LES PLUS VIEILLES ROCHES CONNUES CONTENANT DES TRACES DE VIE (4)

Article paru dans le Bulletin du G.E.S.T., N° 165, janvier 2011

I.         Gneiss d’Akilia et Isua (Groenland)

A.    Contexte géologique

En 1973, Stephen Mootbach effectua une datation sur des échantillons de roches en provenance de la partie méridionale du Groenland occidentale. Celle-ci eut un énorme retentissement dans le landerneau des géologues,  car elle avançait une date de 3,8 Ga (Archéen inférieur). C’était à l’époque, les constituants découverts les plus vieux de la croûte terrestre. Ils avaient été récoltés dans deux localités de la région : Isua et Akilia.

La séquence d’Isua, qui remonte à 3,8 Ga, contient deux groupes de roches :

  1. des alternances très finement litées

–       de couches siliceuses : oxyde de silicium: quartzites (quatz,), silexites (SiO2) ;

–       de schistes argileux ;

–       de minerais de fer rubanés (Banded Iron Formation = BIF) : oxyde de fer (hématite – Fe2O3, magnétite, Fe3O4). Ici, ces filons ferrugineux se sont formés dans une zone sous-marine soumise à une forte activité volcanique intermittente mais intense ;

  1. des séries basaltiques.

Les BIF de l’île d’Akilia sont légèrement antérieures à celles d’Isua et remontent à 3,85 Ga.

Ces deux ensembles comprennent diverses formations géologiques (conglomérats, laves en coussins) qui sont indicatives de dépôts en milieu aqueux.

B.    Contexte biologique

Dans un premier temps, aucune trace de vie sous forme fossile n’a été décelée dans ces roches, bien qu’en 1978, Pflug avait cru remarquer à Isua des microfossiles qu’il avait baptisés Isuasphaera. En fait, il a été démontré, en 1981, qu’il s’agissait de pseudofossiles.

L’analyse des isotopes du carbone de ces roches a cependant indiqué un enrichissement en isotope 12 par rapport à l’isotope 13, indice pour certain de la présence de matière organique. Après leur formation, ces roches ont subit un métamorphisme qui aurait pu effacer toute trace de la morphologie originale de la matière organique. La plupart des géophysiciens restent cependant septiques sur l’origine biologique de ces anomalies isotopiques du carbone.

Le rapport isotopique entre 12C et 13C  est un bon marqueur chimique d’une activité biologique. En effet, quand un organisme vivant incorpore du CO2, il accumule de préférence l’isotope léger du carbone (12C). Donc, les produits d’une synthèse biologique sont enrichis en carbone « léger » par rapport aux carbonates d’origine non biologique, à un degré qui varie selon le type d’organisme. Il se trouve, que par rapport à un standard appelé PDB (Peedee Belemnite Standard), le δ13 C% est proche de 0% pour les carbonates du Précambrien et situé entre 20 et 30% pour la matière organique précambrienne, valeurs comparables à celles que l’on trouve pour le bicarbonate océanique et les produits de la photosynthèse végétale actuelles.

En 1996, le chercheur américain Stephen Mojzsis fait sensation en publiant, le 7 novembre, dans la revue Nature, les résultats de ses analyses de particules carbonatées contenant des granules d’apatite extraits des gneiss des BIF d’Akilia. Pour lui, il s’agissait de traces de vie datant de plus de 3,81 Ga. Il  détecte en effet un rapport isotopique du carbone anormalement faible (enrichi en 12C) dans des inclusions carbonées graphiteuses piégées dans un minéral phosphaté analogue au constituant de nos dents et de nos os (Mojzsis et al., 1996). Pour lui, se sont les plus anciennes roches susceptibles de présenter des traces de vie  remontant à plus de 3,75 Ga.

Ces résultats furent considérés comme la preuve irréfutable qu’une vie sous forme de micro-organismes a émergé très tôt et a survécu au bombardement météoritique secouant la Terre à l’époque. Toutefois, le doute s’installa car ces roches se sont métamorphisées à haute pression et haute température. L’origine sédimentaire de ces roches où l’anomalie isotopique du carbone a été décelée est mise en doute par certains scientifiques, dont Aivo Lepland, chercheur estonien. D’autres n’ont pas retrouvé ces anomalies isotopiques dans ces mêmes roches. Le débat fait rage entre les partisans et les adversaires d’une vie organisée il y a plus de 3,8 Ga.  Trouvera-t-on, un jour des formes de vie certaines dans ces roches ? Probablement.

