10ème Dialogue

CHICAGO SOUTH SIDE


– CAT : La deuxième étape importante de notre histoire du jazz nous amène dans la Cité des Vents – Windy City – c’est-à-dire Chicago.

Chicago, Chicago……………………….Chicago, Chicago

That toddlin town, toddlin town………….Ville sautillante, trottinante

Chicago, Chicago………………………..Chicago, Chicago

l’Il show you around……………………..J’vais vous piloter


1. “Goin’ to Chicago” – Jimmy Rushing’s All Stars – New York City, 01-12-1954
Pers. : Jimmy RUSHING (voc) – Sam PRICE (p) – Pat JENKINS (tp) – Henderson CHAMBERS (tb) – Ben RICHARDSON (sa, cl) – Buddy TATE (st) – Walter PAGE (b) – Jo JONES (dm)
Disque : AVRS 7005-X – B1 (3’08)

– BIRD : Nous y sommes enfin, dans le Nord !

– CAT : Ce fut d’abord les Blancs qui attirèrent l’attention sur la musique syncopée venue de la Nouvelle-Orléans. Ainsi, lorsque, en 1916, le « Stein’s Band from New Orleans« , composé uniquement de musiciens blancs, arrive dans Windy City, le mot « jass », transposé pudiquement en « jazz », y faisait fortune. Sous la direction de Nick LA ROCCA, le groupe devient l’ « Original Dixieland Jass Band » (ODJB) et enregistra le « premier disque de jazz » chez Victor le 26 février 1916 : « Livery Stable Blues – Dixie Jazz Band One Step« .

2. « Livery Stable Blues » – Original Dixieland Jass Band – Chicago – 26-02-1916
Pers. : Nick LA ROCCA (crt) – Eddie EDWARDS (tb) – Larry SHIELDS (cl) – Henry RAGAS (p) – Tony SBARBARO (dm)
Disque : RCA ND 90026 – CD1 – 1 (3’08)

– BIRD : Ce morceau me paraît assez caricatural dans la « collective » avec ses imitations animalières. On y sent une certaine raideur dans le rythme qui semble encore tributaire des marches militaires ou des polkas.

– CAT : Tu as raison, mais il n’est pas certain que les musiciens noirs de cette époque préhistorique aient joué d’une manière tellement différente. C’est après qu’ils se sont démarqués en apportant leur particularisme musical. Actuellement, avec le recul, on reconnaît les qualités de ces ensembles blancs, l’imagination de leurs rythmiciens et l’élégance de leurs « collective », surtout chez les « New Orleans Rhythm Kings« . Ecoute dans ce morceau les variations du cornettiste Paul MARES au sein de la « collective » et le solo du clarinettiste Leon ROPPOLO qui paraissent en avance sur les autres enregistrements de l’époque.

3. « Clarinet Marmelade » – New Orleans Rhythm Kings – Richmond, Indiana, 17-04-1923
Pers.: Paul MARES (crt) – George BRUNIES (tb) – Leon ROPPOLO (cl) – Don Murray (cl, st) – Glenn Scorfile (sa, st) – Jack Pettis (Cm) – Jelly Roll MORTON (p) – Bob GILLETTE (bjo) – Chink MARTIN (bb) – Ben POLLACK (dm)
Disque : Classics 1129 – CD – 20 (2’35)

– BIRD : Oui, effectivement cela paraît assez proche des meilleurs morceaux du « King Oliver’s Creole Jazz Band » entendu la fois passée. Revenons à Chicago ! C’était l’ère des gangsters, à cette époque.

– CAT : Oui, et c’est justement cette atmosphère de tension perpétuelle qui provoquera une cristallisation de la musique de jazz dans le South Side de Chicago.

– BIRD : Le South Side, le coté Sud ?

