VIII – Histoire d’une photographie

I.       INTRODUCTION

Abandonnons temporairement la théorie, peut-être fort ardue pour certains. Je voudrais vous raconter l’histoire d’une photographie de groupe très célèbre dont j’ai pu acquérir un exemplaire  Elle est reproduite ci-dessous. Elle représente les différents protagonistes qui ont participé au premier Conseil de Physique en octobre et novembre 1911, organisé à Bruxelles. Belle brochette d’ « amoureux de la physique » comme le dit Marie Curie, dont onze Prix Nobel et futurs Prix Nobel.

Un agrandissement de ce document se trouve exposé dans un hall de l’hôtel Métropole situé à la place de Brouckère, à Bruxelles, car c’est dans cet établissement qu’il s’est tenu. Tous les Bruxellois ou gens de passage dans notre capital peuvent le contempler. Lorsque vous pénétrer dans l’hôtel par la porte à tourniquet et que vous vous dirigez vers les comptoirs au fond du hall, vous l’apercevrez à votre droite. Vous pourrez en obtenir une copie au format carte postale pour la modique somme de 0,50 € en vous adressant au concierge.

congressolvay

Fig. 58 – Les participants au premier Conseil de Physique en 1911, à Bruxelles

II.     Ernest Solvay

L’initiative de ce Conseil de physique revient à Ernest Solvay, chimiste et industriel belge qui fonda un empire industriel mondialement connu sous son nom. Né à Rebecq-Rognon le 16 avril 1838, il s’éteindra à Ixelles, le 26 mai 1922, à l’âge respectable de 84 ans. Bien que d’un esprit curieux, une maladie l’empêchera d’entrer à l’université.

Il commencera sa longue carrière dans l’usine à gaz de son oncle, qui y élimine les résidus polluants que sont les eaux ammoniacales. Son esprit d’initiative l’amènera à réaliser de nombreux perfectionnements, notamment dans la récupération de l’ammoniaque. Son intuition et sa ténacité lui permettront de mettre au point un procédé à l’ammoniaque[1] pour obtenir du carbonate de soude. Il comprit l’intérêt de sa découverte et prit un premier brevet le 15 avril 1861. Soutenu par sa famille et aidé financièrement par Eudore Pirmez, il réalisera sa « tour de carbonatation », progrès technique déterminant dans son procédé. A la suite de nombreuses démarches, il lança, à Couillet,  la fabrication industrielle du carbonate de soude qui sera connu sous le nom de « soude Solvay » (1865). Ce produit remplace avantageusement le carbonate de sodium rare à l’état naturel. Dès lors, Ernest Solvay implante des usines là où l’on trouve du calcaire, de la houille et du chlorure de sodium, matériaux indispensables à son procédé. La Société Solvay et Cie prend une dimension internationale et devient l’un des géants de l’industrie chimique mondiale, ce qu’elle est toujours.

Ernest Solvay, bien que dans la lignée des grands capitaines d’industrie du XIXe siècle, prit des initiatives audacieuses dans le domaine social. Il fut l’un des premiers à instaurer un système de retraite pour ses ouvriers (1899), à limiter le temps de travail à huit heures par jour (1908), à attribuer des congés payés (1913) et à imposer le recyclage professionnel. Il est à la base de nombreuses oeuvres sociales dont le Comité national de Secours et d’Alimentation qui joua un rôle important dans le ravitaillement de la Belgique durant la première guerre. Ses manifestations de mécénat et de philanthropie furent également multiples. On lui doit, notamment, l’Institut de Physiologie et de Sociologie de l’ULB, les Instituts internationaux de Physique et de Chimie…

Je pourrais m’étendre longuement sur les différents aspects de la personnalité de ce personnage hors du commun, cela nous écartait de notre sujet. Je préfère vous donner un aperçu de son procédé industriel.

III.   LE PROCEDE SOLVAY

Nous reprenons ci-dessous le texte du brevet déposé par E. Solvay.

« Fabrication industrielle des Carbonates de soude au moyen de sel marin, de l’ammoniaque & de l’acide carbonique.

Mon procédé consiste à transformer directement le sel marin (chlorure de sodium) en bi-carbonate de soude au moyen de bi-carbonate d’ammoniaque. Celui-ci peut être préparé par n’importe quelle méthode.

