Et Dieu dit : « Que Darwin soit !

Stephen Jay GouldEt Dieu dit : « Que Darwin soit ! », Editions du Seuil,200 (lecture, septembre 2006).

 

Ce livre passionnant est le produit des réflexions qu’inspirent à un scientifique américain biologiste paléontologue la controverse encore active dans son pays entre les fondamentalistes protestants « créationnistes » et les communautés scientifiques et de l’éducation.

La thèse que défend ce livre est le non-recouvrement des domaines du savoir et de celui de la religion, appelé le principe « NOMA ». En un mot, il propose de laisser au domaine du savoir scientifique, celui des faits et des lois que l’homme révèle peu à peu, un territoire livré au seul empire de l’expérience et de la raison. Parallèlement il considère qu’existe un domaine qui traite des fins de l’homme, du sens de la vie et de l’univers, de la morale qui relève de ce qu’il appelle la religion.

De ce principe découlent deux considérations majeures. D’abord il est vain de promouvoir un conflit entre ces deux segments qui traitent de deux aspects complémentaires et non contradictoires des préoccupations humaines. D’autre part, il est également vain de chercher à fonder une proposition de l’un des domaines par des considérations provenant de l’autre, dans un sens comme dans l’autre.

L’argument est bien mené, fondé sur la réflexion, l’histoire et les faits et fournit une base intelligente de compréhension et d’échange paisible entre de vieux adversaires.

Il me semble néanmoins qu’il fait la part belle à la religion qui encore XVIIème siècle estimait le savoir humain de son ressort. En quelques siècles, et une complaisance répétée dans l’erreur scientifique, la religion s’est déconsidérée dans le domaine du savoir vérifiable dont elle s’est, globalement, retirée. Garde-t-elle encore son honneur dans les autres domaines ? Son recul, aujourd’hui clairement accepté par la majorité des religions du livre, est-il autre chose qu’un constat d’échec ? Si en revanche les religions avaient suivi Averroès (XIIème siècle) elles auraient mieux conservé leur dignité. Celui ci disait, en résumé que l’usage de la raison est un devoir, et que si le savoir scientifique que l’homme acquiert contredit l’interprétation des textes révélés, c’est que cette interprétation est à revoir. Oui, il disait cela au XIIème siècle dans une fatwa !

Enfin on ne peut pas s’empêcher de penser que le domaine des faits empiète par essence sur celui de la morale, car l’homme n’a pas l’option de commettre ce qui ne peut pas être commis. Au-delà des limites ainsi placées, peut-être peut-on même espérer fonder un jour par des lois que l’on ignore encore aujourd’hui la base d’une éthique. En attendant, le NOMA n’est pas sans vertu…

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