1er DIALOGUE

LES ORIGINES DU JAZZ

Je voudrais tout d’abord vous présenter deux nouveaux compagnons, ceux qui seront nos guides dans ce voyage à travers l’histoire du jazz.

« Bird » : en argot jazzistique est la contraction du mot yardbird signifie le « bleu », le novice. C’était le surnom de Charlie Parker.

« Cat » : c’est le « Chat », c’est-à-dire l’amateur ou le musicien de jazz..

               1. « Rhapsody in Blue » – George Gershwin (version originale) – 10/06/1924

                    Pers. : George Gershwin (p), orchestre de Paul Whiteman

                    Disque : CD Frémeaux & Associés SA CD1 FA 152, piste 5 (9’00)

–      Bird : Ecoute, c’est la « Rhapsodie in Blue » de George Gershwin. C’était un fameux compositeur de jazz !

–      Cat : La version que tu viens d’entendre est la version originale commandée par Paul Whiteman qui fut exécutée, avec le compositeur au piano, le 10 juin 1924. Quitte à te décevoir, Gershwin n’est pas réellement un compositeur de jazz. Il se distingue toutefois de ses contemporains tels que Jerome Kern [1], Irving Berlin [2], Cole Porter [3] et bien d’autres par le fait qu’il ne s’est pas contenté, comme eux, de faire le travail qu’on lui demandait, c’est-à-dire des mélodies de comédies musicales. Il a voulu créer une musique typiquement nord-américaine en intégrant toutes les tendances apportées par les différentes populations d’émigrés. Dans ce sens, il a joué un rôle important en essayant d’incorporer certaines caractéristiques jazziques dans sa musique et en composant de nombreux airs qui seront repris par les musiciens de jazz, tels que les célèbres « The man I love », « I got rhythm », « Lady be good » ou « Somebody loves me » pour ne citer que ceux-là.

–      Bird :  Comment ! N’appelle-t-on pas sa musique du « jazz symphonique »

–      Cat : C’est Whiteman qui lança le terme uniquement dans un but commercial. Il faut cependant reconnaître qu’il fut l’un des premiers musiciens blancs à vouloir introduire le jazz dans les salles de concert. C’est pourquoi, il organisa ce concert à l’Aeolian Hall, à New York. Des artistes classiques de renommée mondiale, tels que Fritz KREISLER [4], Jascha Heifetz [5], Serge Rachmaninov et John Mc Cormack [6], avaient été invités à cette soirée. La presse y envoya ses meilleurs critiques. De nombreuses répétitions furent nécessaires pour que l’orchestre de 23 exécutants soit en place. Le concert eut un succès considérable et l’œuvre de Gershwin fut acceptée avec enthousiasme.

Dès ce moment, Whiteman fut le chef d’orchestre de « jazz » le mieux payé des Etats-Unis, ce qui lui permit d’engager les meilleurs musiciens du moment : Bix Beiderbecke (crt), les frères Dorsey, Eddie Lang (g), Jack Teagarden (tb), Henry Busse (tp, comp), Ferd Grofe (p, comp).

Toutefois quelques tentatives de fusion entre un soliste de jazz et un grand orchestre symphonique furent enregistrées. Je t’en donne un exemple. Coleman Hawkins au sax tenor soutenu par l’orchestre de Billy Byers, constitué d’un ensemble de cordes et d’un quatuor à vents, interprète le célèbre « Body and soul ».

               2. « Body and soul » – Coleman Hawkins avec Billy Byers et son orchestre

                      Pers. : Coleman Hawkins (st) ; Billy Byers (ld); 15 cordes; un quatuor à vent, section rythmique

                     Disque : RCA 430.234 A1 (4’51)

–      Bird : Evidemment, cela manque un peu de chaleur, mais on sent que le soliste est un excellent musicien.

–      Cat : Heureusement, le jazz évolua dans une autre direction que celle de « jazz symphonique » avec grand orchestre : Duke Ellington, Count Basie, Jimmie Lunceford….  et bien d’autres en sont de beaux exemples.

Whiteman perdit un peu de sa vogue et s’orienta vers un style de concert très raffiné.