Une des conditions nécessaires à cette découverte a été fournie par Nicolas Dauphas, de l’Université de Chicago, et ses collègues. Ceux-ci estiment que ces roches métamorphisées ont bien une origine sédimentaire. En effet, la nature des roches témoigne de l’environnement dans lequel les premières formes de vie ont pu se développer. Pour ce faire, les chercheurs ont eu recours au spectromètre de masse du Field Museum afin de déterminer avec précision les isotopes du fer présents dans les échantillons de roches d’Akilia. Les roches magmatiques et les roches sédimentaires n’ont pas la même signature, et les résultats penchent nettement en faveur d’une origine sédimentaire. Ces travaux ne donnent pas une réponse définitive au débat, mais ils encouragent les chercheurs à poursuivre leurs recherches dans cette région du Groenland.

C.    Contexte tectonique
Les géophysiciens soupçonnaient que le phénomène de la tectonique de plaques avait commencé peu de temps après la formation de la Terre, et selon Harald Furnes de l’Université de Bergen en Norvège, la formation de la croûte terrestre au niveau des dorsales océaniques suivie d’une subduction, était probablement à l’œuvre dès 4 Ga. Les scientifiques avaient enregistré des preuves de son existence dès 2,5 Ga.

Une équipe internationale de chercheurs, sous la conduite d’Hubert Staudigel, vient d’apporter la preuve que ce mécanisme fonctionnait déjà il y a 3,8 Ga et ce sont les roches de la formation d’Isua qui leur ont livré cette information.

L’étude de la tectonique de plaque est primordiale pour les scientifiques qui cherchent à comprendre l’adaptation complexe de la vie sur notre planète. Aussi est-ce tout naturellement que les géophysiciens se sont tournés vers la formation groenlandaise qui compte parmi les plus anciennes de la Terre et dans lesquelles on a décelé des prémices de vie. C’est initialement dans le but de trouver ces traces possibles de vie primitive qu’ils ont été amenés à analyser des roches magmatiques en tous points semblables à celles des complexes ophiolitiques plus récents. Ces ophiolites sont des roches associées au volcanisme des dorsales océaniques. Ils ont mis en évidence la présence de laves en coussins (pillow lava) et d’un complexe filonien conformes à ceux que l’on rencontre dans les ophiolites types. Malgré leur métamorphisme et leur déformation, les lithologies originelles restent identifiables. Elles s’échelonnent depuis les roches ultramafiques, témoins directs du manteau supérieur, jusqu’aux basaltes constitutifs des coulées sous-marines en pillows de la partie supérieure de la croûte, en passant par des métagabbros[1] et des plagiogranites[2].

De plus, la composition en isotopes d’oxygène de ces roches de la ceinture supercrustale d’Isua montre qu’elles ont réagit avec le milieu océanique. Ces différents éléments sont caractéristiques de la croûte océanique actuelle ou ancienne.

Si on se place d’un point de vue géochimique, en se basant sur l’analyse de certains éléments en trace notamment, on remarque la présence de roches de composition très particulière, dénommées bononites (andésites riches en magnésium) qui témoignent d’un cadre géotectonique bien précis. En effet, ces roches sont souvent associées aux arcs insulaires intraocéaniques et sont le fait de zones de subduction.

Tout ceci permit à Staudigel et son équipe de publier, le 24 mars 2007, dans Science,  des résultats accréditant une tectonique de plaques dès le début de l’Archéen. « Le fait que cette structure rocheuse soit si bien conservée est une grande chance ! » annonce le scientifique. « Ces roches se sont formées sur le plancher océanique le long d’un rift et elles se sont accrétées à une plaque continentale, survivant presque inchangées pendant 3,8 milliards d’années ».

D.    Contexte climatique

Lors de l’apparition de la vie sur Terre, à l’époque archéenne, l’énergie dispensée par le Soleil est de 30% inférieure à celle émise aujourd’hui. La chaleur captée par notre planète devait être insuffisante pour permettre à l’eau de rester liquide. Cependant, des preuves géologiques démontrent qu’il n’en était rien et que les océans étaient bien liquides.

