Dialogue sur le Jazz – Introduction

1. INTRODUCTION

Le « Jazz », phénomène social et langage musical universel

Il est indéniable que le « jazz » fait partie intégrante du monde moderne et qu’aujourd’hui, il est universellement répandu. On ne peut plus le considérer comme une simple mode, il ne s’agit plus d’une musique de danse, mais d’une musique que l’on écoute. Réservé il y a cinquante ans à une élite d’initiés, à la ferveur jalouse, le jazz a conquis un public immense. Quoi qu’en pensent ceux qui refusent de le considérer comme une musique digne de ce nom, cette forme musicale provoque chez l’amateur le même genre de « délectation » qu’un morceau classique. Que d’autres fibres soient atteintes est évident, mais le connaisseur goûte la valeur d’une improvisation, ou d’une harmonie, aussi bien en écoutant Miles Davis que Bela Bartok.

Le mot jazz recouvre une réalité difficile à cerner. Historiquement, il serait apparu au lendemain de la Première Guerre mondiale, comme le mode d’expression privilégié de la communauté négro-américaine du Sud des Etats-Unis. Ce sont l’expressivité de ce groupe et ses tendances profondes qu’il traduit par l’utilisation de structures musicales créées, empruntées et adaptées. De là la contradiction qui affecte toute son évolution. En tant qu’art musical, il tend à dégager un certain nombre de principes universels qui lui ont permis d’être apprécié et absorbé par les autres communautés. Mais lié au contexte social de la communauté noire des Etats-Unis et aux valeurs et révoltes qui en découlent, tous les grands créateurs sont des Noirs : Louis Armstrong, Duke Ellington, Charlie Parker, Thelonious Monk, Art Blakey, John Coltrane, Sony Rollins, Cecil Taylor, Albert Ayler pour n’en citer que quelques-uns. C’est pourquoi, les grandes innovations en dehors des circuits classiques et commerciaux qui ont amené des styles comme le be-bop, le hard-bop ou le free jazz, sont la traduction d’une contestation et d’une revendication d’authenticité lancées par leurs créateurs.

Les caractéristiques principales du jazz (« blue notes », syncope, mise en valeur des divers instruments…) ont fortement influencé la musique moderne, que ce soit la musique populaire (fox-trot, twist, madison, rock, pop, punk…) ou la musique classique (Gershwin, Berstein, Debussy, Ravel, Stravinsky.). Fait paradoxal, Paris a joué un rôle important dans la propagation du jazz à travers le monde. En effet, c’est à l’Europe, et plus particulièrement à Paris que revient le privilège d’avoir découvert cette musique. Les premiers contacts eurent lieu après la première guerre mondiale. L’Europe recevait en vrac sous le nom de « jazz » toute la musique de danse fortement syncopée jouée aussi bien par des orchestres blancs que par des orchestres noirs. Les premiers amateurs européens durent découvrir eux-mêmes ce qu’il y avait de neuf et de passionnant dans ce que l’on considérait encore comme un « accident » dans l’exécution musicale. Les Américains se rendant compte de l’intérêt porté par les Européens à cette forme musicale s’empressent d’expliquer la naissance et l’évolution du jazz. Des controverses existent encore actuellement sur son lieu et sa date de naissance. En bref, on peut dire que le jazz est né aux carrefours où se sont rencontrés :

1. les noirs venus de l’Ouest africain et non initiés aux traditions musicales d’Occident;

2. la langue anglaise;

3. les mélodies venues d’Europe;

4­. les instruments de musique.

Depuis sa découverte aux environs de 1930, le jazz a subi une évolution très rapide. Le jazz moderne ressemble à peu près autant au New-Orleans que du Stravinsky à du Beethoven. Il est passé par une période classique, une période baroque et enfin la période contemporaine qui comporte un nombre très étendu de tendances. Par contre, lorsque nous remontons vers ses origines nous découvrons une période préclassique qui établit la transition entre la période du jazz ancien et la période classique. Enfin nous retrouvons au début du siècle la période primitive qui prend ses racines dans la musique folklorique afro-américaine composée des blues, labours songs et negro-spirituals.

Il est à remarquer que ce folklore a vécu parallèlement au jazz et qu’actuellement il a un regain de succès auprès des amateurs européens, et ce, grâce à la profonde révolution sociale et musicale qu’a connu, durant les années 1960, le Royaume-Uni. Le jazz et le folk ont constitué le terrain fertile qui a permis l’émergence d’un nouveau genre de musique blues, entièrement influencé par l’authentique « black blues » des U.S.A. Et par un juste retour des choses ce sont les groupes britanniques qui ont fait découvrir à la population blanche des Etats-Unis les grands chanteurs de blues tombés dans l’oubli.

