Les fixismes

Paru dans le Bulletin du G.E.S.T., N° 167, mai 2011

 

I.           Introduction

L’idée d’évolution des espèces n’est pas nouvelle lorsque Darwin publie, en 1859, son célèbre ouvrage, L’origine des espèces au moyen de la sélection naturelle. Déjà de nombreux érudits ont émis des remarques sur un transformisme possible. Ce qui fait surtout la différence et l’originalité de la théorie émise par Darwin, c’est l’hypothèse de la sélection naturelle, où la variation est conçue comme indépendante de la sélection.

Mais la théorie prédominante à l’époque est le fixisme, ou plutôt les fixismes. Cette conception statique traditionnelle de l’état du monde sera progressivement remplacée par une vision dynamique de son développement. Cette remise en question débute avec les conceptions cosmologiques du chanoine polonais Copernic (1473 – 1543), et surtout celles de Galilée (1564 – 1642) qui détrônent la Terre de sa position centriste et la relègue sur une orbite circum-solaire au même titre que les autres planètes.

Un autre conflit qui dressait les savants en deux camps est celui de l’opposition entre uniformistes et catastrophistes. Stephen Jay Gould a débattu de ce thème dans l’essai 18, Uniformité et catastrophe, de son premier ensemble d’essais sur les réflexions sur l’histoire naturelle, Darwin et les grandes énigmes de la vie.

Le « principe d’uniformité » fut développé par le géologue britannique Charles Lyell dans son livre Principes de géologie (1830).

« […], il y proclamait avec audace que le temps n’a pas de limite. Ayant posé ce principe fondamental, il prit position en faveur d’une théorie « uniformitariste », doctrine qui fit de la géologie une science. Les lois naturelles sont invariables. Comme on dispose d’une quantité de temps illimité, l’action lente et continue des éléments suffit pour expliquer le passé. Le présent donne la clé du passé »[1].

Donc, en d’autres termes, pour Lyell, les causes responsables des changements étaient non seulement considérées comme étant de même nature que celles agissant dans le présent (causes actuelles), mais encore étaient tenues pour avoir opérées avec la même intensité que leurs équivalents modernes (principe d’uniformité). De plus, du fait du temps illimité, l’uniformitarisme ou actualisme se trouvait en conflit avec la chronologie des théologiens et des cosmogonistes.

Rappelons qu’en se basant sur la chronologie biblique l’archevêque anglican James Ussher (1581-1656) était arrivé à situer la création du monde au 23 octobre de l’an  4004 av. J.C. !

Le camp adverse était celui du catastrophisme, particulièrement défendu par Cuvier, pour qui la surface de la Terre avait subi plusieurs « grandes révolutions », inondations presque universelles ou bouleversements volcaniques. Pour les défenseurs de cette option, les causes actuelles ne suffisent pas à expliquer les cataclysmes du passé. Parmi ceux-ci on peut citer Cuvier, Agassiz, Sedwick et Murchison qui tous reconnaissaient que notre planète était très vieille et cherchaient à expliquer les catastrophes par des causes naturelles.

Actuellement, la géologie moderne est en fait un mélange harmonieux de conceptions tirées de l’uniformisme rigide de Lyell et du catastrophisme scientifique de Cuvier et Agassiz.

 

II.         Théologie naturelle

 A.    William Paley (1743-1805)

« Natural Theology » (Théologie naturelle) du révérend William Paley, publiée en 1802, a été un des ouvrages les plus influents du XIXe siècle. Cette philosophie a dominé la zoologie britannique depuis Robert Boyle, physicien et chimiste irlandais (1627-1691), à la fin du XVIIe siècle, jusqu’à Paley, avant d’être détrônée par Darwin.

La notion centrale de ce courant philosophique est l’ « argument du dessein » dont le principe était d’identifier des causes finales dans la nature en tant que preuves de l’existence de Dieu, de ses pouvoirs et de son incessante bienveillance[2].

« Les adeptes de la théologie naturelle voyaient l’œuvre de Dieu non seulement dans les adaptations des organismes, mais aussi dans l’arrangement supposé de la nature qui leur paraissait refléter la supériorité de l’homme et la vocation de ce dernier à la dominer »[3].

Dans le chapitre « Darwin et Paley rencontrent la main invisible » tiré de son sixième volume sur les réflexions sur l’histoire naturelle, Comme les huit doigts de la main, Stephen Jay Gould analyse le cheminement de la pensée du révérend. Par le biais de cette analyse, Gould veut montrer qu’en science :

« L’innovation véritable est presque toujours une addition par rapport à ce qui était antérieurement concevable et ne consiste pas en une simple permutation des possibilités déjà en main. Le progrès des connaissances ne ressemble pas à une tour montant vers le ciel, édifiée brique à brique, mais résulte d’une série d’avancées, de progressions sur de fausses pistes et de percées, ce qui donne une construction de structure bizarre et sinueuse, finissant néanmoins par s’élever » (p. 158).

Pour Paley, « il est évident que Dieu a créé les organismes, étant donné la bonne adéquation de leurs formes et de leurs fonctions au mode de vie qu’il leur a assigné […] » (p. 154).

Paley s’exprime par métaphores. Il prend pour exemple la montre trouvée par hasard sur son chemin. Elle doit forcément avoir été conçue par un horloger. Ainsi pour expliquer la complexité et l’édification d’une structure adaptée à un usage particulier (aile admirablement adaptée au vol), il fait appel à un concepteur.

« Il ne peut pas y avoir de plan sans concepteur, de mécanisme sans ingénieur […] Il est impossible de ne pas voir les marques du dessein tant elles sont fortes. Le plan qui répond à un projet a nécessairement eu un concepteur. Ce dernier doit obligatoirement avoir été une personne. Et celle-ci est DIEU ».

Toutefois, Paley se trouva confronté à une énigme lorsqu’il aborde l’analyse du comportement des organismes complexes.

« Comment interpréter les comportements instinctifs qui n’apportent aucune satisfaction immédiate, mais semblent, au contraire, enferrer un animal dans la douleur et la détresse » (p. 152).

Pour résoudre ce délicat problème, Paley y voit une « main invisible » qui ne peut être que celle de Dieu, et à l’instar de la montre qui implique un horloger, les organismes plus complexes encore requièrent « un Dieu bienveillant et créateur ».

Bien que l’argumentation de Paley puisse prêter à moquerie et ne soit plus acceptable de nos jours, bien que les mouvements créationnistes y reviennent, elle mérite, d’après Gould, notre respect « en tant que philosophie qui eu jadis sa cohérence, appuyée sur un système de défense subtil – c’est une « vision du monde fossile » qui peut stimuler nos réflexions, si nous voulons essayer de comprendre nos propres penchants en étudiant l’histoire des théories alternatives » (p. 156)

Gould poursuit :

« Dans la thèse centrale de Paley, on trouve une affirmation – les organismes sont admirablement agencés de façon à répondre à un but précis – et une déduction – un bon agencement asservi à une fin implique qu’il ait eu un concepteur » (p. 156).

« Paley ne peut imaginer que deux conceptions à sa proposition selon laquelle la bonne adaptation à une fin suppose un concepteur. La plus grande partie de son livre est consacrée à la réfutation de ces explications concurrentes » (p. 156)

  1. La bonne adaptation existe, mais sa création n’implique pas ce qui en résulte actuellement […] Supposez que la forme ait été élaborée pour d’autres raisons (par exemple, en tant que résultat direct de lois physiques), puis ait trouvé un usage donné parce que, fortuitement, elle y convenait » (p. 156).

L’explication est valable pour des structures simples mais non pour des structures plus complexes, « constituées de centaines d’éléments, tous orientés dans le même sens, et chacun dépendant de tous les autres », estime Paley.

