Le Sexe, l’Homme & l’Evolution

Pascal Picq, Philippe BrenotLe Sexe, l’Homme & l’Evolution, Odile Jacobs, 2009 (lecture, mai-juin 2010).

Dans ce livre, les auteurs sont assez iconoclastes et bousculent un certain nombre de préjugés et d’apriori qui fait de l’Homme une entité à part. Ils proposent une approche ordonnée de la sexualité humaine, de ses origines lointaines jusqu’à ses problématiques actuelles. Dans un langage à la portée de tous, ils présentent les connaissances scientifiques récentes, les différences de comportement entre les animaux d’une part, les animaux et l’homme d’autre part, enfin les évolutions de perception.

Texte de couverture. Si un « bon sauvage » observait nos sociétés, il serait fort étonné de notre obsession affichée pour le sexe. Comme si les femmes et les hommes découvraient enfin la plénitude du sexe ! De la sexologie à la paléoanthropologie, de multiples disciplines nous font aussi mieux comprendre la complexité de nos désirs et de nos comportements. Cet ouvrage propose une approche ordonnée de la sexualité humaine depuis ses origines lointaines jusqu’à ses problématiques actuelles. Sur tous les sujets, il présente les connaissances scientifiques les plus récentes, mais aussi récuse les idées reçues ou les fausses explications. L’orientation, l’attachement, les sentiments, l’amour, la fidélité, la puberté, les apprentissages, la sexualité adulte épanouie, les nouvelles pratiques, les perversions, la pornographie : tous les thèmes clés qui font notre vie érotique. En fil conducteur, une question centrale : qu’est-ce qui est vraiment humain ? Et qu’en était-il de la sexualité de nos lointains ancêtres ?

Geneviève Comby

Le Matin Dimanche – le 05 septembre 2009, 18h17

Si les hommes sont tant attirés par la poitrine des femmes, ce n’est pas forcément en souvenir de la tétée enfantine, mais peut-être plutôt parce que les seins ressemblent à des… fesses!

Question d’évolution. En se redressant sur ses jambes, l’homme a musclé son postérieur, arrondissant ainsi cette zone éminemment évocatrice. Mais une fois debout, nos ancêtres se sont mis à s’accoupler face à face. Un point de vue nécessitant une nouvelle stimulation érotique pour les mâles. La sélection naturelle aurait ainsi mené à l’apparition d’individus de sexe féminin possédant une poitrine dont les courbes rappellent celles des fesses. Spécificité humaine, car nos cousins les primates, eux, n’ont ni la fesse rebondie, ni le moindre appétit sexuel pour les mamelles.

Et malgré nos origines communes, les différences ne s’arrêtent pas là. Contrairement aux singes, nous préférons faire l’amour à l’abri des regards. Chez nous, les mâles n’ont ni testicules ni gland colorés, quant aux femelles, elles peuvent coucher quand bon leur semble et pas seulement en période d’ovulation, période qui, par ailleurs, passe quasiment inaperçue.

Les guenons atteignent aussi l’orgasme

En matière de sexualité, les particularités humaines ne manquent pas. Même si elles ne se situent pas toujours là où on l’imagine. Les singes, eux aussi, sont passés maîtres dans les pratiques érotiques, les guenons atteignent l’orgasme et certains couples de primates copulent volontiers face à face, parfois même dans des positions dignes d’un Kama-sutra acrobatique. Sans parler de l’interdit de l’inceste, loin d’être une invention humaine, comme l’expliquent le paléoanthropologue Pascal Picq et le sexologue Philippe Brenot dans un ouvrage passionnant (« Le sexe, l’homme & l’évolution »).

Entre mutations biologiques et influences culturelles, les deux spécialistes tentent d’éclairer la complexité qui  entoure nos désirs et nos comportements. « Aussi libre que puisse être aujourd’hui notre sexualité, elle est soumise à des contraintes évolutives, relève Pascal Picq. A partir de l’héritage commun que nous partageons avec les grands singes, il est intéressant de voir comment celle-ci s’est modifiée et comment elle a été accaparée par nos références culturelles.»

