4ème DIALOGUE

LE BLUES: SITUATION SOCIALE ET STYLES DIFFERENTS

–        Cat : En 1962, fut monté pour la première fois un « American Folk Blues Festival« . Les organisateurs voulaient présenter au public européen des artistes et des ensembles ne devant leur succès qu’à leur propre valeur et non aux modes passagères. Ce fut une révélation pour nous ! Découvrir ces chanteurs de blues…!

Pendant toutes les années 60 nous pûmes ainsi nous griser de cette musique, véritable art populaire.

Heureusement, nous connaissons actuellement un nouveau regain pour ce genre musical, grâce notamment aux films produits par Martin Scorsese. Ceux-ci entraînent automatiquement la mise sur le marché de CD de nombreux « bluesman » que l’on redécouvre dans ces sept petits chefs d’œuvres réalisés par différents grands noms du cinéma. Je t’en donne la liste, car si tu en as l’occasion, va les voir. Ils sont repris également en DVD.

« The soul of a man », film de Wim Wenders[1] ;

« Feel like going home (du Mali au Mississippi) », film de Martin Scorsese[2];

« Red, white and blues », film de Mike Figgis[3] ;

« Piano blues », film de Clint Eastwood[4] ;

«  Road of Memphis », film de Richard Pearce[5] ;

« Godfathers and sons » , film de Marc Levin[6] ;

« Devil’s fire », film de Charles Burnett[7].

Mais revenons aux années 60. Connais-tu John Lee Hooker ?

–        Bird : N’est-ce pas un chanteur noir qui s’accompagne à la guitare ?

–        Cat : Oui, Hooker est un des représentants de ce que l’on nomme le « Southern Blues » – le Blues du Sud. Son chant et son jeu de guitare sont des exemples excellents de ce style. Il faisait partie de ce festival. Dans ses enregistrements, il est généralement seul et s’accompagne de sa guitare électrique et le battement fortement marqué de son pied, produisant une pulsation rythmique très personnelle.

          1. « Hobo Blues« .

                Pers. : John Lee Hooker (voc, g)

                Disque : BDL 1011 – A3 (2’53)

–        Bird : Ah ! je vois que nous abordons enfin ce « Blues » dont on parle tant et dont on connaît si peu.

–        Cat : Tu n’as jamais si bien dit. Le « Blues » est en quelque sorte le premier état musical du jazz. En effet, on le retrouve à travers toute l’histoire du jazz. Il a subi de nombreuses transformations, mais le message reste le même, que ce soit dans le « Blues Greasy » de Sonny  Stitt ou dans le « Countin’ the Blues » de Ma Rainey. En fait, le « Blues » est un état d’âme; il existe une expression « l’ve got the blues« : j’ai les blues – qui signifie: « j’ai le cafard, le spleen ».

–        Bird : C’est pour cela que pour nous, ces morceaux donnent une impression de nostalgie.

          2. « Blues Greazy » – Sonny Stitt – Fine Sound, New York City, 12/5/1957.

                 Pers.: Sonny Stitt (st) – Bobby Timmons (p) – Edgar Willis (b) – Kenny Dennis (dm)

                 Disque : Verve MG V-8324 – CD, piste 11 (3’20)

         3.Counting the blues” – Ma Rainey, fin 1924

                 Pers. : Ma Rainey (voc) – Louis Armstrong (tp) , Charlie Green (tb) – Buster Bailey (cl) – Fletcher Henderson (p) – Charlie Dixon (bj) – probablement Kaiser Marshall (dm)

                 Disque : RLP 12-101 A6 (3’23).

–        Cat : Le « Blues« , en tant que genre musical à part entière, est apparu dans le Sud des Etats-Unis, vers la fin du XIXe siècle. Bien que plongeant ses racines dans les « spirituals » d’une part, et les « fields hollers » d’autre part, pour les défenseurs de l’ordre et les adeptes de la vertu, pour ceux qui prétendaient étouffer la vie pour mieux la libérer dans l’au-delà, le « Blues » apparaissait comme la musique du diable (Devil’s music). D’abord un « holler » tel que on les entendait dans le Sud profond.

           4. « Lucky holler »

                  Pers. : Ed Lewis(voc)

                  Disque : Atl. SD-1346 B9 (2’20)

–        Bird : Effectivement, dans notre premier entretien sur les origines du jazz, tu as parlé et tu m’as fait écouté ces cris chantés que les esclaves lançaient lorsqu’ils étaient dans les champs.

–        Cat : Maintenant, un « spiritual » chanté par un de ces nombreux prédicateurs itinérants. Ici Blind Willie Johnson interprète un hymne tiré du recueil d’Isaac Watts, dont une nouvelle édition paraît aux USA, en 1851. Rappelle-toi l’entretien précédent.

           5. « If I had may way » – 3/12/1927.

                  Pers.: Blind Willie Johnson (g,voc)

                  Disque : Font. 462 022 TE A2 (3’05).

–        Bird : Si j’ai bonne mémoire, nous l’avions entendu la fois passée. Sa voix rocailleuse m’avait marqué.

–        Cat : Oui, ta mémoire ne t’a pas trahi.

Le sujet est très vaste, aussi allons-nous le diviser en trois parties. Aujourd’hui, nous suivrons l’évolution sociale, le déplacement géographique du peuple noir américain, d’où découlent les différents styles de « Blues« . Ensuite, nous aborderons le contenu verbal du « Blues » pour terminer par son contenu musical.

–        Bird : Je vois que nous avons du pain sur la planche.