Le jazz semble bien devoir continuer son expansion. Serait-il exagéré de voir dans cette musique l’ébauche d’un art international caractéristique non plus d’un groupe ethnique, mais de l’Homme.

Illustration par le disque

1.1.  Negro-spirituals et blues :

Le jazz est issu de plusieurs courants. A travers le folklore vocal, spiritual et blues, et quelques souvenirs de percussion africaine s’élaborent les caractéristiques essentielles de ce qui sera le jazz, c’est-à-dire les « blue notes », la formule appel-réponse, la mesure 4/4, le swing..

Ce folklore apparaît à la fin du XIXe siècle en plusieurs endroits du sud des Etats-Unis (Mississippi, Louisiane).

                           1. « Surely, surely, Amen » : The Spirit of Memphis

                                Disque : Le Club Français du Disque 51 – 25 cm,  33T – B-.I (2’50)

                          2. « Backwater Blues » : Big Bill Broonzy – 1953

                                Pers. : Big Bill Broonzy (voc, g)

                                Disque : Verve V-3000-5 Vol III – 30 cm, 33T. – E.-I  (4’35)

1.2.  Jazz primitif :

Période qui s’étend de 1900 à 1917. C’est à la Nouvelle-Orléans, aux alentours de 1900 que naît l’art instrumental du jazz. C’est l’époque des Buddy Bolden, Bunk Johnson… Premières utilisations des instruments européens. Période de l’improvisation collective. Malheureusement pas d’enregistrements. On peut s’en faire une idée, car dans les années 1930-1940, un mouvement « New Orleans Revival » a permit l’enregistrement d’orchestres reconstitués dans la plus pure tradition.

                           3. « Alexander’s Ragtime Band » : Bunk Johnson and his New Orleans band – 21/11/1945

                                 Pers.: Bunk Johnson (tp); Jim Robinson (tb); George Lewis (el); Lawrence Marrero (bjo); Alcide « Slow Drag » Pavageau (b); Baby Dodds (dm); Alton Purnell (p).

                                 Disque: Brunswick 12160 – 17 cm, 45T (3’08)

1.3. Jazz ancien ou « Vieux Style »:

Période 1917 à 1926 environ.  A la suite de la fermeture du quartier Storyville à la Nouvelle-Orléans, on assiste à une migration des musiciens vers le Nord, à Chicago. C’est la période du style New-Orléans et le règne du contrepoint à 2 ou 3 voix (cornet, trombone, clarinette, ou cornet et clarinette). Introduction des premiers solos par Louis Armstrong.

                           4. « Yes, l’m in the barrel » : Louis Armstrong and his Hot Five – 12/11/1925..

                                  Pers. : Louis Armstrong (c); Kid Ory (tb); Johnny Dodds (cI); Lil Hardin (p); John St Cyr (bj)

                                  Disque : Philips 429 412 BE, 45T – A–2  (2’50)

1.4. Période pré-classique:

a)     Période de 1927 à 1934. Evolution du style New-Orleans : des grands solistes tels que Louis Armstrong (tp), Coleman Hawkins (st) , Earl Hines (p), ou, ici, Johnny Dodds (cl).

                           5. « Oh ! Lizzie » : Johnny Dodds’s trio – 21/04/1927

                                 Pers. : Johnny Dodds (cl) – Lil Armstrong (p) – Bud Scott (g)

                                 Disque : Coral 45T – B-2 ( 2’52)

b)     Apparition des premiers grands orchestres : Duke Ellington, Fletcher Henderson, Don Redman.

                         6.Sugar Foot Stomp” –  Fletcher Henderson and his Orchestra – 25/04/1931.

                                Pers. : Rex Stewart, Russell Smith, Bobby Stark (tp); Benny Morton, Claude Jones (tb); Russell Procope (cl, sa); Coleman Hawkins (st); Harvey Boone (sa); Fletcher Henderson (p, arr); Clarence Holiday (g); John Kirby (b); Walter Johnson (dm).

                                Disque : Brunswick “Kings of swing – vol. 6”  10306 EPB, 45T – A-1 (3’07)

c)     Parallèlement, une école de pianistes noirs se développe à New York : stride (main gauche ambulante, marquant les temps pairs dans la basse et les temps impairs dans le médium) et boogie-woogie (dérivé du blues).

Quelques représentants : Willie Smith « the Lion », James P. Johnson, Fats Waller.

                        7. « Chicago Breakdown » : Big Maceo 15/10/1945.

                               Pers. : Big Maceo (p); Tampa Red (g); Tyrell Dixon (dm).