2. La bonne  adaptation existe, et implique qu’elle ait été produite dans le cadre de sa finalité actuelle ; mais elle a découlé d’une élaboration naturelle, par une lente évolution vers le but désiré, et non pas par une création divine soudaine […]

Paley ne pouvait se représenter l’évolution que sous la forme d’une série d’étapes positives orientées vers un but, édifiant l’adaptation petit à petit » (p. 157).

Il s’efforce de réfuter « la théorie « lamarckienne » du changement évolutif par le biais de l’usage et du non-usage et grâce à l’hérédité des caractères acquis ».

Il existe cependant une troisième option non reprise par Paley qui « considère que l’évolution est à la source de la bonne adaptation ».

« Mais au lieu de voir l’évolution comme un mouvement tendant vers un but, elle pose que l’adaptation se construit négativement – par l’élimination de tous les individus qui ne varient pas fortuitement dans la direction favorable, et ne permettant qu’à une toute petite minorité de transmettre aux générations suivantes leur fortuné héritage » (p. 159).

Cette option est très peu efficace et défie la logique dans un monde aux rouages d’horlogerie, construit selon les normes de Paley. Elle correspond à la « sélection naturelle » de Darwin et repose sur la notion d’hécatombe.

« La sélection naturelle est une longue suite d’hécatombes. Les individus présentent des variations sans direction préférentielle, par rapport à une morphologie moyenne au sein de la population. Elle favorise une petite proportion de cette gamme. Les individus chanceux qui en relèvent laissent davantage de rejetons survivants ; les autres meurent sans descendance (ou avec une descendance moins nombreuses). La morphologie moyenne se déplace lentement dans la direction préférentielle, petit à petit à chaque génération, par le biais de l’élimination massive des individus présentant une morphologie moins favorable » (p. 159).

Cette thèse révolutionnaire pour l’époque est l’une des seules qui puisse renverser la croyance de Paley.

 

III.      Les fixismes

 On rencontre différents types de fixismes : ceux qui considèrent une création unique et ceux pour qui les créations sont répétées. Ceux qui croyaient aux créations successives de faunes de plus en plus perfectionnées ont reçu le nom de progressionnistes. Ces théories s’opposeront au transformisme et particulièrement en France au lamarckisme.

Ce courant créationniste, relié à la Genèse biblique, est fort ancien et a longtemps dominé la pensée occidentale. Malheureusement il reprend vigueur avec de nouvelles tendances comme celle du « dessein intelligent » qui se dit rigoureusement scientifique.

A.    La création unique

a.     Karl von Linné (1707 – 1778)

La notion d’espèce animale et végétale a été introduite dans les sciences biologiques au début du XVIIIe siècle, par le naturaliste suédois Karl von Linné, avec sa nomenclature binominale qui prévaut toujours. Pour lui, les espèces existantes sont des groupes parfaitement fixes et immuables, crées en l’état lors d’une seule création divine.

« Il y a autant d’espèces que de formes diverses produites dès le début par l’être infini. » (Linné, Classificatio Plantarum, 1738).

Cette conception se basait sur la philosophie d’Aristote (-384 – -322)[4] qui a exercé une influence majeure sur la science et la philosophie de l’Islam à leurs débuts et sur la pensée chrétienne du Moyen Age.

D’après Aristote, ce que nous appelons « espèces » sont des formes substantielles, immatérielles que la nature tend à réaliser par l’agencement de la matière. Formes immatérielles, donc nécessairement fixes, stables, immuables dans leur essence et dans les caractères essentiels qu’elles déterminent.

Exemple : bien que tous les éléphants qui se succèdent sur terre ne sont pas rigoureusement identiques, car ils varient suivant des caractères accessoires (taille, couleur, dimensions de leurs défenses, etc.), l’espèce « éléphant », principe formel, est immuable, avec des caractères spécifiques essentiels (trompe, incisives supérieures développées en défenses, une énorme molaire en pavé par demi-mâchoire, etc.).

 

Revenons-en à Linne et à sa nomenclature binominale. Selon son principe, chaque espèce est désignée par deux mots latins ou latinisé, le premier terme, avec une majuscule, étant le nom du genre et le deuxième (adjectif ou substantif, avec minuscule) celui de l’espèce.

Exemple : Parmi les bergeronnettes, petits passereaux terrestres, on trouve les espèces suivantes :

–         La bergeronnette printanière : Motacilla flava

–         La bergeronnette grise : Motacilla alba

–         La bergeronnette des ruisseaux : Motacilla ciinerea

Toutes trois sont du genre Motacilla et de la famille des Motacillidae.

En fait, cette approche systématique est destinée à rendre intelligible le plan divin de création, c’est pourquoi on la qualifie de « science divine »

Toutefois, dans cette classification on constate un regroupement des espèces en mettant l’accent sur les ressemblances. Cela peut supposer que celles-ci sont issues d’un ancêtre commun. C’est ce que laisse sous-entendre Linné à la fin de sa vie, après avoir défendu le créationnisme.

« J’ai longtemps nourrit le soupçon, et je n’ose le présenter que comme une hypothèse, que toutes les espèces d’un même genre n’ont constitué à l’origine qu’une même espèce qui s’est diversifiée ».

Son raisonnement s’arrête là. Il n’osera pas aller plus loin !

 

b.       Michel Adanson (1727 – 1806)

 Le botaniste français Michel Adanson se rallie à la pensée essentialiste de Linné. Il élabora une nouvelle méthode de classification dite naturelle. Pourtant, il avait aussi entrevu l’interprétation transformiste de la classification :

« Les Espèces changent de nature. Il paroît donc suffisamment prouvé… que l’art, la culture & encore plus le hazard, c’est-à-dire certaines circonstances inconnues, font naître non-seulement tous les jours, des variétés dans les fleurs…, mais même quelquefois des Espèces nouvelles… sans compter nombre d’autres Plantes qui passent pour des Variétés nouvelles & qui se perpétuent peut-être & forment autant d’Espèces… De là la difficulté de définir quels sont les corps primitifs de la création, quels sont ceux qui, par la succession de la reproduction, ont pu être changés ou même produits de nouveau par des causes accidentelles » (Familles des Plantes, 1763, p. CXIII-CXIV).

Malgré cette intuition, Adanson ne poursuit pas son développement et au contraire la renie. Pour lui, les variations au sein d’espèces botaniques sont considérées comme des monstruosités.

« Tous les exemples cités jusqu’ici comme des changements d’espèces, ou comme des formations de nouvelles races constantes, ne sont que des variétés ou des monstruosités qui ne se perpétuent pas constamment telles par la voie des graines […] L’esprit de vérité qui nous a guidé, après avoir vu par nous-mêmes et apprécié ces faits, doit nous faire tirer des conclusions directement opposées, et nous porter à dire que la transmutation des espèces n’a pas lieu dans les plantes, non plus que dans les animaux et qu’on n’en a pas de preuve directe, même dans les minéraux, en suivant le principe reçu, que la constance est essentielle pour déterminer une espèce » (Examen de la question si les espèces changent parmi les plantes. Nouvelles expériences tentées à ce sujet, 1769).

Dans ce texte, Adanson insiste sur la constance de l’espèce, entrant ainsi dans le débat qui tourne autour de cette notion : tantôt c’est la constance qui est mise en avant, tantôt ce sont les variations au sein des espèces.