En 1972, l’astronome Carl Sagan et son collègue George Mullen avancent l’hypothèse suivante. La concentration atmosphérique du dioxyde de carbone (CO2) devait être 100 fois plus élevée qu’actuellement, et ce serait un phénomène d’effet de serre qui aurait permis aux océans de ne pas geler.

Les travaux d’une équipe de chercheurs de l’université de Copenhague, sous la conduite de Minik Rosing contredisent cette théorie dont les résultats ont été publiés, en mars 2010, dans la revue Nature. En analysant un échantillon de roche de la ceinture d’Isua, âgé de 3,8 Ga, ils ont trouvé une concentration atmosphérique en CO2 seulement 3 fois plus importante que celle d’aujourd’hui.

Rosing avance deux possibilités pour expliquer ce paradoxe :

  1. meilleure capacité de la Terre, à l’Archéen, d’absorber la chaleur. La surface des océans captent mieux la chaleur que les continents et ils étaient à l’époque plus importants qu’actuellement ;
  2. un ciel moins nuageux, permettant au rayonnement solaire d’atteindre la surface terrestre. Les organismes vivants viennent à peine d’apparaître et les processus chimiques de formation des nuages dans lesquels ils interviennent n’ont pas encore lieu.

Une fois de plus, les scientifiques ne peuvent qu’émettre des hypothèses et il faudra encore attendre de nouvelles analyses pour pouvoir élaborer un scénario plus proche de la réalité.

E.    Hypothèse sur la formation des croûtes continentales

De plus, Minik Rosing émet une théorie qui paraît novatrice et imaginative : l’évolution de la Terre a-t-elle permis l’apparition de la vie, ou l’apparition de la vie a-t-elle modelé la Terre ?

La Terre s’est formée par accrétion il y a 4,6 Ga. Durant les 600 à 800 Ma qui suivent sa formation, les continents sont instables. Les océans apparaissent vers 4,4 Ga et les continents stables vers 3,8 Ga conjointement avec les prémisses de la photosynthèse. Cette simultanéité a attiré l’attention de Rosing et de son équipe qui ont cherché à rassembler des indices tendant à prouver que la photosynthèse est apparue il y a bien 3,8 Ga.

Ils partent du constat que les organismes actuels qui utilisent la photosynthèse pour convertir l’énergie solaire en énergie chimique, apportent une contribution énergétique trois supérieure à celle générée par l’activité géologique profonde.

Selon ces chercheurs, les premières formes de vie photosynthétiques auraient amené l’énergie nécessaire à des changements chimiques et mis en marche le cycle énergétique de la Terre et donc modifier sa géochimie : « L’énergie transformée par photosynthèse sert à maintenir les océans et l’atmosphère en équilibre avec les roches de la croûte » explique Rosing.

En poussant leurs raisonnements, la perturbation engendrée par les organismes à photosynthèse aurait renforcé l’érosion et l’altération de la croûte. Une altération qui aurait induit une production accrue de smectite et d’illite, deux composés qui, selon Rosing, auraient joué un rôle dans la formation de granite : « Le point clé, c’est que la fusion du basalte reforme du basalte, tandis que la fusion du basalte soumis à l’érosion produit une petite quantité de granite. » « La vie pourrait bien être responsable de la présence des continents tels que nous les connaissons sur Terre » conclue Rosing.

L’idée peut être intéressante, mais aucune preuve actuellement ne peut l’étayer. A creuser !


II.     CONCLUSIONS

 

De l’analyse rapide de ces quelques grands systèmes géologiques datant de l’Archéen, on peut tirer les conclusions suivantes :