Un des plus beaux solos de piano en boogie woogie

                               Disque: RCA 130 246 – 25 cm, 33T – side A.l (3’04)

d)     De 1924 à 1930 s’élabore aussi le style Chicago. Musique de jeunes Blancs épris du style New-Orleans. Le meilleur représentant est le cornettiste Bix Beiderbecke.

                        8. « Mississippi Mud (OKeh) – Frankie Trumbauer & His OrchestraNew York, 20 janvier 1928

                              Pers. : Bix Beiderbecke (ct); Charlie Margulis (tp); Bill Rank (tb); Jimmy Dorsey (cl, as), Charles Strickfaden (as); Frank Trumbauer (C melody sax); Min Leibrook (sax basse); Matty Malneck (vln); Tom Satterfield (p); Eddie Lang (g); Harold McDonald (dm); Bing Crosby (voc)..

                              Disque : CD JHR 73517 – piste 17 (3’25)

1.5. Période classique ou middle jazz :

Période de 1930 à 1944.  C’est l’ère du swing. Le grand orchestre (big band) s’est imposé; développement de la section cuivre; instauration du riff, : Jimmy Lunceford, Chick Webbs, Count Basie, Duke Ellington… C’est une musique destinée avant tout à la danse. De nombreux orchestres blancs s’en inspirent.

                        9. « Let me see » : Count Basie and his orchestra – 19/03/1940

                              Pers. : Harry Edison, Buck Clay ton (tp); Benny Morton, Dicky Wells (tb); Earl Warren, Lester Young (st); Count Basie (p); Freddy Green (g) Walter Page (b); Jo Jones (dm)

Une des meilleures sections rythmiques du jazz.

                              Disque: Philips P 07.873 R – 25cm, 33T – B-5 (2’21)

                     10.« Take the “A” train » : Duke Ellington and his orchestra –  Californie, 1958.

                             Pers. : Edward “Duke” Ellington (p) – Harold “Shorty” Baker (tp) – Clark Terry (tp) – Ray Nance (tp, viol) – Quentin Jackson tb) – Britt Woodman (tb) – John Sanders (tb); Bill Graham (sa) – Paul Gonsalves (st) – Jimmy Hamilton (cl, st) – Harry Carney (sb) – Jimmy Woode (b) – Sam Woodyard (dm).

                             Disque : WEA 255399-2 “The private collection – Vol. 2” – CD – piste 7 (4’27)

Cette époque voit la montée des grands solistes qui apporteront leur contribution dans l’évolution future du jazz : Coleman Hawkins, Johnny Hodges, Rex Steward…

                     11.The Sheik of Araby” – Coleman Hawkins’ All Star Octet – 03/01/1940.

                            Pers. : Benny Carter (tp); J.C. Higginbotham (tb);  Danny Polo (cl); Coleman Hawkins (st); Gene Rodgers (p); Lawrence Lucie (g); Johnny Williams (b); Walter Johnson (dm).

                            Disque : RCA EPA 9712 “The Swinging Hawk” – 45T – A-1 (2’54)

Les Blancs font connaître un succédané du vrai jazz : Benny Goodman, Tommy Dorsey, Gleen Miller. Count Basie apparaît sur la scène avec le style Kansas City : profusion de riffs (courtes phrases mélodico-rythmiques, jouées plusieurs fois de suite) et une section rythmique d’une très grande efficacité. Benny Goodman a été le premier musicien blanc à engager dans sa formation, sur un pied d’égalité, des jazzmen de couleur. En 1938, il organise un grand concert historique de jazz au Carnegie Hall à New York, lors duquel des petites formations de Noirs jouent devant un public huppé. Parmi eux, certains arrivent à intégrer complètement la manière de jouer des musiciens noirs, comme Benny Goodman.

                     12.Indian Summer”  – Quintet Benny Goodman

                              Pers. : Benny Goodman (cl) – Russ Freeman (p) – Turk Van Lake (g) – George Duvivier (b) – Shelly Mane (dm)

                              Disque : Philips 840 054 BY – 30 cm, 33T – A-4 (4’28)

Un « Revival » relance le New-Orleans tombé en désuétude, grâce à une session, organisée en 1938 à New York, par le critique français Hughes Panassié autour de Tommy Ladnier, Mezz Mezzrow et Sidney Bechet.

                     13.« Weary Blues » .- Session Panassié – New York, 28/11/1938

                             Pers. : Tommy Ladnier (tp); Sidney Bechet (cI); Mezz Mezzrow (st); Cliff Jackson (p); Teddy Bunn (g); Elmer James (b); Manzie Johnson (dm) -:

                             Disque : Electrola E 83 045 – 30cm, 33T – side A.2 (3’00)

Une des fameuses sessions organisées par Hugue Panassié. On sent l’accord et la spontanéité des musiciens.

