 2 (2:42)

– Bird : C’est toute une époque qui est évoquée. C’est assez amusant d’entendre ce qui fit les beaux jours de nos grands-parents. Je trouve que ce « Paragon Ragtime Orchestra » rend bien l’atmosphère de ces années.

– Cat : En 1913, il devient le premier orchestre noir qui enregistre pour la « Victor Talking Machine Company« . Quant à ses prestations en tant que chef d’orchestre militaire et son déplacement en Europe nous en avons parlé lors du dialogue sur le Ragtime. Lors de son retour triomphal, le 17 février 1919, il conduit la parade des troupes sur la 5ème avenue, et quelques semaines plus tard, il enregistre 11 morceaux pour une compagnie d’enregistrement de Brooklyn. Lors de sa dernière tournée à travers les Etats-Unis, le 9 mai 1919, à la fin de la prestation, son batteur, Herbert Wright, à la suite d’une violente dispute lui tranche la jugulaire d’un coup de couteau. Le lendemain, les journaux annoncent que le « Roi du Jazz est mort ». Il est enterré avec les honneurs militaires au cimetière national d’Arlington.
Ecoutons-le encore une fois dans « Castle Walk« .

9. « Castle Walk » – Europe’s Society Orchestra – New York, 10/02/1914)
Pers. : William “Cricken” Smith (crt) – inconnu (tb) – Edgar Campbell (cl) – inconnu (fl) – inconnu (bh) – Tracy Cooper, Georges Smith, Walter Scott (vl) – Charles Ford (cello) – Leonard Smith, Ford T. Dabney (p) – Charles “Buddy” Gilmore (dm) – James Reese Europe (ldr).
Disque : Frémeaux & Associés FA 067 – CD2-13 (3’12)

– Bird : Fin tragique pour ce précurseur qui sut faire reconnaître la valeur de ses congénères.
Si je reviens à sa période européenne, lors de la première guerre mondiale, les Noirs américains ont du être confrontés à d’autres réalités que celles rencontrées aux Etats-Unis.

– Cat : C’est vrai, ce conflit contribua à faire prendre conscience à la communauté noire que le monde était différent de leur environnement. L’Europe était également peuplée de Blancs, mais avec une mentalité différente, plus réceptive. De plus, le fait d’être enrôlé dans des régiments spéciaux et d’avoir le sentiment, malgré leur fierté de participer aux affaires du pays, accentua leur ressentiment à l’encontre des restrictions raciales. Pour la première fois, les Noirs américains prirent conscience de la singularité de leur condition. C’est durant la guerre et après celle-ci qu’eurent lieu de nombreuses émeutes raciales, comme celles de Saint-Louis en 1917.

– Bird : Evidement, la comparaison avec d’autres modes de vie et d’autres types de société doit inévitablement éveiller un sentiment de frustration. Ce fut le même phénomène lors de la seconde guerre mondiale avec les régiments africains et c’est à partir de là qu’un mouvement indépendantiste s’est mis en place dans nos anciennes colonies.

– Cat : Nous avons vu, comme tu l’as rappelé, lors du dialogue sur « Le Ragtime », que James Europe avait contribué à faire connaître ce type de musique sur le vieux continent avec sa fanfare militaire. Sa musique allait s’appeler « Jazz » par la suite. Bien que ce n’en soit pas, il apporte tout de même certaines innovations. Ecoutons-le : « Pour les cuivres, on employait des sourdines et un tournoiement de la langue, tout en soufflant de toutes nos forces. Pour les instruments à vent, on serrait l’embouchure en soufflant très fort. C’est ce qui produit la sonorité particulière que vous connaissez tous. Pour nous, cela n’a rien de discordant… De cette manière, nous accentuons fortement les notes qui ne seraient accentuées normalement. C’est une chose naturelle pour nous ; en fait, c’est un caractère de la musique de la race. Je dois faire une répétition tous les jours, pour empêcher les musiciens d’ajouter la musique plus que je ne le souhaite. A la moindre occasion, ils font tous des variations sur leur partie pour créer des sonorités nouvelles, particulières ».

10. « The Clef Club March » (1910) (James Reese Europe) – The Paragon Ragtime Orchestra
Pers. : le même que « Deep River »
Disque : CD New World Records 80611-2 – 16 (2:47)

– Cat : Revenons à New York. Au début du XXe siècle, Big Apple n’a pas encore subit l’influence de la musique du Sud. Partagée entre sa ville haute et sa ville basse, la cité offre déjà une remarquable variété musicale : des shows les plus sophistiqués de Broadway aux musiques des bouges, les honkytonks. Elle constitue déjà la grande vitrine culturelle de l’Amérique et Harlem deviendra la capitale noire des Etats-Unis, à partir des années 20.

– Bird : Et elle l’est toujours. A l’heure actuelle, l’événement artistique se fait à New York, quoiqu’il en déplaise à Paris.