  • La plus ancienne trace d’ordre biogénique a été trouvée dans les roches groenlandaises et fixerait l’arrivée de la vie sur Terre à plus de 3,85 Ga.
  • Les plus anciens fossiles attribués à des bactéries et identifiables au microscope sont datés de 3,5 à 3,46 Ga. Ils se présentent sous forme de filaments attribués à des bactéries composées de plusieurs cellules, ou de bactéries sphériques microscopiques, et ont été trouvés en grande quantité dans les cherts d’Afrique du Sud et d’Australie. Ils ont fait l’objet d’une vive polémique, certains chercheurs leur attribuant une origine minérale.
  • Par contre, l’origine biologique de roches de plus de 3 Ga (les plus anciennes datant de 3,47 Ga), trouvées dans les même roches d’Afrique du Sud et d’Australie, est incontestable. Elles seraient le résultat d’accumulation de particules de calcaire déposées et piégées dans les mailles d’un tapis bactérien et auraient formé les premiers stromatolites.
  • Lorsque les bactéries utilisant la photosynthèse sont devenues communes, l’oxygène qu’elles produisaient a dû commencer par être fixé par le fer et le soufre dissous, dans l’eau, provoquant une précipitation sous forme de rouille (Fe2O3) et de sulfates (SO4). Les plus anciens dépôts sédimentaires oxydés, de quelque importance, remontent à 2,5 – 2,3 Ga.
  • L’ensemble des données actuelles permet d’affirmer que la vie sur Terre était présente dès 3,5 Ga, sous formes de bactéries.
  • On constate une grande diversité des bactéries assez rapide, entre 3,5 et 3,2 Ga), laissant l’impression d’une éclosion de la vie beaucoup plus tôt. Ces organismes se sont établis dans des conditions variées (réduction du soufre ou photosynthèse) et vivaient dans des milieux différents (près des sources chaudes en profondeur, ou près de la surface et de la lumière).
  • Un débat persiste entre les partisans d’une origine très ancienne, avant 3,5 Ga, des bactéries végétales photosynthétiques libérant de l’oxygène et les partisans d’une origine plus tardive, entre 2,8 et 2,4 Ga, de ces mêmes bactéries mais sans libération d’oxygène.
  • Cette diversité de formes et d’adaptation physiologiques, entre 3,5 et 3,2 Ga, plaide en faveur d’un ancêtre commun bien plus ancien.
  • Malheureusement, actuellement, tous les vestiges d’une quelconque forme de vie très ancienne ne permettent pas de donner des indications précises sur le lieu, l’époque et le mécanisme de la genèse des premiers organismes. Nous n’avons aucune preuve permettant d’établir une transition entre le minéral et les formes de vie archaïques que sont les bactéries.
  • Deux possibilités se présentent aux chercheurs pour expliquer cette absence de preuves :

–        soit, les formes de vie intermédiaires ou les conditions favorables pour démarrer la genèse des bactéries ont complètement disparues sans laisser de traces (à l’époque la Terre était fortement chahutée par les nombreux impacts de météorites) ;

–        soit, ces formes transitoires entre le minéral et les bactéries n’ont jamais existé sur Terre, et ce serait un ensemencement externe provoqué par l’apport de bactéries par des météorites qui aurait permis la prolifération sur notre planète. Des reliques de vie ont été observées dans la météorite ALH84001, trouvée en Antarctique en 1984, ont contribué à émettre cette hypothèse. Mais ceci est une autre histoire !


III.     Résumé chronologique des débuts de la Terre et des plus anciennes traces de vie

 

– 4,568 Ga       :        Début de l’accrétion de la Terre. Début de l’ère Hadéenne / Éoarchéenne / Catarchéenne.

– 4,46 Ga         :        Fin de l’accrétion de la Terre. Condensation de la vapeur d’eau en pluie.

– 4,37-4,30 Ga :        Plus anciens zircons découverts aux Jack Hills, Yilgarn (ouest Australie). Le déséquilibre lutécium – hafnium et la présence d’isotopes lourds de l’oxygène indiquent la présence d’eau liquide à l’époque.– 4,040 – 4,016 Ga : Les gneiss d’Acasta (Canada) confirment la présence d’eau libre.

– 4,10-3,865     :        Période de bombardement météoritique maximal, conséquence probable de la « migration » de l’orbite de Jupiter ou de Neptune qui perturbe l’orbite de nombreux astéroïdes.

– 3,865Ga        :        Fin du bombardement météoritique. Stabilisation de la croûte et des océans. 1ers sédiments à Akilia. Début de l’époque Éoarchéenne / Issuenne.

– 3,825 Ga       :        1ers sédiments d’Isua (Groenland). Kérogènes enrichis en carbone allégé (C13 –> C12) pouvant être un indice de l’existence de microorganismes vivants. Plus probablement dû à la décomposition à haute température du carbonate de fer sous forme de magnétite et de graphite.

– 3,80-3,76 Ga :        Présence d’isuasphères et de carbone allégé à Isua (Groenland). Indices possibles (mais très discutés) de l’existence de microorganismes vivants.