– CAT : C’est le quartier noir de Chicago. En 1900, sa population de couleur s’élevait à environ 30.000 âmes. A la suite du besoin de main-d’oeuvre pour les abattoirs, les aciéries, les fonderies, les filatures, les usines d’autos, le nombre de gens de couleur quadruple en 25 ans. Leur situation sociale est des plus déplorables, ils sont obligés de s’entasser dans des masures sordides du South Side, situé entre les 12ème et 35ème rues. S’ils veulent échapper à l’atmosphère d’étouffement qui règne dans ce quartier, ils sont refoulés par les citoyens blancs de la ville. De plus, de nombreuses batailles raciales opposent les deux groupes. En 1919, une d’elles fait 38 victimes en 6 jours. Comme partout ailleurs, le « blues », qui prendra la forme du « Chicago Blues », se fait entendre dans ce quartier. Ses meilleurs représentants sont : Gertrude Ma RAINEY, l’ « impératrice du blues » Bessie SMITH, l’harmoniciste Sonny Boy WILLIAMSON et le guitariste Big Bill BROONZY, musiciens que nous avons rencontrés lors de nos entretiens sur ce genre musical. Je te fais écouter Ida COX, chanteuse de « blues » typique de Chicago, accompagnée par le cornettiste Tommy LADNIER. Elle a peut-être moins de puissance que Ma RAINEY ou Bessie SMITH, mais elle a un impact émotionnel certain et une facilité à transmettre l’âme du « blues ».

4. « I’ve Got the Blues for Rampart Street » – Ida COX – Chicago, été 1923
Pers. : Ida COX (voc) – Tommy LADNIER (tp) – Jimmy O’BRIANT (cl) – Lovie AUSTIN (p)
Disque : Riv. RLP 12-113 – A3 (2’48)

– BIRD : On retrouve toute la nostalgie de ce genre musical tellement propre à la communauté afro-américaine.

– CAT : Chaque pâté de maisons possède son boui-boui ou son bistrot, où un pianiste et parfois même de petits ensembles jouent toute la nuit.

5. « Mama stayed out » – Barrelhouse five – Chicago, 1928
Pers : Natty DOMINIQUE (tp) – Jimmy O’BRYANT (cl) Jimmy BLYTHE (p) – Jasper TAYLOR (dm)
Disque : RIV. RLP 12-114 – A3 (3’09)

– CAT : C’est là, qu’un style de piano particulier, fondé sur le « blues », au caractère rythmique obsessionnel, s’affirme : le « boogie-woogie » dont nous avons déjà eu un aperçu.
Rappelle-toi, la main gauche réalise des figures répétitives tandis que la main droite joue librement des phrases mélodiques.

6. « The Fives » – Piano solo – Chicago, 04-05-1939
Pers. : Jimmy YANCEY (p)
Disque : Riv RLP 12-114 – A2 (3’03)

– BIRD : Oui ! Ce genre de musique m’avait déjà emballé la première fois.

– CAT : L’origine de ce style est très difficile à déterminer. On pense qu’il prit naissance dans les bars installés le long des lignes de chemin de fer et qu’il tentait de recréer le rythme des trains qui passaient. De nombreux pianistes, venus s’installer à Chicago vers 1920, créèrent dans le Southside une véritable école. Les meilleurs représentants, à partir de 1928, furent Pine Top’s SMITH, Joshua ALTHEIMER, Montana TAYLOR et les « vedettes » Jimmy YANCEY et plus tard Meade Lux LEWIS et Albert AMMONS.

7. « Five O’Clock Blues » – piano solo – Chicago, 25-10-1939
Pers. : Jimmy YANCEY (p)
Disque : RCA 730.561 – B4 (2:45)

– CAT : En fait, un deuxième événement important qui accéléra la migration des Noirs vers les villes du Nord fut l’entrée en guerre des Etats-Unis, le 2 avril 1917. L’industrie dut fournir un effort de guerre exceptionnel créant des emplois. Les Noirs s’entassaient dans des ghettos à la périphérie de toutes les grandes villes industrielles. Après la guerre, les républicains menés au pouvoir adoptent une politique libérale mais très conservatrice, provoquant un repli de l’aristocratie sur elle-même, et un désintérêt de la condition des classes les moins favorisées.

– BIRD : Je vois, malgré l’abolition de l’esclavage, il existe bien une ségrégation qui a perduré jusque dans les années 1970 et qui se manifeste encore à l’occasion de certains événements, voir le cyclone Katrina sur la Nouvelle-Orléans en 2005.
Dans ce contexte, où places-tu le « King Oliver’s Creole Jazz Band » et les orchestres similaires dont nous avons parlés précédemment ?