Voici le même Coleman Hawkins, mais cette fois avec son propre orchestre composé de musiciens européens. Cet enregistrement date de 1935 et a été réalisé en Hollande, lors de son séjour en Europe de 1934 à 1939. Le morceau s’intitule « Chicago »

               3. « Chicago » – Coleman Hawkins and his orchestra – 14/11/1935

                     Pers. : Henk Hinrichs (tp); Marcel Thielemans (tb); William Poppink, André van den Ouderaa (s); Theo Masman (p); Jack Pet (g); Kees Kranenburg (dm)

                     Disque : Br. 10307 EPB A1 (3’01)

–      Cat : Alors !

–      Bird : Je comprends mieux ta réticence vis-à-vis du « jazz symphonique ».

–      Cat : Je suis persuadé que pour toi un Miles Davis ou même un Charlie Parker ne sont pas de vrais musiciens de jazz.

–      Bird : C’est en somme vrai !

–      Cat : Vois-tu, je crois que beaucoup de personnes sont dans ton cas. Que beaucoup de personnes n’apprécient pas le jazz parce qu’elles s’en font une idée fausse.

–      Bird : Mais alors: « Qu’est ce que le jazz ? ».

–      Cat : Tu viens de poser une question dangereuse. Chaque fois que quelqu’un l’émet, il se déclenche une vraie polémique digne de celle que suscita la première représentation d' »Hernani » de Victor Hugo le 21 février 1830. Surtout qu’à l’heure actuelle on a tendance à fourrer un peu de tout sous ce terme.

Certains amateurs te diront que la véritable musique de jazz s’arrête à 1928-1929, et ils te parleront des musiciens actuels avec un mépris non dissimulé. Pour d’autres, seul le blues, ou le swing, ou le be-bop, ou même le free-jazz représente réellement la musique afro-américaine.

–      Bird : Blues, swing, be-bop, free-jazz… je n’en sortirai jamais !

–      Cat : Ne te décourage pas. Veux-tu que je te fasse découvrir cette musique, et même te la faire aimer si possible.

–      Bird : Je n’attends que ça !

–      Cat : Une petite mise en écoute avec un magnifique morceau « Perdido Street Blues«  où l’on peut apprécier les jeux entrelacés de Louis Armstrong et de Sidney Bechet.

               4. « Perdido Street Blues« Sidney Bechet – 27/5/1940.

                     Pers.: Louis Amstrong (tp) – Claude Jones (tb) Sidney Bechet (cl,ss) – Luis Russel (p) – Bernard Addison (g) – Wellman Braud (b) – Zutty Singleton (dm).

                     Disque : Br. 87 508 LPBM – B2 (3’00)

–      Bird : Formidable, je pense que je vais apprécier de plus en plus ce genre de musique.

–      Cat : C’est une histoire longue, qui touche à de nombreux domaines, mais elle est passionnante. Assieds-toi confortablement et écoute…

Comme dans toute étude historique, nous allons remonter au déluge, c’est-à-dire à la transplantation des premiers esclaves africains dans le Nouveau – Monde.

–      Bird : Alors, nous nous retrouvons au XVIIe siècle !

–      Cat : Plus exactement en 1619 à Jamestown, en Virginie. Des navigateurs hollandais ont imaginé de vendre quatorze pauvres bougres de Noirs aux colons de l’endroit en échange de vivres et d’approvisionnements. Sept ans plus tard, ce sont quelques-unes des trente familles du poste hollandais appelé « Nieuw-Amsterdam » qui font l’acquisition de 11 esclaves. Je te signale que ce village a donné naissance à New-York.

–      Bird : J’ai toujours pensé que la Nouvelle-Orléans était le berceau du jazz.

–      Cat : La Nouvelle-Orléans, capitale de la Louisiane, n’a vu débarquer ses premiers esclaves que vers 1712.

En vérité, on peut considérer que le jazz, ou plutôt la culture afro-américaine, a été conçue lorsque les premiers noirs sont arrivés en Amérique. La majorité des esclaves provenaient des côtes atlantiques de l’Afrique, l’ancienne « Côte des esclaves », c’est-à-dire des pays qui forment actuellement le front du Golfe de Guinée : la Guinée, le Libéria, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Togo, le Bénin (ex Dahomey), le Nigeria, le Cameroun. Les peuples, qui par leur culture musicale très développée eurent le plus d’influence sur l’élaboration progressive d’une musique noire américaine, sont les Ibo et les Yoruba du Nigeria et du Ghana. Rien de tel qu’un exemple. Je vais te faire écouter quelques airs, afin de te montrer la parenté existant entre la musique africaine et le jazz.