– Cat :   Comme tu le vois, une certaine partie de la population noire a déjà une activité artistique élaborée. En 1821, s’ouvre le 1er théâtre noir à Broadway, l’African Grove[8], dans Mercer Street, créé par un certain Mr. Brown. Il fermera en 1823, ruiné par des truands blancs. Par contre, les nouveaux arrivés qui se pressent dans le quartier malfamé des « Five Points » fréquentent le Dickens Palace, tenu par Pete Williams, un Noir, dans Cow Bay Alley. Ce bouge est souvent le lieu de bagarres épiques et sanglantes entre Noirs et policiers. Sur l’estrade un orchestre  joue pour faire danser le public et accompagner les taxi-girls qui chantent à l’occasion. On suppose que la musique jouée est inspirée par les mélodies écossaises, irlandaises et, franco-italiennes, interprétées à l’africaine. Voici d’ailleurs un air à caractère pseudo-irlandais, joué par les frères Flanagan qui connurent un certain succès aux Etats-Unis, dans les années 20.

11. « Moving Bogs » – Flanagan Brothers [9]– New York City.
Pers. : Joe Flanagan (accor) – Mike Flanagan (bjo) – Louis Flanagan (g)
Disque : FA 5061 – CD1-7

– Bird : Donc, comme on l’a vu avec James Europe, j’en conclus qu’il existe deux classes sociales dans la population afro-américaine. Une bourgeoisie noire qui essaye de s’intégrer dans la société américaine et celle des moins bien lotis qui s’entasse dans des quartiers plus ou moins mal famés.

– Cat : Oui, effectivement, on peut même remonter aux premiers temps de l’esclavage dans le Sud. Deux sortes d’esclaves, très différents les uns des autres vivaient sur les domaines des riches propriétaires. En effet ces riches avaient l’habitude de recruter leurs domestiques parmi les Noirs. Ceux-ci, de ce fait, se trouvaient en contact avec un mode de vie moins rustre que leurs congénères travaillant dans les champs. Ils étaient intégrés à la vie de famille et traités comme l’on traite un animal domestique. Ils faisaient l’objet d’une jalousie féroce de la part des pauvres hères qui s’esquintaient comme des bêtes de somme dans les cultures. Ce sont les premiers qui lors de l’émancipation donneront naissance à la bourgeoisie afro-américaine. Voulant à tout prix s’intégrer dans la nation américaine, ils rejetteront les formes de musique propres à leur peuple comme le blues et se tourneront plutôt vers une musique plus policée. Rappelle-toi ce que nous avons dit lors du dialogue sur le Ragtime, musique écrite.

– Bird : Ce que tu dis, on le ressent à la vision des vieux films qui relatent toute cette période comme « Autant en emporte le vent« [10], dans lesquels on trouve toujours la brave nounou noire au cœur tendre.

– Cat : Vers 1910, on rencontre de nombreux musiciens aussi bien dans Downtown que dans Uptown, le bas et le haut de Manhattan. Ceux de Uptown (Harlem), sans organisation, fréquentent les petits clubs ou les hôtels de deuxième catégorie. Il faut être un habitué pour savoir où les rencontrer, généralement dans l’arrière boutique du barbier ou chez le barman du coin. Ceux de Downtown ont plus de chance d’être connus. Meilleurs techniciens, ils jouent dans les théâtres de Broadway ou dans les cabarets pour un public blanc bien pensant qui aime s’encanailler au contact de cette musique syncopée. De plus, dans la 28e rue, surnommée Tin Pan Alley, une véritable industrie de la chanson de variétés se développe. On y rencontre les auteurs-compositeurs blancs comme les frères Gershwin, Cole Porter, Jerome Kern et bien d’autres. Voici d’ailleurs George Gershwin au piano.

12. « Tip-Toes Medley (Someone To Watch Over Me / Clap Yo’ Hands) » – George Gershwin – 1926
Pers. : George Gershwin (p)
Disque : CD FA 152 – CD1-7 (5:51)

– Cat : Le premier orchestre de style « Dixieland » qui arrive à New York est l’ »Original Dixieland Jass Band« , qui, si tu t’en souviens, avait enregistré le premier disque de « jazz » en 1916. Il se produit, dès 1917, à Broadway, au restaurant « Reisenweber« . Il est mentionné dans le New York Herald du 14 janvier 1917 avec pour la première fois le mot « jazz » en place de « jass« . Il aura une grande influence sur la scène locale et on verra apparaître de nombreux « jazz-bands » aussi bien blancs que noirs. Voici cet orchestre dans l’introduction intitulée « Broadway Rose »  de la revue « Dolly I love you« .