 

c.       Georges Louis Leclerc, comte de Buffon (1707 – 1788)

 Buffonadhère également à cette notion fixiste radicale. Bien qu’étant le maître de Lamarck, il s’opposera jusqu’à sa mort à ses idées transformistes ainsi qu’à celles d’Etienne Geoffroy-Saint-Hilaire. A mesure qu’il avance dans la rédaction de son « Histoire des Quadrupèdes » on sent cependant une certaine évolution tout comme nous l’avions constaté chez Linné. Il avait parfaitement analysé le principe des ressemblances et des rapprochements morphologiques comme on peut le constater dans le passage suivant.

« L’âne et le cheval, mais même l’homme, le singe, les quadrupèdes et tous les animaux, pourraient être regardés comme ne faisant que la même famille… Si l’on admet une fois qu’il y ait des familles dans les plantes et dans les animaux, que l’âne soit de la famille du cheval, et qu’il a dégénéré[5], on pourra dire également que le singe est de la famille de l’homme ; que c’est un homme dégénéré ; que l’homme et le singe ont eu une origine commune comme le cheval et l’âne ; que chaque famille, tant dans les animaux que dans les végétaux, n’a eu qu’une seule souche, et même que tous les animaux sont venus d’un seul animal qui, dans la succession des temps, a produit en se perfectionnant et en dégénérant, toutes les races des autres animaux » (Histoire naturelle générale et particulière, tome 4, 1753)

Dans un chapitre qu’il consacre à la « dégénération » des animaux (Œuvres complètes, T. XIV, p.139), il revient sur le problème de la transmutation des espèces : c’est dans cette partie de son œuvre qu’il développe le plus abondamment ses vues sur les modifications imposées par les conditions environnementales aux organismes vivants. Il se pose la question de savoir si ces modifications peuvent amener à de nouvelles espèces.

En ce qui concerne la position de l’Homme, Buffon va plus loin que Linné qui lui avait assigné une place dans la classification animale, parmi les Primates. Il situe l’homme auprès des grands singes pour ce qui est son organisation physique, mais il reconnaît la « distance qui sépare l’espèce humaine de la plus élevée des espèces animales ». De plus, une de ses grandes idées est l’unité essentielle du genre humain. Pour différentes qu’elles soient les unes des autres, toutes les variétés, ou races, ne sont qu’altérations d’un seul type originel, d’une souche commune (Jean Rostand[6]).

Pour Buffon, les dissemblances raciales sont le résultat des conditions externes : nourriture, climat, culture, lumière, métissage, etc.

« Il y a apparence qu’avec le temps, un peuple blanc, transporté du nord à l’équateur, pourrait devenir brun et tout-à-fait noir, surtout si ce peuple changeait de mœurs et ne se servait pour nourriture que des productions du pays chaud dans lequel il aurait été transporté ». Et inversement : « Il y a toutes les raisons du monde pour présumer que, si l’on transportait des nègres dans une province du nord, leurs descendants, à la huitième, dixième ou douzième génération, seraient beaucoup moins noirs que leurs ancêtres, et peut-être même aussi blancs que les peuples originaires du climat froid où ils habiteraient »[7]. Il est évident que cette affirmation s’avère fausse, mais on peut y voir Buffon en précurseur du transformisme lamarckien, avec la transmission héréditaire des modifications produites par le milieu environnant.

Une autre intuition intéressante de Buffon concerne la sélection naturelle : il fut l’un des premiers à noter que l’état de civilisation peut avoir pour conséquence d’accroître, dans une collectivité humaine, le nombre des sujets débiles ou malformés (Rostand).

« Dans une nation sauvage on trouve peut-être des hommes plus petits, plus laids, plus ridés, par suite des mauvaises conditions de vie ; en revanche, il se pourrait que, dans une telle nation, il y eut beaucoup moins de boiteux, de sourds, de louches, etc. Ces hommes défectueux vivent et même se multiplient dans une nation policée où l’on se supporte les uns les autres, où le fort ne peut rien contre le faible, et où les qualités du corps font beaucoup moins que celles de l’esprit ; mais, dans un peuple sauvage, comme chaque individu ne persiste, ne vit, ne se défend que par ses qualités corporelles, son adresse et sa force, ceux qui sont malheureusement nés faibles, défectueux, ou qui deviennent incommodes, cessent bientôt de faire partie de la nation »[8]

Lui aussi, comme ses prédécesseurs, n’ira pas plus loin. On dirait même en lisant le passage suivant qu’il se reprend en proclamant l’irréductibilité de l’espèce.

« Mais non, il est certain, par la révélation, que tous les animaux ont également participé à la grâce de la création, que les deux premiers de chaque espèce et de toutes les espèces sont sortis tout formés des mains du Créateur ».

Buffon n’étant pas transformiste a toutefois préparé le terrain. Ses idées, comme nous l’avons constaté, l’ont conduit à la notion de variabilité des espèces sous l’influence des conditions extérieures, ce que l’extrait suivant confirme :

« … de nouvelles espèces pourraient apparaître avec le temps, sous l’influence d’un climat nouveau ».

 

d.       Jean-Claude Delamétherie (1743-1817)

On retrouve cette idée de création unique chez d’éminents savants comme le naturaliste, minéralogiste, géologue, paléontologue français, Jean-Claude Delamétherie, à travers sa conception qu’il se fait de la vie et de la mort des espèces.

La mort de Louis Jean-Marie Daubenton (1716-1800) lui donne l’espoir de le remplacer au Collège de France (1812), malheureusement, c’est Cuvier qui sera choisi. Cuvier ne pouvant assumer seul toute sa charge, lui confie l’enseignement de la géologie. Delamétherie est l’un des premiers pédagogues à entreprendre des leçons de géologie sur le terrain.

Comme Lamarck et contrairement à Cuvier, il nie les espèces perdues. Dans son cas, cette négation des espèces disparues renforce son adhésion à un fixiste du monde. Pour lui, aucune espèce ancienne ne manque à l’appel des espèces existantes actuellement : il n’y aurait eu ni création répétée, ni création continue, mais un acte créateur unique, à l’origine des temps.

Les espèces anciennes qui « paroissaient plus ou moins différentes des analogues vivans » ne doivent pas être classées dans d’autres catégories spécifiques. Ces fossiles différents sont en fait des variétés de la même espèce, qui continue à exister de nos jours. Leurs différences sont dues « à l’influence des climats, de la température, à la dégénérescence des races, à l’âge des individus »[9]. Il reconnaît donc que « le climat, la température, la nourriture, le croisement des races, les nouvelles espèces hybrides […] ont produit des changements considérables dans la suite des siècles, chez les espèces existantes » (ibid.), il n’est pas moins vrai pour Delamétherie que le résultat n’est pas la production de nouvelles espèces, mais seulement le maintien des anciennes sous l’aspect de leurs variétés.

 

e.       Henri Ducrotay de Blainville (1777 – 1850)

 de Blainville rentre au Muséum d’Histoire Naturelle de Paris grâce à Cuvier. Très rapidement les deux hommes s’opposeront et arriveront à se détester, essayant de se nuire mutuellement. En 1830, il succède à Lamarck à la chaire d’histoire naturelle et deux plus tard, à celle d’anatomie comparée laissée vacante par le décès de Cuvier. C’est lui qui, en 1813, élève au rang de classes indépendantes les Reptiles et les Amphibiens ou Batraciens, réunis jusqu’alors.

de Blainville s’oppose farouchement à la théorie transformiste de Lamarck et de Geoffroy-Saint-Hilaire.