–        Cat : Le « Blues » est chanté partout aux Etats-Unis où l’on rencontre des Noirs. C’est un moyen d’expression qui est commun, aussi bien au paysan qu’à l’ouvrier, au clochard qu’à l’artiste, à l’amant qu’au criminel. C’est en somme un cri de révolte ou une complainte de résignation arrachée à l’âme noire. A travers lui, ils racontent leur histoire, un peu comme les poètes – musiciens africains que l’on appelle « griots ». Voici un « country bleusman« , Muddy Waters[8], enregistré dans le Mississippi, en 1941, par le bien connu Alan Lomax.

           6. « Country Blues » – Muddy Waters – Stovall, Mississippi, 26/08/1941

                  Pers. : Muddy Waters (g, voc)

                  Disque : Col. 512568 2 CD – piste 6 (3’26)

–        Cat : Je ne vais pas te rappeler ici tout ce que tu sais au sujet de la population noire des Etats-Unis. A l’origine, elle était constituée d’esclaves destinés à servir de main-d’oeuvre aux colons européens installés dans les nouveaux territoires d’Amérique. On les trouvait principalement dans les Etats qui forment actuellement la Louisiane, le Mississippi, la Floride, l’Alabama et les deux Carolines.

Après la guerre de Sécession en 1865, qui opposa les Etats du Nord ­- abolitionnistes – à ceux du Sud – esclavagistes -, les Noirs se sont vu libérés de leur esclavage.

Cependant leur sort ne s’améliora pas pour autant. Un système de culture en participation – le « share-cropping » – leur permettait théoriquement d’exploiter un bout de terrain. C’était en fait une division du travail entre plusieurs familles pour le même employeur. Pratiquement cependant, ce système était agencé de telle manière que le paysan noir restait enchaîné à son employeur par de nombreuses dettes dont il ne savait se défaire.

De plus, vers la fin du XIXe siècle, la culture cotonnière – principale ressource du Sud – subit un effondrement rapide par suite de l’apparition du charançon du coton, le « boll’ weevil » qui dépose ses oeufs dans les capsules des cotonniers et en vide l’intérieur.

          7. « Boll Weevil Blues »

                 Pers. : Guitar Welch (g, voc)

                 Disque : Trad. Ev.2066 B1 (4’14)

–        Cat : Certains fermiers se tournent vers d’autres cultures (arachides, pommes de terre), tandis que d’autres cherchent un « job » et quittent leur terre. C’est vers cette époque que s’amorce une lente migration vers le Nord. Certains travaux, particulièrement pénibles ou dangereux, sont réservés uniquement aux gens de couleur. Par exemple, la réfection des voies ferrées et des digues, les camps de « résineux », dans lesquels les ouvriers saignent les pins afin de récolter la résine destinée à la fabrication de la térébenthine, les camps de bûcherons…

            8. « Take this hammer »

                   Pers: Leadbelly (g, voc)

                   Disque : Flw FA 2004 – B3 (1’38)

–        Cat : A partir de 1910, la montée vers le Nord s’accélère. Première étape, la remonté du Mississippi jusqu’à Memphis, puis Saint-Louis, ensuite, le train vers les grandes villes du Nord. Les industries engagent des Noirs pour leurs hauts-fourneaux. En 1914, le flot des immigrants venant d’Europe s’arrête, ce qui laisse une chance de plus à l’homme de couleur pour trouver un travail mieux rémunéré. Les grandes villes comme Detroit, Cleveland, Pittsburg, Chicago, New York s’accroissent d’un quartier noir.

Voici deux blues qui évoquent cette période. Le chant du premier « bluesman« , Jazz Gillum a toute la saveur des terres rudes du Mississippi. Le second est un blues urbain et il est interprété par un « shouter » (« hurleur »), Jimmy Rushing, accompagné par un « jazz band« .

           9. « Key to the highway » – Jazz Gillum – 9/05/1940.

                   Pers. : Jazz Gillum (voc, hrm) – Big Bill Broonzy (g) – imitateur de contrebasse non identifié

                   Disque : RCA 130.257 A4 (2’36)

         10. »Goin’ to Chicago » – Jimmy Rushing – 1954

                   Pers. : Jimmy Rushing (voc) – Pat Jenkins (tp) – Henderson Chambers (tb) – Ben Richardson (sa, cl) – Buddy Tate (st) – Sam Price (p) – Walter Page (b) – Jo Jones (dm).

                   Disque : Amadeo AVRS 7005-X B1 3’29)

–        Bird : On entend immédiatement la différence. Ce blues urbain me semble être dans une forme plus jazz et swing à merveille.

–        Cat : Effectivement, nous sommes ici dans la mouvance swing du middle jazz dont nous parlerons ultérieurement.

Pendant la première guerre, et les années suivantes, l’Amérique connut une ère de prospérité, qui malheureusement tourna en catastrophe nationale. Une orgie de spéculations boursières avait fait monter l’indice des valeurs mobilières et tout le monde voulait faire fructifier ses économies. Seuls quelques spéculateurs avisés se remplissaient les poches, si bien que le 29 octobre 1929, ce fut le « crash ». Du jour au lendemain, les usines fermèrent leurs portes, les banques furent ruinées. Dans cette aventure, les ouvriers noirs furent les premiers à se retrouver dans la rue. C’était le chômage

Des bidonvilles (Hoovervilles, en l’honneur du président Hoover) s’élèvent autour des grands centres. Les conditions de vie sont à nouveau désastreuses. Cependant, vers 1932, Roosevelt, grâce à son programme « New-Deal », parvient à redresser la situation. Le sort des Noirs s’améliore également et le P.W.A. – Public Works Administration – permet à de nombreux travailleurs de couleur de gagner leur pain.