– 3,75 Ga          :       Apparition des 1ères couches de fer rubané, de type « Algoma ». N’indiquent probablement pas la présence d’oxygène libre mais plutôt une synthèse d’oxydes ferriques dans les sources hydrothermales.

– 3,70 Ga          :       1ères laves komatites à Isua. Indiquent un volcanisme plus chaud que le volcanisme actuel.

– 3,49 Ga          :       1ers stromatolites de North Pole dans le Pilbara (ouest Australie). Représente les 1ères traces indiscutables de l’existence d’une vie bactérienne. Début de l’époque Swazienne.

– 3,465 Ga         :      Stromatolites, filaments et opanes (indices de vie bactérienne) de Warrawoona dans le Pilbara (ouest Australie). Les indices isotopiques indiquent qu’une photosynthèse d’un type non-producteur d’oxygène est utilisé. Les bactéries détectées sont donc probablement des bactéries sulfureuses vertes ou pourpres.

– 3,42 Ga           :      Présence de 11 types de bactéries différentes (et de houille de bactéries) à Trundall dans le Pilbara (ouest Australie). Primaevifilum minutum, P. Laticellulosum, P attenuatum, P. delicatulum, P. amoenum, P. conicoterminatum, Archaeoscillatoriopsis disciformis, A. grandis, A. maxima, etc.

– 3,25 Ga            :     Couche d’iridium à Fig Tree, en Afrique du sud, indiquant qu’un astéroïde a heurté la terre à cette époque.

– 3,2 Ga (?)        :     Houille de bactéries à Barbeton dans le Swaziland. Pétrole de bactéries sphéroïdales soufrées à Fig Tree en Afrique du sud. Bactéries Eobactériums isolatums à Warawoona dans le Pilbara (ouest Australie) et à Fig Tree (Swaziland). Les cherts commencent à s’appauvrir en isotopes 18O, indice d’une augmentation de la température des océans.

– 3,1 Ga              :    Stromatolites de Pongola et de Bularvayan en Afrique du sud.

– 3,0 Ga              :    Stabilisation des isotopes de soufre par disparition des réactions photochimiques « MIF » (MIF = « fractionnement des isotopes du soufre indépendant de la masse », induit par les rayons ultraviolets). Cela indique qu’une couche de nuages empêche désormais les rayons ultraviolets du soleil d’atteindre la terre. Ces nuages proviennent peut-être du méthane rejeté par des bactéries méthanogènes (H2 + CO2 à CH4). L’appauvrissement des cherts en isotopes 18O indique que l’eau de mer est désormais très chaude, probablement à cause de l’effet de serre intense du au méthane.

– 2,92 Ga             :    1ères cyanobactéries photosynthétiques rejetant de l’oxygène (?). Début de l’époque Laurentienne.

– 2,9 – 2,8 Ga       :    Glaciation du Swaziland / Witwatersrand. Due vraisemblablement à la destruction de l’effet de serre à la suite de la combinaison de l’oxygène et du méthane (oxygène suffisamment abondant ?).

– 2,8 Ga                : Pic de carbone léger indiquant que la vie se développe rapidement après la fin de la glaciation.

– 2,8 – 2,7 Ga        :   Cyanobactéries de Bulawayo.

– 2,7 Ga                : Pétrole de cyanobactéries dans le Pilbara (ouest Australie). Présence de stéranes de mycobactéries ou de protéobactéries à Pilbara et Wittenoom en Australie. Ces stéranes sont fabriquées grâce à la présence d’oxygène.

– 2,7 – 2,6 Ga        :   Fin des petites couches de fer rubané de type « Algoma ». Début des grands dépôts de fer rubané de type « Lac supérieur » dans le fond des mers, fabriqué par la combinaison du fer avec l’oxygène rejeté par les cyanobactéries. Présence d’oxygène libre dans l’atmosphère en faible quantité mais pas encore dans la mer. Les  gaz volcaniques sont encore très réducteurs : (CH4) et (CO) se combinent pour former du (CO2) et (H2S) se combine avec lui pour former du sulfate (SO4-2).

– 2,588 – 2,549 Ga : Cyanobactéries de Nauga, Prieska (Afrique du sud). Début de l’époque Algonkienne inférieure / Huronienne.

– 2,5 Ga                 : Début de l’accrétion du supercontinent de Kénorland / Hudsonia.