« Il est impossible d’admettre avec certains naturalistes, écrit-il au sujet des formes fossiles, qu’elles puissent être considérée comme une forme primitive de quelques espèces actuelles qui n’en seraient ainsi qu’une transformation »[10]

De Blainville, comme les autres naturalistes qui ont pratiqué la paléontologie au début du XIXe siècle, n’a pas élaboré sa vision du monde à partir de cette discipline. Il est philosophiquement fixiste et créationniste, et c’est seulement après qu’il cherche les documents que lui fournit l’étude du passé pour étayer son système. Grâce aux fossiles intermédiaires manquants, mais nécessaires, de la série animale, il peut confirmer sa conception d’un monde vivant unique et continu. Pour lui, chaque espèce fossile a sa place désignée d’avance dans la série animale complète des débuts de la création : celles « dont nous ne connaissons plus les analogues » n’en sont que « des termes éteints » (G. Laurent). Donc, tous les êtres, aussi bien vivants que fossiles, rentrent dans une même classification que tente de Blainville. Cette opération est pour lui nécessaire et normale. Tout les êtres, actuels et anciens, ayant existé autrefois en même temps, trouvaient leur place dans un même tableau ; si le monde animé d’aujourd’hui présente des lacunes, ces lacunes sont aisément et le plus naturellement du monde remplies par les fossiles, qui représentent seulement la place qui était la leur dans la création primitive (G. Laurent)

Il est donc fixiste, tout comme Delamétherie, mais d’une manière encore plus orthodoxe, puisqu’il refuse non seulement la transformation des espèces mais également la création d’espèces nouvelles. Il soutient le dogme d’une seule création originelle et complète. En fait, sa vision du monde n’est en aucun cas scientifique ; elle est basée sur un apriori lié à des préjugés religieux. Sa compréhension de la nature se fonde d’abord sur « la philosophie religieuse, la seule bonne et la seule vraie », assure-t-il, qui lui fait soutenir que Dieu a créé tous les êtres en une seule fois « dans la grande et sublime harmonie des choses »[11].

De Blainville est tombé pratiquement dans l’oubli et a été fortement dénigré par ses pairs. Toutefois deux de ses idées ne sont pas perdues : l’introduction de la notion d’espèces intermédiaires, et la persistance de l’action des causes ordinaires à travers les temps géologiques.

 

f.        Constant Prévost (1787 – 1856)

Le géologue français Constant Prévost fut l’élève de Cuvier, puis celui d’Alexandre Brongniart. Il sera, dès 1819, professeur de géologie à l’Athenaeum et à l’Ecole centrale des Arts et Manufactures, puis, en 1831, à la Faculté des Sciences de Paris. Il rencontrera de Blainville dont il deviendra l’ami.

Catastrophiste au départ, sous l’influence de Cuvier, il adhère en fin de compte au principe des « causes actuelles » en même temps que Lyell.

C’est son opposition, en 1827, aux alternances de dépôts marins et fluviatiles qui le conduit à sa profession de foi actualiste, et le mènera, par cet intermédiaire, à nier les créations successives et à rejeter le progressionnisme pour adhérer au créationnisme unique sous l’influence de son ami de Blainville.

Ce qui, à l’époque, opposait les scientifiques, était le problème entre passé et présent, désigné par le couple continuité/discontinuité. Les discontinuités font appel à des catastrophes qui assèchent périodiquement le fond des mers et/ou inondent les continents. Ce à quoi Prévost répond qu’il n’est pas « nécessaire, pour expliquer les faits géologiques, de faire intervenir des causes extraordinaires qui ne sauraient agir maintenant qu’en troublant l’ordre de l’univers »[12]

Les retours périodiques de la mer sur les continents, imaginés par Cuvier et Brongniart comme des catastrophes, introduisent une discontinuité entre l’état actuel du globe et ses états antérieurs. A Cuvier qui, dans son Discours sur les révolutions de la surface du globe, lançait sa phrase devenue célèbre : « le fil des opérations est rompu », Prévost répliquait : «  je n’ai été arrêté nulle part dans cette tentative de lier le passé au présent, par ce qu’on appelle une limite tranchée entre la nature ancienne et la nature actuelle »[13] .

C’est un partisan des affaissements, qu’il opposait aux soulèvements. Il enseignait que les montagnes n’étaient pas dues à des cataclysmes violents, éruptions ou tremblements de terre comme le préconisaient les catastrophistes, mais à une rétraction inégale, lente et incessante de la croûte terrestre.

On trouve chez Prévost un ensemble d’affirmations disparates, dont les incompatibilités logiques font preuve d’une intelligence qui refuse de se laisser enfermer dans un système établi. Certaines de celles-ci pourraient laisser supposer qu’il avait adhéré aux idées transformistes ou à une création répétée.

Au début de sa carrière, il croyait à une modification progressive de la nature vivante.

« Les corps organisés fossiles dont on retrouve les débris dans les coches de la terre, différent d’autant plus que les êtres actuellement existans, qu’ils sont enfouis dans des couches plus anciennes »[14].

Et encore : « On ne peut douter que les changements d’organisation et de forme n’aient eu lieu dans la série des êtres qui ont successivement précédé ceux qui existent maintenant »[15].

Au fil du temps, dans ce domaine comme dans celui des transgressions marines il en vient à s’écarter des idées de ses mentors.

Comme tous les scientifiques de l’époque, Prévost se trouve confronté aux changements de faunes qui restent difficiles à expliquer. Les destructions peuvent être « l’effet d’un déluge qui aurait anéanti des races entières de grands animaux déjà répandus sur la terre« [16]. Dans ce propos on sent un relent de catastrophisme. Quant à l’apparition, plus problématique encore, de nouvelles espèces, Prévost n’est pas très clair. Lorsqu’il dit que le calcaire grossier est antérieur à « la création des mammifères terrestres »[17], on peut supposer qu’il y a eu créations successives des formes animales. Mais lorsque Prévost soutient que « depuis la création jusqu’à nos jours, il y a eu dans la chaîne (des êtres)… des modifications graduées »[18], c’est plutôt, une création unique suivie de transformations des espèces qu’il évoque.

Toutefois pour résoudre ce dilemme, Prévost nie la relation de cause à effet entre le milieu et la forme des êtres et fait appel aux migrations pour souligner l’influence de distribution et de redistribution des populations.

 

g.       Edouard Lartet (1801 ) 1871)

Ce paléontologue et préhistorien français est considéré comme étant le père de la paléontologie humaine. En 1836, il découvre dans le gisement miocène de Sansan (Gers) la mâchoire du premier grand singe fossile, le Pliopithèque (Pliopithecus anticus). Cette découverte va à l’encontre des théories de Georges Cuvier,  mort depuis trois ans, qui avait affirmé que les singes fossiles ne pouvaient pas exister.

Une commission d’enquête est nommée, présidée par de Blainville qui a succédé à Cuvier à la chaire d’anatomie comparée du Muséum d’Histoire Naturelle de Paris. Celle-ci confirme la découverte. Pour Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire, c’est la confirmation de la théorie de l’évolution qui opposait les partisans de Cuvier et les transformistes : « La découverte de la mâchoire fossile de singe de M. Lartet me parait appelée à commencer une ère nouvelle du savoir humanitaire. »

En 1856, Lartet découvre un fragment de mâchoire d’un autre primate plus évolué, le Dryopithèque (Dryopithecus fontani) qui à l’époque est le fossile le plus proche de l’Homme.

En 1860, Lartet entreprend à Massat (Ariège) et à Aurignac (Haute-Garonne) des fouilles archéologiques. Il trouve des ossements d’animaux manifestement incisés par la main de l’homme et des outils lithiques. Ces découvertes  contribuèrent à démontrer la contemporanéité de l’Homme avec des espèces animales disparues, avancée dès 1851 par le naturaliste français Jean-Baptiste Noulet (1802-1890).

En 1861, il propose une chronologie du Quaternaire fondée sur les espèces successives de grands mammifères dominants,

–        l’âge de l’ours des cavernes ;

–        l’âge du mammouth ;

–        l’âge du renne ;

–        l’âge de l’auroch.