           11.« WPA Blues »

                  Pers. : Casey Bill (g, voc).

                  Disque : BC-7.B2 (3’20)

–        Cat : Cependant, le fait de vivre dans un milieu où la misère et l’oppression sont des compagnons de tous les jours, amène l’homme de couleur à adopter une échelle de valeurs morales différente de la nôtre. C’est ce milieu qui donne au « blues » ce climat particulier. Chaque chanteur raconte sa vie, ses peines, les événements qui ont frappé ses semblables. Lorsque nous aborderons le contenu verbal du « blues » tu t’en apercevras.

Ecoute, je me rappelle les paroles d’un « blues » qui parle de Ford :

« Je te le dis, je vais à Détroit, et là, je trouverai un job. J’en ai marre de rester dans cette ferme où on crève de faim. Oui, je vais me trouver un job dans la boite de M. Ford

Hier soir elle m’a dit : Pourtant tu n’aimes pas beaucoup les manières de M. Ford »

            12.« Henry Ford blues » – 14/06/1929

                    Pers. : Roosevelt Syker (p,voc) – (g) inconnu

                    Disque : Magpie PY 4418-A3 (3’16)

–        Bird : Ce que tu viens d’expliquer donne tout son sens à ce folklore. Le Folk Blues Festival, dont tu parlais en début d’entretien, se rapporte-t-il à ce genre ?

–        Cat : Oui, ce sont tous de vrais chanteurs de « Blues« , et chacun a son style particulier. En fait, si on les a redécouvert dans ces années 60, c’est en partie grâce aux Anglais. En effet, à cette époque le Royaume-Uni connaît une profonde révolution sociale et musicale. Certains musiciens anglais, s’inspirant du jazz et du folk ont développé un nouveau genre de blues, entièrement influencé par l’authentique « black blues » des USA. En effet, le mouvement « Rock’ Roll » américain apparu en 1951 subit un déclin. La réplique viendra d’Angleterre avec ces différents groupes que sont les Beatles,  les Rolling Stones et autres The Who qui imposent définitivement au niveau mondial un genre musical qui devient emblématique de la seconde moitié du XXe siècle. Mais c’est une autre histoire !

Je te propose d’écouter une partie de l’enregistrement du concert donné à Hambourg le 18 octobre 1962. L’ambiance est chaude, des artistes de valeur composent le programme. Généralement lors de ces manifestations, le pianiste et chanteur Memphis Slim[9] présente ses camarades à la manière américaine : un air de complicité, de faux sérieux et de bonne humeur communicative plongent la salle dans un climat particulièrement réceptif.

–        Bird : Je me cale dans mon fauteuil et en avant pour l’orgie musicale !

–        Cat : Le « City Blues« , avec son dérivé le « Boogie-Woogie« , est représenté par Memphis Slim, Willie Dixon[10] à la basse et Jump Jackson aux drums. Que ce soit dans ses « blues » ou dans ses « boogies« , Memphis est d’un dynamisme surprenant. Il chante d’une voix de tête, tandis que Dixon le soutient à la « slap bass« . Cette manière de jouer de la contrebasse consiste à laisser rebondir les cordes sur la caisse pour obtenir un effet rythmique. Seuls les accords fondamentaux de l’harmonie d’accompagnement sont joués. Pour commencer un morceau endiablé « We’re gonna rock« .

           13.« We’re gonna rock »

                    Pers.: Memphis Slim (p,voc) – T.Bone Walker  (g) – Willie Dixon (b) – Jump Jackson (dm).

                    Disque : Br. 009.012 Al (2’59)

–        Cat : T. Bones Walker nous donne un aperçu de ce que sont les soirées dans les salles de spectacles des Noirs de Harlem,  dans « I Wanna see my baby » et « I’m in love”.

           14.« I Wanna see my baby

                   Pers.: T. Bone Walker (g, voc) – Memphis Slim (p) ­Willie Dixon (b) – Jump Jackson (dm).

                   Disque : Br. 009.012 A2 (3’19)

           15.« l’m in love »

                  Disque : Br. 009.012 A3 (3’58)

–        Cat : Sonny Terry (harmonica) et Brown McGhee (guitare)[11] font une entrée émouvante qui illustre la fable de l’aveugle et du paralytique. Quoiqu’ils s’écartent du « blues« , en adoptant des chants dérivés des « hillbillys » ou morceaux des cow-boys, leurs interprétations possèdent un « swing » incontesté. C’est le cas dans « l’m crazy ’bout you baby« .

          16.« l’m crazy ’bout you baby » (Br. 009.012 A4)

                  Pers.: Sonny Terry (voc, harm) – Brownie Mc Ghee (g) – T. Bone Walker (p) – Willie Dixon (b).

                  Disque : Br. 009.012 A4 (3’23)

–        Cat : De nouveau Memphis Slim secondé par Willie Dixon dans un blues lent : « Stewball »

           17.« Stewball »

                   Pers. : Memphis Slim (p,voc) – Willie Dixon (b, voc) – Jump Jackson (b).

                   Disque : Br. 009.012 A5 (4’16)

–        Cat : Apparaît enfin John Lee Hooker[12], le chanteur du « Deep South » qui interprète ses morceaux dans la tradition folklorique du « Country Blues« . Une voix chaude qu’entrecoupent quelques accords simples de guitare crée un climat envoûtant. Ecoutons « Let’ s make it Baby« , « Shake it Baby » et « The right time »

           18.« Let’s make it baby »

                   Pers.: John Lee Hooker (voc, g) – T. Bone Walker (p) – Willie Dixon (b) – Jump Jackson (d).