– CAT : Patience, nous y arrivons. Lorsqu’en 1920, la prohibition s’étend sur tout le territoire américain, l’ère des bootleggers et des rackets prend naissance. On vit sous le règne de la terreur. Les attaques à main armée et les règlements de compte se multiplient. Les gangsters enrichis par la vente frauduleuse d’alcool frelaté prennent progressivement les pouvoirs. Des bandes organisées, principalement juives, siciliennes ou irlandaises, comme celles de Big Jim COLOSINO, Johnnie TORIO, Dion O’BANION, veulent s’assurer le contrôle d’un secteur de la ville, jusqu’au jour où Al CAPONE, le « Charlemagne du crime » réalise l’unification. Une vie nocturne intense, trépignante s’organise rapidement. Ces gangsters, bourrés d’argent, et qu’une balle peut éliminer à tout moment, doivent vivre deux fois plus vite. Des cabarets, des spectacles éclosent un peu partout à Chicago et dans les environs.
C’est un nouvel Age d’or pour les musiciens. Dans la ville basse joue l’ « Original Dixieland Jazz« , et dans la partie Sud, on peut danser sur la musique de KEPPART, OLIVER, ARMSTRONG, NOONE, DODDS et bien d’autres encore. Restons dans ce South Side cette fois-ci, et laissons la musique d’imitation pour plus tard.

8. « Come on and stomp, stomp, stomp » – Johnny Dodds’ Black Bottom Stompers – Chicago, 8.10.1927
Pers. : George MITCHELL, Natty DOMINIQUE (crt) – John THOMAS (tb) – Johnny DODDS (cl) – Charlie ALEXANDER (p) – Bud SCOTT (bjo) – Babby DODDS (dm)
Disque : Co. 94204 EPC – Al (2’59)

– BIRD : Connais-tu quelques-uns de ces cabarets à spectacles ?

– CAT : Un des lieux de prédilection des artistes, aussi bien blancs que noirs était le « De Luxe Café » qui connut une grande vogue aux environs de 1918. On y rencontrait le danseur Bill ROBINSON, l’acteur Bennie DAVIS, Joe FRISCO, Al JOHNSON, Sophie TUCKER, enfin tous les professionnels des planches. L’orchestre qui animait cet endroit était l’ « Original New Orleans Creole Jazz Band » dirigé par le clarinettiste Lawrence DUWEY. Cet ensemble ouvrit la voie aux autres musiciens de la Nouvelle-Orléans, dans la Cité des Vents. Il comprenait Sugar JOHNNIE et Freddie KEPPART au cornet, Roy PALMER au trombone, Sidney BECHET à la clarinette et au saxo soprano, Lil HARDIN au piano, Tubby HALL à la batterie, Jimmy PALAO au violon, Bob FRANK au piccolo et Wellman BRAUD à la contrebasse.

9. « Wild Man Stomp » – Chicago Stompers – Chicago, 25/4/1929
Pers.: Roy PALMER (tb) – Jimmy BLYTHE (p) – inconnus (s, cl, kazoo, bjo, wbd)
Disque : Co. 94208 EPC – Bl (2’46)

– CAT : Vient ensuite King OLIVER qui joua comme tu sais.

– BIRD: …au « Royal Garden Café » avec Bill JOHNSON, ou au « Dreamland » avec ce même Lawrence DUWEY de 1918 à 1920. Ensuite on le trouve à la tête de son « Creole Jazz Band » au « Lincoln Garden« , ex « Royal Garden Café » – de 1922 à 1924.