A partir de cette dernière, il établit une classification des industries lithiques paléolithiques : l’aurignacien et le magdalénien ont une relation directe avec les explorations menées dans les grottes d’Aurignac (Haute-Garonne) et de la Madeleine (Tursac, Dordogne).

En 1863, il fouille avec l’ethnologue et préhistorien anglais Henry Christy (1810-1865) certains des sites majeurs du Périgord, dont Le Moustier, Laugerie-Basse et La Madeleine. Dans ce dernier, la découverte d’une lame d’ivoire incisée, dont les gravures représentaient les traits  d’un Mammouth apporte une preuve décisive de l’existence d’un art préhistorique. Sa renommée nationale est au plus haut.

Grâce à ses découvertes et à ses travaux, Lartet apporte la preuve de l’ancienneté des Primates et de l’Homme.

Curieusement, notre préhistorien n’adhère pas aux idées transformistes, pourtant adoptés par nombre de ses pairs. Il s’en tient à un fixisme orthodoxe. Pour lui, la haute antiquité qu’il attribue aux Singes et à l’Homme n’apporte pas d’argument en faveur d’une parenté ancestrale. De ce point de vue, il se rapproche plus d’un de Blainville que d’un Lamarck. Pour lui aussi, les restes d’animaux disparus que l’on retrouve servent à combler les « lacunes de notre série animale ». Grâce à eux, la création primitive se laisse entrevoir dans sa plénitude originelle : « on dirait autant d’animaux retrouvés de la grande chaîne qui reliait anciennement tous les êtres de cette magnifique création primitive dont il ne reste plus à l’état vivant que quelques débris épars à la surface du globe »[19].

Dans cette perspective, il est normal que Lartet défende l’ancienneté de l’Homme quitte à le faire remonter jusqu’au Miocène. Dans un monde où toutes les espèces animales étaient apparues dès le début, il ne pouvait plus y avoir d’Histoire, comme pour de Blainville, sinon celle d’un appauvrissement continuel (G. Laurent).

 

B.    La création répétée

 a.       Georges Cuvier (1769 – 1832)

 Georges Cuvier, fondateur de l’anatomie comparée et de la paléontologie des Vertébrés, a incontestablement établit la réalité des espèces disparues et de leur succession dans le temps. Pour expliquer ces changements de faune d’une époque à l’autre, il fait intervenir des catastrophes géographiques (« révolutions du globe ») générales ou circonscrites entraînant la disparition de pans entiers du monde vivant, suivies de nouvelles créations ou de « migrations » assurant les repeuplements.

« Qu’on se demande pourquoi on trouve tant de dépouilles d’animaux inconnus, tandis qu’on n’en trouve presque aucune dont on puisse dire qu’elle appartienne aux espèces que nous connoissons, et l’on verra combien il est probable qu’elles ont appartenu à des êtres d’un monde antérieur au nôtre, à des êtres détruits par quelques révolutions de ce globe ; êtres dont ceux qui existent aujourd’hui ont rempli la place, pour se voir peut-être un jour également détruits et remplacés par d’autres » (Mémoire sur les espèces d’Eléphans vivantes et fossiles, 1799).

Son nom reste attaché à deux théories dont il s’était fait le champion : sa théorie des catastrophes et la fixité des espèces. Cela l’amènera,  au début du XIXe siècle, à affronter l’un de ses pairs du Musée d’Histoire Naturelle de Paris, Lamarck, à qui, il vouera une animosité sinon une haine.

« Parmi les divers systèmes sur l’origine des êtres organisés, il n’en est pas de moins vraisemblable que celui qui en fait naître successivement les différents genres par des développements ou des métamorphoses graduelles » (Recherches sur les Ossements fossiles, Bull. des Sc.nat. et de Géol., t. 3, 1822, p. 297-298).

Cette confrontation entre ces deux fortes personnalités qui marquent à l’époque la vie scientifique française débute par une communication de Cuvier adressée à l’Institut, le 12 novembre 1800. Par l’étude des fossiles, il voulait proposer une vision du passé de la Terre et de la Vie qui allait à l’encontre de celle en vigueur parmi ses pairs. L’élément principal de celle-ci était l’affirmation du Catastrophisme.

« La question principale, affirme-t-il, est de savoir jusqu’à quel point est allée la catastrophe qui a précédé la formation de nos continents actuels »[20]

Pour résoudre ce problème, « il s’agit surtout de rechercher si les espèces qui existoient alors ont été entièrement détruites, ou seulement si elles ont été modifiées dans leur forme, ou si elles ont simplement été transportées d’un climat dans un autre ».

De ces trois solutions proposées, Cuvier choisi la première : la destruction des espèces disparues. Cela entraîne l’idée de mondes peuplés, successivement détruits par des catastrophes, et successivement reconstruits. L’idée est révolutionnaire pour l’époque ; elle n’est pas conforme à la création biblique et va à l’encontre de la vision de Buffon.

Une autre question se pose. Après s’être demandé comment disparaissent les êtres antiques, il se demande « comment ceux qui leur ont succédé furent-ils formés ? » Afin de résoudre les problèmes que soulève cette délicate question, Cuvier se lance dans l’étude des fossiles de grands quadrupèdes car, « les ossements de quadrupèdes peuvent conduire, par plusieurs raisons, à des résultats plus rigoureux qu’aucune autre dépouille de corps organisés[21] ».

Cela lui permettra de lier constamment les deux notions de disparition des espèces et de catastrophes géologiques. Cuvier nie donc la continuité biologique des espèces d’époques différentes qui sera défendue par Lamarck. En fait pour lui, l’explication réside en des créations divines successives après chaque catastrophe.

Dans la préface de son « Règne animal distribué d’après son organisation » (1817), dans lequel il cherche à établir une classification logique selon une méthode basée sur une division en classe, ordre, genre, espèce, Cuvier insiste sur le fait que cette classification ne suit pas une échelle graduelle allant du plus primitif au plus complexe comme chez Lamarck.

« Pour prévenir une critique qui se présentera naturellement à beaucoup de personnes, je dois remarquer d’abord, que je n’ai eu ni la prétention, ni le désir de classer les êtres de manière à en former une seule ligne, ou à marquer leur supériorité réciproque. Je regarde même toute tentative de ce genre comme inexécutable ; ainsi je n’entends pas que les mammifères ou les oiseaux, placés les derniers, soient les plus imparfaits de leur classe ; j’entend encore moins que le dernier des mammifères soit plus parfait que le premiers des oiseaux, le dernier des mollusques plus parfait que le premier des annélides ou des zoophytes ; même en restreignant ce mot vague de plus parfait, au sens de plus complètement organisé. Je n’ai considéré mes divisions et subdivisions que comme l’expression graduée de la ressemblance des êtres qui entrent dans chacune ; et quoique il y en ait où l’on observe une sorte de dégradation et de passage d’une espèce à l’autre, qui ne peut être niée, il s’en faut de beaucoup que cette disposition soit générale. L’échelle prétendue des êtres n’est qu’une application erronée à la totalité de la création de ces observations partielles […] »[22]

En recherchant les « lois générales de positions ou de rapports des fossiles avec les couches », il parviendra à définir quatre âges distincts, chacun caractérisé par une association de vertébrés différents :

–         Le premier est celui des Reptiles ;

–         Le deuxième, au dessus de la craie, est dominé par des « Pachydermes » (animaux à la peau épaisse), dont une majorité en provenance des plâtrières de Montmartre ;

–         Le troisième, ou Alluvium se caractérise par des Pachydermes gigantesques, des Eléphants, des Rhinocéros, des Hippopotames, des Chevaux, etc. dont les différences avec les espèces actuelles ne sont que spécifiques ;

–         Le dernier, ou Diluvium, est celui de l’Homme, avec le déluge biblique responsable de la disparition des Pachydermes de l’époque précédente.