–      Bird : Mon Dieu! Quelle discothèque ! Comment fais-tu pour t’y retrouver ?

–      CAT: L’habitude, mon vieux. Et puis, tout a été mis en ordinateur, ce qui me permet une recherche plus rapide. Ah ! je crois que j’ai trouvé ce qu’il faut.

Je te passe d’abord un exemple d’un groupe de percussion de la tribu des Hausa au Nigeria, puis les tambours des Baoule de Côte d’Ivoire.

Le premier ensemble représente bien les orchestres de percussion de la côte occidentale de l’Afrique noire. Dans le morceau interprété, on peut distinguer trois rythmes principaux obtenus au moyen de grattoirs, de shakers et de tambours.

Le deuxième morceau comporte tambours et clochette métallique. On remarque un balancement du rythme des tambours par rapport à celui régulier de la clochette.

               5. « Simpah » – Hausa, Nigeria

                     Enregistré au Ghana par Ivan Annan (Flw FW 8859)

                     Disque : Flw FA 2694 A1 (1’55)

               6. « Anougble Festival » – Baoule,  Côte d’Ivoire

                    Enregistré en Côte d’Ivoire par Donald Thurow (Flw FE 4476)

                    Disque : Flw FA 2694 A10 (1’32)

–      Bird : Quel rythme !

–      Cat : C’est ce qu’on appelle la polyrythmie africaine. Il arrive que plus de douze thèmes différents se chevauchent, les éléments mélodiques ou harmoniques ne servant qu’à dissocier pour l’oreille les divers instruments de percussion.

–      Bird : Cela devient trop savant pour moi.

–      Cat : Nous reprendrons ces notions au fur et à mesure de notre histoire. Maintenant un solo de batterie de Baby Dodds, célèbre musicien de la Nouvelle-Orléans. Ici, de nouveau, tout est axé autour d’une pulsation rythmique simple, mais l’accentuation est plus complexe. Le rythme de base passe à la cymbale pour adopter finalement une structure tonale typiquement africaine.

               7.Jazz Drumming” – Baby Dodds, New York Contempary – janv. 1946

                    Enregistré à New York par Moses Asch

                    Disque : Flw FA 2694 A11 (1’54)

–      Bird : Effectivement la similitude est frappante.

–      Cat : Cette parenté est encore plus évidente lorsque l’on compare la musique noire des Antilles et du Brésil à des enregistrements venant du pays Ibo ou Yoruba; car en fait, la musique afro-américaine ne se limite pas uniquement au jazz, mais comprend toute la musique noire jouée sur le continent américain. Le jazz est une branche de cette culture et c’est elle uniquement que nous suivons. Cependant, je te passe un exemple de percussion des Bahamas. Cherche à distinguer de nouveau les trois niveaux rythmiques – un rythme régulier sur le grattoir-scie, un contretemps (off-beat, ou after-beat) persistant sur le tambour principal et un déplacement régulier des tambours intermédiaires. Nous expliquerons ce terme lorsque nous aborderons les caractéristiques du jazz.

               8. « Jumping Dance » – Bahamas

                    Enregistré dans l’île de New Providence, par Marshall W. Stearns (Flw FE 4502 C/D)

                    Disque : Flw FA 2694 A2 (1’31)

–      Cat : Revenons à nos esclaves.

–      Bird : Depuis que nous les avons quittés, ce trafic a pris l’ampleur d’une industrie prospère.

–      Cat : Oui, le premier arrivage massif a lieu en 1638, à Boston. Des milliers de Noirs travailleront dans les champs de coton et dans les mines des nouveaux territoires d’Amérique. Les Etats du Sud avaient bâti toute leur économie, en grande partie tournée vers la culture cotonnière, sur l’esclavage.

Déracinés, décimés durant la traversée et dispersés sur les marchés d’esclaves, ces populations noires eurent à se reconstituer une culture en s’appropriant et en adaptant à leur mode celle de leurs propriétaires d’origine européenne Au début, par une sorte de nostalgie, ils conservent leurs moeurs antérieures.