Soit en transformant, par la chaleur & à l’aide du carbonate de chaux, les différents sels ammoniacaux, secs ou en dissolution, en carbonates que l’on sature ensuite d’acide carbonique à l’état de siccité, d’humidité, de dissolution ou de vapeur ;

Soit en faisant arriver en présence l’un de l’autre, dans un vase clos, les gaz ammoniac & acide carbonique (ce dernier en excès), secs ou mélangés à de la vapeur d’eau, de façon à les faire combiné entre eux ;

Soit en faisant passer un courant d’acide carbonique dans une dissolution de carbonate d’ammoniaque neutre préparé par voie humide comme il est dit plus haut, ou bien en faisant arriver le carbonate d’ammoniaque neutre en vapeur dans de l’acide carbonique en excès ;

Soit en saturant d’acide carbonique une dissolution d’ammoniaque caustique.

Voici comment j’opère de préférence :

Dans une dissolution concentrée de sel marin contenue en vase clos, je fais arriver un courant de gaz ammoniaque dans la proportion d’une partie en poids de celui-ci pour trois & demie de sel marin dissout. On peut juger quand cette quantité est absorbée par l’augmentation du volume de la dissolution.

Je sature ensuite d’acide carbonique cette double dissolution dans un appareil barboteur quelconque.

Le sel marin se précipite alors à l’état de bi-carbonate de soude, & l’ammoniaque reste en dissolution sous forme de chlohydrate.

Ce bi-carbonate de soude précipité est ensuite séparé de la dissolution par décantation, mis à égouter(sic), lavé à l’eau claire & enfin pressé pour en retirer toute l’eau interposée.

On peut alors le sécher pour le livrer au commerce dans cet état, ou le convertir en carbonate neutre par la calcination dans une cornue faiblement chauffée. Le gaz acide carbonique qui se dégage dans ce cas est mis à profit pour une nouvelle opération.

Quant à la dissolution de chlorhydrate d’ammoniaque elle sert à reformer de l’ammoniaque caustique, par son mélange avec de la chaux, lequel ammoniaque caustique se convertit bientôt encore en chlorhydrate, & ainsi de suite, si bien qu’il subirait indéfiniment les mêmes transformations si, dans les manipulations, il ne s’en perdait une petite quantité que l’on est obligé de remplacer.

Il est évident qu’en lieu de gaz ammoniac on peut introduire dans la dissolution de sel marin, de l’ammoniaque liquide (alcali volatil) ou l’un des carbonates de cette base ; ou bien placer le sel marin solide dans une dissolution d’ammoniaque caustique ou de carbonate : les autres opérations restent toujours les mêmes.

Je produis l’acide carbonique nécessaire à ces opérations par la calcination du carbonate de chaux dans une cornue ou dans un four à chaux ordinaire. Dans le dernier cas, c’est de l’acide carbonique mélangé d’azote & d’un peu d’oxide(sic) de carbone que l’on obtient, & l’on doit extraire ce mélange à l’aide d’un extracteur. En réglant le feu ou le tirage selon la quantité de gaz à produire & surtout en disposant d’un appareil barboteur méthodique plus que suffisant, on peut se passer de gazomètre.

La chaux fabriquée de cette façon est employée constamment pour la production du gaz ammoniac ainsi qu’il est dit ci-dessus.

Quant aux eaux de lavage du bi-carbonate de soude on les ajoute à celle qui sert à dissoudre le sel marin :

Je me réserve le droit de traiter mon résidu de chlorure de calcium par du sulfate de soude afin d’en retirer la chlorure de sodium nécessaire à cette fabrication & du sulfate de chaux employé dans le Commerce

Bruxelles, le quinze avril 1861. Solvay (Ernest Solvay). »

En fait, les réactions chimiques à mettre en œuvre étaient connues. Dès 1811, Auguste Fresnel avait mis au point la théorie chimique de la fabrication de la soude à l’ammoniaque. Plusieurs chimistes s’étaient lancés dans l’industrialisation du procédé mais des difficultés techniques et des taxes importantes les firent échouer.