13. « Broadway Rose« The Original Dixieland Jass Band– New York City, 1920
Pers. : Dominique J. La Rocca (crt) – Edwin Edward ­(tb) – Lawrence « Larry » Shield (cl) – Henry Ragas (p) – Tony Sbarbaro (dm)
Disque: RCA ND 90026 CD1–15 (3’10)

– Cat : A Harlem, le surpeuplement entraîne inévitablement la promiscuité et son lot de maladie comme la tuberculose. Il favorise l’installation des gangs et les rackets. Il s’en suit de nombreuses bagarres, une hausse de la criminalité. Dans la classe sociale la plus pauvre, les locataires d’un appartement organisent des soirées, « rent party » dans le but de récolter l’argent du loyer. Quelques bouteilles de gin, quelques plateaux de pieds de porc grillés et un bon pianiste, il n’en faut pas plus pour créer l’ambiance. Chaque invité participe à raison d’une vingtaine de cents. Un nouveau style pianistique s’instaure à cette occasion, dont nous avons déjà parlé lors du dialogue sur le Ragtime. Rappelle-toi l’école de Harlem avec son « stride piano » lancé par James P. Johnson. Le voici dans « The Harlem Strut« .

14. « The Harlem Strut » – James P. Johnson – New York City, c. août 1921
Pers. : James P. Johnson (p)
Disque : CD RHINO CD1-3 (2:32)

– Bird : Effectivement, je m’en souviens très bien et  j’apprécie son jeu de la main gauche..

– Cat : La musique jouée dans Uptown se fait connaître du grand public de la ville basse par l’intermédiaire des Bert Williams, Florence Mills, puis Ethel Waters[11] et surtout de l’orchestre de Fletcher Henderson. Pour illustrer ceci, deux morceaux, l’un par Bert Williams, l’autre par Ethel Waters accompagnée par Fletcher Henderson.

15. « Brother Low Down » – Bert Williams – Lieu d’enregistrement inconnu, 21-10-1921
Pers. : Bert Williams (voc) – Inconnus (tp, tb, s, vl, p)
Disque : CD RHINO CD1-4

16. « There’ll Be Some Changes Made« – Ethel Waters & Her Jazz Masters – New York City, août 1921
Pers. : Ethel Waters (voc) – Garvin Bushell (?) (cl) – Charlie Jackson (vl) – Fletcher Henderson (p) Inconnu (tp, tb, tuba)
Disque : CD RHINO CD1-6

– Bird : Ce Fletcher Henderson n’est-il pas un chef d’orchestre qui a influencé la plupart des « big band » de l’ère « swing« .

– Cat : Oui, bien sûr, mais tu vas trop vite. Nous en parlerons plus longuement lorsque nous aborderons les grands orchestres. Mais je ne résiste pas à la tentation de t’en donner déjà un petit aperçu.

17. « Teapot Dome Blues » – Fletcher Henderson & His Club Alabam Orchestra – New York, 15-04-1924
Pers. : Elmer Chambers (tp) – Howard Scott (tp) – Joe Smith (tp) – Teddy Nixon (tb) – Don Redman (sa, cl) – Coleman Hawkins (st) – Fletcher Henderson (p) – Charlie Dixon (bj) – Bob Escuderon (tub) – Kaiser Marshall (dm)
Disque : C4L CL 1682 – A-2

– Bird : Cela promet d’être emballant !

– Cat : A partir de 1926, un grand mouvement musical, sous l’influence des musiciens de jazz venant de Chicago, voit le jour à Harlem. Les Noirs du Nord subissent en général l’influence de leurs tonalités « hot » et « blue ». C’est aussi grâce au disque que ce type de musique se répand dans un vaste public blanc et noir. La Renaissance d’Harlem est lancé et ce sera le sujet de notre prochaine conversation.

– Bird : Que vas-tu encore me faire découvrir à cette occasion ?

– Cat : Terminons en citant le clarinettiste blanc Mezz Mezzrow dont nous avions fait la connaissance à propos des Chicagoans : « La merveilleuse musique des Noirs était tout bonnement le reflet de leur nature, de leur point de vue neuf et candide, de leur philosophie de l’existence. On commence à s’interroger sur leur technique, mais dès qu’on se met à analyser la chose, on finit par éprouver le besoin de connaître leur vie, leur esprit et leurs sentiments ». Cela rejoint ce que tu disais après l’écoute de Billie Holiday. Et pour terminer, encore une grande chanteuse de « blues » new-yorkaise, Rosetta Howard.

18. « If You’re A Viper » – Rosetta Howard & The Harlem Hamfats – 5-10-1937
Pers. : Rosetta Howard (voc) – Herbert “Kid” Marand (tp) – Odell Rand (cl) – Horace Malcolm (p) – Joe McCoy, Charles McCoy (g, mand) – Jack Lindsay (b) – Fred Flynn (dm)
Disque : Bru. 100354 45RPM – B-1 ()

 

Discographie
 
1) Frank Sinatra
Reprise CRV 1022 – 30cm, 33T.

2) Bixology – The Bix Beidebecke records story in chronological order – Vol. 5
Joker / SM 3561 – 30cm, 33T.

