Promenade dans le Laonnais – 2010



Le Laonnois est cette région géographique qui s’étend autour de la cité de Laon dans l’Aisne. La promenade proposée se déroule dans la zone au sud de la ville et à l’est de la N2. Elle permet la découverte de villages et bourgs pittoresques qui se nichent dans les vallées du plateau limoneux de Picardie.


Bruyères-et-Monthérault



L’église Notre-Dame de Bruyères-et-Monthérault, de style transition roman-gothique, est remarquable par l’ampleur de son plan architectural comportant nef, bas-côtés, double transept et abside complétée d’absidioles voûtées en cul-de-four richement décorées extérieurement. La majorité de l’édifice a été bâtie aux XII-XIIe siècle. Le transept ouest a été édifié au XIIIe siècle, et des parties hautes de celui-ci ont été modifiées au XVe siècle. Le chevet est l’un des plus beaux de style roman du nord de la France, que domine une majestueuse tour carrée. Les frises de l’abside représentent des animaux, des végétaux ainsi que les vices sous les regards de diables grimaçants.

Eglise Bruyères

En faisant le tour extérieur par la droite, le bras du transept qui contient la chapelle Saint-Troncin (A), montre une fenêtre flamboyante, la plus vaste, divisée en trois parties par des meneaux prismatiques. Elle est surmontée d’un dais qui devait abriter sainte Elisabeth, une des patronnes de l’église.
Juste à côté, se trouve la chapelle Sainte-Croix (B) avec son entablement remarquable situé juste sous la gouttière : pourceau jouant de la lyre, monstres, etc. Une porte murée à appareillage à crossettes, donnait vraisemblablement accès à l’église primitive (avant la construction au XIIe siècle). Sur le contrefort oriental, on remarque un cadran solaire, cadran canonial.




Fig. 2 – Notre-Dame de la Visitation de Bruyères

L’abside (fig. 4) et les absidioles (C) comportent une corniche remarquable comme l’entablement de la chapelle Sainte-Croix. Les fenêtres en plein cintre sont séparées par des contreforts en forme de demi-colonnes aux chapiteaux richement décorés. Au-dessus du toit de l’abside, se dressent deux pignons triangulaires couronnés d’antéfixes. La toiture est en pierres plates, ou lauzes.

Continuons notre tour pour arriver à la hauteur du donjon-clocher (D – fig. 3). On y découvre huit gargouilles en forme de loups, sans doute pour rappeler les « Leups de Bruyères », milice du village jusqu’en 1411, puis appelée les « Enfants du Roy ». Admirons la flèche pyramidale en ardoise.

Le transept gauche correspond à la chapelle Notre-Dame. La grande nudité de la façade est due à la présence, jusqu’en 1826 – 1829 du cimetière de ce côté de l’église.

En revenant vers la façade principale, on longe la nef et le bas-côté nord (F). Les corniches de la nef représentent des têtes d’hommes, des animaux fantastiques, des fleurs à quatre pétales, des roses, Satan couché. La corniche du bas-côté nord est ornée des pierres sculptées provenant des fenêtres des chapelles Sainte-Anne et de la Blavière, démolies en 1804.. L’œil de bœuf a été ajouté en 1804.

Nous nous trouvons maintenant devant la façade occidentale (G). On remarque les contreforts à ressauts. La façade est très austère et les portes sont ornées de peintures médiévales. Les deux colonnes et les deux consoles délimitent l’emplacement d’un ancien porche.

B                                                                       F010-008

Fig. 3 – Donjon-clocher                                                                                                     Fig. 4 – Abside


Pénétrons dans l’église.

La nef (5), construite à partir du deuxième quart du XIIe siècle, était initialement couverte en charpente. Elle comporte six travées, deux d’entre-elles ont été remplacées par les chapelles de la Vierge et de Saint-Troncin. En 1849, la nef fut recouverte de fausses voûtes en plâtre semblables à celles des bas-côtés.

La croisée entre les chapelles Notre-Dame et Saint-Troncin montre une très belle voûte composée de liernes et de tiercerons. Au centre, une clef de voûte en forme d’écusson porte un agneau crucifère et une tête de bœuf.

B

Jusqu’en 1802, il y avait, à l’emplacement du bas-côté nord (4) les chapelles Sainte-Anne (a) et de la Blavière (b). Celles-ci, devenues trop vétustes à la suite de la Révolution, furent démolies et remplacées par un bas-côté construit sur le modèle du bas-côté sud. Les voûtes en plâtre ont été ajoutées en 1849 (fig. 5). Les fonds baptismaux datent du XIIe ou XIIIe siècle.