1.6. Période baroque : on constate que chaque fois qu’un nouveau courant s’implante (parfois difficilement) dans la musique afro-américaine, c’est en réaction au climat social des Noirs et à la main mise des musiciens blancs sur le jazz du moment. Le be-bop est en fait un cri de révolte contre la musique swing phagocytée par les grands orchestres blancs et le music-hall. Il en sera de même avec le hard-bop et puis le free jazz.

a) Période de transition qui s’élabore au Minton’ House, de 1940 à 1944, avec Thelonius Monk (p), Charlie Christian (g), Charlie Parker.(sa). Les bases de ce que sera le be-bop s’élaborent à l’occasion de jam sessions organisées dans ce club de jazz de Harlem.

                      14.« Lips Flips » : The Harlem Jazz Scene – 1941 « Minton’s Playhouse »

                             Pers. : Theloniuous Monk (p); Kenny Clarke (dm); Joe Guy (tp);; Charley Christian (g).

                             Disque: Esoteric Records ES-548 – 30cm, 33T – B-5 (4’52)

b) Style be-bop de 1944 à 1950 : le jazz devient plus intellectuel et n’est plus forcément destiné à la danse. La section rythmique n’a plus son rôle de « métronome » entraînant l’orchestre. La contrebasse obtient un statut de soliste, la batterie se libère des quatre temps marqués à tout prix. Elle se lance dans d’autres figures rythmiques. Les solos sont nombreux, chaque instrument ayant sa part. Le tempo est souvent très rapide et les grilles harmoniques très fournies (changement d’accords toutes les mesures). Donc, grande maîtrise technique de l’instrument, bonne oreille, connaissance approfondie de la théorie musicale. Les musiciens n’hésitent pas à enfreindre les lois habituelles de l’harmonie ou de la mélodie, créant des sonorités dissonantes difficiles à apprécier pour des oreilles profanes.

Quelques représentants du bebop : Dizzy Gillespie (tp) ; Charlie Parker (sa) ; Bud Powell (p) ; Thelonious Monk (p) ; Dexter Gordon (sax) ; Oscarr Peterson (p) ; Kenny Clarke (dm), Charles Mingus (b) ; Paul Chambers (b) ; Max Roach (dm).

                     15.« Dewey Square » : Charlie Parker Quintet – 10/1947

                            Pers.: Charlie Parker (sa); Miles Davis (tp); Duke Jordan (p); Tommy Porter (b); Max Roach (dm).

                            Disque : Baronet Record B.107 – 30cm, 33T – A-1 (3’45)

Renouvellement des formes du jazz : lignes mélodiques explosives, tumultueuses; dédain pour l’arpège; goût pour les intervalles disjoints et les notes étrangères. Parker à une résonance tranchante, dure, ascétique.

c) Style cool de 1949 à 1954 : est en fait la synthèse d’un certain nombres d’expériences musicales qui ont choisi la retenue et le rejet d’une extériorisation et d’une exubérance associées au jazz. Le nonette de Miles Davis (tp) est le déclencheur de ce mouvement. Ce retour à des rythmes plus apaisés et des compositions plus faciles lui permettra de connaître un succès rapide, en particulier auprès des musiciens de la côte Ouest des Etats-Unis ;

Quelques représentants du cool : Lester Young (st) ; Lennie Tristano (p) ; Miles Davis (tp) ; Chet Baker (tp) ; Gerry Mulligan (st) ; Dave Bruback (p).

                     16.« Israël » – Miles Davis quintet – New-York, 22/04/1949.

                             Pers.: Miles Davis (tp); Gerry Mulligan (sb); J.J. Johnson (tb); Al Haig (p);  Max Roach (dm).

                             Disque : Capitol T-762 – 30cm, 33T – B-4 (2’13)

Ce morceau est un essai de polyphonie poussée sur le blues classique en 12 mesures. C’est un blues en mineur dont le thème est exposé à l’octave.

d) Style West Coast (période 1952-1958) : tendance blanche qui reste plus attachée au classicisme que les deux autres styles. Le jazz qui en sort n’obéit à aucune règle bien définie. L’arrangement a une importance accrue comme dans le style cool.

Quelques représentants du West Coast : Stan Kenton (leader) ; Shorty Rodgers (tp); Shelly Manne (dm) ; Jimmy Giuffre (sax)

                      17.Moonlight in Vermont” – Jimmy Giuffre with Lee Konitz – 05/1959.