3) Black Manhattan – Clef Club
New World Records 80611-2 – CD

4) Billie Holiday
CDLIVRE

5) Roosevelt Sykes
Blues Factory BFY 47015 – CD

6) From Cake-Walk to Ragtime 1898-1916
Frémeaux & Associés FA 067 – 2CD

7)      ?
Frémeaux & Associés FA 5061 – CD

8) George Gershwin – A Century of Glory
CD FA 152 – 2CD

9) Jazz Tribune N° 70 – The complete Original Dixieland Jazz Band
RCA ND 90026 2CD

10) Rhapsodies in Black – Music and Words from the Harlem Renaissance
CD RHINO  4CD

11)  A Study in Frustration – The Fletcher Henderson Story
Columbia C4L 19 – 30cm, 33T. (coffret de 4 disques)

12)  This is the blues, Vol. 4 – Rosetta Howard & the Harlem Hamfats
Brunswick 10 354 – 45RPM

Bibliographie

  1. Bergerot Franck, Merlin Arnaud (1991) – L’épopée du Jazz – Du Blues au Bop, Découvertes Gallimard/Arts 114.
  1. Collectif (1993) – Harlem 1900-1935 – De la métropole noire au ghetto, de la Renaissance culturelle à l’exclusion, Editions Autrement, Paris.
  1. Heuvelmans Bernard (1951) – De la Bamboula au Be-Bop, Editions de la Main Jetée, Paris.
  1. Jones LeRoi (1968) – Le people du blues, Gallimard, coll. « Folio » 3003.
  1. Kaspi André (1997) – La guerre de Sécession – Les Etats désunis, Gallimard, coll. « Découvertes Gallimard – Histoire ».
  1. Lacour-Gayet Robert (1957) – La vie quotidienne aux Etats-Unis à la veille de la Guerre de Sécession 1830-1860, Hachette.
  1. Mortier Raoul (sous la direction) (1937) – Dictionnaire Encyclopédique Quillet, Librairie Aristide Quillet, Paris.
  1. Newton Francis (1966) – Une sociologie du jazz, Flammarion, Paris.
  1. Southern Eileen (1976) : Histoire de la Musique noire américaine, Buchet/Chastel, Paris.
  1. Ulanov Barry (1955) – Histoire du Jazz, Buchet/Chastel – Corréa, Paris.

NOTES

 


[1] Fohlen (Claude), professeur émérite Université Paris Sorbonne – Histoire de l’esclavage aux Etats-Unis, Perrin, Paris, 1998, 346 p.

[1] Ces premiers pas dans la colonisation de ce territoire ne constituent en fait que la suite d’un processus entamé un siècle plus tôt.

En effet, c’est en 1524 que l’expédition française dirigée par le Florentin Giovanni Da Verrazzano découvre pour la première fois la baie de New York. Le roi François 1er étant alors en guerre avec l’Espagne, l’information est envoyée aux archives. Pendant plusieurs dizaines d’années, ce sont surtout les Espagnols qui vont manifester de l’intérêt pour le Nouveau Monde et en exploiter les richesses.


Willem Usselinx

En 1555, l’abdication de Charles Quint en faveur de son fils Philippe II va précipiter les Pays-Bas dans le chaos. Le duc d’Albe, envoyé par le roi d’Espagne, y impose une répression impitoyable contre les protestants, en révolte contre les abus de l’Eglise catholique.
Les excès de l’Inquisition mèneront à une émigration massive de Wallons et de Flamands vers le Nord des Pays-Bas, la Suède, l’Angleterre et l’Allemagne, à la révolte des « Gueux », ainsi qu’à la sécession des Provinces du Nord des Pays-Bas, qui prendront le nom de Provinces-Unies. Les Provinces du Sud continueront à subir le joug espagnol et les affres de la guerre.
Pour éviter toute confusion, il faut savoir qu’à l’époque, les Pays-Bas couvraient une bonne partie du Nord de la France et de la Lorraine, la Belgique, le Luxembourg et les Pays-Bas actuels. Ses habitants étaient appelés les Belges, et les cartes de l’époque représentaient le pays sous la forme d’un lion : le « Leo Belgicus « .
C’est en cette époque troublée que naît un jeune Anversois dénommé Willem Usselinx. Sa famille le destinant au négoce des épices, elle l’envoie faire sa formation en Espagne, au Portugal et aux Açores. A son retour des Açores en 1591, Usselinx décide de quitter Anvers pour la Hollande. Ayant constaté à quel point l’Espagne tirait sa richesse de ses colonies américaines, il n’aura de cesse de convaincre les Hollandais de fonder également des colonies dans le Nouveau Monde, dans le but d’y combattre les Espagnols.
Près de trente années d’obstination et d’efforts seront nécessaires de la part de Willem Usselinx pour qu’en 1621, la Compagnie des Indes occidentales voie enfin le jour. C’est elle qui affrètera le Nieu Nederlandt

Henri Hudson
En 1609, un marin anglais nommé Henri Hudson découvre, par approximativement quarante et un degrés de latitude nord et septante-quatre degrés de longitude ouest, une grande baie dans laquelle se jette un long fleuve surgi des montagnes.
Hudson avait été chargé par les Flamands Emmanuel Van Meteren, Judocus Hondius et Petrus Plancius de découvrir, pour le compte de la Compagnie des Indes orientales, un nouveau passage vers la Tartarie et la Chine.
Alors qu’il explorait les côtes d’Amérique à bord de son navire, le hasard lui fit trouver, 85 ans après Verrazzano, le fleuve qui allait porter son nom, ainsi que le territoire qui devait devenir la future New York.