– 2,5 – 2,0 Ga         : Les laves komatites sont de plus en plus rares, indiquant que le volcanisme devient moins chaud et se rapproche progressivement du type actuel.

– 2,45 Ga               : Les volcans deviennent moins réducteurs, l’oxygène libre peut s’accumuler massivement dans l’atmosphère. Lorsque le taux d’oxygène atteint 1% dans l’atmosphère, il peut commencer à se maintenir dans les océans. Le taux de réactions photochimiques « MIF » commence à baisser.

L’enrichissement des cherts en isotopes 18O montre que l’eau de mer devient moins chaude (L’effet de serre induit par le CO2 dans l’atmosphère diminue car les cyanobactéries consomment du CO2 pour produire leur oxygène O2).

– 2,40 Ga                :            Cratère météoritique de Suavjärvi (16 Km de diamètre) en Carélie (63°7′N 33°23′E). Début de la division du supercontinent de Kénorland / Hudsonia.

– 2,325 Ga              :            Les stromatolites deviennent communs. Formation massive de dépôts de fer rubané (BIF) dans le fond des mers. Ceux-ci sont constitués par l’alternance de couches d’hématite (oxyde de fer Fe2O3), riche en oxygène, déposées en été et de couches de magnétite (oxyde de fer Fe3O4), plus pauvre en oxygène, déposées en hiver.

– 2,3 – 2,2 Ga          :            Glaciation Huronienne de Gowganda (peut-être à cause de la baisse du CO2). Terre « boule de neige ».

– 2,250 – 2,050 Ga : Augmentation de la production d’oxygène par les cyanobactéries après la fin de la glaciation. Maximum de formation de fer rubané et d’uranium oxydé. La stabilisation des isotopes de soufre (disparition des réactions photochimiques « MIF ») indique une teneur atmosphérique en oxygène O2 suffisamment  élevée pour former une couche d’ozone (O3) en altitude. Début des « couches rouges » continentales constituées de fer oxydé (hématite Fe2O3).

– 2,023 Ga              :            Cratère météoritique de Vredefort (280 Km de diamètre) sur le craton de Kaapvaal en Afrique du sud (Lat = 27°0’ S Long = 27°30’ E).

– 2,1 – 1,9 Ga (?)    : Début de l’époque Algonkienne moyenne / Animikienne. Premiers eucaryotes (êtres vivants plus évolués que les bactéries / procaryotes) : Cellules coloniales entourées d’une gaine de mucus (cyanobactéries ou algues rouges ?), huroniospores (cyanobactéries ou spores de champignons ?), Eoastrions, Eosphaeras, Gunflintias et Kakabekias umbellatas à Belcher (nord-ouest Canada) et à Gunflint (Ontario), Grypanias spiralis à Negaunee (Michigan), et acritarches pluricellulaires (spores d’algues vertes ou rouges) à Medecine Peaks (Wyoming).

– 1,9 Ga                  :            Glaciation ?

– 1,9 – 1,8 Ga          :            Formation du supercontinent de Columbia.

– 1,87 Ga                :            Algues eucaryotes Grypanias spiralis (unicellulaires géants ou pluricellulaires ?)

– 1,850 Ga              :            Cratère météoritique de Sudbury (250 km de diamètre) en Ontario (Canada).

1,8 Ga                  :            Kystes d’eucaryotes flagellés.

– 1,8 -1,7 Ga           :            Derniers dépôts de pyrite, de fer rubané et d’uraninites UO2 (remplacées par les oxydes uraniques UO3 solubles). L’oxygène n’a plus de métaux pour le fixer et il peut se répandre librement dans l’atmosphère. Phytoplancton du Mont Christo (Transvaal), Longfengshaniros, Chuarias et Tawuias (algues ou mycétozoaires) de Tuanshanzi (Chine).

– 1,73 Ga                 :           Eucaryotes Tyrasotaenias (algues rouges ?) et Stictosphaeridiums implexums à Chuanlinggou (Chine).

– 1,7 Ga                   :           Glaciation.

1,6 Ga                   :           Médusoïdes (?) de Nolténius (nord Australie). Début de l’époque Algonkienne supérieure / Riphéenne.

– 1,6 – 1,5 Ga          :            Début de la division du supercontinent de Columbia.

– 1,50 Ga                 :           Glaciation (?). La concentration en oxygène se stabilise à un taux comparable à l’actuel.