10. « Snake Rag » – King Oliver’s Creole jazz Band – Chicago, juin 1923
Pers.: King OLIVER, Louis ARMSTRONG (crt) – Honore DUTRAY (tb) – Johnny DODDS (cl) – Lil HARDIN (p) Bill JOHNSON (bjo) – Baby DODDS (dm
Disque : MM 30295 PM 527 – CD1 – 10 (3’18)

– CAT : Bravo, tu m’épates. Afin de concurrencer les clubs new-yorkais, les patrons des clubs de Chicago se mirent en frais et les orchestres d’origine néo-orléanaise durent brider leur exubérance et étoffer leurs effectifs. Ces nouveaux musiciens se plièrent à la discipline du vaudeville sous la baguette des musiciens locaux comme Dave PEYTON, notable de la scène noire locale, ou Carroll DICKERSON, chef du grand orchestre du « Savoy« . Le « Cook Dreamland Orchestra » de Charles « Doc » COOK était considéré comme le meilleur ensemble de Chicago, mis à part celui du « King » de 1920 à 1927. Il vit passer dans ses rangs un certain nombre de musiciens de premier plan tels que le trompette Freddie KEPPART, le clarinettiste Jimmie NOONE, le banjoïste John St CYR, le saxophoniste alto Joe POSTON et le batteur Andrew HILAIRE. Malheureusement les enregistrements de cet orchestre ne donnent pas une juste idée de son style et de sa valeur.

11. « High Fever » – Charles « Doc » Cook’s Dreamland Orchestra – Chicago, 10/7/1926
Pers. : Freddie KEPPARD, Elwood GRAHAM (crt) William DAWSON (tb) – Jimmy NOONE (cl) – Joe POSTON, Clifford KING (cI, sa) – Billy BUTLER, Jerome PASQUALL (st) – Sterling TODD (p) – John St CYR (bjo) William NEWTON (tuba) – Andrew HILAIRE (dm) – Doc COOK (leader, arr)
Disque : Ph. 13652 A-JL – A4 (2’49)

– BIRD : Pourtant cela me semble plus élaboré comme musique. On sent que le leader a dû apprendre la musique.

– CAT : Oui c’est ce qui lui valu le titre de « Doc ». Il y avait également l’orchestre du « Vendome Theater » dirigé par le banjoïste Erskine TATE et celui du pianiste Luis RUSSELL, un transfuge de la Nouvelle-Orléans, qui terminera sa carrière à Harlem en jouant un rôle important dans l’épopée du « swing ».

12. « Chinaman Blues » – Erskine Tate’s Vendome Orchestra – Chicago, 23-06-1923
Pers. : Freddie KEPPARD, James TATE (crt) – Fayette WILLIAMS (tb) – Alvin FERNANDEZ (cl) – Buster BAILEY (cl, sa) – Norval MORTON (st) – Adrian ROBINSON (p) – Erskine TATE (bjo) – James BERTRAND (dm)
Disque : Ph. 13652 A-JL – A7 (3’20)

– CAT : Maintenant tu entendras Luis RUSSELL en petite formation avec des musiciens de l’orchestre de King OLIVER.

13. « 29th and Dearborn » – Luis Russel’s Hot Six – Chicago, 10-03-1926
Pers. : George MITCHELL (crt) – Kid ORY (tb) – Albert NICHOLAS (cl, sa) – Barney BIGARD (st) – Luis RUSSELL (p) – Jonhnny St. CYR (bjo) – Richard M. JONES (dm)
Disque : Co 94212 EPC – B2 (2’52)

– CAT : De 1925 à 1927, King OLIVER qui s’était renouvelé en créant les « Dixie Syncopators » jouait au « Plantation Café« . Jimmie NOONE, le clarinettiste au jeu émouvant, organise son propre orchestre qui débute à l’ « Apex Club« , en 1927 sous le nom de « Jimmie Noone’s Apex Club Orchestra« . On y trouvait en plus du leader, Joe POSTON au saxo alto, Walter JOHNSON au piano, Bud SCOTT au banjo, Ollie POWERS aux drums et plus tard le grand pianiste Earl HINES.

14. « King Joe » – Jimmie Noone’s Apex Club Orchestra – Chicago, 25/05/1928
Pers.: Jimmie NOONE (cl) – Joe POSTON (as) – Earl HINES (p) – Bud SCOTT (bjo) – Lawson BUFORD (b) Johnny WELLS (dm)
Disque : Co 13 94213 EPC – B2 (3’09)

– BIRD : Oui, nous l’avions comparé à Johnny DODDS la dernière fois. On retrouve sa sonorité ronde, volumineuse, d’une incomparable pureté.