                              Pers. : Lee Konitz (sa); Jimmy Giuffre (sb, arr); Hal McKusick (sa); Ted Brown (st); Warne Marsh (st); Bill Evans (p); Buddy Clark (b); Ronnie Free (dm).

                              Disque : CD Verve 527 780-2 “Lee Konitz meets Jimmy Giuffre” – CD2-7 – 3’59.

1.7. Période de transition

Nous sommes dans une période de synthèse où s’affrontent plusieurs tendances. Certains musiciens noirs se sentent à nouveau floués : même la révolution be-bop a été récupérée et affadie. Ils vont réagir et revitaliser le jazz :

a)     le hard-bop se développe entre 1955 et 1960 et prend sa source dans un mouvement de reconnaissance des Noirs américains de leur origines, appelé « Black is beautiful » : un retour aux sources de la musique, à l’Afrique. C’est en même temps une réaction agressive (musicalement parlant) au cool jazz assimilé par les Blancs.

On en revient à la formule des petits ensembles (combos) composés d’une section rythmique et de deux cuivres qui interprètent ensemble un thème entourant une série de solos improvisés tour à tour par chacun des musiciens sur l’harmonie du morceau. Introduction de nouveaux instruments (french horn, cor anglais…)  Sections rythmiques plus homogènes et plus souples, tempo généralement moins rapide, reprise des innovations harmonique du be-bop mais part du rythme plus marqué.

Quelques représentants du hard bop : il est représenté plus particulièrement par Art Blakey (dm) et ses Jazz Messengers dans lesquels passeront une légion de solistes de premier rang.

Donald Byrd, Clifford Brown, Miles Davis, Kenny Dorham, Freddie Hubbard, Blue Mitchell, Lee Morgan, Woody Shaw (tp) – John Coltrane, Lou Donalson, Benny Golson, Johnny Griffin, Joe Henderson, Hank Mobley, Sonny Rollins, Waybe Shorter, Bobby Watson (sax) – Red Garland, Horace Silver, Bobby Timmons, McCoy Tyner (p) – Paul Chambers, Charles Mingus, Curly Russel, Doug Watkins (b) – Philly Joe Jones, Max Roach (dm)

 

                           18.« Hank’s Symphony » : The Jazz Messengers

                                   Pers.: Art Blakey (dm); Donald Byrd (tp); Hank Mobley (st) Horace Silver (p); Doug Watkins (b)

                                   Disque : Columbia CI 897 – 30cm, 33T – B-4 (4’31)

Effet surprenant de polyrythmie dans laquelle Blakey nous donne une preuve de la parfaite indépendance de ces membres.

b)     le Rythm and Blues est un terme de marketing, introduit en 1949 par un journaliste spécialisé, Jerry Wexler,  qui deviendra un des plus talentueux producteurs au sein de la firme Atlantic. Ce terme remplace l’expression race music trop péjorative. Au début le R&B était la version noire de la musique populaire, et un précurseur du Rock and Roll.

A partir des années 60 on l’appela soul music. C’est récemment que le terme R&B revint à la mode, englobant la musique pop et fortement influencé par le hip-hop, le funk et la soul music.

Principaux représentants: Fats Domino (p, voc), Ray Charles (p, voc).

                        19.Walkin’ and talkin’” – Ray Charles – 1952.

                                Pers. : Ray Charles (p, voc); inconnus (g/b/dm).

                                Disque : CD Charly WIS CD 603 – piste 5 (3’08)

c)     Dans sa foulée apparaîtra à la fin des années 60 le style funky (soul ou churchy),  mélange  de gospel et de blues réactualisés, dont certains courants sont difficiles à dissocier du hard bop. Il se caractérise par la prédominance de la section rythmique (guitare, basse, batterie) qui joue des motifs syncopés, la présence quasi-systématique de cuivres sur des ponctuations rythmiques (riffs) ou bien des solos, et de manière générale, la grande place accordée aux instruments

Contrairement à la soul traditionnelle qui privilégie le format « chanson » et le tandem chanteur – producteur, un morceau funk est une œuvre collective, construite sur un groove extensible et modulable à volonté qui permet aux vocalistes et instrumentistes d’intervenir à parts égales.