En Afrique, les Noirs aiment rythmer le travail des champs en chantant. Deux exemples, pour illustrer mon propos.

D’abord un chant des Kpelle, peuple vivant au Liberia. Six hommes défrichent la brousse afin de préparer un terrain pour la culture du riz. A un moment, ils se mettent à chanter d’une voix rude et sombre avec un rythme synchronisé avec leurs mouvements.

Dans le deuxième exemple, un chant de travail (work song) du Cameroun. Un leader lance une phrase que ses partenaires reprendront en chœur.

               9. « Work Song » – Kpelle, Liberia

                    Disque : Flw FA 2694 B1 (1’58)

               10.« Work Song » – Cameroun

                     Enregistré au Cameroun par Robert et Pat Ritzenthaler (Flw FE 4372)

                     Disque : Flw FA 2694 B2 (1’26)

–      Cat : Les esclaves disséminés dans les champs communiqueront entre eux par des appels entre récit et chant. Ces premiers « fields hollers » (cris des champs) se retrouvaient encore au milieu du siècle dernier sous la forme de « work songs » comme en Afrique, pour rythmer un travail collectif. Celui que je vais te faire entendre a été enregistré en septembre 1959 dans un pénitencier pour Noirs du Mississippi. Il reflète bien l’ambiance des travaux collectifs qui se sont échelonnés depuis l’arrivée des esclaves dans les Etats du Sud.

               11.« Po’ Lazarus« – Camp B, Mississipi State Penitentiary à Lambert -sept. 1959

                    Pers. : James Carter et groupe de prisonniers (voc)

                    Disque : Rounder CD 1705 – piste 17 (4’50).

–      Bird : A l’évidence, à l’écoute de ce chant, on ressent l’origine africaine de ces gens.

–      Cat : Ce qui impressionne dans ces chants, ce sont les glissements mélodiques, les passages rapides de voix de poitrine à voix de tête, le grain particulier des voix et le rythme naturel qui en émane.

               12.« Chopping in the new ground » – Negro Prison Camp Work Songs – février 1951

                    Pers. : un leader et un choeur de prisonniers

                    Disque : CD Flw F-4475 – piste 3 (1’37)

–      Cat : Curieusement, on trouve, dès 1644, la première trace d’un affranchissement d’esclaves. Ceux-ci sont régulièrement associés aux offices religieux. Certains propriétaires veillent à ce qu’un enseignement leur soit dispensé (lecture, catéchisme, apprentissage d’un métier manuel, comme la lutherie). Nous verrons cela lorsque nous aborderons la musique religieuse.

Entre 1750 et 1800, divers avis concernant des esclaves évadés ou mis en vente, font mention de leurs talents musicaux. Les instruments cités sont généralement le violon, le tambour, le fifre, la flûte allemande ou même le cor d’harmonie. On note des chanteurs, des siffleurs et pour l’anecdote « une jeune fille portée sur l’alcool et susceptible de chanter des chansons indécentes ».

Voici encore un work song tel qu’on pouvait les entendre au début du XXe siècle dans le Sud.

               13.« I be so glad when the sun goes down »

                     Pers. : Ed Lewis + groupe vocal (2’30)

                     Disque : Atl. SD-1346 B10.

–      Cat : Tous ces enregistrements sont dus à un homme qui fit un travail énorme de recherche et de collecte à travers les Etats-Unis. Alan Lomax voulait conserver l’art musical traditionnel des différentes contrées des U.S.A, sous toutes ses formes . Il constitua une collection phénoménale de documents sonores pour la firme Folkways Record, fondée en 1948 par Moses Asch. Tous les originaux ont été déposés à la « Ethnic Folkways Library » du Congrès et font maintenant partie du patrimoine mondial.

–      Bird : Voilà un homme qui a compris l’importance de sauver de l’oubli les témoignages des cultures minoritaires qui en définitive se font absorber par l’écrasante et impitoyable culture dite « occidentale ».

–      Cat : En 1712, on assiste à la première révolte d’esclaves à New York. Le paternalisme en vigueur dans les colonies du Nord offre un sérieux contraste avec le traitement qui leur est infligé dans le Sud. L’abolition de l’esclavage exista dans ces Etats nordiques dès la fin de la Guerre d’Indépendance, en 1783. La rigueur des conditions de vie et de travail entraînera plusieurs complots et révoltes jusqu’à la fin de la Guerre de Sécession.