– CAT : Son vibrato, précis et incisif, donne à son jeu un accent très émouvant. Voici d’ailleurs à propos de ce musicien une petite anecdote, racontée par un autre musicien: Mezz MEZZROW.
« […] alors que Jimmie jouait à l’Apex Club, de distingués visiteurs entrèrent pour l’écouter. Les gars de l’orchestre Symphonique de Chicago avaient entendu dire que le clarinettiste de l’ « Apex » en faisait plus que la loi ne le permet sur son instrument et le célèbre compositeur Maurice RAVEL de passage en ville et invité à diriger la symphonie, s’amena un soir au club avec le premier clarinette de cette équipe de barbus. Au premier riff que joua Jimmie, sa bouche s’ouvrit toute grande et ne se referma pas de la nuit; quant au premier clarinette, il se demandait s’il devait en croire ses oreilles. – Stupéfiant, disait RAVEL à son copain; à quoi l’autre répondait: « Incroyable » et jusqu’à la fermeture de la boite, ils se renvoyèrent comme au ping-pong leurs exclamations incrédules. RAVEL passa des heures à écrire les riffs tel que Jimmie les jouait, et le clarinettiste jura ses grands dieux qu’il ne comprenait pas comment il pouvait obtenir de tels effets sur son instrument. »

– BIRD: Encore une preuve à opposer aux intransigeants de la grande musique.

15. “It’s tight like that » – Jimmie Noone’s Apex Club Orchestra – Chicago, 27/12/1928
Pers. : George MITCHELL (crt) – Jimmie NOONE (cI) Joe POSTON (as) – Alex HILL (p) – Junie COBB (bjo) Bill NEWTON (b) – Johnny WELLS (dm) – NOONE + POSTON (voc)
Disque : Co.13 94213 EPC – A1 (2’47)

– CAT : Je voudrais encore te donner un autre témoignage, de Louis ARMSTRONG cette fois. Dans le fond ce sont ces musiciens qui ont écrit l’histoire du jazz, donc à eux la parole.
« Chicago chauffait vraiment à cette époque (1923). Le Dreamland était en plein « boom ». Le Lincoln Gardens, évidemment marchait encore. Le Plantation était une autre boite « hot ». Mais le Sunset, la boite où je travaillais, était la plus chic de toutes, vous pouvez me croire. Il y avait aussi des tas de cabarets « after hours » avec une sacrée ambiance. Et puis il y avait l’Apex où Jimmie NOONE et le grand pianiste HINES commençaient à jouer tous les merveilleux trucs qu’on entend encore aujourd’hui. C’était là, à l’Apex, qu’ils faisaient l’histoire du jazz. »

16. « My Daddy Rocks me » – Jimmie Noone’s Apex Club Orchestra – Chicago, 24-06-1929
Pers.: Jimmie NOONE (cl) – Joe POSTON (as) – Zinky COHN (p) – Wilbur GORHAM (g) – Johnny WELLS (dm) May ALIX (voc) – tb + c ?
Disque : Co.13 94213 EPC – A2 (3’00)

– BIRD : Il est regrettable que nous ne connaissions pas une ambiance pareille. Cela doit être exaltant. Cependant que veux dire ARMSTRONG par cabarets « after hour« .
– CAT : Leur travail terminé, au lieu de rentrer sagement se coucher, les musiciens se précipitaient dans de petits cabarets où jouait un petit ensemble, parfois même uniquement un pianiste. Là, une « jam session » s’organisait. Les musiciens improvisaient longuement sur quelques morceaux. On y entendait du jazz d’une qualité supérieure car les musiciens jouaient pour leur plaisir, et parce que le public était plus compréhensif, plus enthousiaste qu’ailleurs et créait une ambiance favorable à l’éclosion de l’inspiration. Des tournois entre plusieurs trompettistes, plusieurs clarinettistes ou plusieurs pianistes avaient lieu, chacun s’efforçant de swinguer au maximum. Ces concerts impromptus étaient connus sous le nom de « cutting-contest« .