– 1,45 Ga                 :           Eucaryotes pluricellulaires et sexués de Shamberlain Shale. Algues pluricellulaires de Little Belt Mountain (Montana). 1ers eucaryotes acritarches (kystes de dinoflagellés unicellulaires ou d’algues vertes prasinophycées ?) à Belt (Montana). Acritarches Leiosphaeridias (algues vertes chlorophycées ?) à Roper (Australie).

– 1,32 Ga                 :           Acritarches Quadratimorpha à Wumishan (Chine).

– 1,30 Ga                 :           Glaciation en Afrique (?). Eucaryotes Grypanias spiralis (unicellulaires géants ou pluricellulaires ?) au Montana, en Chine et en Inde.

– 1,30-1,20 Ga        :            Eucaryotes de Besk Spring Dolomite (Californie). Algues vertes unicellulaires Pterospermas micromonadophytes et algues pluricellulaires ulvophycées de Wumishan (Chine). Champignons, algues brunes et dinoflagellés de Lakhanda (Sibérie).

– 1,25 Ga                 :           Eucaryotes Acritarches Quadratimorphas à Hongshuizhuang (Chine).

– 1,20 Ga                 :           Eucaryotes Bangiomorphas pubescens plurilellulaires et sexués au Canada. Acritarches Simias annulares et Pterospermellas à Thulé. Algues vertes Spiromorphas segmentatas à Ruyang (Chine).

– 1,10 Ga                 :           Formation du supercontinnet de Rodinia.

– 1,03 Ga                 :           Acritarches prismatomorphes Octoexydriums à Lakhanda (Sibérie).

– 1,0-0,9 Ga            :            Glaciation Laurentienne et du bas Congo. Début de l’époque Briovérienne.

– 0,9 Ga                   :           Début de la division du supercontinent de Rodinia.

– 0,90-0,85 Ga        :            Expansion des acritarches à Lakhanda (Sibérie). Octoedryxiums.

– 0,84-0,74 Ga        :            1ers animaux bilatéraux possibles (?).

– 0,75 Ga                 :           Amibes à test.

– 0,76-0,70 Ga        :            Glaciation Sturtienne / Rapitienne (terre « boule de neige »). Bactéries de Kingston (Californie).

– 0,7 Ga                   :           Interglaciaire de Nyborg / Ekné. 1ères mousses et 1ers métazoaires (?).

– 0,685-0,670 Ga    :             Début de l’époque Éocambrienne / Vendienne. Glaciation Vendienne / Varangienne / Varangérienne / Terridonienne. Hécatombe animale.

– 0,63-0,62 Ga        :            Glaciation Marinoenne d’Elatina (?).

– 0,61-0,60 Ga        :            1ers (?) animaux bilatéraux cnidaires de Twitya (nord ouest Canada).

– 0,605-0,585 Ga    :             Glaciation Marinoenne de Varanger. Hécatombe des acritarches.

– 0,590-0,565 Ga    :             Spongiaires et animaux bilatéraux Vernanimalculas à Doushantuo (Chine). Algues rouges ou lichens marins en Chine.

– 0,57 Ga                 :           Formation du supercontinent de Pannotia.

– 0,565 Ga               :           1ères traces de vers.

– 0,565-0,545 Ga    :             Grands animaux pneumatiques vendobiontes / vendozoaires d’Ediacaria.

– 0,544-0,530 Ga    :             Début de l’époque Cambrienne. Animaux agnathes et à coquilles phosphatées.

– 0,54 Ga                 :           Division du supercontinent de Pannotia.

– 0,53-0,527 Ga      :            Archéocyates à petites coquilles Tommotiennes, « explosion Cambrienne » de la vie sur toute la Terre.

IV.     BIBLIOGRAPHIE

  •      Furnes H. et al. (2007). A vestige of Earth’s oldest ophiolite. Science, 315(5819), 1704-1707.
  •      Meinesz A. (2008) – Comment la vie a commencé, Belin.
  •      Teyssèdre B. (2002) – La vie invisible – Les trois premiers milliards d’années de l’histoire de la vie sur terre, L’Harmattan.

[1] Métagabbro : gabbro ayant subi un métamorphisme hydrothermal.

[2] Plagiogranite : variété de granite tholéïtique dépourvu de potassium, avec l’albite comme seul feldspath alcalin, mis en place en milieu sous-marin

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