On distingue plusieurs écoles de funk (allusion à l’odeur corporelle à la suite d’un effort physique) :

  • Tout d’abord, celui du début des années soixante, qui gardent encore une bonne part de racines Rhythm’n Blues et soul, qui mise surtout sur le côté idéologique de la défense des noirs. James Brown en sera le chevalier, on l’appellera d’ailleurs « The Godfather of Funk  ». On peut aussi noter The Meters par exemple dans cette veine. L’instrumentation est rudimentaire, l’esprit est vraiment R&B. On parle de la vie de tous les jours et de ses difficultés.
  • Ensuite, vers la fin des 60 et jusqu’au début des 80, on dérive vers un autre style, plus distancié de la réalité. Amorcé par Sly and the family Stone, il aboutira à la naissance de la galaxie P-Funk (pour Pure Funk) ou Free Funk qui mélangera toutes les influences du moment a un groove irrésistible. Parliament, Funkadelic, P-Funk Allstars... Ces groupes s’amusent à imaginer qu’ils débarquent d’un vaisseau spatial ! Le nom des tournées est éloquent: « The P-Funk Intergalactic U.S. Tour » par exemple. Orchestre gigantesque (parfois plus de 40 musiciens sur scène !) délire total et drogues à foison.
  • Enfin les années 80 porteront ce style vers l’électronique, avec par exemple Zapp, Prince. Le style est plus froid, moins roots, et engendrera une limite floue avec le disco.

Il est a noter que bon nombre de rappers de la côte ouest ont réutilisé le funk, particulièrement le p-funk, dans leur chansons. Ecoutez seulement Atomic Dog de Funkadelic puis What’s my name de Snoop Doggy Dogg: vous serez surpris !

James Brown, The Meters, Bootsy Collins, Headhunters, Sly & The Family Stone, Parliament/Funkadelic, Kool & The Gang, Zapp, Prince, The Brothers Johnson.

                       20.Papa’s got a brand new bag” – James Brown and his orchestra – Charlotte, 02/1965.

                                Pers. : Ron Tooley, Joe Dupairs, Levi Rasbury (tp); inconnu (tb); Eldee Williams, St. Clair Pinckney, Al “Brisco” Clark (st); Maceo Parker (st, sb); Nat Jones (org); Jimmy Nolen (g); Sam Thomas (b); Melvin Parker (dm).

                                Disque : CD Polydor 531 165-2 – CD1-2 (4’16)

d)     Des musiciens difficilement classables au style propre : Modern Jazz Quartet, Thelonious Monk (p) ;

                       21.« Vendom  » : Modern Jazz Quartet – New York, 15/01/1960.

                               Pers.: John Lewis (p) – Milt Jackson (vib) – Percy Heath (b) – Connie Kay (dm).

                               Disque : CDAtlantic 781 340-2 – piste 1 (2’30)

Pas d’éclat, les sonorités sont toutes étouffées, crépusculaires et même quelquefois marquées de préciosité. On peut le qualifier de « Jazz sur la pointe des pieds ».

e)     Le jazz-rock, appelé parfois jazz fusion, est un style musical né à la fin des années 1960.

Ce style est lancé par Miles Davis, lorsque celui-ci prend ses distances avec le be-bop pour se tourner vers la musique amplifiée, mariant les influences du jazz, du rock, du R&B, de la soul music, du funk et parfois de la musique classique. Ses albums « Bitches Brew » et « In a Silent Way » (1969) sont considérés comme l’acte de naissance de ce style.

Quelques célèbres représentants du jazz-rock fusion : Georges Benson (g, voc), Stanley Clarke (b),Billy Cobham (dm), Chick Corea (p), Miles Davis (tp), Herbie Hancock (p), John McLaughlin (g, p), Pat Metheny (g), Marcus Miller (b), Aziza Mustafa Zadeh, Jaco Pastorius (b, dm, p), Wayne Shorter (s), Joe Zawinul (multi).

                       22.John McLaughlin” – Miles Davis ensemble (Bitches Brew)– New York, 19/08/1969.

                                Pers. : Miles Davis (tp); Wayne Shorter (ss); Bennie Maupin (cl b); Joe Zawinul, Chick Corea (p elect); John MacLaughlin (g); Dave Holland (b); Harvey Brooks (b elect); Lenny White, Jack DeJohnette (dm); Don Alias (conga); Jumma Santos (Sheaker).

                                Disque : CD Columbia/Legacy C2K 65774 – CD2-2 (4’22)

f)      Un courant révolutionnaire apparaît en 1960 : le Free jazz. Il dépasse, comme aucun autre, le cadre de la musique. Le free jazz s’inscrit aussi dans une logique militante et politique. En effet les musiciens de jazz firent les frais des politiques discriminatoires états-uniennes de par leur aïeux esclaves d’Afrique mais aussi de par les lois racistes sévissant au moins jusque dans les années soixante aux États-Unis. Le free jazz voulut donc être aussi une libération culturelle profonde en rompant radicalement avec les schémas de la musique occidentale (musique tonale et rythme en binaire ou en ternaire). En même temps on vit beaucoup de noirs états-uniens se convertir à l’islam et changer de nom (voir Cassius Clay par exemple). Tout cela s’inscrit dans le mouvement des droits civiques dont Martin Luther King ou Malcom X furent les symboles et les martyrs.