17. « Sam » – Johnny DODDS en trio – 21/4/1927
Pers. : Johnny DODDS (cI) – Lil ARMSTRONG (p) – Bud SCOTT (g)
Disque : Co. 3 94203 EPC – B1 (3’05)

– BIRD : Lorsque nous étions encore à la Nouvelle-Orléans, tu m’as parlé de Jelly Roll MORTON en disant que nous le retrouverions ici à Chicago. Qu’est-il devenu ?

– CAT : En 1926 nous retrouvons ce cher vieux Jelly Roll à la tête d’un petit orchestre de studio, les « Red Hot Peppers » dont la composition changea souvent jusqu’en 1930. La musique de cet ensemble est formée d’un mélange d’improvisations libres et de passages arrangés qui annoncent le style postérieur des grands ensembles de jazz.

18. « Grandpa’s Spells » – The Red Hot Peppers – 16/12/1926
Pers.: George MITCHELL (tp) – Kid ORY (tb) – Orner SIMEON (cl) – Jelly Roll MORTON (p) – John St CYR (g) – John LINDSAY (b) – André HILAIRE (dm)
Disque : RCA 130.244 – B1 (2’56)

– CAT : MORTON enregistra également en trio piano – clarinette – batterie, formule qui fera fortune au cours des années 1935 à 1940. On trouve MORTON au piano, Johnny DODDS à la clarinette et Baby DODDS à la batterie.

19. « Wolverine Blues » – Jelly Roll Morton trio – Chicago, 10-06-1927
Pers.: Jelly Roll MORTON (p) – Barney BIGARD (cl) Zutty SINGLETON (dm)
Disque : RCA 430 269 S – B3 (3’19)

– CAT : Avant de nous saouler de musique écoute encore un témoignage de Mezz MEZZROW sur la fin de la période classique au jazz ancien.
« C’est en 1927-28 que, pour la dernière fois, nous nous sommes régalé les oreilles avec du vrai jazz de Storyville; c’était déjà le bout de la queue de l’âge d’or de la Nouvelle-Orléans et à peu près la dernière occasion que les musiciens « hot », encore possédés par l’ambiance du Basin Street du bon vieux temps et des sarabandes frénétiques de Storyville, auraient de s’exprimer avec quelque liberté dans des improvisations collectives inspirées. Storyville entrait à grands pas dans le Livre d’Histoire des musiciens de jazz, devenait un conte de fées de plus. « Tin-Pan AIley » (Broadway) serait désormais la branche maîtresse du jazz, et Basin Street une impasse menant tout droit à l’asile des pauvres. Des grands musiciens de jazz nés dans le Delta, une poignée seulement en dehors des Jimmie NOONE, Sidney BECHET, Zutty SINGLETON, Louis ARMSTRONG, King OLIVER, Tubby HALL, Baby DODDS, Johnny St. CYR et consort, continuait à fonctionner du côté de Chicago, et encore ne jouaient-ils pas tous dans ce style si libre des petites formations. La Cité des Vents se vidait de son souffle. En peu de temps, les pionniers disparurent de la circulation. La mode des grands orchestres s’installait. »

20. « Wild Man Blues » The Red Hot Peppers – 4/6/1927
Pers.: George MITCHELL (tp) – George BRYANT (tb) – Johnny DODDS (cl) – Stomp EVANS (as) – Jelly Roll MORTON (p) – Bud SCOTT (g) – Quinn WILSON (tuba) – Baby DODDS (dm)
Disque : RCA 430 269 S – A3 (3’08)

– BIRD : Tout cela c’est bien ! Mais le style Chicago ! Car ce que nous avons rencontré aujourd’hui c’est du « New Orleans » évolué.