Le principe du procédé industriel est relativement simple, en voici l’équation bilan qui le décrit globalement :

2NaCl(aq) + CaCO3(s) → Na2CO3(s) + CaCl2(s)

Explication des différentes étapes :

  1. Le carbonate est d’abord converti en hydrogénocarbonate par un processus qui commence la décomposition du carbonate de calcium par chauffage : CaCO3(s) → CaO(s) + CO2(g)
  2. Le dioxyde de carbone formé dans la réaction est transformé en acide carbonique par dissolution dans l’eau :CO2(g) + H2O(l) → H2CO3(aq)
  3. En pratique, puisque cette réaction se produit dans l’ammoniac aqueux, elle est accompagnée de la réaction acide-base de Brönsted qui conduit à l’hydrocarbonate :
    H2CO3(aq) + NH3(aq) → NH4 + (aq) + HCO3(aq)
    La dernière étape commence par la réaction de précipitation par une saumure :   NaCl(aq) + NH4HCO3(aq) → NaHCO3(s) + NH4Cl(aq)
  4. Bien que les sels de sodium soient solubles dans l’eau, cette réaction se poursuit parce que NaHCO3 n’est pas très soluble dans le mélange réactionnel concentré. Le produit solide est retiré et transformé en carbonate de sodium anhydre par chauffage :2NaHCO3(s) → Na2CO3(s) + CO2(g) + H2O(g)
  5. Le dioxyde de carbone est recyclé. Deux réactions acide-base consécutives sont utilisées pour régénérer l’ammoniac. D’abord la chaux produite par la décomposition du carbonate de calcium est éteinte : CaO(s) + H2O(l) → Ca(OH)2. Dans cette réaction, l’eau agit comme un acide de Brönsted et O2- comme une base. Puis l’ion OH de Ca(OH)2 est utilisé comme une base avec l’ion NH4+ de la solution de NH4Cl : NH4+ (aq) + OH(aq) → NH3(aq) + H2O(l)

Globalement, la réaction de récupération de l’ammoniac est :

2NH4Cl(aq) + CaO(s) → 2NH3(aq) + H2O(l)

 Avantages du procédé Solvay

  1. Les matières premières utilisées sont abondantes dans la nature et faciles à extraire :
    –      le NaCl est récupéré dans l’eau de mer ;
    –      le CaCO3 se trouve sous forme de roche (la craie).
  2. L’eau, composant à relativement bon marché, est recyclable.
  3. Le CO2 est également recyclé.
  4. Le NH3 introduit dans la réaction de production de l’hydrocarbonate de sodium est ensuite récupéré et réinjecté dans le cycle.

Utilisation de la soude Solvay

Le Na2CO3 intervient dans la fabrication du verre (le verre sodo-calcique représente 90% de la production) et du savon. Il est aussi employé dans la fabrication de la céramique et dans la réduction en pulpe du bois pour le papier. On l’utilise, dans l’industrie pétrolière, comme adoucissant et décapant dans les composés de lavage. Mélangé au sel il sert de fondant de la neige sur les voies de communication.

IV.    LE CONSEL DE PHYSIQUE DE 1911

Nous avons vu que ce premier Conseil de Physique s’est tenu du 30 octobre au 3 novembre 1911 dans une des salles de l’Hôtel Métropole à Bruxelles. Cet aréopage sera suivi d’autres jusqu’en début de la guerre 1940-1945, sous les auspices de l’Institut international de Physique Solvay. Le thème principal débattu lors de cette assemblée portait sur « la Théorie du rayonnement et les quanta ». On y discuta du corps noir et des quanta, des atomes, des principes de la thermodynamique, du chaos et de la relativité. Ces nouveaux concepts étaient considérés avec méfiance par l’ancienne génération de savants. Einstein y fait une entrée discrète.

Le deuxième Conseil se tiendra en octobre 1913 avec pour thème « la Structure de la matière »; le troisième en avril 1921 (Atomes et électrons); le quatrième en avril 1924 (Conductibilité électrique des métaux et problèmes connexes); le cinquième en octobre 1927 (Electrons et photons); le sixième en octobre 1930 (le Magnétisme); le septième et dernier avant la guerre, en octobre 1933 (Structure et propriétés des noyaux atomiques).

Quelle fut l’importance réelle de ces réunions. Didier Devriesse, archiviste de l’ULB souligne :

« Il n’était pas de coutume à l’époque que les scientifiques voyagent comme ils le font maintenant. Et le fait que les meilleurs parmi les meilleurs aient ainsi été conviés par Solvay a réellement donné un essor fantastique à une discipline qui, au XIXe siècle avait un peu été éclipsée par la chimie »

On peut dire sans conteste que le XXe siècle fut, à Bruxelles, le siècle de la physique.

Les Conseils reprendront après la guerre. Ainsi, le onzième se tiendra en 1958.