                   Disque : Br. 009.012 A6 (4’33)

          19.« Shake it baby »

                   Disque : Br. 009.012 B1 (4’04)

          20.« The right time »

                     Disque : Br. 009.012 B2 (6’12)

–        Cat : Le « Blues de Chicago« , autre forme du City Blues, est représenté par l’harmoniste Shakey Jake, dans « Hey Baby » et « Love my Baby »

          21.« Hey Baby »

                   Pers.: Shakey Jake (voc, ca) – Memphis Slim (p) – T. Bone Walker (g) – Willie Dixon (b) – Jump Jackson (dm).

                   Disque : Br. 009.012 B3 (2’15)

         22.« Love me Baby »

                  Disque : Br. 009.012 B4 (3’04)

–        Cat : Brownie Mc Ghee nous revient avec « Crying at the station« .

          23.« Crying at the station »

                   Pers.: Brownie Mc Ghee (voc, g) – Memphis Slim (p) – Willie Dixon (b) – Jump Jackson (dm).

                   Disque : Br. 009.012 B5 (4’03)

–        Cat : Nous terminons avec Memphis Slim dans « Bye bye Baby« .

          24.« Bye bye Baby » (Br. 009.012 B6)

                  Pers.: Memphis Slim (voc, p) – T. Bone Walker (g) – Willie Dixon (voc, b) – Jump Jackson (dm)

                  Disque : Br. 009.012 B6 (2’37)

–        Bird : Du très bon spectacle pendant près de deux heures.

–        Cat : Alors, comment as-tu trouvé ce concert ?

–        Bird : Je suis conquis spécialement par John Lee Hooker.

          25.« Crawling King Snake »

                    Pers. : John Lee Hooker (g, voc)

                    Disque : BDL 1011 A4 (2’39)

–        Cat : Ceci t’a permis d’avoir un aperçu des diverses tendances qu’a prises le « blues« . Initialement, c’était un chant solo non accompagné et caractérisé par une succession d’appels et de réponses. Il ne possédait aucune forme musicale déterminée. Ses origines remontent au temps de l’esclavage. Progressivement, il s’est policé en adoptant un instrument d’accompagnement – banjo, guitare, harmonica – qui petit à petit servira de soutien rythmique et d’enrichissement mélodique et harmonique.

Ce « blues archaïque » se nomme « Country Blues » ou « Southern Blues« . John Lee Hooker t’en a donné un exemple tout à l’heure. En voici un autre avec Lightin’ Hopkins.

          26.« Coffee house Blues »

                    Pers. : Lightin’ Hopkins (g, voc)

                    Disque : Vogue 512512 Al (2’10)

–        Cat : Vers 1870, nous avons un déplacement vers les grandes villes. C’est là que le « blues » prendra sa forme classique. On voit une tendance à l’égalisation des phrases, en particulier en ce qui concerne leur longueur. L’accompagnement devient plus fourni : bientôt de petites formations accompagnent le chanteur et parfois même celui-ci est remplacé par un instrument, la trompette généralement. C’est le « City Blues » avec ses nombreuses variantes.

         27.« Michingander Blues » – (30/03.1929).

                   Pers.: Jabbo Smith (tp) – George James (st) – Earl Frazier (p) – Ikey Robinson (bj) – Bill Johnson (?) ou Hayes Alvis (dm)

                   Disque : LP « Collectors » Cr – l A3 (3’14)

–        Cat : Le « Boogie-Woogie » est également dérivé du « blues« . Ce style citadin est plus dur, plus tendu que le « Blues du Sud« , il reflète un milieu différent, le milieu sans pitié de la « jungle » des quartiers noirs. Pour l’illustrer, je te mets un morceau interprété par deux géants du genre, Albert Ammons et Pete Johnson.

           28.« Barrelhouse Boogie »

                    Pers. : Albert Ammons, Pete Johnson (p)

                    Disque : RCA 730.561 – Al (3’00)

–        Cat : Ce style est encore très présent et nous avons quelques très bons interprètes en Belgique, avec notamment Renaud Patigny[13], dont voici une de ses compositions : « Ragin Boogie« .

           29.« Ragin Boogie » – Renaud Patigny Trio, Studio Caraïbes, Bruxelles, 12/04/1997

                    Pers. : Renaud Patigny (p) – Paul Dubois (b) – Robert Cordier (dm)

                    Disque : MAENE FAB0397 – CD – piste 14 (3’13)

–        Bird : Cette musique nous prend aux tripes. J’aimerais participer à un concert de boogie-woogie.

–        Cat : Si tu veux, nous pourrions envisager cela. Je peux déjà te donner les coordonnées d’une association qui organise ce genre de concerts : JM Management, 66, rue Brillat Savarin à 1050 Bruxelles. Téléphone : 02/649.21.16. Couriel : JM.management@skynet.be.

Revenons au « blues« . Celui-ci a évolué et on le rencontre actuellement sous la forme du « Rythm and Blues » (étymologiquement : rythme et mélancolie). Le « R&B » n’est pas simple à définir. A l’origine, il désignait la musique issue du Gospel et du Jazz créé par les musiciens noirs américains. Le terme a été introduit en 1949 par un journaliste spécialisé, Jerry Wexler, pour remplacer celui de « race music » utilisé par les commentateurs blancs et jugé trop insultant. Au départ, le « R&B » n’avait rien de spécifique musicalement. Il combinait la plupart des courants musicaux des années 1950. Ce n’est que par la suite, qu’on a pu voir se dessiner certaines spécificités au niveau des interprètes, notamment en ce qui concerne la tonalité des voix, et au niveau des instruments. Les orchestres de « R&B » utilisent des guitares, basses et harmonicas amplifiés électriquement. Les textes deviennent plus prosaïques et sont souvent centrés sur les rapports entre sexes.