– CAT : Nous n’en avons pas fini avec la « Cité des Vents ». Effectivement le style Chicago a été créé par une bande de jeunes musiciens blancs épris de jazz qui ont essayé de perpétuer le style authentique. Ce sont les « Chicagoans ». Mais avant de les suivre, il faut que je te présente un grand bonhomme qui marqua toute la musique de jazz par son génie et son charisme : Louis ARMSTRONG. Ce sera pour la prochaine fois. Puis nous découvrirons un autre style blanc qui émane directement de la Nouvelle-Orléans : le « Dixieland ».
Je termine notre entretien par un ensemble qui se manifestait à Chicago vers la fin des années 1920 et qui annonce les « big bands » de l’ère du « swing » : le « McKinney’s Cotton Pickers » de Don REDMAN.

21. « Put It There » – McKinney’s Cotton Pickers – Chicago, 11/7/1928
Pers.: John NESBITT, Langston CURL (tp) – Claude JONES (tb) – Don REDMAN (cl, sa, arr) – Milton SENIOR (cl, sa) – George THOMAS (cl, st) – Prince ROBINSON (cl, st) – Todd RHODES (p) – Dave WILBORN (bjo) – Ralph ESCUDERO (b) – Cuba AUSTIN (dm)
Disque : RCA 741080 -.A2 (2’33)


DISCOGRAPHIE

1) Jimmy RUSHING sings the Blues
Vanguars Jazz Showcase Amadeo AVRS 7005-X – 25 cm, 33T

2) The Complete Original Dixieland Jazz Band
RCA Jazz Tribune N° 70 – 2CD

3) The Chronogical – New Orleans Rhythm Kings 1922-1923
Classics 1129 – CD

4) The Riverside History of Classic Jazz – Vol. 3 & 4: The Blues / New Orleans Style
Riverside Jazz Archives Series RLP 12-113 – 30 cm, 33T

5) The Riverside History of Classic Jazz – Vol. 5 & 6 : Boogie Woogie / South Side Chicago
Riverside Jazz Archives Series RLP 12-114 – 30 cm, 33T

6) Albert AMMONS, Pete JOHNSON, Jimmy YANCEY “Boogie Woogie Man”
RCA Victor « Black & White » Vol. 5 730.561 – 30 cm, 33T

7) Pioneers of jazz 4 – Johnny Dodds’ Black Bottom Stompers
Coral 94 204 EPC – 45RPM

8) Pioneers of jazz 8 – Clarence WILLIAMS – Juimmy BLYTHE 1927/1929
Coral 94 208 EPC – 45RPM

9) The Complete King Oliver’s Creole Jazz Band
MM 30295 PM 527 2CD

10) Classic Jazz masters – Doc COOK featuring Freddy KEPPARD 1923-1928
Philips 13652 A-JLK – 30 cm, 33T

11) Pioneers of jazz 12 – Jelly Roll Morton’s Levee Serenaders 1928 – Luis Russell’s Hot Six 1926
Coral 94 212 EPC – 45RPM

12) Pioneers of jazz 13 – Jimmy NOONE 1928/1929
Coral 94 213 EPC – 45RPM

13) Pioneers of jazz 3 – Johnny DODDS 1927
Coral 94 203 EPC – 45RPM

14) Jungle Blues – Jelly Roll MORTON – “Jazz Classics” N° 20
RCA 130 244 – 25 cm, 33T

15) Jelly Roll MORTON – Vol. 2
RCA 430 269 S – 30 cm, 33T

16) McKinney’s Cotton Pickers – Vol. 1 (1928)
RCA Victor “Black & White” Vol. 81 – 30 cm, 33T

BIBLIOGRAPHIE

1. CARLES P., CLERGEAT A., COMOLLI J.-L. (1988) – Dictionnaire du Jazz, Robert Laffont – « Bouquins », Paris.

2. DRIGGS F. (1977) – Sweet and Low Blues – Big Bands and Territory Bands of the 20s, Recorded Anthology of American Music, Inc

3. LONGSTREET S., DAUER A.M. (adaptation française BUREAU J.) (1958) – Encyclopédie du Jazz, Editions Aimery Somogy, Paris.

4. MEZZROW M., WOLFE B. (1957) – La rage de vivre, Buchet / Chastel – Corréa, Paris.

5. SHAPIRO N., HENTOFF N. (1956) – Ecoutez-moi ça ! – L’Histoire du Jazz racontée par ceux qui l’ont faite, Buchet / Chastel – Corréa, Paris

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