A titre d’anecdote j’ajouterai qu’une deuxième photographie de groupe est également accrochée sur l’un des pans de mur de l’Hôtel Métropole près des ascenseurs. Il s’agit cette fois du XXe Conseil international de Chimie Solvay qui s’est tenu en 1995 sous l’égide du Professeur Ilya Prigogine, prix Nobel de Chimie, 1977. Elle représente 56 des plus prestigieux chimistes de notre époque.

En 1979, l’Académie royale de Belgique a fêté le centenaire de la naissance d’Einstein. A cette occasion, André L. Jaumotte, Président de l’ULB fut chargé d’examiner les rapports entre le savant et les Conseils de physique Solvay. En parcourant les actes de ces colloques il fut frappé par trois faits particuliers :

  1. Le Conseil de 1911 est parmi les premières réunions internationales dans le domaine de la physique, alors que le premier congrès de chimie remonte à 1860 et celui de mathématique à 1897. Il eut bien un congrès international de physique à Paris du 6 au 12 août 1900.
  2. L’extraordinaire clarté et la qualité d’écriture des communications qui furent publiées à la suite de ceux-ci.
  3. L’utilisation unique de la langue française pour ces actes. Le premier publié en anglais fut celui du Conseil de 1969. Depuis, l’anglais a pris une emprise prépondérante dans la communication.

Les scientifiques belges ont de plus en plus tendance à publier leurs articles en anglais au préjudice de la langue française. Il est regrettable d’en arriver là (sentiment personnel) !

De plus A. Jaumotte attire l’attention sur l’évolution de la découverte en physique. Au départ, la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne jouent un rôle prépondérant, malgré le poids de H. Lorentz, physicien néerlandais. La première guerre mondiale va provoquer une coupure avec le monde scientifique allemand qui ne sera effacée qu’en 1927. Malheureusement, la montée du nazisme sera à l’origine de la fuite des savants d’origine juive, entraînant une coupe sombre dans le milieu. A partir de 1945, on verra la prédominance progressive de la physique américaine, à la suite du programme Manhattan dont je parlerai ultérieurement.

V.      LES DIFFERENTS PARTICIPANTS

Comment présenter ces différents personnages : par ordre alphabétique, par discipline ou selon leur place sur la photo ? J’opte pour la dernière proposition.

Parmi les 24 personnalités reprises sur cette photographie, il en est plusieurs que nous avons déjà rencontrées dans les différents chapitres qui constituent ce dossier.

Goldschmidt, Victor Moritz (*1888, Zurich –  †1947, Oslo). Ce géologue, minéralogiste et spécialiste des roches ignées et métamorphiques, norvégien d’origine suisse, est l’un des fondateurs de la géochimie moderne. Il a jeté les bases de la cristallochimie minérale et établi une classification des éléments chimiques selon leurs affinités. De 1923 à 1938, il publia les huit volumes de sa fameuse « Geochemisch Verteilungsgesetze der Elemente » (Lois géochimiques de la distribution des éléments). Pour les lecteurs minéralogistes relevons qu’en 1931, il observe que l’analogue de la forstérite dans laquelle le germanium remplace le magnésium était dimorphe à la fois des structures olivines et spinelles.

Nernst Walter Hermann (*25-6-1864, Briesen, aujourd’hui Warbrzezno, en Pologne – †18-11-1941, près de Muskau). Ce chimiste physicien allemand, fit ses études aux universités de Zurich, Berlin, Graz et Wurtzbourg. Après avoir été l’assistant d’Ostwald en 1887, il fut nommé professeur à l’université de Göttingen, puis professeur de physique à l’université de Berlin en 1905 et devint plus tard le directeur de l’Institut de physique expérimentale de Charlottenburg (Berlin). En 1925, il fut nommé directeur de l’Institut de physique de l’université de Berlin. Il est surtout connu pour ses contributions dans le domaine de la thermodynamique. En 1906, Nernst montra qu’au voisinage de 0° K, les chaleurs spécifiques et les coefficients de dilatation tentent vers zéro ce qui donna lieu à la troisième loi de la thermodynamique, également connue sous l’expression « principe de Nernst – Planck ». Celui-ci stipule que l’entropie d’un corps pur est nulle au zéro absolu. Cette loi fut notamment utile dans le développement de la théorie quantique, concernant la structure et l’énergie de l’atome. Il entreprit également de nombreux travaux sur les cellules électrolytiques, la thermodynamique de l’équilibre ainsi que sur la photochimie et les propriétés des solides aux basses températures.