Cette théorie pouvait être confrontée au modèle de la succession des formations géologiques établie par le naturaliste et explorateur allemand Alexandre von Humboldt (1769-1859). Donc, incontestablement, Cuvier a jeté les bases de la biostratigraphie continentale, fondée sur les exigences logiques de l’interprétation stratigraphique des fossiles.

Si au départ, Cuvier considérait les « révolutions du globe » comme étant globales avec une extinction complète des espèces, il admettra plus tard que ces catastrophes peuvent être circonscrites à certains territoires et que le repeuplement se fait par migrations des espèces à partir de régions indemnes.

Qu’elle que soient ses idées, CUVIER a contribué à une meilleure connaissance de la paléontologie et il fut un des plus grands naturalistes de tous les temps.

 

b.       Alcide d’Orbigny (1802 – 1857)

Alcide d’Orbigny rencontre von Humbolt qui s’était rendu célèbre en explorant le nord de l’Amérique du Sud entre 1799 et 1804. Ce dernier était accompagné d’un jeune botaniste, Aimé Bonpland, un intime de la famille d’Orbigny. C’est grâce à cette rencontre qu’Alcide réalisera son destin en étant choisi par le Muséum d’Histoire Naturelle de Paris comme voyageur naturaliste pour une nouvelle mission en Amérique du Sud. Il s’embarque le 30 juin 1826 et son voyage durera sept ans et sept mois. A son retour en France, il consacrera treize années, de 1835 à 1847, à la rédaction de ses mémoires.

Peignant les différentes populations qu’il rencontre, il conclura en 1839 : « notre conviction intime est que parmi les hommes il n’y a qu’une seule et même espèce ». Ce qui peut paraître banal à notre époque, ne l’était guère du temps des colonies et à l’aube du racisme scientifique.

Alcide d’Orbigny est considéré comme le père de la stratigraphie. De 1849 à 1852, il rédige un « Cours élémentaire de paléontologie et de géologie stratigraphiques », dans lequel il donne une vision synthétique et extrêmement détaillée de la stratigraphie.

Il définit 28 étages géologiques, du Silurien à l’Actuel, en donnant au mot « étage » un sens plus précis qu’auparavant et qu’il a gardé depuis.

C’est ainsi qu’il décrit un grand nombre de ceux-ci encore utilisés aujourd’hui, à partir de sites français comme : Sinémurien de Semur-en-Auxois (Côte d’Or), Toarcien de Thouars (Deux-Sèvres), Bajocien de Bayeux (Calvados), Aptien d’Apt (Vaucluse), Albien de Alba, rivière de l’Aube, Cénomanien (en latin Cenomanum) du Mans (Sarthe), Turonien de Tours (Indre-et-Loire), Sénonien de Sens (Yonne), Stampien (en latin Stampae) d’Étampes (Essonne).

Pour Alcide d’Orbigny, les limites entre étages sont si nettes qu’il écrit en 1849 que :

« Chacun des étages qui se sont succédé dans les âges du monde renferme sa faune spéciale, bien tranchée, distincte des faunes inférieures et supérieures, et que ces faunes ne se sont pas succédé par passage de forme, ou par remplacement graduel, mais bien par anéantissement brusque. »

Chaque étage a ses fossiles, et chaque fossile a son étage. Si la même espèce se retrouve dans deux étages, c’est qu’un mélange accidentel a eu lieu, ou qu’on n’a pas su distinguer les espèces, comme Alcide l’explique au paragraphe 47 de l’introduction du Prodrome de paléontologie stratigraphique universelle :

« Si nous trouvions dans la nature des formes qui, après l’analyse la plus scrupuleuse, ne nous offrirait encore aucune différence appréciable, quoiqu’elles fussent séparées par un intervalle de quelques étages (ce qui n’existe pas encore), nous ne balancerions pas un instant à les regarder néanmoins comme distinctes. Lorsqu’on voit toutes les formes spécifiques bien arrêtées avoir des limites fixes dans les étages, et appartenir à un seul, on doit croire que ce sont nos moyens de distinction qui sont insuffisants pour trouver les différences entre ces deux espèces d’époques éloignées qui se ressemblent. »

Lorsqu’Alcide d’Orbigny rejoint le Muséum d’Histoire Naturelle de Paris, il y existe deux courants de pensée défendus respectivement par Cuvier et par Lamarck. Le premier défend la théorie des « révolutions de la Terre » qui conduira au catastrophisme et à la fixité des espèces, tandis que le second défend le transformisme qui sous-tend l’idée d’évolution des espèces.

Si Alcide d’Orbigny affirme qu’il n’existe pas de « remplacement graduel », c’est que, comme Cuvier et malgré Lamarck, il ne croit pas en l’évolution des espèces : lorsqu’une espèce disparaît, elle ne laisse pas de descendants transformés en d’autres espèces.  Cuvier en se basant sur certains fossiles,  démontrait l’existence  d’espèces disparues,  n’existant plus aujourd’hui, comme les Mammouths, parce que des catastrophes les avaient anéanties.

Nous avons vu, qu’en fin de compte il limitait ces catastrophes et envisageait que telle ou telle zone épargnée ait servi à repeupler la Terre après chaque révolution, car il répugnait autant aux créations répétées que Lamarck aux extinctions brutales.

Poursuivant le raisonnement de Cuvier, d’Orbigny étend les cataclysmes à toute la Terre et, puisqu’il y a 28 étages, c’est qu’il y a 27 « révolutions du globe » ou extinctions totales, suivies de 28 créations nouvelles. Son cours de 1849 ne laisse aucune ambiguïté :

« Les animaux ne montrant, dans leurs formes spécifiques, aucune transition, se sont succédé à la surface du globe, non par passage, mais par extinction des races existantes et par la création successive des espèces à chaque époque géologique. »

Ce sont donc des centaines de créations séparées qu’il faudrait imaginer pour rendre compte de ces repeuplements successifs. Autant admettre une création continue !

Darwin lui-même reconnaîtra que cette rareté des formes intermédiaires pose problème aux évolutionnistes. En s’intéressant aux Ammonites plutôt qu’à d’autres Mollusques, d’Orbigny a su choisir un groupe particulièrement indiqué pour caractériser les étages successifs : comme on le découvrira bien plus tard, les Ammonites évoluaient très vite et ont plusieurs fois failli disparaître, d’où la rareté des intermédiaires. Quoi qu’il en soit, on l’a vu, Alcide avait une explication pour les exceptions qui se présenteraient.

De plus, il a eu le temps de s’en convaincre avec d’autres groupes. Entre le Primaire et le Secondaire, écrit-il dès 1840, « une première génération de Crinoïdes aurait entièrement disparu, pour être remplacée, plus tard, par une autre tout à fait différente ». Un an après : « les rudistes ont paru cinq fois à la surface du globe » »

Dans un article de 1850, il ajoute :

« Comme on ne peut attribuer le retard de l’arrivée sur la terre des Mammifères à aucune autre cause physique également marquée pour les autres êtres, on doit croire qu’il dépend de la même puissance créatrice qui, avant cette époque, sans qu’aucune autre cause physique puisse être invoquée, avait déjà tant de fois repeuplé les mers et les continents de ses nombreux animaux. »

 

c.       Alexandre Brongniart (1770 – 1847)

Ce minéralogiste et géologue français rédige, en 1812, en collaboration avec Cuvier, une Description géologique des environs de Paris (refondue en 1822). Celle-ci est le résultat de ses travaux dans le bassin parisien et sont à la base de la paléontologie stratigraphique française : désormais, certains fossiles serviront de repères dans la subdivision des terrains sédimentaires. Il détermine la chronologie des terrains tertiaires, dans un ouvrage publié en 1829 : Tableau des terrains qui composent l’écorce du globe. Essai sur la structure de la partie connue de la Terre.