            30.« Please love me »

                     Pers. : BB King (g, voc), accompagné par une petite formation.

                     Disque : Joker SM 3726 – A4 (2’44)

–        Bird : En fait, quant on entend ce genre musical, on en déduit que le « R&B » est un précurseur du « Rock and Roll » de nos jeunes années, lancé par les Bill Haley et autres Elvis Presley.

–        Cat : Bien raisonné.

La musique de ces ensembles est agressive et plus rythmée, elle accompagne des chanteurs à la voix puissante – les « blues shouters » (les crieurs de blues) – dont Ray Charles est un exemple frappant, du moins dans ses premiers enregistrements.

           31.« Hard Times » – Ray Charles et son orchestre

                    Pers. : Ray Charles.

                    Disque : Atl. 332.045 – A2 – (2’53)

–        Cat : Encore un exemple, avec Otis Rush[14], guitariste moins connu des non initiés, mais pourtant l’un des créateurs du style « West Side Sound » de Chicago.

          32.« I can’t quit you baby » – Otis Rush – Chicago, été 1956

                   Pers. : Otis Rush (voc, g) – Walter Horton (hca) – Red Holloway (ts) – Lafayette Leake (p) – Wayne Bennett (g) – Willie Dixon (b) – Al Duncan (dm)

                   Disque : BLU-CD 3026 – CD – piste 10 (3’06)

–        Cat : A partir des années 60/70, le « R&B » incorpore la « funk« , la « soul » et le « disco« , portés par des artistes comme James Brown, Ottis Redding ou Joe Tex[15]. J’aime beaucoup ce dernier qui pour moi est l’égal des deux premiers. Aussi je te passe l’un de ses morceaux « Buying a Book« qui pourrait annoncer le « hip hop« [16] des années 70/90, par la manière dont il traite les paroles.

          33.« Buying a Book » –  Joe Tex – Memphis, 1969

                   Pers. : Joe Tex (voc), reste inconnu

                   Disque : BLU-CD 3021 – CD – Piste 15 (3’25)

–        Bird : Je comprends ton engouement pour ce chanteur. Il est vrai qu’il a une approche très caractéristique et que le récitatif peut faire penser au « rap » actuel

–        Cat : Dans les années 80, le « R&B » change encore de visage sous l’influence du « hip hop » : on ne parle plus de « R&B » mais de « New Jack« . Ce n’est qu’au début des années 90 que le terme« R&B«  refait surface : c’est l’occasion de nouvelles évolutions pour lui, qui se teinte de musique électronique et de samples divers.

Aujourd’hui, porté par des artistes aussi différents que Mary J. Blige, Ashanti, Beyonce, Aaliyad, Kelis ou Craig David, le « R&B » est un tel phénomène commercial que les chanteuses pop n’hésitent pas à en verser quelques gouttes dans leurs derniers albums, à l’instar de Britney Spears, Kylie Minogue ou Victoria Beckham. Le revers de la médaille, c’est la multiplication de succédanés de « R&B« , très rentables commercialement mais pas très reluisants musicalement, qui ne font qu’alimenter les critiques de ceux qui dénigrent ce courant musical et considèrent le « R&B » comme une sous – version mielleuse, fric et frime du rap.

–        Bird : Il est dommage d’en arriver là pour des questions de sous. Je comprends mieux ceux qui n’apprécient pas le « Blues » et son dérivé « R&B » dans ce contexte. Ils ont été floués sur la marchandise si je peux dire.

–        CAT: Revenons au vrai « Blues » en terminant cet entretien par quatre des plus authentiques « bluesmen« , dialoguant, s’interpellant, se stimulant dans une ambiance détendue et amicale.

          34.« l’ve been buked and scorned » – Enregistrement  probablement Los Angeles 1960

                    Pers.: Lightin’ Hopkins, Brownie Mc Ghee, Big Joe Williams (g, voc) – Sonny Terry (harm, voc).

                    Disque : Vogue 512512 – B1 – (5’12)

          35.« Drinkin’ in the blues »

                    Pers.: Lightin’ Hopkins, Brownie Mc Ghee, – Sonny Terry (harm, voc).

                    Disque : Vogue 512512 – B3) – (5’05)

–        Bird : Cet entretien, comme les précédents, m’a vraiment passionné. Que me conseilles-tu de lire, afin d’approfondir mes connaissance sur cette musique envoûtante.

–        Cat : Il y a plusieurs livres qui te donneront une excellente vue sur ce genre musical et sur les conditions sociales dans lesquelles il s’est développé.

Tout d’abord un classique dans le genre : « Le Monde du Blues » de Paul Oliver. Il est déjà ancien puisqu’il est sorti chez Arthaud, en 1962. « Devil’s Music – Une histoire du blues » de Giles Oakley publié par Denoël est plus récent, 1985. On le trouve encore en librairie.

Notes


[1]            The soul of a man : guidé par la musique et la vie de trois de ses bluesmen préférés, Skip James, Blind Willie Johnson et J.B. Lenoir, Wim Wenders nous entraîne à la rencontre de ces musiciens qui font partie intégrante de la légende du blues. Ce film enchaîne habilement images d’archives rares et chansons interprétées par des musiciens contemporains parmi lesquels Bonnie Raitt, Lou Reed, Eagle Eye Cherry ou Cassandra Wilson.