Nernst développa une lampe électrique, appelée la lampe Nernst, plus efficace que les anciennes lampes à arc à électrodes de charbon, mais qui fut détrônée par les lampes modernes à filament. Il apporta des contributions remarquables à l’étude des équilibres chimiques et à la théorie des solutions, en particulier en ce qui concerne la nature des électrolytes. Il mena aussi d’importantes recherches sur les substances à des températures extrêmement basses. Prix Nobel de chimie en 1920.

Planck Max (*1858, Kiel – †1947, Göttingen), physicien allemand. Il effectua des études de mathématiques à Munich. Il se fit connaître par ses travaux sur les conditions d’équilibre thermique du rayonnement électromagnétique et établit la loi spectrale du rayonnement d’un « corps noir ». En 1900, il émit l’hypothèse que les échanges d’énergie se faisaient par « grains » appelés « quantum d’énergie ». Celle-ci remit en cause la conception classique de l’atome et sera à la base de la mécanique quantique. Il établit la formule E = ħν dans laquelle ħ est une constante qui porte son nom (la constante de Planck) et qui vaut ħ = 6,626. 10-34 joules-sec. Il fut directeur de l’Institut de physique théorique de Berlin. Max Planck restera en Allemagne pendant la guerre, où il connaîtra une suite de drames : sa femme mourut très jeune, un de ses fils disparut au front, ses deux filles décédèrent lors de leurs accouchements. Un fils issu de son second mariage sera fusillé par les Allemands, après une tentative d’assassinat d’Hitler. Sa maison sera bombardée par les alliés en 1945 et il sera recueilli par une mission américaine. Prix Nobel de physique en 1918.

Brillouin Louis Marcel (*19-12-1854, St-Martin-lès-Melle, Deux-Sèvres – +16-6-1948, Paris), physicien français. Il occupa la chaire de physique mathématique au Collège de France jusqu’en 1932, fut membre de l’Académie des Sciences (1921). Il est l’auteur de nombreux travaux sur la structure des solides, sur la radiotélégraphie et la relativité. Il publia de nombreux ouvrages dont : « Recherches sur la structure des cristaux et l’anisotropie des molécules », « Travaux sur la relativité : les points singuliers de l’univers d’Einstein ». Il fit traduire en français les « Leçons sur la théorie cinétique des gaz » de Maxwell

Rubens Heinrich, physicien allemand. Il fut l’élève de Max Planck et s’attaqua avec lui au difficile problème du rayonnement du « corps noir », sur base des travaux des thermodynamiciens Clausius et Maxwell. En 1900, il partagea avec son maître, la découverte sur la queue infrarouge du spectre du « corps noir », montrant que la densité spectrale était proportionnelle à la température absolue.

Sommerfeld Arnold (*1868, Königsberg, alors rattachée à la Prusse, aujourd’hui Kaliningrad, en Russie – †1951, Munich), physicien théoricien allemand. Il étudia les mathématiques et les sciences naturelles à l’université de Königsberg et occupa successivement les chaires de mathématiques à Clausthal (1897), de mathématiques appliquées à Aachen (1900) et de physique théorique à Munich (1906-1931). En 1897, il commença, avec C.F.Klein, un traité en quatre volumes sur le gyroscope, qu’il mit treize ans à terminer et, à la même époque, fit également des recherches dans d’autres domaines de physique appliquée et d’ingénierie, comme la friction, la lubrification et la radio. Il joua un rôle important lors des premiers développements de la théorie quantique. Il poussa plus loin la théorie atomique proposée par Niels Bohr afin de décrire de façon quantitative la structure fine des lignes spectrales de l’hydrogène, et appliqua la mécanique ondulatoire et les statistiques de Fermi pour étudier le comportement des électrons dans les métaux. Son livre intitulé « Structure atomique et lignes spectrales » (1919) devint par la suite un des classiques dans ce domaine. Parmi ses élèves, figurèrent Peter Debye, Wolfgang Pauli et Werner Heisenberg.

von Lindemann (*12-4-1852, Hanovre – †6-3-1939, Munich) mathématicien allemand. En 1882, à l’âge de 30 ans, il démontre la transcendance[2]du nombre π (1882) entraînant l’impossibilité de la quadrature du cercle. Il basa sa preuve sur les travaux de deux autres mathématiciens: Charles Hermite et Euler. En 1873, Hermite montra que le e constant était transcendantal. Combinant ceci avec l’équation célèbre eiπ + 1 = 0 d’Euler[3], où e est la base du logarithme népérien, i le nombre imaginaire (vérifiant i2 = -1), et π est la constante d’Archimède pi (le rapport de la circonférence d’un cercle à son diamètre), Lindemann montra que le fait qu’ ex+1 = 0 exigait de x d’être transcendantal.