Le corps érotique de l’homme

Une réflexion fascinante basée sur les données scientifiques les plus récentes, mais qui dévoile aussi le flou, voire le désintérêt qui entourent encore certaines questions, comme par exemple l’évolution des attributs sexuels masculins! Le doute plane en effet toujours autour de la disparition chez l’homme de l’os pénien (tuteur de l’érection pour la plupart des mammifères), remplacé par une érection de taille proportionnellement exorbitante (lire l’encadré)…

« Les représentations féminines sont, depuis la préhistoire, beaucoup plus nombreuses et, même à notre époque, il y a toujours eu bien plus de magazines de charme avec des femmes. En réalité, l’idée que l’homme puisse avoir un corps érotique est extrêmement récente, relève Pascal Picq. Et en ce qui concerne la taille du pénis ou la mécanique phénoménale de l’érection, on en est effectivement encore au stade des spéculations. »

C’était pourtant plutôt flatteur, alors d’où vient le malaise ? « Il ne s’agit pas uniquement d’une question de pudeur »,  note le paléoanthropologue. Pour lui, depuis les Grecs, l’homme a toujours tenté de se singulariser du monde animal: « Notre culture occidentale nous a légué une angoisse de cette animalité. »

Une angoisse peut-être renforcée par le fait que le sauvage n’est pas toujours celui qu’on croit. « Ah ça, notre espèce n’est pas glorieuse, assène Pascal Picq. Parmi les grands singes, c’est l’homme qui est le plus incestueux, c’est l’homme aussi qui est le plus violent avec ses femelles ! » Le viol, grande spécialité humaine, en est malheureusement la preuve cinglante.

Trois particularités de la sexualité humaine

Une érection phénoménale

Prenez un gorille: 2,20 m de haut et une érection de 3 cm. Comparez-le à un homme: 1,80 m et 12 cm ! Un pénis surdimensionné, et ça n’a rien à voir avec son taux de fécondité. Alors pourquoi ? On sait que, contrairement aux primates avec lesquels il partage des ancêtres communs, l’être humain ne possède plus d’os pénien. Un tuteur osseux dont la disparition a sans doute été compensée par l’apparition d’un mécanisme érectile puissant, permettant la rigidité nécessaire au coït. Mais quant à l’origine de cette transformation… La bipédie, en approfondissant et en projetant en avant le vagin, a-t-elle favorisé les pénis plus longs ? Ou la sélection s’est-elle faite par les femmes qui préféraient le contact plus doux d’un sexe doté d’un os pénien plus petit ? Les scientifiques n’ont pas encore élucidé le mystère.

 

L’homosexualité
L’homosexualité ne fait pas partie du monde animal. En tout cas, pas exactement comme certains voudraient le croire. Si les primates adoptent parfois une attitude de femelle face au mâle dominant, c’est avant tout pour mimer leur soumission. Quant aux véritables interactions intimes entre animaux de même sexe, elles ont surtout lieu par manque de partenaire lors d’un déséquilibre numérique entre mâles et femelles. Il ne s’agit donc pas d’une sexualité de préférence, mais de compensation, comme ce qui se passe chez les êtres humains en milieu carcéral. Seul semble faire exception le bonobo. Comme l’homme, celui-ci a peut-être tout simplement réussi à « se libérer suffisamment de sa modélisation naturelle  pour s’accoupler librement avec quelque objet sexuel que ce soit », avancent Pascal Picq et Philippe Brenot.

La prostitution

Le plus vieux métier du monde est-il né avec l’humanité ? On dirait bien. En tout cas, les spécialistes n’observent rien de comparable au sexe « monnayé » chez nos cousins primates. Certes, en période de rut, une guenon peut s’accoupler avec une dizaine de partenaires à la suite, mais il faut rappeler que, dans le monde animal, le mâle est obligé d’attendre que la femelle soit disponible pour copuler, qu’elle lui donne le feu vert. Et pas l’inverse ! Une liberté qui semble bien avoir disparu avec l’humanité et la domination masculine. La prostitution est apparue pour répondre au besoin de sexe inassouvi de certains et s’est ensuite inscrite plus profondément dans les moeurs avec l’interdit de l’adultère et la prise de conscience, par les hommes, du lien de cause à effet entre accouplement et paternité…

 

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