Jessé de Forest
Jessé de Forest faisait partie de ces Wallons ayant fui les persécutions religieuses. Né à Avesnes en Hainaut en 1576, il quitte sa terre natale en 1615 et part s’installer à Leyde en Hollande. Il va y remuer ciel et terre pour obtenir le droit d’émigrer avec les siens et d’autres familles wallonnes vers le Nouveau Monde. Il y côtoiera aussi des Puritains anglais, futurs passagers du Mayflower.
Le 5 février 1621, Jessé de Forest adresse une pétition, rédigée en français, à Sir Dudley Carleton, ambassadeur de Sa Majesté le roi d’Angleterre à La Haye. Jessé y demande, au nom d’une cinquantaine de familles wallonnes et françaises, l’autorisation de s’établir en Virginie, sollicitant pour ces dernières un territoire de huit milles anglais à la ronde. Connu sous le nom de Round Robin, ce document est aujourd’hui conservé au British Public Record Office.
Le 11 août 1621, la Virginia Company répond par un accord de principe, assorti de certaines restrictions, dont la plus grave interdit aux familles wallonnes de se rassembler en une seule colonie autonome. Jessé de Forest décline l’offre.
La naissance de la Compagnie des Indes occidentales fait alors germer un plan des plus astucieux dans l’esprit du Wallon.
Proposant ses services et ceux de ses compatriotes à la Compagnie hollandaise, Jessé lui apprend aussi qu’un groupe de familles, pratiquant tous les métiers, a l’occasion d’émigrer sous peu pour le compte des Anglais. Arguant que ces colons préféreraient partir pour la Compagnie des Indes occidentales, il souhaite une réponse rapide, précisant en outre que l’offre est à prendre ou à laisser.
Les États de Hollande, conscients de l’importance d’une telle ouverture pour d’éventuelles futures entreprises de colonisation, consultent le jour même les Bewindhebbers (directeurs) de la Compagnie, alors réunis à La Haye.
Le 27 août 1622, après les années d’efforts fournis par Willem Usselinx et Jessé de Forest, ce dernier obtient enfin l’autorisation officielle d’émigrer avec les familles candidates aux Indes occidentales.
Parti en reconnaissance sur les côtes de Guyane en 1623, Jessé de Forest meurt au bord de l’Oyapok (aujourd’hui frontière entre le Brésil et la Guyane française), le 22 octobre 1624.
Sa fille Rachel et ses fils Isaac et Henri iront rejoindre la Nouvelle-Belgique dix ans plus tard.

Nouvelle-Belgique
A partir de 1615, les territoires compris entre la Virginie et la Nouvelle-Angleterre vont porter indifféremment le nom de Nouvelle-Belgique (Novum Belgium, Novo Belgio, Nova Belgica, Novi Belgii) ou de Nouveaux-Pays-Bas.
Le terme Belgique fait référence aux anciens Pays-Bas, qui couvraient alors une partie du Nord de la France et de la Lorraine, la Belgique, le Luxembourg et les Pays-Bas actuels. Ses habitants s’appelaient les Belges.
De nombreuses cartes du XVIe siècle montrent d’ailleurs ce territoire portant le nom de Belgique. Le nom tombera ensuite en désuétude au profit des Pays-Bas, et ne fera sa réapparition qu’en 1789 à l’occasion de la première révolution belge.
Plusieurs sceaux de l’époque rappellent en outre que les territoires entourant la future New York portaient le nom de Nouvelle-Belgique. Un premier sceau datant de 1623, porte l’emblème d’un castor – avant l’arrivée des colons en 1624, c’étaient surtout les trappeurs qui exploitaient la contrée -, et porte la mention  » Sigillum Novi Belgii « . Le sceau de la Nouvelle-Amsterdam, datant de 1654, porte quant à lui la  mention  » Sigillum Amstellodamensis in Novo Belgio « .