Une première et timide émancipation se fait jour dans la population noire :

1787 : fondation de la « Free African Society » qui donnera naissance aux premières sectes noires. Les premiers chants de travail seront recueillis sur les plantations.

1791 : Newport Gardner, professeur noir autodidacte très apprécié, achète sa liberté et fonde une école de musique à Newport.

Et maintenant, une balade a capela où l’on discerne une tendance « spirituals ».

               14. »Lazarus » – St. Simon’s Island, Georgia – oct. 1959

                     Pers. : Henry Morrison (voc)

                     Disque : Rounder CD 1705 – piste 10 (1’40)

–      Cat : Dès le XVIIIe siècle, les Noirs se réunissaient par centaines à l’occasion de la Pentecôte. Ces rassemblements, nommés « Pinksters » d’après le mot déformé « Pentecosters », se limitaient, au début, aux Etats du Nord. Seule la Nouvelle-Orléans dans le Sud tolérait ce genre de manifestations. C’est ainsi que certaines places publiques où elles se pratiquaient sont devenues célèbres : à New-York, c’est le « Catherine Market » ­emplacement de l’actuel « Catham Square » ; à la Nouvelle-Orléans c’est la « Place Congo », qui se nomme aujourd’hui « Beauregard Square ».

               15.« Come on boys, let’s go to the ball »

                     Pers. : Sid Hemphill (fl de pan); Lucius Smith (dm)

                     Disque : Atl. SD-1346 –face B6 (2’20)

–      Bird : Possédaient-ils à cette époque des instruments de musique ?

–      Cat : Généralement, l’assemblée accompagnait les danseurs en battant des mains, mais les Noirs possédaient quelques instruments musicaux très primitifs, dérivés des instruments africains, tels que barils recouverts de peau de mouton, violons à trois cordes – ancêtres du banjo – « marimbulas », c’est-à-dire des xylophones dans lesquels des calebasses servent de caisses de résonance. A ce propos, sais-tu que le plus vieil instrument de musique connu consistait en un trou dans le sol, recouvert d’une peau tendue et amplifiant le son produit par une liane frappée [7].

–      Bird : Non, je ne connaissait pas cet instrument…

               16.« Hen Duck » – Lonnie Young

                     Pers. : Lonnie Young (voc – bdm) – Ed Young (cane file) – Lonnie Young Jr (skaze dm)

                     Disque : Atl.SD-1346.A2 (3’02)

–      Bird : Est-ce que ces danses étaient de la pure improvisation ?

–      Cat : Il était laissé au danseur une très grande liberté, mais certaines danses comportaient un ensemble de pas déterminés et portaient des noms différents: la « Bamboula », la « Calinda », la « Counjai ». . .

Je te passe encore deux disques de comparaison. D’une part un chant des Noirs du pays des Dogons au Mali, d’autre part un chant de Noirs d’Amérique.

               17.« Men’s Wedding Song » – Mali, Dogon

                     Enregistré au Mali par Betty et W. Gurness Dyer (Flw FE 4338)

                    Disque : Flw FA 2694 B4 (1’21)

               18.« Go down old Hannah » – United States

                    Enregistré au Texas par Peter Seeger et John Lomax Jr. (Flw FW 6389)

                    Disque : Flw FA 2694 B5 (1’29)

–      Bird : Encore une fois, la similitude est bien évidente… Je crois que tu feras de moi un fervent amateur de la musique afro-américaine.

–      Cat : Nous terminerons ce premier entretien en écoutant d’abord les tambours Yoruba, puis à nouveau un magnifique solo de Baby Dodds

C’est peut-être l’occasion de te présenter le seul instrument inventé par le jazz : la batterie (trap drums) [8]. Dans le morceau que nous allons entendre, le batteur dispose d’un ensemble de percussion constitué de :

● une grosse caisse (bass drum) ou tambour basse actionné par une pédale ;

● une caisse claire (snare drum) tendue d’une peau de chèvre angora ;

● trois toms, un d’1/4 de ton, un d’1/2 ton et un d’un ton entier ;

● deux cymbales (hats) dont l’une actionnée par une pédale (higt hat) ;

● un bloc de bois (woodstock) ;

● quatre cloches (cowbells).