[2]            Feel like going home : Martin Scorsese nous offre un voyage depuis les rives du fleuve Niger, au Mali, jusqu’aux champs de coton du delta du Mississippi afin de retracer les origines du blues. Il nous livre un cocktail lyrique de performances originales (dont celle d’Ali Farka Touré, Salif Keita, Habib Koité, Taj Mahal) et d’images d’archives rarissimes (de Son House, Muddy Waters et John Lee Hooker).

[3]             Red, white and blues : Au cours des années 60, le Royaume-Uni a connu une profonde révolution sociale et musicale. Le jazz et le folk ont constitué le terrain fertile qui a permis l’émergence d’un nouveau genre de musique blues, entièrement influencé par l’authentique « black blues » des USA. Une série d’interviews musicales des principaux musiciens du mouvement blues est renforcée par une session live aux Abbey Road studios. On y voit Tom Jones, Jeff Beck et Van Morrison improviser à partir de quelques grands standards du blues.

 

[4]             Piano blues : Clint Eastwood nous fait partager la passion qu’il a toujours éprouvée pour le blues et le piano, un instrument dont il joue lui-même. Son parcours croise les routes de légendes vivantes comme Ray Charles, Fats Domino, Little Richard et Dr. John.

[5]           Road of Memphis : « La Route de Memphis » retrace l’odyssée musicale de la légende du blues B.B. King, et rend hommage à Memphis, la ville qui a donné naissance à un nouveau style de blues.

 

[6]             Godfathers and sons : Passionné par la musique enregistrée sur le label Chess, de Chicago, Marc Levin ramène le rappeur Chuck D et Marshall Chess (fils de Leonard Chess, le créateur de la marque) dans la ville venteuse pour y produire un album réunissant vétérans du blues et musiciens hip-hop. Une expérience surprenante, fascinante, électrisante, pour clôturer en beauté la série de documentaires sur le blues.

[7]            Devil’s fire : Dans la série de documentaires sur le blues produite par Martin Scorsese, une page personnelle où Charles Burnett se remémore une enfance dans le Mississippi des années ’50 et la découverte d’une musique dont sa grand-mère disait qu’elle est celle du diable… Scènes recréées et documents d’époque s’unissent pour célébrer une sorte d’initiation. Une place particulière est réservée aux interprètes féminines, dont Bessie Smith, Ida Cox et Sister Rosetta Tharpe.

[8]           Muddy Waters naît McKinley Morganfield le 4 avril 1915 dans une des cabanes en bois qui, à mi-chemin entre Vicksburg et Greenville, abritent les membres de la petite communauté noire de Rolling Fork. Le Mississippi est proche et derrière la maison passe la Deer Creek ou rivière du Cerf. Sur sa rive boueuse, le petit McKinley gagnera son surnom, donné par ses soeurs et repris, avec tendresse, par sa grand-mère : « Mon petit bébé boueux ». (Francis Hofstein – extrait).

Muddy Waters a 5 ans alors que le blues apparaît sur le marché du disque. Il reprendra de cette musique la matière populaire et vivante, il écoutera aussi du jazz et du negro-spiritual pour constituer son propre style et composer une musique en prise directe sur son temps. Muddy Waters a modernisé le « Mississippi Delta Blues » en créant le « Chicago Sound« . Les artistes qu’il a influencés ne se comptent plus, des musiciens blues de Chicago des années 50 et 60 jusqu’aux grosses pointures du blues américain et anglais d’Eric Clapton aux Rolling Stones.

Francis Hofstein, médecin et psychanalyste, jazzman lui-même, a signé plusieurs ouvrages consacrés au jazz et au blues. Sa biographie de Muddy Waters livre sur l’homme et l’oeuvre des clés fascinantes.

[9]             Memphis Slim, de son vrai nom John L. Chatman est né à Memphis, Tennessee, le 3 septembre 1915. Jeune pianiste, il décide de partir pour les Etats du Sud, où il se produit dans les barrelhouses et s’affirme comme un excellent joueur de boogie-woogie. Arrivé à Chicago (1936), où il prendra le nom de Memphis Slim (svelte), il loue son appartement qui est transformé en studio de répétition. En 1940, il enregistre pour la marque Bluebird ses deux grands succès,  « Beer Drinkin’ Woman » et « Grinder Man Blues« . En 1946, il monte son propre orchestre, après avoir joué avec Big Bill Broonzy, et entreprend une série d’enregistrements. Tournée dans le Middle-West en 1955. Dissolution de son orchestre les House Rockers, en 1958. Memphis Slim s’affirme comme un représentant du Chicago Blues, bien qu’il revienne à des airs traditionnels du Sud. 1959, concert au Carnegie Hall de New York et participation remarquée au Newport Folk Festival. 1960, tournée européenne avec son complice Willie Dixon. 1962, participation à la première tournée de l’ « American Folk Blues Festival« . Il décide de rester en Europe et s’installe à Paris. En 1963, il joue aux Trois Maillets, club parisien et part en tournée en Pologne avec Sonny Boy Williamson. 1965, concert au Village Vanguard de New York ; 1972, apparition dans le film l’ « Aventure du Jazz » ; 1973, participation au festival de Montreux. Memphis Slim s’éteint à Paris le 24 février 1988.