Alexandre Brongniart s’intéresse également à la zoologie. Il détermine la division de reptiles qu’il scinde en quatre ordres : les Sauriens, les Batraciens, les Chélonien et les Ophidiens.

Lorsque Cuvier, le 21 janvier 1796, lit devant un aréopage de savants réunis à l’Institut National son mémoire sur les Eléphants fossiles où il annonce, à la stupeur et au scepticisme générales, l’existence de créations antérieures à la nôtre, détruites par des catastrophes, Brongniart applaudit son mentor. A l’exemple de ce dernier, Alexandre Brongniart pense que l’Histoire de la Terre a été marquée par de grandes révolutions. S’il s’intéresse plus particulièrement à la dernière, c’est, contrairement à Cuvier qui en faisait le modèle des autres, parce qu’elle marque une coupure essentielle entre les terrains actuels et les terrains antédiluviens. Pour lui, il existe deux grandes périodes distinctes dans l’Histoire de la Terre : la « période jovienne » et la « période saturnienne ». La première est celle d’aujourd’hui, période de repos et de tranquillité des éléments, séparée de la précédente par « la dernière catastrophe générale du globe »[23].

Cette dernière catastrophe a provoqué par des soulèvements quasi instantanés, l’ensemble des chaînes de montagnes que l’on connaît actuellement. En effet, dit-il : « il n’est pas présumable que les Alpes, les Pyrénées, les Cordillères, etc., se soient soulevées pièces à pièces, et pour ainsi dire à petit bruit ; il est au contraire très-probable que la force qui les a élevées sur une même ligne, a agi à peu près dans le même temps d’un bout à l’autre de la ligne »[24].

Actuellement, la Terre est « dans un état de repos et de tranquillité »[25], tout différent de l’état antérieur.

Brongniart est-il un catastrophiste ? Oui, mais d’une manière un peu particulière. Contrairement aux vrais partisans du Catastrophisme qui soutiennent l’existence de nombreuses révolutions dévastatrices de toute vie sur Terre, il ne distingue que deux périodes dans l’Histoire de la Terre, séparées par une catastrophe qui s’est passée il y a environ 4.000 ans et peut correspondre au Déluge biblique.

Brongniart admet également les destructions massives des êtres vivants durant cette période jovienne, mais celles-ci ne fournissent pas de point de rupture comme chez Cuvier : dans un environnement hostile, ils ont continué à vivre. Certaines espèces ont pu disparaître, mais il n’y a pas eu de destruction totale. Dans ce raisonnement on peut déceler une certaine acceptation du Transformisme lamarckien.

A toutes les époques de sa vie, notre savant apparaît comme le type de naturaliste observateur, à la curiosité très générale et plus intéressé par les faits que par les théories. C’est cette attitude qui l’empêchera d’accepter le transformisme.

 

d.       Adolphe Brongniart (1801 – 1876)

Le botaniste Adolphe Brongniart est le fils d’Alexandre. Ses travaux botaniques (1830) l’on conduit à se poser les mêmes questions sur l’apparition des êtres, car « les conditions physiques du globe ne nous paraissent pas suffire pour expliquer la nature de la végétation »[26] des temps anciens, assure-t-il. Il en arrive également à la conclusion qu’il y a différentes époques avec des populations végétales bien déterminées qui sont anéanties à la suite de catastrophes globales, et que celles-ci sont suivies d’un repeuplement de nouvelles espèces. Pour lui, il existe « une autre cause que l’influence des modifications des agents physiques tels qu’ils se présentent actuellement à la surface de la terre », il y voit le déroulement d’un Plan créateur qui fait parcourir aux êtres des « phases » progressives[27].

Comme d’Orbigny, Adolphe Brongniart considère que le monde végétal a été renouvelé à intervalles réguliers par des actes répétés du Créateur. Ce sont ceux-ci qui sont responsables du changement de décor végétal : « des genres ou des familles nouvelles viennent remplacer des genres et des familles détruites et complètement distinctes ; ou bien […] une famille nombreuse et variée se réduit à quelques espèces, tandis qu’une autre, qui était à peine signalée par quelques individus rares, devient tout à coup nombreuse et prédominante »[28].

Pour expliquer ces changements, notre botaniste préfère se référer au Créationnisme plutôt qu’au Transformisme : « Au milieu de l’obscurité qui environne de semblables mystères et que notre esprit cherche en vain à percer, reconnaissons qu’il est moins difficile pour notre intelligence de concevoir que la puissance divine, qui a créé sur la terre les premiers êtres vivants, ne s’est pas reposée et qu’elle a continué à exercer le même pouvoir créateur aux autres époques géologiques, en imprimant à l’ensemble de ces créations successives ces caractères de grandeur et d’unité que le naturaliste encore plus que les autres hommes est appelé à admirer dans toutes ses œuvres »[29].

Bien qu’il soit confronté au Transformisme qui gagne du terrain, surtout après la parution du livre de Darwin, Alphonse Brongniart reste un farouche opposant à cette nouvelle théorie.

Il déclare « les théories de M. Darwin sur la transmutation des formes spécifiques [sont] inadmissibles et contraires aux faits observés ». Les plantes assure-t-il « ne se modifient pas en changeant de climat : une plante de la zone torride transportée dans le nord, ou même dans la zone tempérée, n’éprouve aucune modification dans sa descendance ; si le climat ne lui convient pas, elle ne se modifie pas, elle meurt »[30].

Alphonse Brongniart se contente de cette déclaration et il restera obstinément attaché à sa vision créationniste du monde.

 

e.       Elie de Beaumont (1798 – 1874)

Le géologue français Jean-Baptiste Armand Louis LéonceElie de Beaumont se situe dans la même mouvance que le savant précédent. Pour lui, les espèces sont stables et si elles varient c’est dans des limites très restreintes.

La succession continue des faunes dans les couches géologiques ne peut être expliquée par le Transformisme et ni par les migrations chères à Cuvier et certains de ses disciples. Comme il est impossible de remonter d’une espèce à la précédente, il est également impossible de remonter à l’origine de la vie. Tout indique dans la Géologie qu’il y a eu un commencement, mais les indices ne suffisent pas pour en tirer les modalités et le moment et il sera « peut-être toujours impossible à l’homme de remonter jusqu’à la première formation de la planète qu’il habite »[31]. Cela n’empêche qu’Elie de Beaumont se pose ces questions, et qu’il propose, en 1850, le sujet du Grand Prix pour l’Académie des Sciences en demandant que l’on étudie ce problème : « Lorsqu’une espèce semble avoir disparu et avoir été remplacée par une espèce peu différente, on peut se demander si cette dernière résulte d’une création nouvelle ou d’une transformation de l’espèce qu’on ne trouve plus »[32]

Le nom d’Élie de Beaumont est connu du monde des géologues pour sa théorie de la formation des cordillères  proposée à l’Académie des Sciences et décrite dans trois volumes Notice sur le système des montagnes (1852). D’après cette théorie, toutes les chaînes de montagnes parallèles au même grand cercle[33] de la Terre ont le même âge, et entre ces grands cercles une relation de symétrie existe sous la forme d’un réseau pentagonal.

Il est également connu pour sa carte géologique de France dont il est le principal auteur.