Fig. 5 – Le bas-côté nord

En remontant le bas-côté nord, on arrive à la chapelle de la Vierge (fig. 6). On y voit une colonne centrale en palmier. Sur le mur ouest, s’ouvre un vitrail réalisé par Hector de Pétigny en 1960, représentant un Magnificat. Une grande fenêtre de style rayonnant est divisée en trois compartiments par des colonnettes dont un des chapiteaux est orné d’une tête d’homme qui semble avaler le fût (goule).

La chapelle des cloches, jouxtant le chœur, possède de beaux chapiteaux aux angles nord-ouest et nord-est de cette partie de l’église. Sur la voûte, deux peintures, l’une, au sud, représente un aigle (saint Jean), l’autre, à l’est, un ange (saint Mathieu).

Du côté sud de l’église, s’ouvre la chapelle Saint-Troncin, dont la partie inférieure est formée de huit arcatures plein cintre s’appuyant sur des colonnes jumelles dont les chapiteaux sont ornés de feuilles d’eau, de fleurs d’arum et de feuillage. La grande fenêtre à remplage flamboyant est divisée verticalement par de minces meneaux prismatiques. La voûte d’ogives flamboyantes à huit branches retombe sur une colonne à la façon d’un palmier.

De l’autre côté du chœur, la chapelle Sainte-Croix présente au sud-ouest un faisceau de colonnettes dont les chapiteaux sont ornés de feuillages. Les vitraux représentent les Litanies de la Vierge, de même que celles de la chapelle des Cloches. Un grand Christ moderne, saint Jean et la Vierge plus anciens parachèvent le décor.

Enfin, l’abside et les absidioles comportent un tableau de Jean-Baptiste Jouvenet représentant la Visitation au moment du Magnificat (fig. 7).Dans l’arcature nord on trouve de très beaux chapiteaux dont l’un d’entre eux est signé. La clé de voûte représente un religieux tenant une tablette. Dans l’absidiole nord, une fresque a été découverte représentant sans doute la circoncision de Jésus.

B                                                                    F010-010

 Fig. 6 – Chapelle de la Vierge                                               Fig. 7 – Abside : tableau e J-B. Jouvenet


Vorges


Vorges, blottie au creux d’un vallon où l’on aperçoit encore les travées d’anciens vignobles, présente ses maisons en pierre qui se tassent autour de la place de l’église. On peut y admirer quelques maisons de maîtres du XIXe siècle, dont le château de Valbon, construit en 1876 par André HOUSSAYE, des vendangeoirs du XVIIe et du XVIIIe siècle, un lavoir et un ancien moulin.

Une plaque commémorative est appliquée sur la façade de la bâtisse de la figure 8. Le texte dit ceci :
« Hector DE PETIGNY (1904- 1992), membre de l’Ecole de Paris et acteur de toutes les aventures de l’art profane et sacré du siècle, a créé les vitraux du clair-étage du chœur de la collégiale de Saint-Quentin et le décor d’ardoise er de bois sculpté des archives de l’Aisne.
Vorges, berceau de la famille, a compté parmi les sources de son inspiration ; en témoignent le chemin de croix de l’église Saint-Jean-Baptiste (fig. 15) et de nombreuses créations inspirées par le Val Saint-Pierre.
Alchimie de la couleur et des formes, son œuvre traduit un sentiment profond de joie et de sérénité ».

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Fig. 8 – Maison des DE PETIGNY

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Fig. 9 – Le Château Fleury



La construction de l’église gothique Saint-Jean-Baptiste de Vorges a débuté au XIIe siècle pour se terminer le siècle suivant. Sa taille qui peut paraître disproportionnée par rapport au village est due au fait qu’elle a été fortifiée durant la guerre de Cent et qu’elle était intégrée dans l’enceinte composée de fossés, de portes et d’un donjon. Seules subsistent de ces fortifications, la tour de l’église, percée de baies géminées, et les tourelles d’angle (fig. 10).

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Fig. 10 – L’église Saint-Jean-Baptiste

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La façade est décorée d’une rose à colonnettes formant une roue qui rappelle celles de la cathédrale et de l’église de Vaux à Laon (fig. 11).
La nef compte cinq travées plafonnées. Les collatéraux sont également dépourvus de voûtes. Le transept, quant à lui, présente de belles croisées en ogive. C’est durant le XIVe siècle, à la suite des troubles occasionnés par la guerre de Cent ans que le clocher et les deux transepts furent fortifiés et renforcés : un parapet et des échauguettes furent rapportées à l’ensemble.