[10]           Willie Dixon (Né le1er juillet 1915 à Vicksburg, Mississippi – Décédé en 1992). Roi des auteurs – compositeurs et figure omniprésente de l’évolution du blues de Chicago, Willie faisait déjà partie de la scène du blues acoustique avec les Big-Three. Il a participé en tant que bassiste, auteur ou producteur, à de nombreux disques à succès sortis chez Chess, de Muddy Waters à Chuck Berry, en passant par Howlin Wolf, Little Walteret bien d’autres. Il a assisté Buddy Guy et Otis Rush au début de leurs carrières, jouant ainsi un rôle capital dans l’émergence de ce qu’on appela le « son de la côte ouest ». Dixon était à sa manière un calculateur dont le but était de faire jouer ces chansons par un large éventail de musiciens. Mais cela profitait autant aux artistes qui jouaient ses compositions qu’à lui même, car c’était surtout un visionnaire, doté d’un solide sens du tube, qui contribua beaucoup à faire de la production de Chess et Cobra l’une des meilleures musiques populaires de tous les temps. Willie est mort en 1992.

[11]          Sonny Terry & Brownie McGhee : Saunders Terrell, dit Sonny Terry, harmoniciste et chanteur (Greensboro, Géorgie, 24 octobre 1911 – New York, 12 mars 1986).

Walter Brown, « Brownie » Mc Ghee, chanteur et guitariste, (Knoxville, Tennessee, 30 novembre 1915).

Ces deux musiciens originaires de la Côte Est, tous deux handicapés – l’un aveugle, l’autre boiteux – mais a priori si divergents, ont formé un duo de « bluesmen » connu de tous les amateurs de ce genre musical. Sonny Terry est fils d’harmoniciste. Il perd la vue à quinze ans après deux accidents et, pour gagner sa vie, joue dans les rues. Ce sera un virtuose de l’harmonica, un chanteur à la gouaille toute montagnarde. La polio a raccourci une jambe de Brownie McGhee. A sept ans, il apprend la guitare. Et s’en va sur les routes, seul ou avec des troupes ambulantes. Il deviendra un excellent compositeur de blues. En 1933, J.B. Long, manager blanc de Blind Boy Fuller, chef de file du « Piedmont Blues« , découvre Terry en Caroline du Nord. Sonny jouera et enregistrera avec Fuller jusqu’en 1938. McGhee, est également un poulain de Long. Dès 1939, nos compères forment une équipe appelée à se maintenir plus de trente ans. Peu après la mort de Fuller survenue en 1941, Terry et McGhee quittent Long et partent pour New York. Ils jouent de vieux « country blues » mais s’adaptent aux formes plus urbaines. McGhee utilise une guitare amplifiée, aime jouer en orchestre (saxophone, piano, batterie) et crée un son moelleux, mélodique. Terry, avec sa voix éraillée son jeu d’harmonica rural imitant bruits de la nature (Fox Chase) et activités humaines, reste enraciné dans les Appalaches.

En 1941 ont lieu à New York leurs premiers enregistrements communs. Le succès ne tarde pas, les Noirs arrivés dans le Nord et l’Est avec la Dépression restant attachés aux styles régionaux. Le goût de ce public évolue toutefois très vite. C’est McGhee, plus que Terry, qui noue des liens avec le « Rhythm & Blues » naissant et reste en phase avec les mouvements de Harlem. Mais le duo va s’épanouir avec la vogue et le renouveau du « folksong« . On le voit jouer dans les cabarets de Greenwich Village avec Leadbelly, Josh White, mais aussi Woody Guthrie ou Pete Seeger. McGhee a le sens des affaires et la vivacité nécessaire. Ensemble, ils deviendront les artistes les plus prolifiques du « folk blues« . En témoigne une production discographique immense et inégale. Le répertoire, où domine l’humour, s’appuie sur les accords du blues comme sur les traditions du ragtime, les ballades de souche irlando-écossaise. L’Europe s’ouvre à eux : l’Angleterre en 1958, le continent avec l’ « American Folk Blues Festival » en 1962. On les reçoit de l’Inde à l’Australie. Le blues révélé au monde se répand à une vitesse fulgurante. Mais pour s’imposer à cette échelle, Sonny et Brownie auront dû endosser une étiquette « folk » qui leur aliènera le public noir et même leurs premiers adeptes blancs. Faut-il le regretter pour Terry, grand harmoniciste qu’une mésentente sépare bien avant la mort de son partenaire ?

[12]          John Lee Hooker naît entre le 17 et le 22 août 1917 (dates non confirmées) près de Clarksdale, dans le Mississippi. Son père disparaît en 1923 et est rapidement remplacé par Willie Moore, un ouvrier agricole qui apprend la guitare à John Lee. Il lui en fabrique une de fortune avec quelques bouts de bois. Hooker a tout juste 12 ans quand il part pour Memphis en sautant dans un train de marchandises. Il y reste deux mois avant que son beau-père ne le retrouve. Deux ans plus tard, en 1931, il s’enfuit à nouveau, et cette fois-ci erre un peu partout dans le Sud des Etats-Unis. Pour survivre, il accepte des emplois de fortune (bûcheron, mécano…), occasions pour lui de faire la connaissance de deux « bluesmen », Tommy McClennan et Tony Hollins, qui lui permettent d’enrichir son style. En 1934, il retourne à Memphis, et s’installe chez une tante. Il ne peut pas toujours entrer dans les clubs de Beale Street, en raison de son âge. Il joue donc plutôt, le soir, dans le ghetto noir de la ville (West Memphis), où il côtoie notamment B.B. King. Hooker finit par partir pour le Nord. Il va retrouver une autre tante, qui vit à Cincinnati. Là-bas, il travaille comme veilleur de nuit, souffleur, etc. En 1943, il se marie et migre à Detroit, surnommée « Motor City ». Hooker travaille à la chaîne chez Ford, et se produit le soir dans des bars de Hastings Street (l’équivalent de Beale Street à Memphis) ou à l’occasion de « house parties ».