 

f.        William Smith (1769 – 1839)

Le géologue britannique William Smith est le créateur de la première carte géologique de la Grande-Bretagne. Homme de terrain, il parcouru son pays pour faire de nombreux relevés lui permettant d’établir son œuvre. Il est considéré par Adam Sedgwick (1785-1873), l’un de ses pairs, comme étant le père de la géologie anglaise.

Sur l’origine des espèces, il exprime des points de vue assez semblables à ceux d’Alcide d’Orbigny. Il considère que le repeuplement de la Terre après chaque catastrophe est le résultat de créations successives qui ont lieu après chacune de ces « révolutions ». En cela, il est bien dans la tradition anglaise qui inscrit sa vision du monde dans le cadre de la théologie naturelle. Il sera rejoint sur ce terrain par ses éminents condisciples que sont : William Buckland (1784-1856)

William Daniel Conybeare (1787-1857), Adam Sedgwick (1785-1873), Roderick Impey Murchison (1792-1871)

 

Conclusions

Les catastrophistes sont d’accord sur un point fondamentale : il y a eu des destructions complètes, suivies de créations entières après chaque dévastation.

Ces créations répétées sont bien gênantes : pour les non-croyants, c’est un prodige inacceptable ; les croyants peinent à concevoir un Dieu qui s’y reprend à plusieurs fois ; les évolutionnistes ont une autre explication.

Deux courants de pensée s’affrontent à la suite des travaux respectifs de Cuvier et de Lamarck. Les savants de l’époque sont confrontés à un choix lorsqu’ils abordent le problème de l’apparition des espèces. Le botaniste Dominique Alexandre Godron (1807-1880) fait remarquer que les possibilités se limitent à deux systèmes « dérivés l’un du principe de la fixité des espèces, l’autre de la doctrine de la variabilité des êtres sous l’influence des agents extérieurs »[34].

Nous aborderons la fois prochaine le Transformisme dont les prémisses nous mènerons à Lamarck.

 

IV.       BIBLIOGRAPHIE

  •  Buffon (XVIIIe s.) – De l’Homme – Histoire Naturelle, Vialetay, éditeur.
  •  Cuvier Georges (1985) – Discours sur les révolutions de la surface du globe, Christian Bourgois éditeur, coll. « Epistémè »
  •  Cuvier Georges (1817) – Le Règne animal distribué d’après son organisation, T. 1, Chez Deterville, Libraire (impression anastaltique)
  •  Gagnebin Elie (s.d.) – Le Transformisme et L’origine de l’homme, F. Rouge & Cie S.A., Librairie de l’Université, Lausanne.
  •  Gould Stephen Jay (1979) – Darwin et les grandes énigmes de la vie, Pygmalion, coll. « Points-Sciences ».
  •  Gould Stephen Jay (1996)– Comme les huit doigts de la main, Seuil.
  •  Gould Stephen Jay (2000) – Les quatre antilopes de l’Apocalypse, Seuil.
  •   Gould Stephen Jay (2001) – Les coquillages de Léonard, Seuil.
  •  Hooykaas R. (1970) – Continuité et discontinuité en géologie et biologie, Seuil
  •  Laurent Goulven (1987) – Paléontologie et évolution en France 1800-1860, de Cuvier – Lamarck à Darwin, Editions du Comité des Travaux historiques et scientifiques.
  •  Laurent Goulven (2001) – La naissance du transformisme – Lamarck entre Linné et Darwin, Vuibert/ADAPT, coll. « Inflexions ».
  •  Lecointre Guillaume (sous la direction) (2009) – Guide critique de l’évolution, Belin.
  •  Ostoya Paul (1951) – Les théories de l’évolution, Payot.
  •  Rostand Jean (1932) – L’évolution des espèces, Hachette.

 


[1] Stephen Jay Gould – Darwin et les grandes énigmes de la vie, p. 158, Pygmalion, 1979.

[2] Stephen Jay Gould – Les coquillages de Léonard, p.303, Seuil, 2001.

[3]  Stephen Jay Gould – Les quatre antilopes de l’Apocalypse, p. 473, Seuil, 2000.

[4] Voir R. Six – De l’évolution des idées sur l’évolutionnisme, in Bulletin du G.E.S.T. – N° 143, mai 2007.

[5] Utilisé par Buffon dans le sens de « changement ».

[6] « Un traité de biologie humaine », p.viii-ix, in « De l’Homme », Buffon.

[7] ibid, p. ix-x.

[8] Ibid ; p.xii-xiii.

[9] « Discours préliminaire », in Journal de Physique, t. 46, 1798, p. 75.

[10] Ibidem, t. 62, 1806, p. 71.

[11] De Blainville – Ostéographie, t. 4, Palaeotherium, p. 5, cité par G. Laurent.

[12] D’après Prévost C, De la formation des terrains des environs de Paris, in Nouveau Bull. Soc. philomatique, 1825, p.75.

[13] Prévost C, Les continents actuels ont-ils été à plusieurs reprises submergés par la mer ? Dissertation géologique lue à l’Académie royale des Sciences dans les séances des 18 juin et 2 juillet 1827. In Documents pour l’histoire des terrains tertiaires, s.d.s.l., p.7.

[14] Essai sur la constitution physique… , in Journal de Physique, t. 91, 1820, p. 465 ; également in Documents…

[15] Documents pour l’Histoire…, p.238.

[16] Essai sur la constitution physique… Journal de Physique, nov. 1820 ; également in Documents… p. 217.

[17] Ibid.

[18] Ibid., p. 223.

[19] « Considérations géologiques et paléontologiques sur le dépôt lacustre de Sansan… », in C.R. Acad. Sc., t. 20, 1845, p. 320, cité par G. Laurent.

[20] « Extrait d’un Ouvrage sur les espèces de Quadrupèdes dont on a retrouvé les ossements dans l’intérieur de la terre… », in Journal de Physique, t. 52, 1801, p. 256, cité par G. Laurent.

[21] « Recherches sur les Ossements fossiles de Quadrupèdes », t. I, 1812, « Discours préliminaire », p. 37, cité par G. Laurent.

[22] Opus cité, p. xx-xxj.

[23] Tableau des Terrains, p. 122, cité par G. Laurent.

[24] Ibid., p. 60.

[25] Ibid., p.31

[26] Rapport sur les Progrès…, 1868, p. 212, cité par G. Laurent.

[27] Exposition chronologique…, in Ann. des Sc. Nat. Botanique, 3, t. 11, 1849, p. 295, cité par G. Laurent.

[28] Dict. Univ. Hist. Nat., art. « Végétaux fossiles », t. 13, 1849, p. 142, cité par G. Laurent.

[29] Rapport sur le Grand Prix…, in C.R. Acad.  Sc., t. 44, 1857, p. 220, cité par G. Laurent.

[30] G. de Saporta, « Etude sur la vie et les travaux paléontologiques d’Adolphe Brongniart », in Bull. Soc. Géol. Fr., 3, t  4, 1875-1876, p. 399, cité par G. Laurent.

[31] Explication de la carte géologique…, t. 1, p. 50, cité par G. Laurent.

[32] Grand Prix des Sciences physique proposé en 1859, pour 1853, in C.R. Acad. Sc., t. 30, 1850, p . 258-259, cité par G. Laurent.

[33] En géométrie, un grand cercle est un cercle tracé à la surface d’une sphère qui a le même diamètre qu’elle. Sur Terre, les méridiens et l’équateur sont des grands cercles.

[34] « De l’espèce considérée dans les êtres organisés, appartenant aux périodes géologiques qui ont précédé celle’ où nous vivons », in Mém. Soc. Des Sc., Lettres et Arts de Nancy, 1848, p. 382-383, cité par G. Laurent.

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