Pierre Minuit
En 1626, Pierre Minuit, gouverneur de la Nouvelle-Belgique, se rend célèbre en achetant l’île de Manhattan aux Indiens Manhattes, en échange de verroteries et autres colifichets, pour l’équivalent de 60 florins (24 dollars).
Pierre Minuit est un Wallon, né à Wesel (Rhénanie). Ses parents, originaires de Tournai en Hainaut, s’y étaient installés en 1581 pour fuir les persécutions religieuses. Il deviendra lui-même diacre de l’Eglise wallonne.
Soucieux de défendre les intérêts des colons, il se distinguera aussi par le respect de ceux des Indiens, partant du principe qu’il y a plus à retirer du mélange et de l’intégration harmonieuse de deux cultures – même opposées en apparence – que dans le rejet pur et simple de la plus faible ou soi-disant moins  » civilisée « .
La tolérance n’est d’ailleurs pas le point fort de la Compagnie des Indes occidentales. Organisation féodale, celle-ci impose à tous les colons désireux d’émigrer en Nouvelle-Belgique une série  de règles strictes : outre l’exercice de la religion réformée, les colons doivent faire usage exclusif du bas-allemand – langue à l’origine du flamand et du néerlandais actuels -, dans tous les actes publics rendus à la colonie.
De nombreux patronymes sont  » néerlandisés « , comme Rapalje pour Rapaille ou Minnewit pour Minuit. D’autres colons sont tout simplement désignés par le nom de la ville hollandaise qu’ils viennent de quitter. L’historien américain Charles W. Baird, dans son livre « History of the Huguenot Emigration to America », a qualifié ce genre d’abus de Batavian disguise (camouflage à la Batave).
Il est également défendu aux colons de tisser de la laine ou de la toile, ainsi que de fabriquer du drap ou tout autre tissu, sous peine d’être bannis ou punis comme parjures. Le but caché est ici de garantir un monopole aux importations en provenance de Hollande.
L’attitude bienveillante et protectrice de Pierre Minuit à l’égard des colons, ainsi que la convoitise d’un directeur de la Compagnie hollandaise voulant imposer son neveu en tant que gouverneur, font qu’il est rappelé en 1632.
Les traces des Wallons et des Flamands à New York sont nombreuses et souvent ignorées : la baie de Gowanus par exemple, à l’ouest de Brooklyn tire son nom d’Owanus, traduction latine de Ohain, village du Brabant wallon. La baie de Wallabout, au nord de Brooklyn est une déformation du néerlandais Waal bocht (baie wallonne).
Le nom de Hoboken, quartier bien connu à l’ouest de Manhattan, provient d’une commune de l’agglomération d’Anvers en Flandre. Communipaw, à Jersey City, est la contraction de Community of Pauw. Michel De Pauw, originaire de Gand en Flandre, avait aussi acheté Staten Island aux Indiens en 1630.
Quant à Peter Stuyvesant, à qui certains veulent absolument attribuer la paternité de la fondation de New York, il n’est arrivé qu’en 1647, soit vingt-trois ans après le débarquement des premiers colons.

Reconnaissance américaine
En plus du monument commémoratif, une pièce de monnaie en argent, de 50 cents, est également mise en circulation à la même époque. Le gouvernement des Etats-Unis rend encore hommage aux premiers colons en procédant à l’émission de timbres-poste de 1, 2 et 5 cents.

Oubli belge
On peut se demander pourquoi les circonstances réelles entourant la naissance de New York sont, aujourd’hui encore, pratiquement ignorées dans la Belgique actuelle.
Les manuels scolaires et livres d’histoire sont muets à ce sujet. Récemment, Génies en herbe, un jeu organisé par la RTBF (Radio Télévision belge francophone) et mettant en compétition différentes écoles, demanda aux candidats qui était le fondateur de New York. La prétendue bonne réponse était Peter Stuyvesant… Une réponse qui en dit long sur l’oubli dans lequel sont tombés les ancêtres des participants… et des organisateurs !
Cet oubli peut s’expliquer de différentes façons. En voici une qui paraît plausible : les fondateurs de New York étant des Wallons et des Flamands protestants, la Belgique étant catholique et l’enseignement ayant très longtemps été influencé par l’Eglise, on peut supposer que celle-ci ait volontairement occulté cette période de notre histoire.
Après trois cent septante-cinq ans, les colons wallons et flamands protestants ne semblent donc toujours pas bénéficier du pardon de l’Eglise catholique.
Les rancunes sont quelquefois tenaces…


Bibliographie

• Description de la Nouvelle Belgique (par Johannes De Laet – 1640)
• Les Belges et la fondation de New York (par Antoine De Smet – conservateur adjoint à la Bibliothèque royale de Belgique)
• Les Wallons, fondateurs de New York (par Robert Goffin, Institut Jules Destrée)
• Historique de la colonisation de New York par les Belges (par G. Gomme)
• The Belgians, first settlers in New York (by Henri G. Bayer)
• History of the Huguenot immigration to America (par Charles W. Baird)
• History of the United States of America (par George Bancroft)
• History of the city of New York (par Martha Lamb)
• Narratives of New Netherland  (par Franklin Jameson)
• History of the State of New York (par Dr. John Romeyn Brodhead)
• Memorial History of the City of New York (par le Général James Grant Wilson)
• La part des Belges dans la fondation de l’Etat de New York (par le Baron de Borchgrave)
• Willem Usselinx (par Michel Huisman, professeur à l’Université libre de Bruxelles)
• Belgian Americans (by Jane Stewart Cook)

BatteryParkInscription

http://users.skynet.be/newyorkfoundation/FR/les_origines_de_new_york.html

Presented to the city of New York by the Conseil provincial du Hainaut in memory of the walloon settlers who came over to America in the Nieu Nederland under the inspiration of Jesse de Forest of Avesnes then conty of Hainaut one of the XVII provinces.


[2] The Paragon Ragtime Orchestra : Cet orchestre a été fondé en 1985. Il s’est spécialisé dans la retranscription de l’authentique musique américaine du début du XXe siècle, musique de théâtre, de cinéma muet, de danse. Son chef, Rick Benjamin en eut l’idée lorsqu’il découvrit des centaines de partitions du début des années 1900 du tromboniste compositeur de l’orchestre de Sousa, chez la firme d’enregistrement Victor.