L’équipement du batteur comprend encore un jeu de baguettes, un jeu de mailloches (maillets) et un balai (brush).

Différents tons sont produits au moyen du woodstock en le frappant à différents endroits avec différentes parties des baguettes, comme dans le cas des tambours de bois fendus africains. Le tempo de ce morceau est du type « jump », vif animé, soit, ici,  60 pulsations par minute.

               19.« Batakoto »  – Yoruba

                     Pers.: Yomi Awolowo, Billy Bongo, Adesanya Adeyeye (konga).

                     Disque : LLST 7389 Bl (5’37)

               20.« New Orleans/Chicago Jazz Drumming »  – Babby Dodds

                      Enregistré à New York par Frederic Ramsey Jr. (Flw FJ 2290)

                      Disque : Flw FA 2694 piste 9 (2’08)

–      Cat : Avant de se quitter, je t’offre en prime, une prestation de mon batteur préféré, Art Blakey. Ici, c’est un retour aux sources. En effet, Blakey a longtemps étudié les percussions africaines en allant sur place. Dans « The Sacrifice » qui fait partie de la « Drum Suite », et qui débute par un authentique chant en swahili, il s’entoure de percussionnistes qui utilisent des bongos, timbales et gong.

               21.« The Sacrifice » – The Art Blakey Percussion Ensemble – 1956

                     Pers. : Art Blakey, Jo Jones (dm) – Candido, Sabu (bongos) – Ray Bryant (p) – Oscar Pettiford (b, cello) – Charles Wright (dm, timb, gong)

                     Disque : CD Col. 480988 2 – piste 1 (5’17)

–      Bird : Epoustouflant. En effet on sent nettement que le bonhomme a parfaitement assimilé la polyrythmie africaine dont tu parlais au début de cet entretien.

Vivement la prochaine séance car je suis impatient de connaître la suite de cette histoire passionnante.

Discographie

  1. George Gershwin – A Century of Glory

1898 – Centième anniversaire / 100 Years – 1998

Frémeaux & Associés FA152 (2CD)

  1. Coleman Hawkins avec Billy Byers et son orchestre

RCA 430.234 – 30cm, 33T.

  1. Coleman Hawkins and his orchestra – Kings of swing – Vol. 7

Brunswick 10307 EPB – 45T

  1. Sidney Bechet

Brunswick 87 508 LPBM – 30cm, 33T.

  1. Roots of Black Music in America

Folkways Records FA 2694 – 30cm, 33T

  1. Southern Journey – Vol. 5 : Bad Man Ballads – Songs of Outlaws and Desperados

Rounder CD 1705

  1. Southern Folk Heritage series – Sounds of the south

Atlantic SD-1346 – 30cm, 33T

  1. Negro Prison Camp Worksongs

Folkways Record F-4475 – CD

  1. Nigeria – Music of the Yoruba people

Luriehord LLST 7389 – 30 cm, 33T

  1. Drum Suite

CD Columbia 480988 2

Bibliographie

1)     Bergerot F., Merlin A. (1991) – « L’épopée du jazz 1/ du blues au bop » – Découvertes Gallimard 114.

2)     Carles P., Clergeat A., Comolli J.-L. (1988) – Dictionnaire du Jazz, Robert Laffont – Bouquins.

3)     Champarou P. – « Le Blues : des Plantations à la Scène Musicale« , in La Gazette de Greenwood, juin 2002.

4)     Charter S. (1972) – Roots of Black Music in America – Notes accompagnant l’album Folkways Records N° FA 2694.

5)     Courlander H., Asch M. (1956) – « Negro Prison Camp Work Songs » – Notes accompagnant l’album Folkways Records N° FE 4475.

6)     Goffin R. (1948) – « Nouvelle histoire du Jazz – Du Congo au Bebop – Ed. « L’Ecran du monde » Bruxelles.

7)     Heuvelmans B. (1951) – « De la Bamboula au Be-Bop » – Ed.de la main jetée, Paris.

8)     Sandved K.B. (1958) – Le monde de la Musique, Editions Le Sphinx, Bruxelles.

9)     Ulanov B. (1955) « Histoire du Jazz » – Ed. Corréa, Buchet/Chastel, Paris.