Fig. 11 – Façade décorée d’une rosace

VEn 1972 et 1975, des fouilles de sauvetage, à l’est de l’église au pied du Mont Pigeon, ont permis la découverte d’une nécropole mérovingienne, comportant 159 sépultures (fig. 12).
Parmi celles-ci, on a trouvé 30 sarcophages en pierre, deux en plâtre et 21 stèles des VIe –  VIIe siècles, dont quelques exemplaires sont exposés dans l’église.


Fig. 12 – Sépultures de la nécropole mérovingienne


Une centaine de sépultures avaient déjà été découvertes lors de fouilles, menées sans rigueur scientifique, en 1861 et 1883. Cependant, des relevés témoignent de l’importance des trouvailles.

A Vorges, l’enfouissement rapide de la nécropole mérovingienne après son abandon, a préservé l’aspect en surface de plusieurs sépultures. Elles étaient délimitées par des entourages rectangulaires de pierres sèches (fig. 13) et signalées par des stèles (fig. 14), parfois doubles quand elles avaient été destinées à recevoir deux inhumations. Les pierres visibles au fond des fosses avaient servi à caler les planches des coffres funéraires, beaucoup plus utilisées que les cercueils.

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Fig. 13 – Eléments de sarcophage mérovingien

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Fig. 14 – Stèle décorée mérovingienne

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Fig. 15 – Chemin de croix par Henry DE PETIGNY



Presles


L’église Saint-Georges et Saint-Quirin de Presles (fig. 16) est l’un de ces édifices romans comme les appréciait les peintres Le Nain, avec un beau porche et un chevet fortifié à meurtrières étroites. Sa construction remonte au XIe et XIIe siècles.

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Fig. 16 – Eglise Saint-Georges et Saint-Quirin


En faisant le tour de l’édifice, on s’attardera sur le porche, dont les deux façades latérales sont percées d’une fenêtre géminées (fig. 17). On remarquera les contreforts puissants s’appuyant sur les collatéraux, la tour carrée et le chevet fortifié (fig. 18).

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Fig. 17 – Fenêtre géminée du porche                                                          Fig. 18 – Chevet fortifié

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En pénétrant dans l’église, on ressent une atmosphère de quiétude comme dans la plupart des églises romanes dont l’architecture simple et les lignes pures incitent à la méditation. Le chœur est séparé de la nef par une poutre de gloire avec un Christ en croix en bois (fig. 19).



Fig. 19 – La poutre de gloire


Sur l’une des parois d’un des transepts est accroché les restes d’un Christ crucifié en bois polychrome d’une grande sobriété (fig. 20). Les plafonds des bas-côtés sont constitués de poutres comme la nef de l’église de Vorges (fig. 21).

P                                                                       P

Fig. 20 – Christ en bois polychrome                                                          Fig. 21 – Bas-côté gauche



Nouvion le Vineux



Ce village installé au milieu de la forêt est construit en pierre calcaire, typique du pays laonnais. Il possède encore son lavoir construit en 1841, directement alimenté par une source (fig. 22).

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Fig. 22 – Le lavoir de 1841, alimenté par une source

Son église de campagne, associant roman et gothique, est toujours entourée du cimetière (fig. 24). Le porche est classique. Le clocher carré, à trois étages comporte des ouvertures géminées à chacun de ceux-ci (fig. 23). Le chevet de forme arrondie (fig. 24) est parcouru par une frise reprenant des figures grotesques (fig. 25) et est entouré de deux colonnes dont les consoles sont sculptées également de figures grotesques (fig. 26).

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Fig. 23 – Eglise Saint-Martin

Fig. 24 – Chevet de l’église


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Fig. 25 – Frise du chevet


La nef de l’église Saint-Martin, précédée d’un porche, est couverte de voûtes gothiques primitives, retombant sur des chapiteaux romans historiés ou à décor de feuilles d’acanthe. Les fonds baptismaux romans sont en pierre de Tournai.

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Fig. 26 – Console extérieure

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Catégories : Voyages personnels | Un commentaire

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Une réflexion sur “Promenade dans le Laonnais – 2010

  1. Magnifique reconstitution historique, agrémentée de photos-documents très intéressants et surtout très instructifs. Un beau travail de recherches.

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