[3] Plan de Manhattan
Manhattan


[4] Paroles de « Strange Fruit » :

Southern trees bear a strange fruit.                                                    Les arbres du Sud portent un étrange fruit.
Blood on the leaves and blood at the root.                                      Du sang sur les feuilles, du sang aux racines.
Black body swinging in the southern breeze.                                 Un corps noir se balançant dans la brise su Sud.
Strange fruit hanging from the poplar trees.                                  Etrange fruit pendant aux peupliers.

Pastoral scene of the gallant South.                                                     Scène pastorale du “vaillant Sud”.
The bulging eyes and the twisted mouth.                                          Les yeux exorbités et la bouche tordue.
Scent of magnolia sweet and fresh.                                                      Parfum de magnolia doux et frais.
And the sudden smell of burning flesh !                                              Puis la soudaine odeur de chair brûlée !

Here is a fruit for the crows to pluck.                                                  Fruit déchiqueté par les corbeaux.
For the rain to gather, for the wind to suck.                                    Abreuvé par la pluie, asséché par le vent.
For the sun to rot, for a tree to drop.                                                   Mûri par le soleil, perdu par les arbres.
Here is a strange and bitter crop.                                                          Etrange et amère récolte.

Lewis Allen

[5] Les paroles de « Strange Fruit » ont pour origine un poème écrit il y a plus de 60 ans par un enseignant juif du Bronx, Abel Meeropol, plus connu sous son nom de plume, Lewis Allen, , et peut-être plus célèbre pour avoir adopté les 2 fils des époux Rosenberg exécutés en 1953 pour intelligence avec l’ennemi.
Ce texte chanté par Billie Holiday à partir de 1939 au Cafe Society, le 1er cabaret « intégré » (*) de New York, avait le don de pétrifier l’assistance chaque fois qu’elle le chantait et n’a jamais perdu de son impact au fil des ans.
(*) de l’anglais « integrate », désignait les endroits acceptant les noirs, par opposition à « segregate », ne les acceptant pas.

« Strange Fruit » n’est pas seulement le premier « protest song » américain, il est aussi le plus puissant et le plus durable.
Aujourd’hui encore, beaucoup pensent que Billie Holiday a écrit ce texte, un mythe conforté par elle-même et le film « Lady Sings the Blues » dans lequel elle se met à écrire ces lignes après avoir assisté à un lynchage.
En fait, Meeropol publia ce poème en 1937 et le mit en musique lui-même avant qu’il ne parvienne à Billie Holiday qui en remania la musique avant de l’interpréter.
Billie qui ne s’était jamais frottée à quoi que ce soit de politique auparavant, avait 23 ans quand elle chanta pour la 1ère fois « Strange Fruit » et en fit rapidement sa « propriété » tant elle y ajoutait de puissance et d’impact par sa personnalité, sa diction parfaite et sa manière de ponctuer chaque phrase donnant au texte une intensité dramatique exceptionnelle.

Contrairement à nombre de chants protestataires tombés dans l’oubli, voire devenus obsolètes, « Strange Fruit » survit grâce à ses incroyables possibilités métaphoriques. L’étrange fruit dont parle Meeropol ne pend plus aux peupliers du Sud et les lynchages n’ont plus cours sur le sol des Etats-Unis depuis qu’il a écrit ce poème… Cependant les visions de James Byrd Jr, traîné derrière une camionnette à Jasper au Texas, d’Amadou Diallo, de Patrick Dorismond, d’Abner Louima, et tant d’autres Noirs tués ou mutilés par des Blancs, victimes d’actes racistes de toute nature, minorités opprimées, sont toujours bien présentes et nous rappellent combien « Strange Fruit » n’est pas un chant d’hier, mais malheureusement d’aujourd’hui, de demain, de toujours…


(d’après : http://www.lady-day.org/aboutsrangefruit.html)