de Broglie Maurice (duc de…) : (*27-4-1875, Paris – †14-7-1960, Neuilly-sur-Seine) physicien français. Il fit ses études au collège Stanislas à Paris et fut ensuite reçu premier à l’Ecole navale. Bien qu’appartenant à l’escadre de la Méditerranée, il poursuivit des études de physique. En 1902, il publia sa première communication à l’Académie des Sciences, sur l’application des galvanomètres thermiques à l’étude des ondes électriques. Il abandonna la marine en 1904 et travailla quelques temps à l’observatoire de Meudon, puis au Collège de France, où il fut l’élève de Paul Langevin. Docteur en science en 1908, avec sa thèse intitulée « Recherches sur les centres électrisés de faible mobilité dans les gaz ». Pendant la première guerre, il fut affecté à la station radiographique de Saintes-Maries-de-la-Mer. Il inventa un appareil permettant aux sous-marins de recevoir des signaux radio. Après la guerre, il se consacra à l’étude des rayons X. Il découvrit en 1921, l’effet photoélectrique nucléaire et les spectres corpusculaires des éléments, auxquels il donna son nom. En 1942, il succéda à son maître Langevin à la chaire de physique générale du Collège de France.. Membre de l’Académie française (24-5-1934).

Lorentz Hendrick Anton (*1853, Arnhem – †1928, Haarlem), physicien néerlandais. Est à la base de la théorie électronique de la matière. Il étudia le comportement individuel des électrons et compléta la théorie de Maxwell. Il interpréta le résultat négatif de l’expérience de Michelson et établit les formules de transformation liant deux systèmes en mouvement rectiligne uniforme l’un par rapport à l’autre. Prix Nobel de physique en1902.

Knudsen Martin (*1871 – †1949), physicien danois. Spécialiste des gaz à basses pressions, dont il établit les lois cinétiques. Il détermina un nombre (le nombre de Knudsen) qui représente le rapport du libre parcours moyen des molécules d’un gaz à la dimension du récipient dans lequel il se trouve (ou du trou par lequel il s’échappe). Dans l’étude de l’écoulement des gaz et des mouvements de convection qui s’y produisent, et par conséquent dans l’étude de leurs propriétés thermiques, il est nécessaire d’analyser séparément les cas où le nombre de Knudsen est inférieur ou supérieur à 1. Lorsque ce nombre n’est plus négligeable devant 1, on est en présence d’un gaz raréfié où la mécanique des fluides obéit à d’autres lois que les lois classiques. Il étudia également la diffraction moléculaire. En 1900, il développa des équations pour calculer la densité et la salinité de l’eau et, en 1901, mit au point une technique pour mesurer la salinité par titrage au nitrate d’argent de la chlorinité, c’est-à-dire des ions chlore, brome et iode. Il mit aussi en marche la production de l’eau normale de Copenhague, avec laquelle les instruments de mesure sont encore étalonnés. En 1921, Il développa le flacon Knudsen pour échantillonner l’eau et la température en profondeur. En 1950, Jacobsen et Knudsen proposèrent l’argent pur comme norme fondamentale pour mesurer la salinité (ou la chlorinité).

Warburg Otto (*1883 Fribourg-en-Brisgau – † 1970 Berlin), biochimiste, physiologiste allemand. Reconnu pour ses recherches sur les enzymes des oxydations cellulaires en particulier dans les chaînes respiratoires. Prix Nobel de Physiologie 1931.

Perrin Jean-Baptiste (*1870, Lille – †1942, New York), physicien français. En 1895, il montra que le rayonnement cathodique correspond à un flux de corpuscules d’électricité négative. Il étudia le mouvement perpétuel et spontané des particules dans un liquide et un gaz, détermina le nombre d’Avogardo de plusieurs façons apportant la preuve de l’existence des atomes. Il expliqua le rayonnement solaire par des réactions thermonucléaires de l’hydrogène. En 1937, il fonda le Palais de la Découverte à Paris. Prix Nobel de physique en1926.

Hassenohrl : Je n’ai trouvé aucun renseignement concernant ce personnage. Si un de nos lecteurs a une quelconque information, je serais ravi qu’il me la communique.