Habituellement, cette musique est jouée par de petits groupes de musiciens. Dans l’esprit populaire, le free jazz est lourd, agressif et dissonant. Beaucoup de critiques pensent que l’abandon des éléments familiers du jazz est dû à un manque de technique de la part des musiciens. Ce point de vue est devenu marginal et cette musique a pu se construire une forte tradition. Elle reste toutefois moins populaire que d’autres formes de jazz.

Le free jazz utilise les bases du jazz mais avec une composition moins structurée que les styles précédents. L’improvisation, par exemple, y tient une grande place, le free jazz étant d’ailleurs un des principaux « inspirateur » du genre improvisation libre. Cependant, le free jazz est beaucoup plus facile à caractériser par la comparaison, par ses différences d’avec les autres formes de jazz, sorte de tiroir pratique dans lequel on range des genres très différents, tels que le ragtime des débuts, le swing, le jazz fusion, ou encore des styles plus récents tels que le techno jazz, que par une définition nette.

Ces autres formes de jazz ont des tempos puissants, sur des rythmes métriques, habituellement en 4/4, ou parfois en 3/4. Le free jazz maintient normalement un rythme de base, mais sans mètre régulier, avec accélérations et baisses subites, comme la houle marine. Il arrive souvent que les musiciens d’un même orchestre jouent sur des tempos différents. Un rythme général se dégage cependant de cette musique, le tempo n’a pas disparu.

Ce genre de musique a influencé des artistes tels que Miles Davis, Tim Buckley ou encore Frank Zappa à un moment de leur parcours musical.

Ses représentants les plus marquants sont : John Coltrane (st), Sonny Rollins (sa), Cecil Taylor (p),  Albert Ayler, Eric Dolphy (s, cl), Ornette Coleman (st).

                      23.« Soul Eyes » : John Coltrane Quartet

                               Pers.: Mc Coy Tyner (p) – Elvin Jones (dm) – Jimmy Garrison (b) – John Coltrane (ts)

                               Disque : Impulse A.21, 30cm, 33T – A-2 (5’22)

                      24.« Dizzy Moods » : Charlie Mingus  – The JazzWorkshop, 18/7/1962

                               Pers. : Charlie Mingus (lead, b); Jimmy Knepper (tb); Curtis Porter (sa); Clarence Shaw (tp); Bill Triglia (p); Danny Richmond (dm); Frankie Dunlop (perc.); Lonnie Elder (voc).

                               Disque : CD RCA Victor Gold Series 74321749992 “Charlie Mingus – Tijuana Moods”, disc 1-1 – 5’51

Ce morceau fait partie d’une œuvre de Mingus : Tijuana Moods. Il marque la transition entre l’univers musical américain (le jazz) et la chaleur hispanisante du Mexique. La trame harmonique est empruntée à un autre grand musicien de jazz, Dizzy Gillespie, également inspiré par les climats tropicaux.

                       25.« Rick Kick Shaw » – Cecil Taylor – Boston, 09/1956

                                Pers. : Cecil Taylor (p) – Buell Neidlinger (b) – Dennis Charles (dm)

                                Disque : Blue Note CDP 7 84462 2 – CD p piste 6 (6’03)

1.8    Période après la revolution

 Le free jazz a suscité dès l’origine des phénomènes de rejet de la part de la critique et des amateurs de jazz traditionnels. Il ne pouvait survivre commercialement aussi dès la fin des années 70 une sorte de « revival » se fait jour. On revient à une musique plus facile, à un retour vers des styles plus orthodoxes. On parlera de « néo-bop ».

                       26.« Brother Veal » – Wynton Marsalis septet

                               Pers. : Wynton Marsalis (tp) ; Marcus Roberts (p) ; Wessell Anderson (sa) ; Todd Williams (st, ss) ; Wycliffe Gordon (tb); Reginald Veal (b); Herlin Riley (dm).

                               Disque : CD COL 471625-2 – piste 1 – 2’15.

Des musiciens free referont une lecture adaptée d’œuvres anciennes mais continueront au début des années 80 a s’afficher comme les représentants les plus rigoureux de cette forme de jazz. Retenons les pianistes Cecil Taylor et Muhal Richard Abrams, le quintette Art Ensemble of Chicago.

Parallèlement, divers essais de synthèse d’éléments traditionnels et d’acquis, surtout techniques récents, verront le jour : jazz et rock, jazz et musique indienne, blues et électronique, rock et musique contemporaine…

                      27.« Tribute to Julius Hemphill and Don Pullen » – Muhal Richard Abrams and his Big Band – New York, 24/06/1995.