[6] Guerre de Sécession (1861-1865) : En dépit du compromis, nouvelles contestations et nouvelles luttes, à partir de 1844, à l’occasion de l’admission de nouveaux Etats. Exaspération de l’antagonisme entre Nord et Sud ; formation, dans le Sud, d’un parti résolument sécessionniste, décidé à sacrifier, au besoin l’Union à la cause esclavagiste.
L’élection présidentielle de 1860 se fait sur la question de l’esclavage : le candidat des républicains ; Lincoln, se présente, non comme abolitionniste (il reconnaît à chaque Etat le droit de régler pour son compte, la question de l’esclavage) mais comme résolument antiesclavagiste (il déclare que, la liberté étant une condition naturelle, personne n’a le droit d’établir l’esclavage dans un territoire de l’Union). Son élection est considérée par les Etats du Sud comme une provocation et les détermine à se séparer de l’Union (1861).
Rompant avec ceux du Nord, les Etats du Sud se constituent en une confédération à part sous le nom d’Etats confédérés d’Amérique, se donnent un président, Jefferson Davis, et une capitale, Richmond (la capitale de la Virginie). Leur sécession entraîne une guerre de quatre ans (1861-1865), où se joue le sort de l’Union.
Les Sudistes ou confédérés sont mieux préparés et mieux commandés : d’où leurs succès du début (1861-1862). Les Nordistes ou fédéraux ont la supériorité du nombre et des ressources : leur avantages s’accusent à mesure que la guerre se prolonge. Deux théâtres principaux d’opérations : à l’ouest, occupation par les Nordistes de la ligne du Mississippi, d’où ils opèrent un grand mouvement d’enveloppement des Confédérés par le sud ; – au Nord, luttes prolongées, sanglantes et longtemps incertaines dans l’espace (120 km) compris entre Washington, la capitale des Fédéraux, et Richmond, la capitale des Confédérés. C’est là que se livre la dernière et décisive bataille entre le général sudiste Lee et le général nordiste Grant : elle se termine, après dix jours de combats meurtriers, par la capitulation de Lee (avril 1865). Cinq jours plus tard, Lincoln, qui commence une seconde présidence, est assassiné par un esclavagiste fanatique.
Conséquences de la victoire du Nord sur le Sud : l’Union est sauvée ; – l’esclavage est abolit (dès 1863), tous les esclaves des Etats rebelles sont déclarés libres ; – en 1865, un amendement à la constitution sanctionne l’abolition complète de l’esclavage dans toute l’étendue des Etats-Unis. (Dictionnaire Encyclopédique Quillet.


[7] Plan de Harlem
Harlem

[8] African Grove permet à la 1ère troupe afro-américain (African Company) de présenter des pièces de Shakespeare et la 1ère pièce écrite par un auteur noir américain, « King Shiotaway », basée sur l’insurrection des Karibs noirs dans l’île Saint-Vincent. Les Karibs noirs sont des descendants d’esclaves venant d’Afrique qui ont échoué sur l’île à la suite de naufrage de leurs navires.

[9] Flanagan Brothers : les frères Joe, Mike et Louis Flanagan étaient les héritiers d’une famille irlandaise de Waterford à la riche tradition musicale. Après leur immigration en Amérique à un très jeune âge, ils s’imposeront dans les années 20 à la tête d’un grand orchestre extrêmement populaire de New York à Miami. Ils enregistreront 160 titres entre 1921 et 1933, autant de morceaux de jazz que de pièces irlandaises auxquelles ils impriment un swing et un mouvement jazzy qui font leur succès. A la fin des années 30, la mort brutale de Joe et de Louis met un terme à l’aventure des Flanagan Brothers. Mike se retirera à Albany, refusant les offres répétées de « comme back ». (D’après le livret du double CD Frémeaux & Associés FA 5061).

[10] « Autant en emporte le vent » : film de 1939 réalisé par Victor Fleming, George Cukor et Sam Wood et dont les principaux acteurs sont Clark Gable, Vivien Leigh, Olivia De Havilland, Leslie Howard et Hattie McDaniel.
En bref : Scarlett O’Hara, jeune femme fière de la haute bourgeoisie sudiste, s’intéresse au fiancé de sa cousine. Le jour où la Guerre de Sécession éclate, elle retient toute l’attention de Rhett Butler, un jeune homme cynique…

[11] Ethel Waters est une remarquable artiste. Après quelques petits emplois, elle devient chanteuse de cabaret et monte sur les planches des théâtres Lincoln (Baltimore) et Lafayette (Harlem). Dans les années 1920, elle enregistre des chansons pour la Black Swan Records et la Columbia Records. Elle chante notamment à plusieurs reprises aux côtés de Fletcher Henderson, comme dans le morceau que l’on vient d’entendre. En adaptant les paroles et les spectacles des artistes noirs, elle contribue à populariser l’urban blues auprès du public blanc, cela dans un contexte délicat (le marché sudiste boycotte systématiquement les oeuvres artistiques de la population noire). Deux de ses chansons sont restées célèbres : Dinah (1925) et Stormy Weather (1933). Elle chante dans de nombreuses productions présentées à Broadway (Blackbirds, 1930 ; At Home Abroad, 1936).
Ethel Waters est la première superstar afro-américaine du cinéma. Elle y fait ses premiers pas grâce à une prestation chantée dans On with the show (Alan Crosland, 1929). Entre 1929 et 1959, elle tourne dans une dizaine de films. Nominée aux Oscars pour sa prestation dans Pinky (Elia Kazan, 1949), film sur la discrimination raciale, Ethel Waters affirme ses talents d’actrice dramatique dans Cabin in the sky (Vincente Minnelli, 1942). The Member of the wedding (Fred Zinnemann, 1953) lui permet d’être à nouveau dans la course aux Oscars. En 1959, elle tourne son dernier film, The Sound and the fury (Martin Ritt, 1958). Elle a publié deux autobiographies, His Eyes on the Sparrow (1951) et To Me it’s Wonderful (1972). Elle consacre ses dernières années à des tournées religieuses en compagnie de l’évangéliste Billy Graham.

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