Orchestre traditionnel africain

NOTES


[1]  Jerome Kern (* 1885, New York – … 1945, New York) – compositeur américain, d’ascendance allemande et tchèque. Il obtint son plus grand succès grâce à la musique qu’il composa, en 1927,  pour  la pièce écrite par Oscar Hammerstein II, d’après le roman d’Edna Ferber Show Boat. Kern fut l’un des compositeurs de musique légère les plus populaires et les plus renommés du monde. Il se place avec Irving Berlin, au premier rang des compositeurs d’opérettes. On lui doit plusieurs chansons qui seront reprises par les jazzman : « Ol’ man river« , « Smoke gets in your eyes« …

[2]  Irving Berlin (* 11.5.1888, Mogilyov, Russie – … 22.9.1989, New York) – compositeur américain de chansons populaires. De son vrai nom Isidore Baline, il est le benjamin d’une famille russe de huit enfants qui, en 1893, s’installe dans le bas-quartier d’East Side à New York. Ayant perdu son père à l’âge de huit, il dut très tôt subvenir aux besoins de sa famille. Au début, il n’écrivait que les paroles des chansons, demandant à un musicien de les harmoniser. Il appris à jouer du piano à un doigt et trouva un éditeur qui tira profit de la vente de ses premières composition dont « Alexander’s Ragtime Band« , publié en 1911. Berlin fonda sa propre maison d’édition. Jouant fort mal du piano, il invente un appareil astucieux qui peut faire passer tout le clavier à n’importe quel ton, dont il se sert dès qu’il a esquissé un air. Lui aussi fournira un certain nombre de chansons reprises par les musiciens de jazz.

[3]  Cole Porter (* 9.6.1891 ou 1892, Peru, Indianna – … 15.10.1964) – compositeur américain de musique légère. Il composa la musique de nombreuses comédies dans lesquelles on retrouve des airs mondialement connues et repris à nouveau dans le répertoire jazzistique : « Night and Day« , « Begin the Beguine« , « Love for sale« , « My heart belongs to Daddy« , « I’ve got you under my skin« .

[4] Fritz KREISLER (* 1875, … 1962) – Compositeur autrichien puis américain (U.S.A.).nIl apprend la musique avec son père puis étudie au Conservatoire de Vienne (avec Bruckner) et au Conservatoire de Paris (avec Delibes). Au retour d’une tournée américaine, il renonce momentanément à la musique, étudie la médecine, entre dans l’armée autrichienne, puis reprend sa carrière de virtuose. Elgar compose pour lui son Concerto pour violon (1910), puis Kreisler hésite entre l’Amérique et l’Europe. Il devient définitivement citoyen des Etats-Unis en 1943. Kreisler, célèbre interprète, fut aussi un compositeur de pages charmantes (Caprice viennois, Schön Rosmarin…) et attribua à des compositeurs du XVIIIe siècle des pièces de sa propre composition. Il est par ailleurs l’auteur de nombreux arrangements comme la Folia de Corelli.

[5]  Jascha Heifgetz (*Vilnius 1899 – … Los Angeles 1987) – violoniste américain d’origine lithuanienne. Il apprend le violon à l’âge de trois ans sous la direction de son père, et à sept ans, il joue, lors d’un concert public, le concerto de Mendelssohn. La même année, il entre au conservatoire de Saint-Pétersbourg grâce à Léopold Auer, brillant professeur. Six ans plus tard, il est à même de jouer avec l’Orchestre Philharmonique de Berlin, dirigé par Nikisch.

Lorsque la Première Guerre Mondiale éclate, Auer l’emmène ainsi que d’autres élèves, en Norvège. De là, il gagne les Etats-Unis et acquiert la réputation d’un des plus grands violonistes de son temps. Il devient citoyen américain en 1925. Il mit son exceptionnelle  virtuosité et la légendaire vivacité de son jeu au service d’un répertoire surtout romantique.

[6] John McCormack (*1884 – … 1945) – chanteur ténor irlandais, considéré comme le plus grand de tous les temps

                     

                          Jerome Kern (1885-1945)                             Cole Porter (1891-1964)

 

[7] Trois types d’instruments primitifs : 1. Harpe africaine: 2. « Mosquito drum » haïtien ; 3. Baquet américain.

[8]  Batterie (trap drums)

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