Sa carrière débute réellement en 1948. Repéré par Bernie Besman (1948 à 1954 est considérée comme étant la période Modern de Hooker, du nom du label californien auquel il était lié), il enregistre notamment Boogie Chillen (qui entre au top 40 « Rhythm & Blues ») et Wednesday Evening Blues. Il connaît immédiatement le succès dans les ghettos de Chicago et Detroit. Seul ou en compagnie d’Eddie Kirkland ou Eddie Burns, il grave alors des dizaines de plages pour une multitude de labels (une centaine de titres entre 1948 et 1953), sous des pseudonymes divers (John Lee, JL Booker, The Boogie Man, Alabama Slim, etc.). Sa renommée grandissant, il enregistre bientôt pour les labels King et Chess. Vers 1953, sa carrière connaît une baisse de régime, le public s’intéressant davantage à des gens comme B.B. King. En 1955, pourtant, il signe un contrat avec le label chicagoan Vee-Jay et renoue avec le succès. Vers 1959-60, Hooker profite des premières manifestations du « blues revival ». Ainsi participe-t-il en 1960 au festival de Newport, et devient-il en 1962 la vedette de la première tournée européenne de l’ « American Folk Blues Festival » (il recommencera en 1965 et 1968). C’est au cours de ce voyage qu’il enregistre Shake it Baby qui connaît un très grand succès mondial. Sa réputation s’étend et il influence de grands groupes anglais de l’époque : Animals, Yarbirds, Spencer Davis Group, etc. La fin des années 60 fait de lui un bluesman de réputation mondiale. Le succès aidant, il s’engage davantage du côté du rock et enregistre même en 1970 aux côtés du groupe Canned Heat et de Van Morrison. Il s’installe en Californie. Sa carrière semble s’enliser. Pendant une quinzaine d’années, il parcourt le monde avec son « Coast to Coast Blues Band« . Il fait un peu de cinéma (The Color Purple de S. Spielberg et The Blues Brothers).

[13]          Renaud Patigny est né à Bruxelles en 1959. Ce pianiste, compositeur, chanteur s’est spécialisé dans l’interprétation du blues et du boogie woogie suivant la plus pure tradition. Il compte déjà à son actif plus de 1.000 galas et concerts, en Belgique, dans d’autres pays européens et aux USA. Il a participé à plusieurs émissions pour RTL, RTBF, VRT. Il est également le compositeur des musiques de « Cine Follies », série de 100 clips produits par Alligator Films et diffusés sur RTL, VRT, RTP, ARD, en Afrique, en Scandinavie …

[14]         Otis Rush est né en 1934 dans le Mississipi. Très vite, il monte à Chicago et commence à apprendre la guitare sérieusement à 20 ans. Il signe plusieurs contrats avec différentes maisons de disques spécialisées dans le blues (Cobra, Chess, Duke Recording). Son jeu de guitare très urbain et sa voix de baryton très « soul » inspirent le respect immédiat de ses pairs bluesmen. Cette combinaison, plus agressive que ce qui se faisait à ce moment à Chicago, a inspiré des guitaristes comme Luther Allison ou Freddy King. Il commence à se produire avec le bassiste et compositeur Willie Dixon. N’enregistrant que très peu, il est néanmoins n°9 quand est publié « I can’t quit you baby’.

Otis Rush écume toujours les clubs de Chicago et se produit périodiquement avec d’autres grands du blues comme Eric Clapton. Son album ‘Tops », paru en 1985, est d’ailleurs son meilleur enregistrement.

[15]         Joe Tex : Né à Bâton Rouge  (Louisiane) il y a une trentaine d’année, Joe Tex, est un auteur – compositeur – interprète dans la meilleure tradition des chanteurs de R&B qui enregistra beaucoup à Nashville.

Joe Tex commença à enregistrer en 1955 pour la même marque que James Brown : King. Il produira également des disques pour Ace, Anna, Jalynne, Checker, Parrot, Atlantic, et Dial L’un et l’autre ont, d’ailleurs, un talent commun pour les nuances, pouvant passer de la voix la plus douce au cri le plus déchirant avec une remarquable aisance. Mais, bien qu’il possède toutes les qualités d’un chanteur de « R&B » développées au plus haut point (feeling, swing, shouting), Joe Tex passa dix ans avant de pouvoir élargir le cercle restreint de ses admirateurs. En 1964, il fut la grande révélation de la chanson américaine grâce à « Hold what you’ve got » qui occupa durant de longues semaines la première place au Hit-Parade.1965 fut une bonne année pour Joe Tex. Grâce à des titres comme « Hold what you’ve got » (janvier), « You’d better get it » et « You got what it takes » (avril) ou « Yum, yum, yum » (juin), il s’impose dans ce monde musical.1966 sera l’année de ses premiers grands succès, « A sweet woman like you » et surtout « S.Y.S.L.J.F.M. (The letter song)« , une des chansons les plus remuantes de toute la Pop-Music. Joe Tex confirme cette progression régulière en 1967 avec « Show me » et « Woman like that, yeah« .

Il deviendra l’un des trois premiers chanteurs de « R&B« , des années 60/70.

[16]         Le Hip Hop est un mouvement culturel et artistique qui apparut au USA a la fin des années 1970 et qui depuis s’est diffusé dans le monde entier. Issu des ghettos New Yorkais il est marqué par un fort esprit de contestation sociale mais également par un esprit festif. Prônant des valeurs positives comme le respect de soi et des autres, tolérance, connaissance de soi, positivisme. Ce mouvement s’est exprimé par l’intermédiaire de plusieurs disciplines : le rap, le graffiti, la danse, le deejaving, le breakdance.

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