Hostelet Georges : J’ai trouvé un individu à ce nom qui serait né en 1875 et serait un mathématicien français qui aurait publié, en 1937, un ouvrage sur « Les fondements expérimentaux de l’analyse statistiques des faits ». Il n’est pas certain qu’il s’agisse de la personne sur la photographie. Même demande que pour le nom précédent.

Herzen Ed, chimiste à l’Ecole des Hautes Etudes de Bruxelles. L’un des scientifiques collaborateur aux congrès Solvay.

Wien Wilhelm (*1864, Gaffken – †1928, Munich), physicien allemand. Il étudia l’action des champs électriques et magnétiques sur les rayons positifs et établit en 1893, à partir de la formule de Planck,  la loi indiquant la répartition en fréquence des radiations émises par le « corps noir » (loi de déplacement de Wien) Celle-ci relie la température d’un corps à sa luminance spectrale, en d’autres mots, une température à une longueur d’onde. La puissance rayonnée par unité de surface pour une fréquence Z donnée d’un corps noir, à une température T, est maximale pour une fréquence Zm telle que : Zm/T = 58,79 GHz.K-1. On lui doit aussi le « pont de Wien », base de nombreux oscillateurs. Prix Nobel de physique en1911.

Curie Marie (*1867, Varsovie – †1934, Passy, Haute-Savoie), physicienne française d’origine polonaise, née Sklodowska. Elle arriva à Paris en 1892, épouse Pierre Curie en 1895. C’est la première femme titulaire d’une chaire à la Sorbonne. Elle identifia, en 1898, avec son mari le Polonium et isola le radium avec A. Debienne en 1910. Ces deux éléments sont des corps radioactifs contenus dans le minerai d’Uranium. Elle mourut d’une « anémie pernicieuse aplastique à marche fébrile »[4] (selon le communiqué officiel) résultant de l’accumulation des radiations radioactives. Malgré son état de santé qui se dégradait, Marie Curie assista à tous les Conseils qui se tinrent avant la guerre. En 1933, quelques mois avant sa mort, elle était accompagnée de sa fille Irène et de son beau-fils Frédéric Joliot. Ses restes et ceux de Pierre ont été transférés au Panthéon en 1995. Prix Nobel de physique en1903 (avec son mari) puis en chimie en 1911 (seule).

Jeans James Hopwood (Sir) (*1877, Londres – †1946, Dorning, Surray), astronome, mathématicien et physicien anglais. Après avoir démontré l’inexactitude de la théorie cosmogonique de Laplace, il élabora une théorie catastrophique supposant la fragmentation de filaments de matière arrachée au Soleil par des forces de marée. Ses travaux sur la dynamique stellaire et sa théorie sur la formation des planètes ont été abandonnés par la suite. Il s’intéressa également au rayonnement du corps noir. Ce fut également un grand vulgarisateur scientifique.

Pointcarré Henri (*1854, Nancy- †1912, Paris), mathématicien français. Il fit connaître la découverte des rayons X par Roentgen et incita Henri Becquerel à faire des recherches. Il se distingua par ses études sur les fonctions des variables complexes, sur la topologie algébrique, les équations différentielles, les équations aux dérivées partielles, la physique mathématique, la mécanique céleste. Certains de ses travaux en font un précurseur de la théorie du chaos. Il est l’auteur de nombreuses publications. Il s’intéressa aux fondements des mathématiques en adoptant un point de vue intuitionniste[5]. Ses derniers ouvrages seront consacrés à la philosophie des sciences. Membre de l’Académie française.

Rutherford (Lord Rutherford of Nelson Ernest) (*1871, Nelson, Nouvelle-Zélande – †1937, Cambridge), physicien britannique. Il découvrit en 1899 la radioactivité du thorium. En 1903, avec Soddy, il établit la loi des transformations radioactives et distingue les rayons β et α (noyaux d’hélium). Il détermina à partir des rayons émis par les corps radioactifs la structure des atomes, et établit un nouveau modèle d’atome constitué d’un noyau et d’électrons satellites. Il découvrit le proton en 1919, et quelque temps plus tard, détermina la masse du neutron. Il réalisa la première transmutation avec les rayons α du radium. Prix Nobel de Chimie en1908.

Kamerlingh Onnes Heike (*1853, Groningen – †1926, Leyde), physicien néerlandais. Il fut le premier à liquéfier l’hélium. Il se fit connaître par ses études des phénomènes physiques au voisinage du zéro absolu et par sa découverte de la supraconductivité (1911). Prix Nobel de physique en1913.