                              Pers. : Muhal Richard Abrams (p, synt., rain stick, perc, voc); Mark Feldman (vl, perc, voc); Tony Cedras (accord. perc, voc); Marty Ehrlich (sa, cl b, perc, voc); Patience Higgins (st, cl b, perc, voc); Anne LeBaron (harp, perc, voc); Eddie Allen (tp, perc, voc); Lindsey Horner (b, perc, voc); Bryan Carrott (vib, perc, voc); Reggie Nicholson ( dm, perc, voc).

                              Disque : CD New World Record 80469-2 piste 4 (4’03)

Un autre effet paradoxal du free jazz est la prise d’indépendance des musiciens européens qui jusque là se calquaient sur ce qui venait des Etats-Unis, ou l’adaptaient. Ce mouvement s’amorce durant les années 60 et commence à se faire entendre dans le monde entier. Ce sont des musiques, le plus souvent improvisées et très différentes les unes des autres que l’on regroupe malgré tout sous le terme général de jazz.

                    28.It’s alright with me” –  Brad Mehldau trio at the Village Vanguard, New York, 29/07 – 03/08/1997.

                            Pers. : Brad Mehldau (p); Larry Grenadier (b); Jorge Rossy (dm).

                            Disque : CD Warner Bros 9362-46848-2 – piste 1 (12’39).

Discographie

1)     “Negro Spirituals N°/2 Gospel Songs II”

Le Club Français du Disque 51 N – 25 cm, 33T

2)     « The Bill Broonzy Story »

Coffret de 5 disques Verve Records – Folk Series V-3000-5 – 30 cm, 33T

3)     “Bunk Johnson and his New Orleans Band”

Brunswick 12 160 – 45RPM

4)     “Louis Armstrong and his hot five”

Philips 429 412 BE – 45RPM

5)     “Pioneers of Jazz 3 – Johnny Dodds 1927”

Coral 94 203 – 45RPM

6)     “Kings of Swing Vol. 6 – Fletcher Henderson and his Orchestra”

Brunswick 10306 – 45RPM

7)     “Big Maceo”

RCA 130 246 – 25 cm, 33T

8)     “A Jazz Hour with Bix Beiderbecke – Jazz Me Blues”

SPA JHR 73517 – CD

9)     « Jazz pour tous 4 – Count Basie avec Lester Young »

Philips P 07.873 R – 25 cm, 33T

10)  “Duke Ellington – The private collection – Vol. two, Dance Concerts California 1958”

WEA 2 55399-2 – CD

11)  “The Swinging Hawk”

RCA EPA 9712 – 45RPM

12)  “Happy Session – Benny Goodman and his orchestra featuring André Prévin and Russ Freeman”

Philips 840 054 BY – 30 cm, 33T

13)  Jazz Star Serie 34 “Really the Blues”

Electrola WCLP 651 – 30 cm, 33T

14)  “Charley Christian – Jazz immortal, Dizzy Gillespie – 1941 After hours Monroe’s Harlem Mintons”

Esoteric Records ES 548 – 30 cm, 33T

15)  “The early bird…” – Charlie Parker with Miles Davis

Baronet Records B-107 – 30 cm, 33T

16)  “Birth of the Cool – Miles Davis

Capitol T-762 – 30 cm, 33T

17)  “Lee Konitz meets Jimmy Giuffre”

Verve 527 780-2 – 2CD

18)  “The Jazz Messenger”

Columbia CL 897 – 30 cm, 33T

19)  “Jazz & Blues – Ray Charles”

Charly, Editions Atlas WIS CD 603 – CD

20)  “James Brown – Foundations of Funk – A Brand New Bag : 1964-1969”

Polydor531 165-2 – 2CD

21)  “The Modern Jazz Quartet – Pyramid”

Atlantic 781 340-2 – CD

22)  “Miles Davis – Bitches Brew”

Columbia/Legacy C2K 65774 – CD

23)  “Coltrane”

Impulse A-21 – 30 cm, 33T

24)  “Charlie Mingus – Tijuana Moods”

RCA Victor Gold Series 74321749992 – 2CD

25)  “Cecil Taylor – Jazz Advance”

Blue Note CDP 7 84462 2 – CD

26)  “Wynton Marsalis Septet – Blue Interlude”

Columbia 471635 2 – CD

27)  “Muhal Richard Abrams – One Line, Two Views”

New Worlds Records BD 469-2 – CD

28)  “Brad Mehldau The Art of the Trio, Vol. 2 – Live at the Village Vanguard”

Warner Bros 936 46848-2

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