Einstein Albert (*1879, Ulm – †1955 Princeton), physicien suisse d’origine allemande, puis américain en 1940. Figure majeure de la science au XXème siècle avec ses apports à la physique moderne. Il développa la théorie du mouvement brownien, appliqua la théorie des quanta à l’énergie rayonnante et introduisit le concept de photon. Il est surtout connu pour sa théorie de la relativité restreinte (1905) et la théorie générale de la relativité (1916). Il établit la formule célèbre E = mc² qui montre l’équivalence masse – énergie. Prix Nobel en1905 puis en 1921 pour la découverte des lois régissant l’effet photoélectrique. De confession juive, il  dut fuir son pays en 1933  persécuté par les nazis. Il cosigna une lettre adressée au président Roosevelt qui lança les recherches sur les armes nucléaires. Après la guerre,  il milita contre la prolifération de l’arme nucléaire qu’il avait, par la théorie, contribué à fabriquer.

Langevin Paul (*1872, Paris – † 19-12-1946, Paris), physicien français. En1888, il fut élève à l’Ecole municipale de Physique et de Chimie Industrielle (EPCI). Ensuite, en 1893, il entra  à l’Ecole Normale supérieure, rue dUlm. En 1897, il sera agrégé de Sciences physiques et boursier à la Ville de Paris au Cavendish Laboratory de Cambrige. En 1898, il signera une pétition en faveur de Dreyfus. Préparateur à la Faculté des Sciences de Paris en 1900 ; professeur remplaçant au Collège de France en 1902 ; professeur suppléant au Collège de France en 1903 ; professeur titulaire au Collège de France (chaire de Physique générale et expérimentale) en 1909. En 1915, il sera mobilisé au 30ème régiment d’Infanterie de Chartres. Puis en 1917, il sera affecté au Bureau des Inventions : ses travaux sur les ultrasons ont permis notamment de mettre au point la technique de recherche dite SONAR des sous-marins au cours de laPremière Guerre mondiale. En 1920, il devint directeur scientifique du Journal de Physique. En 1921, il fut nommé au Comité Scientifique des Conseils de Physique Solvay, dont il devint président en 1928. Il sera détenu à la Santé du 30 octobre au7 décembre 1940, puis mis en résidence surveillée à Troyes, jusqu’en 1944, à cause de ses opinions anti-fascistes. Il s’évada en Suisse. Retour en France avec une escorte de FTP. Adhésion au Parti Communiste Français.

Paul Langevin est connut pour ses travaux sur les ions, le magnétisme dans les gaz, la thermodynamique et la relativité générale. C’est un vulgarisateur des théories de la relativité et de la physique quantique.

solvay

Figure 59 – Ernest Solvay

Dessin publié dans Le Journal des étudiants de l’Université de Bruxelles. 08.01.1893.


[1]    Ammoniac : composé gazeux d’azote et d’hydrogène (NH3) à l’odeur piquante. Ammoniaque : solution aqueuse du gaz ammoniac.

[2]    Les nombres transcendants : Les nombres qui ne sont pas algébriques sont dits transcendants. Les nombres transcendants sont infiniment plus nombreux que les nombres algébriques.

[3]    Sous cette forme, la formule d’Euler s’intitule identité d’Euler.

[4]    Il s’agit en fait d’une leucémie.

[5]    Intuitionnisme : doctrine des logiciens néerlandais Heyting et Brouwers, selon laquelle on ne doit considérer en mathématique que les entités qu’on peut construire par l’intuition.

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Catégories : Histoire de la radioactivité | 2 Commentaires

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2 réflexions sur “VIII – Histoire d’une photographie

  1. Mathilde

    Bonjour,

    Nous travaillons actuellement sur un projet de Docgame sur la grande guerre, et nous serions intéressé pour utiliser cette image postée sur votre blog : Fig. 63 – Irène radiographie les grands blessés sur le front.

    Afin de pouvoir la réutiliser en toute sécurité, nous aurions besoin de retrouver la sources de cette image afin de pouvoir demander une autorisation de publication. Auriez-vous plus d’informations sur la sources originale de cette image ?

    Cordialement,
    Mathilde Clerbout

    • Chère Madame,

      Cette photo a été reprise de la revue « Pour la Science », « Les Génies de la science – Les Curie. Pour obtenir le droit de reproduction, vous devez écrire à « Pour la Science » S.A.R.L., 8, rue Férou, 75278 Paix Cedex 06.

      Cordialement
      Robert Six

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